‹ Le progrès; ou, Des destinées de l'humanité sur la terreChapitre 17 sur 21 · SCIENCES MORALES · texte numérisé non relu

SCIENCES MORALES

Autant l'esprit l'emporte sur le corps qu'il commande, dont il se sert comme d'un instrument pour étendre ses vues et réaliser ses conceptions les plus audacieuses, autant, dans l'ensemble de son être, il l'emporte lui-même sur la nature et sur l'universalité des êtres matériels, qu'il contemple dans leur grandeur, qu'il raisonne, dont il découvre les rapports, les lois, les causes, et qu'il soumet en quelque sorte aussi à son empire : ainsi les sciences morales s'élèvent par leur essence au-dessus de Tordre des sciences physiques avec lesquelles, il est vrai, elles s'harmonisent, mais dont elles dépassent les proportions à l'infini, et qu'elles convertissent en oracles pour proclamer, par des voies sensibles, leurs vérités fondamentales, et sanctionner leurs lois éternelles. L'homme ne tient aux sciences physiques que par sa vie mortelle, fugitive; aux sciences morales, se lient indissolublement ses destinées pour l'éternité ; elles renferment le grand et sérieux secret de son avenir : là est écrit le code de ses immuables devoirs, ou les moyens d'atteindre le but sublime de son

existence; elles seules opposent de suffisantes barrières au torrent de ses passions, qui, sans cela, l'entraîneraient à sa ruine; elles seules environnent de limites sacrées ses droits, qui, dénués de ce rempart, deviendraient promptement la facile proie des fureurs de ses semblables. L'homme, sur cette terre où il s'agite un instant, ne vit donc pas seulement de pain, mais bien plus de vérités morales ; il n'est point redevable de sa sécurité et du bienfait de son perfectionnement à l'égide des seules forces physiques, mais éminemment à des puissances morales qui ont leur point d'appui dans les cieux, et qui ne trouvent que là une caution nécessaire.

La morale et la liberté de l'homme sont des idées essentiellement corrélatives : l'une ne saurait subsister sans l'autre.

ARTICLE 1er.

De la liberté de l'homme.

Il a paru, à des cerveaux dérangés que l'on nomme matérialistes, qu'il ne fallait voir dans l'univers qu'une matière fatalement entraînée; que les phénomènes qui s'y manifestent, dans la succession éternelle des siècles, ne sont que des résultats inévitables de mouvements communiqués de molécule à molécule, de corps individuel à corps, sous l'empire d'une aveugle nécessité; que l'homme luimême , dans l'évolution de ses sensations, de ses pensées les plus transcendantes, de ses plus nobles volontés, ne fait point exception à ces lois de force impulsive qui empor-

tent le grand tout et chacune de ses parties; que les phénomènes moraux dont il est le merveilleux théâtre, ne sont que des effets irrésistiblement produils par des impressions physiques et les modes d'activité du cerveau , ou des transformations atomiques, sous l'action des influences intimes extérieures qui le dominent: que tout prodigieux qu'il est dans les ressorts invisibles de son être, il n'est cependant qu'une machine compliquée, dont les nombreux rouages ne peuvent agir autrement que nous les voyons fonctionner; un automate délicat qui, comme l'astre errant qui vole autour de son centre de gravitation, ne saurait arrêter aucun de ses mouvements, ni lui imprimer, soit une autre direction , soit un autre degré de vitesse; que ses pensées resplendissent, s'éteignent comme l'éclair qui sillonne le champ deThorizon; qu'elles sediversifienletmeurentinexorablement, comme les nuances de couleurs qui émanent d'un rayon de lumière tombé sur des surfaces diverses; qu'il est toujours oscillant, ou déterminé au gré des incessants tourbillons d'éléments qui l'enveloppent. Certes, nous devons rendre à ces étranges philosophes des actions de grâces, au nom des scélérats qui peuplent les bagnes et de ceux qui, déjà sur une pente de perversité, sont enclins à les imiter, puisqu'ils les absolvent de tout blâme, qu'ils les affranchissent du remords vengeur et terrifiant ; les plus odieux criminels, livrés au châtiment, ne sont plus que d'infortunées victimes et les jouets à plaindre d'une nécessité impérieuse. Mais là se bornent les tristes bienfaits des fauteurs du matérialisme; caria vertu outragée et dépouillée de l'initiative de ses efforts les plus magnanimes, du lustre immortel de ses victoires sur une ingrate nature, de

ses consolantes espérances, s'indigne contre leurs rêves coupables; la société, calomniée dans la légitimité de ses moyens sévères de répression, et dépossédée du concours indispensable des consciences et de la justice complémentaire d'un avenir menaçant, ne pouvant plus compter sur l'appui auxiliaire de la morale, sans laquelle il n'existe plus qu'un conflit acharné de passions déchaînées, et de forces physiques aux prises dans de sanglantes arènes, les accuse hautement d'être ses plus pernicieux ennemis; la dignité de l'homme, qui ne serait plus désormais qu'un être aventureusement agité sur la scène de l'univers, tout anéanti et son existence même compromise, livrée sans défense à toutes les agressions violentes du dehors, non moins qu'à la foule de ses penchants indomptables, poussent contre eux des cris perçants d'anathème. Mais si les lois qui découlent des rapports naturels des êtres, sont nécessairement conservatrices, comme on ne saurait en douter, le sombre délire du matérialisme est déjà par cela seul convaincu de faux , dès qu'il est la source de tant de suites désastreuses.

L'homme esl-il donc libre?

Il n'est guère de problème d'une plus haute importance; mais il n'en est point non plus qu'il soit plus facile de résoudre et dont la solution soit démontrable par des expérimentations plus décisives et plus nombreuses : prétendrez-vous que je ne puisse, à mon gré, porter mon pied dans un sens ou dans un autre? à l'instant, je le porte en haut, en bas, dans toutes les directions; j'en suspends le

mouvement ou je le précipite; je le modère ou je le varie à l'infini, et de mille manières. Est-il possible d'exiger quelque chose de plus péremptoire et de plus victorieux? Si je contemple maintenant la nature, je puis tourner mes regards sur tel site ou sur tel autre; les fixer attentivement ou les passer en revue rapidement : les analyser dans leurs plus minutieuses parties; comparer ces scènes qui me captivent deux à deux ou dans d'autres combinaisons; les esquisser au crayon, les colorier au pinceau, ou me contenter d'en graver sûrement les traits dans mon imagination, au hasard de les oublier. Lorsque je lis un ouvrage littéraire ou scientifique, ne puis-je, selon mes fantaisies, le poser, le reprendre, le parcourir légèrement, ou m'arrêter un long temps, méditer, interroger l'auteur sur sa pensée intime, confronter ses expressions, l'apprécier solitairement ou corrélativement avec d'autres émules. Ai-je un parti quelconque à prendre? je puis sur-le-champ me décider ou rassembler les motifs pour et contre, les balancer scrupuleusement entre eux, recueillir des conseils, les suivre ou les mépriser, et me déterminer capricieusement contre les mobiles les plus éclairés, contre les avis les plus approuvantes, contre mes goûts les plus positifs, mes penchants les plus décidés, et porter ainsi à leur plus haut point d'évidence et de force les preuves irréfragables qui établissent que ma liberté est entière, parfaite, souveraine, et que je puis braver, dans ces actes journaliers, les influences intérieures et extérieures qui exercent sur moi le plus d'ascendant impérieux ! Les autres hommes, à chaque instant, se démontrent à eux-mêmes leur liberté par des moyens semblables et rigoureusement triomphants : il

n'en est aucun qui ne forme des plans , ayant éprouvé par l'expérience qu'il sera libre de les exécuter; il n'en est point qui ne contracte des engagements et ne fasse des promesses, pleinement persuadé qu'il dépend de lui de les remplir; il n'en est point qui ne s'impose sérieusement des règles de conduite relatives ou absolues, parfaitement convaincu qu'il pourra s'y astreindre volontairement; il n'en est point qui ne blâme avec énergie l'audacieux qui se livre à la violence et met en péril la vie de l'innocent; il n'est pas jusqu'à ses émules de sévices qui ne lui adressent de vifs reproches et ne le jugent digne de châtiment ; il n'est aucune société qui n'inflige sans remords ses punitions, et qui n'en préconise la suprême justice dans ses codes.

