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l'histoire humaine nous découvre toutde suite les mystères d'opprobre qui déshonoraient la famille dans le paganisme, et la déshonorent encore aujourd'hui partout où l'Église n'a pas porté le Christ, et où le Christ n'a pas rehaussé jusqu'à lui la société domestique. Partout, dans une mesure proportionnée à l'abjection des peuples, la famille c'était le despotisme du père, la servitude de la mère, et entre les deux, comme résultat de l'un et de l'autre, la dégradation de l'enfant; c'était sous ces trois faces l'opprobre de l'humanité entière. J'admets sous ce rapport des variétés et des différences, variétésdans l'ignominie, différences dans le degré d'une abjection commune à toutes les familles qui n'ont pas adoré notre Christ. Kvidemment c'était là, au foyer domestique, à la source même de la vie humaine, qu'il fallait commencer cette transformation
qui devait en préparer tant d'autres.
Qu'a fait Jésus-Christ pour opérer dans la famille cette transformation radicale? Quels moyens a-t-il employés pour faire tomber devant lui ce despotisme des pères, cet esclavage des mères, cette dégradation de l'enfance :
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tous ces opprobres de la vie domestique?
S'est— il hâté de proclamer dans le monde, avec l'éclat bruyant des réformateurs humanitaires, les droits de l'enfant, la réhabilitation de la femme, la déchéance de la tyrannie paternelle? Non, Messieurs, Jésus-Christ a laissé aux hommes ces procédés vulgaires; ici, comme partout ailleurs, il a agi en Dieu, c'està-dire sur le fond et la substance des choses; il a fait pour la famille ce qu'il a fait pour la société et ce qu'il a fait pour l'homme.
Pour relever l'homme, il s'est mis lui-même dans l'homme; pour relever la société, il s'est mis lui-même dans la société ; pour relever la famille, il n'a pas suivi d'autre méthode, il s'est mis lui-même dans la famille. Comme la famille est le principe vital de la société publique, il s'est fait lui-même le principe vital de la famille chrétienne, Et voici le premier mystère dé grandeur accompli par le christianisme au sein de la famille : le Christ créé et perpétué dans les générations par le ministère de l'Église.
Mais par quelles divines influences , par quels mystérieux canaux l'Église fait-elle tout
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d'abord dériver dans la famille la vie de Jésus- Christ, pour la former ensuite à son image et la couvrir de sa force comme d'un bouclier invincible? Messieurs , ces canaux mystérieux qui font couler dans la famille chrétienne la vie du Christ, vous les connaissez : ce sont les sacrements; et le secret de ses divines influences est dans la fonction même qui vous Les administre. Les sacrements sont des mystère es, des signes opérateurs institués par Jésus-Christ, pour le créer lui-même dans l'humanité et entretenir entre lui et l'humanité incorporée à lui des relations vitales. C'est là qu'il faut chercher, avant tout, le secret divin de la transformation opérée par Jési' — Christ au sein de la famille chrétienne.
Et d'abord, Messieurs, à la base de la société domestique, au nœud substantiel de la famille, Jésus-Christ ne s'est pas contenté de mettre un central humain, une mutualité de consentement : il a mis un sacrement divin, le inariage chrétien. Or, le mariage chrétien n'a pas seulement la force de lier l'un à l'autre devant la société les deux êtres qui s'approchent pour constituer l'unité \ ivaftiede la famille; il
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a la puissance de les unir tous deux à Jésus- Christ par la communication de la grâce sacramentelle, qui n'est autre qu'une communication de sa propre vie; communication mystérieuse mais réelle, apportant avec ellemême un secours et une force relatifs aux devoirs imposés aux époux par uu contrat qu'elle élève à la hauteur d'un sacrement, et par un sacrement qui les élève eux-mêmes à la hauteur de Jésus-Christ. Aussi je ne m'étonne pas de la solennité que l'Église se plaît à donner à cet acte sublime, qui prédispose d'avance le futur père et la future mère à développer dans une postérité digne d'eux cette vie du Christ, dont le mariage les revêt eux-mêmes pour ce ministère deux fois sacré.
