BOTANIQUE
Des radicelles des végétaux; de leurs grosses racines; de leur direction verticale: de leur statique et de leur dynamique; de la classification de leurs fruits, etc.
Selon les botanistes modernes, inspirés par l'essor d'un progrès toujours croissant : « Les radicelles des végétaux affectent généralement une forme perpendiculaire. » Ce ne sont pas sûrement les faits qui ont révélé cette loi an
perçant regard de nos observateurs en botanique; car il est des plantes dont la racine unique plonge d'abord perpendiculairement dans le sol, mais bientôt se recourbe et se dirige horizontalement, pour ne point trop s'éloigner de l'influence de l'air, des rayons solaires, des bienfaisantes rosées et des eaux pluviales fertilisantes : tels sont la chicorée cultivée, la chicorée amère des champs, le millepertuis, etc.; leurs radicelles sont horizontales ou obliques dans tous les sens; il est d'autres plantes, comme le genêt à balai (genista scoparia), dont les racines se contournant sur elles-mêmes, forment un lassis inextricable, et donne naissance à des radicules capillaires obliques ou horizontales ; il est des végétaux qui s'implantent brusquement dans le sol par une houppe de petites racines obliques : tels sont le bulbe de l'oignon , le paturin des prés, les graminées déliées appelées agroslis; il est des végétaux ordinairement comestibles, dont les racines s'enfoncent perpendiculairement dans le sol, et qui portent à leur surface des radicelles obliques, isolées ou disposées en traînées rares, tels sont le panais, les bettes, les scorsonères ou salsifis cultivés, etc.; il est des plantes , telles que les essences des forêts et les arbres de nos vergers, etc., qui ont plusieurs racines principales disposées horizontalement, dans des sens opposés, pour assurer à la plante une base plus solide; leurs radicelles sont également ou horizontales ou .inclinées, et non perpendiculaires, à l'exception de quelques fibrilles supérieures, qui, sortant du sol, produisent ces pousses vivaces que l'on nomme surgeons, et qui sont un des moyens de propagation des arbustes et des grands végétaux : en règle générale, et d'après les faits minutieu-
semenl constatés, les radicelles ou petites racines des plantes trahissent donc une obliquité ou une horizontalité de direction . et leur perpendicularité n'est qu'un cas exceptionnel : il en devait être ainsi, pour que ces organes de nutrition du végétal allassent puiser de toutes parts les sucs destinés à son développement, et afin que, quoique cachés dans le sol, ils ne fussent pas pour cela soustraits aux nécessaires impressions de l'air, du soleil et des vapeurs atmosphériques.
Les auteurs de botanique promulguent , comme un dogme démontré de leurs symboles : « Que les plantes, en général, perdent chaque année leurs fibres radiculaires. » Il serait fort difficile de constater scientifiquement un fait aussi complexe; car, à tous les moments de l'année, on trouve aux plantes vivantes un système de radicelles; je sais que ces racines capillaires peuvent ne pas succomber toutes en même temps, les unes périr et les autres renaître successivement , comme les folioles de la bruyère et du genévrier; mais si des radicules se montrent en état de dissolution , sera-ce un motif pour juger que toutes les autres subissent annuellement la même destinée; et s'il en est qui apparaissent en voie d'évolution, pourra-t-on en inférer que ce renouvellement est annuel autant qu'universel? Il n'y aurait d'autres expérimentations sûres pour résoudre ce problème, que d'empreindre de quelques teintes fortes, telles que le rouge, etc., les radicelles des tiges végétales, et d'explorer, après une ou plusieurs années, si ces fibres radiculaires colorées vivent encore : nous supposons évidemment l'innocuité des substances qui les auraient peintes.
