TAH JÉ8UI
chrétiennes heureuses de cré( ur sang
un prêtre à Jé9us-Christ ; si, dans cett< I mille déjà toute couverte de l'illu q de
Jésus-Christ, vous supposez que Dieu s préparé un élu de t'aristoorati rdotale,
comme pour y achever la grandeur qui vient du Christ, en jetant sur elle un reflet di roy , dans un tableau abis
mais fidèle, tous le- candeur
l'Eglise par ses sacrements consomme dau
ille chrétienne, en y faisant naître, croître et grandir Jésus-Christ!
Ainsi l'Eglise oommence la transformation de l'humanité : elle fait dériver dans toutes
lilles soumises à ses influer ndes la
vi.' de Jésus-Christ; et cette vif rejaillisi >utes ces -ouroes dans la société entière lève tout à sa propre hauteur. Connue la vie d'Adam passe par les familles pour former le '-oin'ant jetés humaines, la vie du
Christ passe par les familles pour foi courantdes sociétés chrétiennes. Ainsi Jésus- Christ Homme-Dieu continue de s'incorporer par les veines de la famille à l'humanité tière ; et à mesure que la famille se multiplie et
72 LE PBOCiRÈS DE LA FAMILLE
s'élend, le Christ s'étend et se multiplie luimême dans les espaces et dans les siècles. Il y a bientôt deux mille ans, le grand mot transformateur du monde retentissait surle berceau d'un enfant comme un écho de la prophétie se répétant dans l'histoire : « Uu enfant Dieu nous est né ; Dieu est avec nous, Emmanuel. » Cette parole qui retentit à Bethléem, qui retentit à Nazareth et de là de siècle en siècle et d'espace en espace, elle retentit encore sous chaque toit qui abrite une famille chrétienne ; là tout prend une voix pour proclamer ce qui s'accomplit en son propre sein : Dieu est avec nous; comme il y a une présence réelle du Christ dans le temple, il y aussi comme une présence réelle du Christ dans la famille : oui le Christ est ici ; le Christ est dans le père, le Christ est dans la mère, le Christ est dans les enfants, le Christ est en tous. Donc, croissons en lui de toute manière : Crescamus in Mo per omnia; jusqu'à ce que, nous élevant à sa mesure et arrivant à sa plénitude, nous soyons faits à sa ressemblance. (Jue cette vie du Christ qui est en nous se manifeste et resplendisse en nous; et comme c'est notre noblesse de porter
PArt JÉSUS-CHRIST 73
en nos âmes l'illustration de sa race et la divinité de sa vie, que ce soit notre gloire de porter sur nos fronts le signe de sa grandeur et la splendeur de son image.
Jésus-Christ, en effet, n'est pas seulement dans la famille une source de vie qui la régénère ! il est un modèle qui la façonne, modèle de perfection qui l'élève vers Dieu en la faisant à sa ressemblance, parce qu'il est luimême la perfection et qu'il est lui-môme Dieu.
La famille, avons-nous dit, est la grande influence dans la société, parce qu'elle est la formation et l'élévation de la vie humaine ; Jésus-Christ est la grande influence dans la famille, parce qu'il est lui-même le type sur lequel elle se forme, et comme tel la cause de son élévation.
Il y a dans la famille, où la vie se développe, une chose qui exerce sur sa formation et son progrès la plus puissante influence, c'est l'i-
LE PROGIU:* ûr LA FAMILLE
rnitation. L'homme est naturellement imitateur ; et il est imitateur parce que, no pour la on, il se sent perfectible. Prise dans ce sens, l'imitation est un élément essentiel de tout progrès : ou plutôt c'est le progrès luimême; c'est l'homme s'efforçant d'atteindre en l'imitant une perfection qu'il ne possède pas. Voilà pourquoi partout et toujours l'homme plus ou moins-imite, ou tendà imiter quelque chose. L'originalité n'exclut pas l'imitation... La vulgarité est la copie servile d'un modèle extérieur; l'originalité est l'imitation généreuse d'un type que l'on porte en soimême ; elle consiste à être dans un sens et l'artiste et l'original de son œuvre. Le génie même n'échappe pas à la loi de l'imitation ; son privilège est d'imiter par une puissance plus propre à lui-même des types plus rapprocl de Dieu ; et ce qu'on nomme ses chefs-d'œuvre sont des reproductions sublimes d'un idéal plus sublime encore, c'est comme une face de Dieu réfléchie dans les œuvres d'un homme.