Cette vie surnaturelle, il est vrai, ne se transmettra pas dans leur postéritéparlamême voie qui transmettra la vie de la nature. Pour cette seconde vie de l'enfant sorti d'eux il faudra une seconde naissance : et voilà pourquoi, pour la première création de cette vie divine •dans les enfants de la famille, il y a un autre sacrement : le baptême, si bien nommé le sacrement de régénération , parce que , par la
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puissance de ce sacrement, l'enfant de ia famille, héritier do la mort qui lui vient par Adam, renaît à la vie qui lui revient par Jésus-Christ. Cette seconde vie que Dieu seul peut rendre, . parce que lui seul put la donner, n'est pas une création de l'homme et de la femme, d'Adam el d'Eve; c'est uuecréationdeJésus-Christetde son Eglise : création doublement divine, puisque c'est un Dieu qui met lui-même dans l'âme le mystère de sa propre vie. Mystère radieux qui répand dans la famille autour de l'enfant régénéré une divine émanation de Jésus-Christ. Le Christ, en effet, n'a pas seulement écrit
a nom au front du jeune chrétien et marqué son âme d'un caractère éternel ; il a mis dans sa vie quelque chose de divin en se mettant lui-même en lui. Et lorsque cet enfant encore illuminé des clartés du mystère est rapporté sous le toit domestique , nul ne peut dire de quelle vénération le père et la mère, qui ont le sens de cette transfiguration, environnent ce chrétien tout rayonnant de Jésus- Christ!
Laissez-legrandircet en lantqui porte Jésus- Chris! ; ou plutôt laissez le Christ grandir et se
développer en lui. Comme les germes de la vie naturelle S'épanouissent au souffle de la nature, Jésus-Christ, déposé par le baptême dans ce jeune transfiguré avec tous les éléments de sa vie, va croître et se développer en lui sous ce foyer chrétien, comme il croissait et se développait sous l'humble toit de Nazareth. Et lorsque ses pieds affermis porteront avec aisance le fardeau de son corps grandissant ; lorsque sa raison denses premières lueurs lui découvrira les premiers abîmes de la vie, el que la vie elle-même, en éclairant devant lui ses propres horizons, se révélera telle qu'elle est, une milice et un champ de bataille: alors un nouveau sacrement viendra donner à cette vie du Christ devenue militante le sceau de la force et de l'affermissement. Le chrétien agrandi deviendra un soldai, soldat armé du ist pour le défendre lui-même; la confirmation marquera dans l'enfant une nouvelle croissance, et au foyer une nouvelle irradiation de Jésus-Christ.
Mais, môme après cet accroissement de sa force et cet agrandissement de Jésus-Christ eu lui, le jeune chrétien peut succomber et.
quelquefois succombe sous le poids de la lutte. A côté de ce Christ vivant et grandissant en lui, il porte des passions qui vivent et grandissent aussi ; et souvent maîtresses et victorieuses de lui, elles le prosternent devant les dieux adorés par elles-mêmes. Dans ce cœur qui portait le Christ il se fait des défaillances, des chutes, des dégradations, des ruines quelquefois, Pour le relever de ces chutes et le guérir de ces défaillances, pour réhabiliter ces dégradations, et réparer ces ruines, Jésus- Christ a institué un sacrement tout exprès, le sacrement du repentir ou de la Pénitence; sacrement divinement restaurateur, par lequel Jésus-Christ se refait lui-même dans l'âme qui l'avait perdu. Le chrétien déshérité de son Christ le retrouve dans une bénédiction qui le lui restitue : il l'avait perdu dans l'orgueil et dans la volupté ; il le ressuscite dans des larmes qui le rendent encore digne de lui et par un prosternement qui le rehausse jusqu'à lui. Ce Christ un moment exilé du chrétien se rend, en redevenant son hôte, plus sensible à son âme, plus visible sur son front ; et l'on dirait qu'il ne s'est un moment effacé
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du chrétien que pour y reparaître dans une joie plus sereine et sous un rayon plus doux. Dans cette croissance du Christ vivant et grandissant dans l'homme, qui prépare dans la famille le progrès de la vie chrétienne, un jour doit, venir, plus beau que tous les autres, jour sans pareil où le sacrement eucharistique consommera dans le jeune chrétien la plus complet ssion du Christ ; jour du ciel
illuminant la terre, où l'enfant eu revenant du temple, rapporte son Dieu dans sa poitrine devenue un tabernacle, et transforme en un sanctuaire ce foyer consacré où la famille entière aime et adore le Christ présent dans un enfant. Si ce jour-là surtout, comme il se pratique encore dans les f profondément chrétiennes, le père e! la mèr les sœurs, sesoni assis avec lui h ce banq où le Christ se donne et s'incorpore à tous; ah ! comment vous dire ce que devi ; aux yeux les ans des autres tous ces êtresqui portent sur leur front le rayon d'une même trfl figuration? Comment exprimer dans un langage digne d'interpréter un pareil mystère la religieuse vénération des parents pour I
fants et des enfants pour les parents lorsque dans la même lumière et la même émotion, ils voient et sentent tout à la fois les uns dans les autres le même rayonnement et le même tressaillement de laviede Jésus-Christ?Quelle impulsion et quel essor sublimes donne à la famille entière cette communication de la vie du Christ faite en un même jour à tous et à chacun dans un même festin ! Comme ce sens de Jésus-Christ présent et croissant au foyer agrandit les aspirations, élève les pensées, transforme la vie et divinise en quelque sorte la famille entière !