Déterminés à servir le progrès quand même, les classiques de botanique modernes prétendent : « Que les grosses racines des végétaux ne diffèrent pas de leurs tiges essentiellement. » Nous avouons que leur structure est analogue ; que les unes et les autres se composent d'écorce, découches ligneuses, d'un centre médulaire, du moins dans les plantes dites boiseuses; mais leurs propriétés vitales sont tellement différentes, que les unes s'élancent verticalement dans les airs, et les autres s'étalent dans des directions plus ou moins horizontales; que les unes cherchent la lumière, et que les autres s'y dérobent; que les unes font éclore naturellement des radicules capillaires, propres à l'absorption,, et que les autres portent des rameaux, des feuilles, des fleurs et des fruits. Dira-t-on que si on enfonce dans la terre féconde les tiges des plantes ligneuses, et que Ton tourne à l'air et à la lumière leurs racines, les tiges donneront des radicelles, tandis que les racines se couvriront de rameaux, de feuilles et de fleurs? Mais cette position est contre nature, et ces résultats prouvent seulement que toutes les parties des plantes ligneuses sont propres à les régénérer, et non pas qu'elles ne forment point des organes essentiellement différents, et par leur but et par les propriétés dont elles sont dotées pour l'atteindre. Ne voyons-nous pas, dans les plantes à fleurs doubles, les étamines se transformer en pétales? sera-ce une raison suffisante qui autorise à en inférer que les pétales et les étamines ne sont point des organes végétaux essentiellement différents? Le pied et la main ont une structure analogue : sera-t-il permis pour cela de les confondre? et si, sous certains rapports, ils annoncent une
identité reconnaissante, ne diffèrent-ils point sous d'autres points de vue essentiels?
Les botanistes formulent en loi générale : « Qu'une des propriétés qui caractérisent les végétaux, c'est que leurs tiges ont une direction perpendiculaire ou verticale au sol. » N'existe-t-il donc pas une multitude de plantes dont les tiges traînantes recouvrent la surface du sol et en dissimulent la nudité; telles sont la renouée ou cenlinode, la bugle rampante, la nummulaire ou herbe aux écus, la vausserole, meurtrière aux utiles produits des champs de l'homme, la ronce traînante* dont le fruit fait pardonner les aiguillons, etc.? N'en existe-t-il point qui, après une faible élévation , courent horizontalement : telles sont la cuscute fil de lin, la bryone ou couleuvrée , qui va serpentant sur des appuis peu élevés; et si le lierre s'élance dans une perpendicularité audacieuse sur la surface du chêne, ne glisse-t-il pas horizontalement sur le vieux mur dont il cache la vétusté et la décadence sous ses festons de verdure si animée?
Il manque aux sciences botaniques une partie pleine d'intérêt, c'est-à-dire celle de la statique végétale, qui traiterait des lois de l'équilibre des plantes et des ressources que déploie la sagesse du suprême Ordonnateur, pour maintenir leur station par la distribution de leurs racines et par celle de leurs rameaux autour de leurs tiges, par l'organisation et l'arrangement des fibres qui les constituent; les tiges très-élancées et faciles à rompre, comme celle du peuplier, ont leurs rameaux peu développés comparativement, et très-rapprochés du tronc ; si des cîmes de l'étendue de celle du hêtre ou du charme couronnaient
ces tiges fragiles, elles se rompraient sous les premiers efforts de l'orage; des plantes plus frêles encore, les graminées, herbes des prairies, les céréales qui forment nos riches moissons , sont creusées en tubes parfaitement arrondis; d'autres, comme les joncs, sont criblées de vides qui leur communiquent, comme la forme tubaire, la puissance de braver les fureurs de la tempête par leur flexibilité; les nœuds espacés dans un grand nombre de ces espèces leur donnent plus de consistance dans leur faiblesse extrême, etc., etc., etc.
La dynamique végétale, qui traite particulièrement de la mobilité des plantes, a fixé davantage l'application pénétrante des botanistes; combien n'existe-t-il pas d'espèces de plantes dont les mouvements sont des prodiges? Nous en avons cité ailleurs quelques-uns des plus frappants. L'arachide donne un fruit, sorte d'amande d'où l'on exprime une huile abondante, et qui ne peut arriver à maturité qu'enfouie dans le sol; elle naît cependant, cette amande, au haut de la lige; mais, le moment venu où il faut que cette opération extraordinaire s'accomplisse, son pédoncule s'allonge d'une manière insolite; elle descend merveilleusement sur le sol, où elle a reçu l'instinct et les moyens nécessaires pour se pratiquer une entrée dans l'humus résistant et de s'y cacher pour consommer sa maturité , sans cela impossible. Le Créateur multiplie ces élonnants spectacles aux regards de l'homme pour frapper sa pensée, pour lui témoigner qu'il veut être connu de lui, et lui démontrer que rien n'est fatal , ni livré aux chances d'un aveugle hasard dans la nature; mais que lout y est coordonné avec prévoyance, avec sagesse, et que
tout y dépend de la liberté infiniment éclairée de ses déterminations.