Les matérialistes, adversaires incroyables, quoique chaleureux, de la liberté, partagent spontanément la même conviction profonde : apprennent-ils l'infidélité d'un serviteur qui les aurait dépouillés perfidement? ils s'enflamment de courroux, s'indignent irrésistiblement, menacent de livrer le délinquant aux rigueurs vengeresses de la justice; ont-ils été trahis, blessés sans sujet, criminellement calomniés? emportés, ils éclatent en plaintes, en récriminations, en menaces : demandez-leur, à ce moment, s'ils pensent que ceux qui les ont outragés ne furent que de purs automates : quelques mots de sarcasme et de mépris seraient toute leur réponse, en dépit des sentences fatalistes; la guerre systématique qu'ils poursuivent contre la liberté n'est donc qu'une misérable comédie, un leurre grossier et impudent, qui devrait les écraser de honte; et s'ils se prennent à nier un fait aussi clairement et aussi irrécusablemeut prouvé, aussi universel et aussi incessant

dans ses réalisations que la liberté de l'homme, est-il surprenant qu'ils proscrivent l'âme humaine, Dieu, et d'autres vérités aussi peu susceptibles d'être contestées? et qu'ils poussent jusqu'à la moins équivoque folie les conséquences de leur stupide et désastreux fanatisme? Mais, ce qui n'est pas moins déplorable à dire, c'est qu'une erreur, si extravagante fût-elle, est toujours dangereuse, quand elle favorise les penchants, et qu'il faut la combattre à outrance et sans trêve.

ARTICLE IL L'àme humaine est -elle spirituelle?

Autre débat animé! mais jusqu'ici interminable; écueil fameux, où la philosophie n'est venue heurter que pour se signaler par de continuels naufrages; parce qu'il lui a plu de raisonner niaisement d'après ses explorations spéculatives, et non d'après des ensembles incontestables de fait intégralement confrontés.

1° Le noble principe qui en nous pense, sent et veut, est un d'une unité numérique et universelle; c'est-à-dire que dans chacune de ses sensations il renferme nécessairement toutes ses sensations, puisqu'il peut les comparer et les juger; pareillement sontcontenues dans chacune de ses sensations toutes ses pensées, toutes ses déterminations, puisqu'il peut sans exception les rapprocher entre elles, les envisager sous les rapports de leur durée, de leur objet, de leur intensité, de leur résultat relatif, et les apprécier; réciproquement, dans chacune de ses pensées,

de ses volontés , sont renfermés tous les autres phénomènes intellectuels et moraux dont il est le sujet sublime, puisqu'il peut les mettre tous en rapport en même temps , sous la diversité des aspects que nous venons d'indiquer, et les évaluer comme juge éminent : or, selon les matérialistes, tous les actes de nos facultés intelligentes et sensibles, etc., sont des effets irrésistibles, nécessaires, d'autant d'impressions matérielles et de modifications physiques du cerveau ; pour que cet organe produisît matériellement des jugements universels, comprenant une infinité d'actes moraux, il faudrait donc qu'il pût revêtir, soit dans quelques-unes de ses parties privilégiées, soit dans une de ses molécules, une infinité de modifications physiques à la fois; mais c'est un fait général absolu,' qu'une même substance matérielle ne peut réaliser simultanément en elle qu'un petit nombre de modifications différentes, qui l'affectent tout entière, supposât-on cette substance composée d'innombrables atomes ou de quelques éléments, ou d'une seule molécule; notez bien que les molécules des corps, du cerveau comme des autres, sont isolées et ne se touchentpoinl; il est donc impossible que des jugements universels sortent, comme de leurs causes fatalement productrices, d'impressions physiques presque incalculables, qui modifieraient en même temps le cerveau tout entier, ou quelques-unes, ou une seule des parties matérielles dont il est l'agrégat; le principe de nos appréciations universelles est donc immatériel de toute nécessité.

2e ordre de faits : Le principe moral et intellectuel qui nous régit possède une sorte d'immensité : c'est une conséquence de ce qui précède. Ce principe recèle la repré-

sentation des événements de vingt siècles passés, celle des solennels phénomènes de l'univers, les profondeurs des cieux, la multitude des mondes qui y élincèlent, les vastes scènes de la nature avec leurs particularités variées; la représentation des animaux, des végétaux, qui ornent ce globe; une infinilé d'idées, de réflexions, de maximes, qui tiennent aux sciences proprement dites; la chimie, si inépuisable; la physique dans la multiplicité de ses branches; les mathématiques , etc. ; notre corps n'est qu'un point imperceptible dans celte sphère immense et resplendissante; notre cerveau est quelque chose de moins encore : de ses modifications matérielles infiniment exiguës , comparativement, ne sauraient donc naître spontanément, nécessairement, ces sortes de météores intelligents et moraux presque sans bornes ; comme ils ne sauraient être enfantés par le néant: ce seraient des effets sans causes.

3e ordre de faits : Le principe qui sent, pense et veut en nous, éprouve des sensations qui sont contraires aux impressions physiques du cerveau et aux lois de la nature matérielle : lorsque dix instruments de musique jouent dans un seul concert, chaque molécule de l'atmosphère environnante reçoit une impulsion spéciale de chacun des instruments; toutes ces impulsions, comme il arrive toujours dans des cas semblables, doivent, en se réunissant sur un même corps, sur une même molécule atmosphérique, détruire ce qu'elles ont d'opposé, et ne laisser subsister que ce qu'elles ont de commun ; il ne doit donc résulter de leur concours, disons mieux, de leur conflit, qu'un seul mouvement ondulatoire et sonore, venant frapper notre oreille, impressionner notre cerveau; nous ne

devrions donc entendre qu'un seul son, effet d'une modification cérébrale unique, et le percevoir en nous-mêmes : or, dix sons distincts sont entendus par nous, perçus en dehors de nous, et là même où sont les instruments; ces sensations ne sont donc point des produits matériels et nécessités des impressions du cerveau, mais sont opposées à ces impressions et aux lois physiques de la nature.

Quand les rayons du soleil tombent sur la surface des corps qui nous environnent, et qu'ils viennent les peindre au fond de notre œil, les images en sont petites, planes, et dans une situation renversée; elles existent en nous, impressionnent le fond de notre œil, et plus loin le cerveau : or, nous voyons ces images en dehors de nous, là même où sont les objets, jusqu'à un certain éloignement; nous les apercevons grands ou vastes, avec l'épaisseur et les formes des réalités, et dans une situation droite; les sensations de la vue sont donc aussi opposées aux impressions physiques du cerveau et aux lois naturelles des phénomènes matériels que celles de l'ouïe; elles ne sont donc point le produit spontané et impérieux de ces impressions. Les sensations de l'odorat et du goût sont passibles d'un même jugement, et fournissent les mêmes démonstrations sans réplique.