Est-ce tout, Messieurs? le Christ s'est-il rendu assez présent et assez palpable dans la famille chrétienne? Non; toutes ces manifestations du Christ, toutes ces communications de sa vie, se complètent dans un mystère qui laisse sous le toit domestique d'impérissables souvenirs : celui où Jésus-Christ dans une visite dernière vient trouver le chrétien qui ne peut plus aller à lui, pour le marquer d'une suprême onction et l'armer de lui-même comme d'un viatique à son départ pour l'éternité. Ah ! lorsque, dans cette religieuse émo-
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lion qui environne la couche d'un chrétien mourant, la tristesse de voir un frère prêt à quitter ce foyer tant aimé, se transforma dans la joie que le Christ y apporte et à ceux qui demeurent et à celui qui s'en va ; lorsque la famille agenouillée dans la douleur, la prière et les larmes, pleure l'homme qui va quitter la terre, et vénère le chrétien qui a i son Christ; lorsqu'elle entend le prêtre, l'ange conducteur du fidèle au départ, répéter en s'inclinant sur son front, cette parole que seuls les vrais chrétiens peu vont entendre sans désespoir et même sans tristesse : « Proficiscere, anima chrisliana : Partez, âme chrétienne, partez ; » lorsque la vie s'étant cnvolée dans un dernier soupir de ce corps sanctifié par la présence de Jésus-Christ, tous, parents et amis, avec cette piété mêlée d'attendrissement et cette douleur mêlée d'allégresse qui est le deuil des chrétiens, sont venus prier autour de ce cadavre comme autour d'un tabernacle ; lorsqu'ils ont jeté sur lui avec l'eau sainte, comme un dernieradieu et une dernière bénédiction, le sigQe de ce Christ qu'il a porté dans toute sa vie et qu'il em porte avec lui dans
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lamort;lorsqueenfîn l'Église elle-même, transfigurant dans les clartés de la foi etles rayons de l'espérance de deuil de la famille, est venue chercher cette dépouille consacrée, et a fait entendre au seuil du foyer domestique ce chant des funérailles où les joies de la patrie se mêlent pour les adoucir aux tristesses de l'exil : ah ! Messieurs, comment vous dire non-seulement l'amour, mais la vénération, mais la religion qui s'attache à ce foyer où Jésus-Christ se rend sensible à toutes les étapes de la vie, et où la famille le sent encore même dans lamort, avec une majesté agrandie par l'auréole d'immortalité dont il couronne les tombeaux?
Ainsi le mariage, le baptême, la confirmation, la pénitence, l'eucharistie, l'extrêmeonction déposent, développent ou consomment dans la famille chrétienne le mystère de la vie du Christ, et préparent dans les accroissements successifs de cette vitalité divine les vrais progrès de l'humanité par le christianisme. Et si à tous ces éléments de vie grandissant en Jésus-Christ et par Jésus-Christ, Dieu a voulu ajouter la noblesse du sanctuaire, comme il arrivait souvent autrefois dans les familles