Dans une nomenclature prétendue raisonnée des fruits qui s'organisent providentiellement sur les plantes, les botanistes consistent la plus gracieuse et la plus aimable des sciences, par une prodigalité de termes techniques et barbares, qui n'effraient pas moins l'oreille que la mémoire, et dont on lira plus loin avec étonnement quelques traits. Pourquoi ne point classer, comme le fait la nature, les fruits si variés des végétaux , et distinguer des fruits à noyaux; des fruits à pépin ; des fruits à coque dure et à brou, etc.; des fruits en grappes; des fruits à corymbes; des fruits à ombelles ; des fruits à épis serrés, à épis lâches, à panicule; des fruits à cupule, tel que le gland; à réceptacle couronné de franges, telles que la noisette; à enveloppe dure, hérissée de défenses , et trilobée ou partagée en trois lobes, qui s'écartent avec intelligence au moment de la maturité, pour laisser sortir le fruit : tel est le fruit du hêtre; en fruits à capsule, dont les fenêtres s'ouvrent aussi à l'instant voulu pour laisser passer la graine : telles sont les sommités du pavot; à urne élégamment évasée : tel est le calice qui porte la graine des mousses; à urne renflée ou ventrue, comme le fruit de la jusquiame; ou en casque : telle est la toque des Vaudois; ou en pixide, boîte arrondie, munie d'un beau couvercle; en fruits à silique : tel que le pois; en silicule : tel est celui du sénevé des champs et de quelques plantes des jardins cultivées pour l'usage de l'homme; en fruits à disque nu, comme dans les chrysanlèmes, les astères, etc.; ou à disque couverts, comme dans la jacée des prés, la nielle des blés, le
chardon hérnorrhoïdal ; en fruits à hémisphères, en cône : tels sont la fraise, les fruits du mûrier, du framboisier, etc.? Cette classification aurait l'avantage de rappeler celle des fleurs, de sourire à l'imagination en représentant la nature, avec la variété merveilleuse de ses formes, et de se graver facilement dans la mémoire.
Depuis longtemps on répète, en chimie et dans la science botanique : « Qu'il est dangereux de conserver durant la nuit des fleurs dans des chambres où l'on couche, parce qu'il s'y opère un notable dégagement d'acide carbonique. » Un individu vicie environ cent cinquante litres d'air atmosphérique par heure, et douze cents lilres pendant les huit heures de son sommeil habituel; l'acide carbonique rejeté par l'expiration représente à peu près la cinquantième partie de l'air respiré; quatre hommes reposant la nuit dans un appartement en imprègnent donc l'atmosphère de quarante-huit litres de gaz acide carbonique, quantité beaucoup plus grande que celle qui serait émise par douze vases de fleurs, plus funestes cependant; le danger de leur présence dans une enceinte où l'on couche ne vient donc pas exclusivement de l'acide carbonique qui s'en exhale, mais des émanations de leurs parties odorantes, qui sont aromatiques ou purement végétales, atomes emportés par le calorique qui en rayonne : ces parcelles de verdure fermentant dans l'air, se décomposent en acide carbonique, en hydrogène et en oxygène ; c'est à cette cause très-probablement qu'il faut rapporter la portion d'acide carbonique que les chimistes disent rencontrer dans l'air atmosphérique, sans en connaître la source
Citations textuelles.
« Pendant la nuit, les phénomènes ne sont plus les mêmes ; les plantes exhalent de l'acide carbonique, qu'elles forment avec l'oxygène de l'air et leur carbone; de là le danger des fleurs dans une chambre la nuit. » (Manuel de Botanique, par Favrot.)
« Toutes les plantes ont un axe vertical, et les animaux, à l'exception de l'homme, ont un axe horizontal. » (Zimmermann, Monde primitif \ p. 74.)
« La plante suit toujours la direction de bas en haut; la règle est absolue. » (Ibid.)
« Les cristaux ne forment jamais des corps ronds, mais des corps terminés par des lignes droites; c'est ce qui les distingue des végétaux, qui ont toujours des contours arrondis. » (Ibid.)