4e ordre de faits : Le principe intellectuel et moral, qui porte en nous le sceptre et nous gouverne, ressuscite à son gré, et fait apparaître devant lui, en magnifique spectacle, des souvenirs innombrables : les détails historiques concernant plusieurs nations célèbres, durant des siècles; les événements minutieux de cinquante années de sa propre vie; tout ce qu'il a vu, ressenti, exécuté; les mots, en

nombre accablant, de sept ou huit langues qu'il aura apprises; les idées, en quantité non moins prodigieuse, des sciences dont il aura fait l'objet chaleureux de ses applications pendant trente années : or, il est constant que les modifications physiques qui se suivent dans une substance matérielle s'anéantissent les unes les autres, ou s'altèrent profondément, de façon à n'en laisser subsister presque rien de reconnaissable. Que sur la surface étendue d'une masse d'eau, un vent vienne à se déchaîner, celte surface se couvre de rides et d'inégalités de formes variées sans terme ; mais qu'un autre souffle violent vienne à sévir à son tour, ces rides et ces inégalités premières s'effacent, font place à d'autres, qu'une autre cause motrice intervenant fera disparaître, ou transformera fondamentalement; les impressions puissantes, et souvent dramatiques , qui viennent successivement modifier notre cerveau , doivent donc, d'après la même loi, se détruire mutuellement ou s'altérer essentiellement chaque jour, de manière à ne plus laisser subsister aucun mode d'existence passée appréciable ; il est donc de la plus haute impossibilité que des souvenirs sans nombre et inaltérés soient le produit naturel de ces impressions : il n'est donné à aucun matérialiste de démolir de pareilles démonstrations, de leur ôter même une seule pierre.

5e ordre de faits : Le principe qui sent, pense et veut en nous, est libre dans ses déterminations, comme nous l'avons établi : il se décide selon qu'il le juge à propos, et par pur caprice, quelles que soient les modifications actuelles de son cerveau et les influences présentes qui l'agitent; bien plus, il se décide contrairement aux impres-

sions actuelles de sa masse cérébrale, aux impulsions, soit du dehors, soit du dedans, qui tendraient à le porter à d'autres préférences d'actions; il remonte énergiquement et résolument contre le torrent des influences qui se réunissent pour le subjuguer, pour l'entraîner; il combat avec courage les inspirations de ses propres penchants et de ses goûts; il donne, en un mot, la preuve la plus élevée de sa noble indépendance de souverain ; ses décisions, parfois héroïques, tant elles sont en opposilion avec, les mouvements de sa grossière nature, ne sont donc pas les effets spontanés et nécessités de ces mouvements ou des modifications actuelles et physiques de son cerveau ; mais il commande en maître absolu à ce cerveau; il lui prescrit de s'exalter, de s'appliquer, en tel temps, en tel autre, pendant telle durée , à une foule d'objets qu'il lui désigne, et il en est servilement obéi; le principe intelligent qui nous dirige est donc différent des modes d'existence du cerveau, puisqu'il fait naître lui-même ces modes et les ordonne avec un ascendant respecté.

6e ordre de faits : Un objet est matériel quand on peut le comprimer et rapprocher ses molécules de façon à les réduire à quelque chose de résistant et de palpable : or, les phénomènes de pensée, de sentiment , de sensation , de détermination du principe intelligent de l'homme, ne saurait être ainsi comprimé, ni réduit à quelque chose de tangible; toutes ces modifications sont donc parleur essence immatérielles : or, telles sont toutes les modifications d'un être, tel est l'être lui-même; l'âme humaine, ou le principe divin qui embrasse l'universalité de nos actes intellectuels et moraux, étant revêtu et formé de modifications imma-

térielles, est donc radicalement immatériel lui-même dans les profondeurs de sa majestueuse essence. Tels sont les témoignages imposants et irréfragables de la spirilualilé de Tâme humaine et de sa supériorité sur l'univers visible livré à sa pensée, et dont elle découvre les secrets, le but et l'éternel auteur. Il est d'autres témoignages surnaturels de la même vérité capitale qui seront raisonnes plus loin.

On demande comment peut s'accomplir l'union si intime et si incompréhensible de l'âme et du corps? Ces deux substances étant d'une essence opposée et incompatible, il est incontestable que l'influence mutuelle et extraordinaire qu'elles exercent l'une sur l'autre est un état violent, contre nature, et ne saurait être que l'effet d'une puissance infinie qui a l'empire sur les existences matérielles et sur les êtres immatériels, et qui a voulu que l'esprit de l'homme, durant sa course mortelle, fût dans une étroite dépendance d'une portion de matière, qu'il lui fût en quelque sorte enchaîné, afin qu'il se rappelât que sa grandeur vient de plus haut que lui, qu'il n'est rien par luimême, et qu'il ne fût point ébloui par l'éclat de ses dons brillants.

article m.

De Dieu.

L'athée a dit, dans le délire d'uu cerveau troublé par les ardeurs de son fanatisme : « Il n'existe, au-dessus de Thomme, aucun être intelligent et libre qui intervienne

dans l'administration du monde physique et moral. » Tout au contraire, cette existence niée, intelligente, suprême, par qui seule l'univers subsiste et se meut, est invinciblement démontrée, par autant de preuves palpables, triomphantes, qu'il y a de phénomènes physiques et moraux; comme l'intervention d'un ouvrier libre et intelligent est prouvée par tous les caractères d'imprimerie empreints dans un bel et volumineux ouvrage littéraire; comme le passage d'un être animé est attesté par tous les pas qu'il aurait gravés, en nombre effrayant, sur le sable du désert ou du rivage. Nous avons établi que l'âme humaine est spirituelle, que ses innombrables idées, sensations, etc., étant rendues présentes simultanément, et jugées par elle dans des appréciations universelles, ne sauraient être le produit naturel et fatal des modifications actuelles et matérielles du cerveau qui sont toujours en petit nombre à la fois, ou nécessairement isolées; il faut donc que notre âme et ses innombrables phénomènes intellectuels et moraux simultanés soient l'œuvre transcendante d'une puissance élevée infiniment au-dessus de la nature matérielle et de l'homme, et qui, ayant infailliblement et éminemment les qualités de l'homme qu'elle a créé, est, comme elle, libre et intelligente, et intervient sans cesse dans l'évolution phénoménale du monde moral.

L'âme humaine, avons-nous dit, est immense dans ses développements magnifiques ou ses modifications idéales, sensoriales, etc., et notre corps, notre cerveau, ne sont que des points nuageux et imperceptibles dans cet océan, presque sans limite, de clartés et de météores immatériels et ineffables; ces modifications, presque aussi vastes que.

le monde, presque aussi infinies que l'éternité, ne sauraient donc être le résultat naturel et nécessaire des impressions physiques et infiniment restreintes du cerveau, ce seraient des effets sans cause; elles sont donc la noble génération d'une puissance surnaturelle, incomparablement supérieure à l'homme, et qui intervient, par ses lois ou ses volontés, dans ces actes que recèlent les profondeurs les plus reculées de son être.

L'âme humaine, avons-nous dit encore, éprouve des sensations qui sont directement contraires aux impressions physiques du cerveau, et aux lois de la nature matérielle : tandis qu'un seul mouvement ondulatoire sonore, résultant de plusieurs impulsions combinées, doit frapper nos organes, impressionner seul le cerveau, et que nous ne devrions entendre qu'un seul son; en nousmêmes , théâtre de l'impression, nous entendons un grand nombre de sons en même temps, nous les percevons hors de nous, au loin, là même où sont les objets, comme il nous est utile de les connaître; il existe donc, au-dessus de l'homme et des éléments matériels, une puissance providentielle qui sait nos besoins et qui veut que, contrairement aux impressions matérielles du cerveau et aux lois physiques de la nature, nous éprouvions des sensations de sons comme le demande les exigences de notre conservation : tandis que les images des objets extérieurs viennent se peindre, au fond de notre œil, sous des formes de petite dimension, planes, renversées, qu'elles impressionnent, avec ces conditions, notre cerveau, et que nous ne devrions percevoir ces images que dans ce cerveau, et avec des proportions très-petites,

comme des surfaces planes, renversées, nous les contemplons hors de nous, au loin encore, dans des dimensions élendues, souvent vastes, avec leur épaisseur et leur forme naturelle, dans une position droite, comme il est indispensable que nous les percevions, pour connaître les rapports des corps extérieurs avec nous, et pourvoir, en conséquence, à notre conservation; une Providence suprême, à qui nos besoins sont dévoilés, a donc déterminé, par ses libres lois, que nous apercevions les images du monde extérieur, contrairement aux impressions matérielles des tissus cérébraux, et aux lois physiques de la nature, mais en conformité avec les intérêts les plus pressants et prévus de notre existence : tandis que dans des phénomènes d'odeur et de saveur, les molécules odorantes et sapides ne peuvent produire, sur nos sens et notre cerveau, que des impressions physiques de contact, de résistance et de mouvement , et que nous ne devrions éprouver que des sensations de ces ordres, nous percevons des sensations d'odeur et de saveur, toutes différentes de celles-là, et qui n'ont rien de commun avec elles, mais qui nous apprennent opportunément si les objets extérieurs, odorants ou sapides, nous sont utiles ou nuisibles, s'ils sont sains ou altérés, s'ils pourraient ou non servir à notre subsistance; il existe donc, audessus de nous, une puissance qui nous a organisés, et qui, prévoyant nos besoins, a voulu que nous perçussions les odeurs et les saveurs, conformément à ces besoins et contrairement aux impressions spontanées et matérielles des organes de nos sens et de notre cerveau ; ces utiles et

continuels phénomènes sont encore nécessairement dus à son intervention manifeste.

Un athée, de bas-étage, nous disait naguère : « C'est le sang qui produit nos idées; c'est le sang qui fait tout dans notre corps : » Nous lui répondîmes pour le sang : Dès que nous en intimons le commandement, d'innombrables souvenirs apparaissent à notre esprit, en vaste et admirable assemblée, et, selon que nous le désirons, se déplacent les uns en avant, d'autres en arrière; ceux-ci à gauche, ceux-là à droite; s'éloignent, se rapprochent; se rangent sans cesse en des conditions différentes et demeurent en face de notre entendement, aussi longtemps que nous le voulons : or, les molécules du sang et celles de notre cerveau sont sourdes, inintelligentes autant que muettes; elles ne peuvent, n'y entendre nos ordres, ni saisir leur sens précis, dans leur multiplicité, dans leur succession, dans leurs délicates et nombreuses nuances; nous ne savons nous-mêmes où sont nos souvenirs, dans quel abîme ils sont retirés silencieux, ce qu'il faudrait faire pour les éveiller, les faire affluer en foule ou isolément, les déplacer à notre gré, et les systématiser en mille manières diverses, en fixer devant nous la volage nature; c'est donc une puissance intelligente capable de comprendre nos ordres, de les faire suivre, et infiniment audessus de la matière et de l'esprit de l'homme, qui, en composant notre être, a voulu que nos innombrables souvenirs nous obéissent avec exactitude, et ressuscitent, disparaissent, ou sortent de rechef de leur tombeau, s'arrangent diversement, et incontinent selon nos désirs,

par une série de miracles; cet agent, d'une puissance et d'une intelligence infinie, intervient donc dans l'administration de notre monde moral.

L'âme humaine est libre dans ses déterminations, selon que nous l'avons démontré précédemment; elle se décide comme elle le juge à propos, quelles que soient les impressions subites actuelles du cerveau; elle peut se décider contrairement à toutes les impulsions extérieures et intérieures, au tourbillon mouvant de toutes les influences qui l'inclineraient à faire un autre choix, à prendre un autre parti; notre âme, avec ses libres déterminations n'est donc point la production spontanée, inévitable et naturelle des impressions matérielles du cerveau, mais la génération sublime d'un être plus élevé encore, et qui nécessairement doué, à un degré incompréhensible, des qualités de l'âme qu'il a tiré du néant, est intelligent, libre dans son intervention, souveraine au sein du monde moral, comme dans la direction de l'univers sensible.

Quand nous l'ordonnons, un organe éminemment souple, notre langue, exécute ponctuellement tous les mouvements nécessaires pour prononcer un long discours ou réaliser les intonations et les sons harmonieux de plusieurs chants; mais les fibres et les molécules de notre langue sont également sourdes et inintelligentes; elles sont incapables de comprendre nos ordres indéfiniment modifiés, et de se mouvoir d'elles-mêmes savamment pour les exécuter avec une précise fidélité; nous ignorons profondément nous-mêmes à quel degré, dans quel ensemble, il faudrait contracter chacune d'elles, quel moyen il conviendrait d'employer pour cela; c'est donc toujours, par

l'intervention toute-puissante, infiniment intelligente de l'Ouvrier suprême qui nous a organisés, que la multitude des fibres musculaires de la langue de l'homme, exécutent, sans erreur et sans cesse, les ordres nombreux et si différents, si nuancés, si disparates, qu'il leur intime; nous ne pouvons articuler un seul mot sans démontrer rigoureusement l'existence de Dieu ; l'athée, en dépit de son fanatisme le plus ardent, ne saurait proférer un seul mol sans que ce mot ne retombe sur lui et ne l'écrase d'un poids infini, en lui révélant, avec une irrésistible clarté, l'être éternel qu'il brave dans son aveugle audace, et qu'il nie alors même qu'il se dévoile à lui dans toute son indispensable puissance.