Le botaniste géologue qui a tracé ces lois se trompe étrangement : le carex des lieux humides a une forme polygonale et des faces parfaitement planes , limitées par des saillies angulaires, et une foule de cristaux se caractérisent par des formes arrondies : témoins les oolithes, composées d'éléments ronds figurant des œufs de poisson ; les perles, si connues; les variolites, résultant de cristaux rappelant la forme de pustules de variole, ce qui leur a valu leur nom; les amigdaloïdes, dont les parties principales sont des formes d'amandes liées par une pâle commune; témoins les roches, qui sont des assemblages de sphères à couches concentriques, particularités qui les distinguent des cailloux; il est des corps qui cristallisent en aiguille,
et dont la forme est encore arrondie par là même; qui ne connaît les pyromaques, rognons de silice disséminés dans les terrains crétacés?
« On ne doit pas appeler racines certaines tiges souterraines, qui, au lieu de s'enfoncer perpendiculairement dans la terre, marchent dans un sens horizontal ; elles ne peuvent être considérées comme des racines, parce que leur direction n'est pas celle des racines, et qu'en outre elles portent toutes des filaments qui descendent dans la terre et qui constituent les véritables racines. » {Traité élémentaire naturel de Botanique, par Favrot, p. 22.)
« Le corps de la racine est cette partie qui, charnue ordinairement, d'une forme assez variable, se trouve entre le collet et le chevelu; il paraît n'être qu'un prolongement de la tige. » (Ibid.)
Pourquoi ce mot il paraît, puisque l'auteur vient de trancher nettement la question par ces mots « qu'on ne doit point regarder comme racine ce que l'on a désigné jusqu'alors sous le nom de grosse racine, puisque les racines véritables descendent perpendiculairement dans le sol, etc. »
« Le chevelu est la vraie racine du végétal : il se compose d'une multitude de fibres plus ou moins déliées, qui adhèrent, soit au corps de la racine, soit au mézophyle, etc. » (Ibid.)
« Comme les feuilles, le chevelu périt chaque année. » {Ibid., p. 23.)
« Les fruits secs et indéhiscents sont monospermes ou oligospermes; on peut citer parmi la cariospe, l'avoine , l'orge, le loakène, la poîakène, la déokème, triokème,
pentokène, la samare, la carserale, la balauste, le fruit ginobasique; on a longtemps confondu avec le fruit ginobasique celui des labiées, qui en diffère parce que les carpelles sont intimement unies, etc.; le laterie, ainsi appelée par M. Richard; les fruits charnus sont la daube, le nuculaine, l'amphysarque, fruit polyloculaire, polysperme indéhiscent, la peponide, l'hespéridie, le symarpe, la sorose, le sycône. » (Ibid.)
La philosophie, très-peu édifiée par une telle science, refuse de baptiser ces catéchumènes impertinents et grotesques. Notez bien que cette mythologie obscure et presque sauvage s'accompagne, dans les auteurs, d'une myriade de détails infimes, à physionomie imperceptible, qui ne sauraient ni agrandir l'esprit de l'homme, ni l'intéresser en aucune sorte, ni avoir pour résultat d'application aussi laborieuse, aucune utilité pratique.
ARTICLE XIV
D'un sixième sens, appelé sens de la calorition, et de quelques phénomènes de physiologie animale.