Aussitôt que nous le voulons, les doigts de notre main accomplissent, à leur tour, durant des heures, pendant des jours entiers, les mouvements lents ou rapides, forts ou faibles, étendus ou très-bornés, de toutes les diversités de direction, qui sont réclamés pour façonner un ouvrage délicat, lustre des arts, ou pour transcrire les pages immortelles d'un savant manuscrit : or, les fibres de nos doigts, celles de notre bras, comme celles de notre cerveau, sont mille fois incapables d'entendre et d'apprécier juste nos mille et une volonté, à plus forte raison de se donner à elles-mêmes des mouvements pleins de science pour les exécuter; nous savons aussi peu, avec toutes nos facultés, ce qu'il faudrait faire pour déterminer ces inconcevables merveilles; nous ne sommes donc si exactement obéis dans la complexité accablante de nos ordres, par les fibres musculaires de notre main , que parce qu'une volonté, suprêmement efficace et intelligente , a fixé, d'à-

près ses lois, combinant les ressorts de notre organisme, que ces fibres seraient livrées à tel mouvement éclairé et raisonné, lorsque nous en donnerions les ordres positifs et secrets. En concevons-nous le simple vœu ou désir? Les muscles nombreux appelés extenseurs et fléchisseurs, qui revêlent l'extérieur de notre corps, se contractent de façon à nous maintenir de bout et en équilibre; sitôt que nous ressentons la fatigue , et que nous souhaitons que notre corps appuie sur un autre point, ces mêmes muscles se contractent différemment, et de manière à nous faire appuyer sur le point voulu; d'après de nouveaux désirs, ces mêmes muscles se contractent de façon à incliner notre corps , à le précipiter en avant, à le porter dans un sens, dans un autre, à le soulever tout entier dans les airs. Tu demandes des miracles! Tu dis en chercher en vain; tu te ris des thaumaturges, et tu es toi-même un thaumaturge perpétuel; les miracles abondent sans interruption et se renouvellent autour de toi; ton être est comme inondé de l'éblouissant éclat de miracles de vrai nom, et d'un caractère aussi rigoureux, aussi frappant, que si à notre ordre, à notre voix mortelle, les collines bondissaient soudain , changeaient de site, se coordonnaient en ligne droite, en triangle régulier, en polygone imposant; que si, à l'intimation de nos ordres, les eaux souterraines du globe s'élançaient à travers son écorce, et venaient, conformément à nos désirs, former des lacs, des fontaines, des fleuves; que si, ànotre voix, devenue tout à coup puissante, les astres, qui étincellent à la voûte des deux, se transportaient, les uns du nord au sud, d'autres du couchant à l'aurore, s'éloignaient ou se rapprochaient de nous, formaient d'autres

groupes; que si, à noire ordre instantané, des milliers de cadavres, gisant sur un champ d'honneur, se ranimaient, se dressaient sur leurs pieds, se rangeaient en colonnes, figuraient des manœuvres compliquées; car ces cadavres, ces astres insensibles, ces eaux souterraines du globe, ces collines, ne sont pas plus incapables de comprendre nos commandements multipliés et toujours divers, et de se donner spontanément, et avec science, les mouvements pour les exécuter, que les fibres musculaires sans nombre qui sont attachées à nos membres et aux autres pièces du squelette humain. Mais direz-vous, le cœur bat sans relâche, nos entrailles fonctionnent irrésistiblement et ne nous obéissent pas! Vous ne comprenez d^nc pas qu'il fallait qu'ils fonctionnassent indépendamment de nos caprices; que l'homme eut pu abuser, contre ses intérêts, de celte puissance inopportune, et que la fonction respiratoire, qui doit aussi agir pendant son sommeil, est, jusqu'à un certain point, soumise à notre libre volonté, parce qu'il était urgent qu'elle le fût pour parler, exécuter des chants, expectorer, balayer les cavités de la bouche et des narines, etc., tant est composé et systématisé, avec une profonde sagesse , le mécanisme à jamais merveilleux de notre être !

Nous avons démontré,' avec une suffisance de détails, autre part, qu'en général les molécules des corps ne se touchent point; et qu'il fallait qu'il en fût ainsi, afin que le calorique pût y pénétrer et en sortir librement, se mettre partout , en tout , en équilibre ; afin aussi que les molécules des corps puissent osciller en liberté, répéter parfaitement l'infinité des ondulations sonores, et ne point

mettre d'obstacles insurmontables à la transmission dessons; les atomes intégrants des corps ne sont donc solidement unis enlre eux par aucun lien matériel ; par conséquent, ils ne restent partiellement associés et énergiquement enchaînés, les uns aux autres, que d'après les volontés érigées en lois d'un être tout-puissant sur la matière, et à qui tout est soumis; nos doigts ne demeurent-ils point rapprochés, à une faible distance, lorsque nous le voulons impérieusement?

Nous avons observé, en même temps, que nulle puissance ne pourrait faire arriver au contact les molécules des corps; que l'espace, inexprimablement petit qui les sépare, ne saurait être franchi par elles sous aucune pression, sous aucun violent effort : or, il est évident que ce faible intervalle n'est pas , par lui-même, plus infranchissable que les autres points de l'espace; que tous naturellement sont parcourables; il suit, que s'il est éternellement interdit à toute force extérieure, à tout pouvoir humain, de leur faire parcourir cette portion imperceptible de l'espace, c'est parce qu'une puissance souveraine, au-dessus de celle de l'homme et de toute matière, a voulu celte constante merveille pour les motifs que nous venons d'indiquer, et pour rappeler éloquemment à l'homme superbe, que tout, dans la nature, relève d'un arbitre absolu, et que l'intervention de cet arbitre se fait sentir en toutes choses, dans l'univers physique, comme dans l'univers moral.

Quatre principes élémentaires : le carbone, l'oxygène, l'hydrogène et l'azote, constituent, fondamentalement et essentiellement, tous les corps organisés proprement dits,

qui sont les plantes et les êtres animés; sans ces principes primordialement constitutifs, nul végétal, nul animal, aucune de leurs parties ne saurait se former ni vivre.

A ces quatre éléments d'une indispensabilité absolue, s'associent dans la composition des corps vivants seize autres principes , simples auxiliaires : le clore, le soufre , le phosphore, le silicium, le sodium, le potassium, le calcium, le magnésium, le fer, etc.; les autres principes élémentaires, dont le nombre dépasse encore quarante, transportés partout par des torrents de calorique, d'électricité, par les gaz et les eaux, n'interviennent qu'accidentellement et en quantité inappréciable dans la structure complète des êtres organisés.

Mais c'est un fait universel et perpétuellement constaté, que les quatre éléments fondamentaux et essentiels des corps vivants, le carbone, l'oxigène, l'hydrogène et l'azote, étant abandonnés à eux-mêmes, ne sauraient, quelles que soient leurs proportions, leurs nuances d'arrangement et de systématisation, et sous quelques influences, modifiées à l'infini de calorique, de lumière , d'électricité , qu'ils se trouvent, enfanter un seul végétal, un seul être animé visible; moins que cela , la plus faible de leurs parties; que, partout où un des animaux qui s'offrent à nos regards , où l'une des plantes que l'homme cultive ou qu'il utilise, n'a point été transportée, le sol avec toutes ses ressources, tous ses principes et toutes leurs puissances réunies, se montre à jamais impropre à les engendrer, impuissant à reproduire une seule fibre végétale, un seul organe animé; que, pour faire naître un animal visible, il faut toujours un germe produit par un animal déjà existant et fécondé

par un autre; que, pour développer une plante, il faut toujours ou un germe formé par une plante antérieure et fécondé par une autre plante d'espèce identique ou analogue, ou quelques portions vivantes de cette plante; or, c'est un fait non moins irréfragablement constaté : que les animaux et les végétaux actuels n'ont pas toujours subsisté sur la surface de ce globe; qu'il y a eu un temps où cette planète nue et veuve de tout habitant, ne présentait qu'un affreux et immense désert; il est donc irrécusable que ce désert stérile eût été éternel, si une puissance supérieure à cette nature ne fût miraculeusement intervenue; et que la foule des animaux et des végétaux qui ornent maintenant le séjour de l'homme, n'ont point été le produit spontané et essentiel de la combinaison infiniment incapable des éléments; que ces êtres organisés et vivants sont l'œuvre surnaturelle d'une main supérieure, à qui les éléments obéissent en esclaves, et sans laquelle leur action organisatrice s'anéantit et ne saurait donner la vie à aucune espèce vivante ni à aucune des espèces possibles, dont le nombre est sans limite. Il est expérimentalement prouvé que les lois et les propriétés essentielles des éléments sont immuables; si donc, autrefois, elles avaient spontanément créé des animaux et des végétaux, elles en produiraient encore; elles enfanteraient toujours et partout, et la diversité des circonstances, la mobilité incessante des influences entraînerait seulement, dans les êtres vivants, des modifications de formes, de grandeurs, de résistance, de teinte, etc.

Le monotone et perpétuel verbiage inapprofondi des matérialistes, est d'affirmer en oracles exceptionnellement

inspirés : « que toutes les fonctions de l'animalité sont des conséquences nécessaires de son organisation; » imaginet-on une stupidité plus haute? Voilà un œuf avec son albumen; on n'y perçoit encore aucun organe; et pour qu'il y en apparaisse, il faut : 1° l'intervention d'une fonction transformatrice, ou d'une puissance qui transforme l'albumine en une matière animale plus immédiatement propre à être organisée, c'est-à-dire en sang, en fibrines, etc.; 2° l'intervention d'une fonction organisatrice proprement dite, ou d'une puissance qui arrange la matière animale appropriée en cellules, celîes-ci en fibres, les fibres en faisceaux, en muscles, etc.; voilà des tissus, il faut un tisserand préalable pour les composer; 3° l'intervention d'une fonction coordinatrice ou d'une puissance qui systématise entre eux les organes formés, qui en détermine les limites, l'étendue, la position, et qui les lie étroitement entre eux par des moyens convenables; voilà des matériaux taillés, il faut un architecte qui les dispose sur des plans pleins d'une science prodigieuse et d'une prévoyance non moins élevée; 4° l'intervention d'une fonction vitalisalrice ou d'une puissance qui communique aux tissus la propriété de se décomposer et de se recomposer, d'éliminer sans cesse quelques-unes de leurs molécules et de les remplacer par d'autres, en les leur assimilant; qui ne conçoit qu'il faut en outre l'action d'une puissance qui dote l'être vivant de la faculté privilégiée de percevoir les impressions ou de sentir; l'action d'une puissance qui le pourvoie de la faculté merveilleuse de connaître ses rapports avec l'univers; l'action d'une puissance qui accorde à l'être animé l'immense prérogative de commander à ses organes et

d'en être fidèlement obéi; l'action d'une puissance qui harmonise tous les êtres doués de vie avec les agents universels de la nature, qui mette l'œil de l'animal en rapport avec les lois connues de la lumière qui doit l'éclairer; son pied, avec le sol dur; sa poitrine, avec l'air atmosphérique qui doit y revivifier le sang; son oreille, avec le même fluide aérien, qui doit être chargé de transmettre sa pensée et de lui dévoiler des pensées étrangères, etc.; ses organes d'assimilation, en rapport avec toutes les substances propres à l'alimenter, en lui révélant quelles sont précisément ces substances spéciales, en quel temps il faut les prendre, dans quelle mesure, de quel breuvage il faut les accompagner? Les fonctions intelligentes à l'infini de l'animalité , supposent donc toutes et proclament avec éclat, comme leur cause, une puissance qui peut tout sur la matière, qui connaît tout, et dont la sagesse est sublime, sans limite.

Il est d'autres démonstrations palpables de l'existence de Dieu, que nous avons développées dans les deux premières parties du Progrès, et que nous ne redirons point ici.

Citations textuelles des articles qui précèdent.

Sur la liberté : « Par cette hiérarchie de nécessités, le monde forme un être unique, indivisible, dont tous les êtres sont membres. Au suprême sommet des choses, etc. » (Taine, les Philosophes du dix-neuvième siècle.)

Un autre penseur du même ordre et de la même force : « La liberté n'est qu'un mode de l'activité cérébrale ;

quand l'homme se détermine, c'est d'après un mode d'activité qui l'emporte sur les autres; c'est une nécessité qui prévaut et qui eût pu être vaincue par une autre. » (Litlré, Article arbitre.)

« Notre esprit est une machine construite aussi mathématiquement qu'une montre ; si tel ressort l'emporte, il accélère ou fausse le mouvement des autres, et l'impression qu'il leur communique échappe au gouvernement de notre volonté, parce qu'elle est notre volonté môme. L'impulsion donnée nous emporte; nous allons irrésistiblement dans la voie tracée, et l'automate spirituel qui fait notre aide, ne s'arrête plus que pour se briser. » (Taine, Essai de Critique, p. 339.)

Sur la spiritualité de l'âme : « Toutes les facultés que le déisme attribue à Dieu n'ont jamais existé sans un cerveau. » (Renan, Opinion nationale, 4 septembre 1862.) Où sont donc les preuves de ces affirmations si tranchantes? L'abeille, qui n'a point de cerveau, a-t-elle des facultés intelligentes moindres que le bœuf, l'hippopotame, le rhinocéros, etc., qui en ont de considérables? L'araignée, qui dispose sa toile avec tant d'intelligence, n'a point de lobes cérébraux ni cérébelleux; le colimaçon, la fourmi, sont dépourvus des mêmes organes; le sont-ils de toutes connaissances? Non-seulement la pensée n'est point impossible sans un organe cérébral, mais nous avons démontré, par des preuves accumulées avec profusion, que le principe qui pense ne peut avoir avec la matière qu'une union forcée, violente, contre nature, et que, pour réaliser cette union, il n'a pas moins fallu que la toute-puissance d'un Dieu. Les rêveurs, qui ont voulu donner à Dieu pour

corps nécessaire la matière universelle, ne sont donc que des cerveaux détraqués prodigieusement, des êtres frivoles dont la pensée n'est point descendue au-dessous de la plus mince écorce des choses.

Un autre poursuit : « L'âme est l'ensemble des fonctions du cerveau; la pensée est inhérente au cerveau, comme la contractilité aux muscles. » (Littré, Dict. de Nysten.)

« Nulle expérimentation ne nous prouve qu'une âme spirituelle se soit unie au corps. » (Ilenan, De l'École spiritualisie, Revue des Deux-Mondes, tome XIV, p. 504.) Pas une seule fois dans votre vie, au milieu de vos élucubrations sans fin, vous n'avez donc saisi une de ces preuves, un de ces faits décisifs et nombreux par lesquels nous avons fait briller au-dessus de tout nuage l'immatérialité du principe immense qui régit noire organisme? Alors, plaignons sincèrement le genre humain d'avoir de si pauvres illuminateurs; déplorons la fatalité de sa destinée de se livrer à des oracles si niais et si hautement bornés!