Nous avons démontré, il y a trente années, l'existence d'un sixième sens, que nous avons désigné sous le nom spécial de sens de la calorition ou de la chaleur, faculté que l'on persiste à confondre avec le sens du tact ou du toucher, par la plus déraisonnable des contradictions. Car, lorsqu'à trente-huit millions de lieues de nous, le soleil nous communique des sensations de chaleur, cet astre est-il donc en contact avec nos organes? Est-ce par le
sens du toucher qu'il agit sur nous? On répliquera d'un air de triomphe : que c'est le calorique émané du soleil qui vient loucher nos tissus! Mais dans l'exercice du sens de la vue, les molécules de lumière ne viennent-elles pas toucher de la même façon le fond de notre œil? Dans l'exercice du sens de l'odorat, les molécules odorantes des corps ne viennent-elles pas de la même manière toucher la membrane qui tapisse l'intérieur de nos fosses nasales? Confond-on, pour cela , avec le sens du toucher, les sens de la vue et de l'odorat? Non, parce que le rôle propre du sens du loucher ou du tact, son office exclusif est de nous donner le sentiment de la résistance des corps, et de nous faire connaître, par cette résistance, leur forme, leur grandeur, leur dureté, leur élasticité, leur pesanteur, leur mouvement, et toutes les autres propriétés qui tiennent aux phénomènes de la résistance : or, ni les atomes de calorique, ni ceux de ia lumière, ni ceux des corps odorants, ne nous donnent le sentiment de la résistance des corps, ni à plus forte raison de leur forme, de leur grandeur, etc.; ils nous impressionnent seulement, ce qui n'est point du tout une même chose; leurs actions n'appartiennent donc pas à l'exercice du toucher, et doit en être sévèrement distinguée. S'il était un sens que l'on dût rapporter au toucher, ce serait sans nul doute le sens du goût, puisque les corps extérieurs ne nous communiquent jamais de saveur sans être en contact avec nos organes, soit immédiatement, soit par l'intermédiaire d'un véhicule liquide où ils sont dissous; or, quoique le sens du toucher soit intimement lié avec celui du goût, on ne les identifie cependant pas dans' un seul et unique sens, parce que les
corps ne nous impriment des sensations de saveur que par certaines de leurs molécules appelées sapides, et qui, au moment où elles agissent sur nos extrémités nerveuses, ne nous donnent pas un sentiment de résistance proprement dit, encore moins celui de leur forme, de leur étendue, etc., mais suscitent en nous ces phénomènes immatériels que rien ne saurait peindre, et que nous nommons saveur : le sens de la calorition ayant, comme ceux de la vue, de l'ouïe, de l'odorat et du goût, ses sensations spécifiques et son élément d'action particulier, qui est le calorique, corps inpondérable, est donc aussi radicalement un sens à part que chacun de ceux-là, et ne saurait pas plus être rationnellement confondu avec le toucher qu'aucun d'eux.
On a déjà établi définitivement dans la science que les tendons se contractent, quoique dans une mesure moindre, aux ordres de notre volonté, aussi bien que nos puissances musculaires; les faits nous portent à croire que quelques ligaments larges, tels que ceux qui s'attachent au côté de la rotule, pour la maintenir, et ceux qui, dans le même but, entourent l'extrémité du cubitus, se contractent également et simultanément avec les faisceaux musculaires qui leur sont corrélatifs; car, lorsque nous étendons avec quelque force le bras ou le membre inférieur, nous sentons les ligaments membraneux dont nous venons de parler se durcir sous l'application de la main, se resserrer et accuser les inégalités des surfaces qu'ils recouvrent; il pourrait se faire que des tissus analogues, entre autres les ligaments croisés du genou partageassent la même utile propriété.
Les grands animaux portent à la partie postérieure de la cavité ventrale un arc osseux appelé pubis : cet os manque chez les oiseaux, parce que les œufs à coque inflexible qu'ils pondent ne pourraient sans se rompre franchir l'étroit passage que laisseraient entre elles les deux portions du pubis; les mâles des oiseaux, cependant, qui ne sont point destinés à pondre, sont dépourvus du même os, comme les mâles d'autres sortes d'animaux, ont des rudiments de mamelles qui leur sont inutiles, pour révéler à l'homme que rien, dans l'ordre des réalités visibles, ne découle fatalement des propriétés naturelles des choses et de leurs destinations nécessaires, mais dépend d'une volonté libre et suprême qui, dans l'exécution de ses œuvres, se propose aussi comme une partie importante de ses plans, de dévoiler qu'une même main les accomplit, comme une même pensée les conçoit et en coordonne les traits enharmoniques. Il n'existe point non plus chez les oiseaux de diaphragme, cloison membraneuse qui sépare dans les autres espèces la cavité de la poitrine de la cavité abdominale, et sert en même temps aux actes de la respiration : le principal organe digestif de ces animaux, l'estomac, a reçu la forme d'un sphéroïde très -aplati, auquel sont atlachés des muscles qui peuvent l'élever dans la poitrine, et d'autres qui peuvent le faire descendre; cet organe pénètre-t-il dans la cavité de la poitrine, il en rétrécit la capacité, en condense les gaz et les vapeurs qui, à leur tour, resserrent le poumon et en font sortir l'air aspiré; mais dès que les faisceaux musculaires inférieurs ont retiré le ventricule de la cavité pectorale, celle-ci s'agrandit, l'air et les vapeurs qui y sont contenus