Le matérialiste continue : « Il n'y a jamais eu de prévoyance, de perception des objets extérieurs; de conscience, enfin, sans un système nerveux. » (Renan, Opinion nationale, 4 septembre 1862.) « Oui, dans l'homme! mais par quelle expérimentation, par quelle preuve sensible nous monlreriez-vous cette assertion tranchante pour tous les anneaux de la chaîne zoologique? Il est des animaux dépourvus de tous vaisseaux , de toute trace de système nerveux, et qui cependant se contractent, exécutent des mouvements et donnent des témoignages qui perçoivent des impressions; quelles démonstrations sérieuses, inattaquables déploiriez-vous pour établir que ce ne sont là

que des apparences illusoires, et que ces animaux n'éprouvent aucunes sensations, quelque vagues qu'on puisse les supposer? A quoi eut servi un cerveau à la Pensée éternelle qui conçut et réalisa l'univers, puisqu'il n'est dans l'homme qu'un instrument destiné à lui rappeler sa dépendance, qu'une lourde chaîne qui rabaisse les altières suggestions de son orgueil? Le cerveau, disent les matérialistes, est comme une lyre dont les sons harmonieux s'allèrent quand elle est en mauvais état, et s'anéantit si elle se brise. Le cerveau est-il irrité ou malade? Les actes intellectuels et moraux sont défectueux proportionnellement; est-il entièrement désorganisé? ces actes s'éteignent, deviennent impossibles. » Cette difficulté futile prouve l'irréflexion des hommes superficiels qui s'en prévalent d'un air de triomphe; car ce n'est point la lyre qui crée des airs touchants, qui en commande l'exécution à ses cordes et aux doigts de l'artiste; elle ne produit dans tous les éléments qui la composent que des mouvements vibratoires, tandis que les sons proprement dits sont des sensations de l'âme qui n'ont rien de commun avec des agitations d'atomes, et que c'est l'intelligence du musicien qui ordonne à ces propres organes la mise en jeu merveilleuse de l'instrument. Parce que le peintre du plus grand talent ne peut faire aucun de ses tableaux, commencer aucune de leurs parties sans ses pinceaux, sans les couleurs grossières que sa molette broie, ne serait-ce pas le dernier degré du délire, de prétendre que ce sont ses couleurs, ses pinceaux, qui sont la cause productrice de ses sublimes desseins et qui enfantent ses plus éclatants chefsd'œuvre? Parce qu'un système ingénieux de rouages ne

peut être accompli sans métal ou quelques autres sub stances propres, et sans lime, sans marteau; s'en suivrait-il, que les mécanismes ingénieux qui excitent notre admiration sont produits par tel métal,ttels instruments organisés? Il serait donc absurde, parce que le cerveau aura été imposé à rame comme une condition indispensable à l'exercice de ses facultés, comme un instrument obligé de ses œuvres immédiates, de conclure que c'est le cerveau qui crée les facultés mêmes de l'âme et toutes les conceptions vastes et miraculeuses du génie humain? Nous allons parcourir, au lieu d'illuminations remarquables, une suite de traits frappants de démence et d'audace : « Nulle limite ne peut être tracée à l'esprit humain. » Certes, on s'en douterait peu en vous lisant! « Rien n'est au-dessus de l'homme. » (Renan, Revue des Deux-Mondes, 15 janvier 1860, page 374.) Dites que rien n'est au-dessus de la folie audacieuse de vos pareils; vous ne nous dispensez que trop d'en chercher la preuve. « L'idée d'un être théologique quelconque, c'est, comme le disait La Place, une hypothèse désormais inutile. » (Littré.) « L'idée de Dieu n'explique point l'univers, qui tire son origine des propriétés immanentes de la matière; bien plus, l'idée de Dieu est antipathique à toute science. » (Littré, Conservation, préface, page 24.) Sans ces traits indéniables, on ne se figurerait jamais que des hommes, qui se vantent du privilège de penser, aient pu rester éternellement à la surface des choses sans y pénétrer un seul instant, et y découvrir quelques-unes des attestations innombrables qui révèlent si démonstrativement, si matériellement aux regards les plus incultes, la cause première, sa

suprême liberté, etc. « Les sciences se montrent de plus en plus contradictoires et incompatibles aux conceptions du surnaturalisme. » (Litlré, Conservation, page 137.) Oui, les sciences fausses et absurdes, telles que vous les faites dans votre fanatisme indomptable de parti , avec des imaginations de visionnaires, avec des faits morcelés, dénaturés, isolés de la masse puissante des autres faits chargés de les interpréter, et dont vous ne tenez nul compte; le ciel le plus brillant ne paraît-il point chancelant, nébuleux dans la confusion, lorsqu'il se réfléchit sur une eau vaseuse et troublée par l'orage? « L'expérience a banni définitivement du monde des faits les volontés et les intentions libres autres que celles de l'homme; lui seul change le cours des choses. » (Renan, Origine du langage, pages 240-241.) Pour proférer de ces extravagances, il faut couvrir d'un voile l'univers et les annales du monde, et se placer, ivre, sur un trépied de folie; l'expérience et les faits renouvelés par milliers, ou plutôt en nombre altérant, démontrent que la volonté seule de l'homme ne pourrait fléchir un seul de ses doigts, et qu'elle a besoin, pour le plus obscur des mouvements qu'elle commande, de l'intervention de celui dont la connaissance et le pouvoir sont sans limites sur la matière, etc.; que l'univers luimême n'est qu'une pensée puissante et magnifique de Dieu, dans l'infinité de ses manifestations phénoménales. « La conception d'un Dieu, isolé du monde, est le fruit d'une race à l'esprit étroit, incapable de saisir les diversités; c'est la contemplation du désert qui inspira aux Juifs l'idée d'un Dieu unique. » (Renan, Études, page 88.) Mais les Arabes habitaient aussi le désert et adoraient les

astres et une foule de dieux; mais les peuplades perdues dans les déserts immenses de l'Amérique, rendaient un culte à une multitude de dieux. N'est-il point indubitable, au contraire, que ce futl'étroitesse ou la faiblesse de l'esprit humain qui, ne pouvant saisir les rapports et l'unité de ressemblance des parties diverses d'un grand tout, ni comprendre comment tant d'êtres et tant de systèmes d'existence étaient susceptibles d'être conduits par un seul pouvoir suprême, supposait, dans toutes les parties de la nature, des puissances intelligentes qui les gouvernaient; et que ce ne fut qu'après avoir beaucoup médité, comparé et évalué, que la raison humaine a reconnu enfin que les existences animales et végétales étaient conçues sur le même plan commun: que tous les éléments constituants de notre globe ont été combinés par une même conception; que les planètes de notre système solaire, que les comètes faisant partie de notre système cosmogonique et des autres systèmes de monde semés dans l'espace, sont des portions d'un même dessein universel; qu'il n'existe qu'un univers et une seule pensée créatrice, c'est-à-dire un Dieu? Quel abîme a dû franchir la raison avant d'arriver si haut aux dogmes de l'unité divine, qui dépasse presque à l'infini la portée d'un esprit étroit? Confondre Dieu, qui est essentiellement spirituel, comme la pensée et le sentiment, comme la volonté, avec le monde matériel, n'est-ce point encore le fruit d'un esprit inculte et étroit, qui ne conçoit point que deux substances d'une essence opposée et incompatible ne sauraient pas plus se mêler, se confondre que la vie et la mort? Nous ne sommes pas au bout des réformes progressives de la philosophie de ces régénéra-

teurs. « Quelle spontanéité heureuse dans cet instinct qui personnifia tous les objets de la nature, les rendit mystérieux et vénérables, et créa, en créant le fétichisme, la trame primitive de l'existence sociale... splendeur d'imagination! et quelle inspiration de beauté, quand tout ce fétichisme vint s'épandre en toutes ces créations à la fois, si rationnelles, etc. » (Litlré, Conservation, page 281.) Qui s'en fut douté?.. . qui ne serait pas, en effet, éblouidela splendeur du grillon, du fétu de paille, du morceau de verre, du fragment de corne, etc., que le nègre, admirablement ingénieux, choisit pour ses fétiches ou ses déités? Mais voici venir un autre matérialiste qui ne tientpluslemême langage et n'est pas également enthousiasmé devant ces créations si raisonnables, puisqu'il compare le nègre, adorant ses idoles, aux sauvages d'incurable stupidité (Renan.). Ce qui émane comme une beauté des impressions physiques du cerveau de l'un , s'échappe comme une absurdité des impressions physiques de l'autre; ces deux machines cérébrales, aussi mathématiquement réglées qu'une montre, ne sont pas parfaitement d'accord ; les propriétés essentielles de la matière, « qui sont les causes génératrices de tous les phénomènes, » sont convaincues de contradictions scandaleuses avec elles-mêmes; mais ces oppositions font la gloire du matérialisme, et sont pour lui une caution de prospérité dans un siècle d'infatigables progrès, qui ne voit plus d'autres miracles que ceux de ses inconciliables adoptions , et n'est plus sympathique qu'aux absurdités enfantées par des imaginations frénétiques. L'auteur continue : « Qu'un jour l'humanité, dans sa maturité, sera gouvernée par les lois de l'immanence. » {Paroles de Philosophie positive, page 35.)

Mais si, comme vous le rêvez, tout est nécessaire dans l'univers et déterminé par une fatalité irrésistible, l'humanité ne saurait être plus tard gouvernée par d'autres lois que celles de cette absolue nécessité, de cet enchaînement fatal de tous les événements et de toutes les manifestations des essences matérielles, génératrices de toutes choses, selon vous. Nul prodige dans le sombre gouffre de l'athéisme, ne saurait empêcher son fanatique partisan de se contredire et de prononcer lui-même, à chaque instant, sa propre condamnation ; vous l'avez entendu proclamer toutes les nécessités, et, peu après, proposer des réformes. « L'humanité, au dire du matérialiste, est la providence des générations successives; elle seule mérite nos hommages et nos adorations; elle est l'idéal immense, infini, qui travaille pour nous et nous absorbe. » (Liltré, page 296.) Si l'humanité est l'unique providence de l'homme, c'est elle qui lui prépare dans le sein de sa mère, à son arrivée à la vie, un breuvage proportionné à ses besoins et à sa faiblesse; c'est elle qui donne à la femme qui a enfanté, une tendresse à toute épreuve, qui surmonte le dégoût des derniers soins qu'elle prodigue pendant un temps si long au fruit de ses entrailles; si l'humanité est la seule providence de l'homme et du monde, elle est aussi la seule providence des animaux; c'est elle qui ménage aux quadrupèdes à leur naissance, dans une mamelle féconde, le lait qui les attend et les nourrit, etc.; c'est elle qui donne aux jeunes oiseaux l'instinct providentiel de bâtir un nid, dont il ne connaît pas le but; d'y déposer des œufs, dont il n'entrevoit pas les destinées ; de les couver sans savoir pourquoi; c'est elle qui donne à la tortue, in-

capable d'incuber ses œufs, l'instinct prévoyant de les enfouir dans le sable ardent du rivage, etc.; si l'humanité est l'unique providence des êtres visibles, c'est elle qui revêt le pied du cheval d'une chaussure ou sabot résistant, pour ne point être offensé par les inégalités du sol ; c'est elle qui étend sous les pieds des autres animaux un coussin mol et élastique, pour rendre la pression plus douce et prévenir les promptes blessures; c'est elle qui a placé au devant de l'œil une fenêtre transparente pour laisser passer les rayons de lumière chargés d'aller représenter les objets extérieurs sur le miroir déployé au fond de l'œil; c'est elle qui pourvoit l'éléphant d'une trompe flexible, ou d'un long bras, pour aller prendre sur le sol les subsistances et les boissons que la brièveté [de son cou ne lui permettrait pas d'y aller chercher; c'est elle qui organise dans chaque plante des graines propres à la reproduire, la nature tout entière avec ses éléments et leurs combinaisons, variées à l'infini, se montrant impuissante à produire une seule des plantes qui parent ce globe, une seule graine; c'est elle qui crée dans chaque animai le germe qui doit le perpétuer, puisque toutes les puissances matérielles réunies et combinées ne parviennent pas à faire éclore un seul des animaux visibles, existant ou possible; si l'humanité est la seule providence qui se trahit à nos regards en ce monde, c'est elle qui fait chaque jour monter le soleil sur notre horizon, et qui tantôt le rapproche de nous pour féconder nos champs et mûrir leurs fruits, et tantôt l'éloigné vers d'autres régions, et toujours régulièrement, pour répandre sur elles les mêmes bienfaits ; c'est elle qui a mis en harmonie notre planète avec les feux

et la lumière du soleil, conformément à nos besoins et à ceux de tous les êlres vivants coordonnés entre eux et avec nous; c'est elle qui a placé, dans les entrailles de la terre, le dépôt de substances minérales et de métaux que réclamaient les industries privilégiées de l'homme; c'est elle qui a imprégné de sel, dans les mers, vingt-deux millions de lieues carrées d'eau sur une profondeur moyenne de plus d'une lieue pour l'empêcher de se corrompre; c'est elle qui comprend nos ordres perpétuels et sans cesse diversifiés, et qui les fait exécuter fidèlement par d'innombrables parties de notre corps, et par nos souvenirs immatériels, non moins sans nombre et mystérieusement reculés dans les abîmes insondables d'une âme immense; ce sera cette humanité fragile , accablée d'infirmités , qui sont presque toujours son œuvre, défigurée par le jeu ignoble des passions et des vices dont elle provoque l'irruption sur elle , qui se sera elle-même créée avec toutes ses facultés hautes et invisibles, mais providentielles, avec ses organes ingénieux, calculés par avance, éminemment providentiels, dans toutes leurs formes, leurs dispositions, leurs actions : oh vésanie! que rien ne saurait égaler. La Providence incréée, suprême, signe son nom, appose son sceau au bout de tous les phénomènes, de toutes les lois, de toutes les propriétés des êtres dont le spectacle nous étonne; le hasard n'existe que dans le cerveau du matérialiste, le désordre ne règne que dans ses idées, il ne découvre de la confusion et de l'aventuré dans les choses, que parce qu'il ne comprend pas les grands ensembles dont elles font partie, et que déterminent leur destination; c'est ainsi que les perturbations du monde

physique figurent comme élément important, essentiel, dans l'économie plus élevée du monde moral; c'est ainsi que les infirmités de l'homme, ses douleurs, ses luttes dans la vie, entrent comme partie nécessaire dans le plan de ses destinées, ultérieures à celte existence, et l'aident à les accomplir : les crimes qui nous révoltent sont des conséquences de la liberté de l'homme, et ne pourraient être empêchés d'en-haut sans rendre impossibles les mérites et les couronnes des plus héroïques vertus; c'est ainsi que l'athée peut faire une guerre impie et acharnée à son auteur, parce que la justice trahie, indignement outragée , doit recevoir une éclatante réparation , et faire retomber, sur la tête du coupable, les suites de ses agressions insensées.

ARTICLE IV

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