se raréfient, le poumon se dilate, Pair que contiennent ces canaux respiratoires, devenant plus rare, les colonnes atmospériques extérieures s'y précipitent par l'excès de leur densité et de leur pression; c'est ainsi que se perpétue le jeu admirable de la circulation aérienne, absolument indispensable pour l'entretien des mystères profonds de la vie. Le cœur, renfermé dans une enceinte de protection, se trouve environné lui-même d'un fluide gazeux; ce fluide se raréfie quand l'organe se contracte et se rapetisse; mais sitôt que le cœur est livré à un intervalle de repos, les gaz disséminés entre ces molécules sanguines, et dans son tissu cellulaire, cessant d'être comprimés, reprennent leur ressort, relèvent ces tissus, tendent à rouvrir ces cavilés et le transforment véritablement en une pompe aspirante, qui sollicite les flots du torrent circulatoire; dans les moments de relâchement, le cœar s'aplatit à sa partie inférieure sur la poche du péricarde qui le soutient; et dès qu'il se contracte, il s'arrondit soudain, en se raidissant, et imprime au péricarde une secousse brusque qui retentit dans la cage thoracique par l'intermédiaire de membranes nommées plèvres, et de ligaments particuliers qui lient le péricarde à la partie postérieure de la poitrine; c'est celle transmission et ce retentissement qui constituent le bruit de choc du cœur, et ce que l'on appelle ces battements, jusqu'ici assez mal expliqués. Une main suprêmement intelligente a suspendu le cœur dans une poche isolante ou péricarde, pour l'empêcher de peser sur les vaisseaux sanguins placés au-dessous de lui et y entraver la circulation, comme il a suspendu par des bosselures et les enfoncements correspondants du crâne,
la masse cérébrale, pour l'empêcher de comprimer dangereusement les nombreux vaisseaux situés à sa base; comme il a suspendu au diaphragme, par des ligaments solides, le lourd viscère du foie, pour rendre son contact inoffensif sur les organes de la digestion ; comme il a suspendu à la colonne vertébrale les replis des intestins, afin d'en diminuer le poids sur la partie inférieure de l'enveloppe de la cavité ventrale et en prévenir plus sûrement la dilatation exagérée. Dans l'homme, le sang des extrémités inférieures, etc., ne revient au cœur, levier central de la circulation, qu'en remontant contre l'entraînement de sa propre pesanteur; mais pour qu'à chaque mouvement d'ascension il ne retombe point, des soupapes sont disposées dans l'intérieur des veines comme dans un corps de pompe; elles s'ouvrent du bas en haut pour laisser passer le liquide, et se ferment admirablement dans le sens contraire, pour ne point lui permettre de refluer; les veines de la base du crâne, logées en partie dans des canaux osseux appelés sinus-; les veines du tube intestinal, qui forment ce que l'on nomme le système de la veine-porte, et qui se rendent au foie, sont privées de ces soupapes merveilleuses, afin que, lorsqu'il y a dans le cœur ou à sa proximité des obstacles à la circulation , le fluide sanguin refoulé puisse s'accumuler dans ces réservoirs de sûreté et de prévoyance, sans péril pour le cerveau et pour le foie. Le cœur est creusé de quatre cavités, deux plus petites appelées oreillettes, et deux plus considérables, qui ont reçu le nom de ventricules; si ces cavités se contractaient isolément, elles porteraient successivement le cœur à droite et à gauche, fâcheusement pour lui et pour les
organes environnants; mais les oreillettes entrant simultanément en action elles ventricules de même, se neutralisent réciproquement leurs mouvements de déviation; Gallien , au spectacle de cet assemblage de prodiges que présente le corps de l'homme, s'écriait « que c'est un hymne éloquent à l'Eternel. » Il est des physiologistes qui expliquent la position plus inférieure du rein droit, par la compression du grand lobe du foie qui le surmonte; mais dans l'enfant, les deux reins sont placés très-bas, et quand ils remontent, il est infiniment probable qu'ils s'arrêlentlà où les lois de la systématisation des diverses parties de l'économie leur a fixé leur situation relative, pour ne point être gênés par le poids de l'appareil hépatique ; la place normale qu'occupent nos organes, ne dépend point de pression mécanique, mais est subordonnée à leur but et aux lois qui en fixent les rapports avec les tissus environnants.
GHAPITRE IV.