Je pourrais vous montrer ici que l'imitation esl au fond de tous les arts; car les arts sont une expression : peut-être aurons-nous lieude
développer un jour cette pensée. Quoi qu'il en soit de tous les autres arts, il y en a un qui demande par-dessus tout l'imitation; c'est l'art des arts, l'art de former l'homme à l'image de Dieu, l'éducation ou l'action de la paternité dans la formation de l'homme, c'est la sculpture d'une vie sur le modèle d'une autre vie ; c'est la vivante reproduction d'un vivant exemplaire. L'enfant dans la famille est un artiste qui fait un tableau en regardant un modèle, ce modèle c'est ce qui lui est montré sous le foyer comme type de la vie ; et ce tableau ce sera lui-même. Si le modèle est pris en bas, la vie est ravalée ; s'il est pris au milieu, la vie est vulgaire; s'il est pris en haut, la vie est distinguée : imitant un modèle sublime, la vie monte comme d'ellemême ; elle s'élève dans le vrai et le plus beau sens d'un mot. Donc, [Messieurs, pour que la vie domestique, qui est le modèle de la vie sociale, monte à sa véritable hauteur, il lui faut un modèle vivant ; il le faut le plus achevé et le plus parfait possible, le plus divin sous la forme humaine.
Voulez-vous savoir maintenant quel est cet
exemplaire que l'Eglise pose sous les regards delà famille chrétienne pour la formation de sa vie? Entrez sous ce toit béni où Dieu du haut du ciel contemple avec amour ce qui lui ressemble le plus sur la terre, une famille chrétienne et sainte. Là sont les tableaux des ancêtres qui ont laissé à la famille leurs vertus comme un héritage; leur souvenir comme une sauvegarde, leur image comme une prédication, leur vie comme un modèle. Imiter cesancêtres pour l'élévation de la famille, ne sera-ce pas assez? Non, dit l'Eglise, pour l'élévation de ma race ce n'est pas assez grand. Là sont les portraits de tous les hommes célèbres qui ont laissé un sillon dans l'histoire, et dans des sphères diverses mais toujours éclatantes ont illustré notre race : les grands capitaines, les grands rois, les grands législateurs, les grands orateurs, les grands bienfaiteurs de l'humanité. Pour l'élévation de la famille chrétienne, imiter ces exemples illustres, ne sera-ce pas assez? Non, dit l'Eglise, pour l'élévation de ma postérité ce n'e>tpasassezgrand. Là, enfin, sontlesimagesdessaintsrayonnantsdans leur céleste auréole: quelle physionomie! quelle
grandeur! quelle lumière sur ces visages! et au front de ces hommesqui touchaient la terre , quel rayon du ciel! Ah ! sans doute, pour l'élévation de la famille chrétienne, imiter ces héros du christianisme, suivre les vestiges de ces géants de l'humanité, ce sera bien assez? Non, dit l'Eglise catholique, pour l'élévation de ma postérité et l'illustration de ma race, non, imiter même les saints, ce n'est pas encore assez grand.
Plus haut que tous les ancêtres il y a le Père du siècle futur, votre divin ancêtre ; plus haut que tous les hommes célèbres, il y a une figure devant laquelle s'effacent toutes les figures; plus haut que les plus illustres saints, il y a le type et l'idéal de tous les saints ; plus haut que toute l'humanité, il y a l'Homme- Dieu Jésus -Christ Notre-Seigneur. C'est lui qu'il faut imiter; oui, enfants, dit l'Eglise à la famille entière, le Christ d'abord, le Christ ensuite, le Christ toujours; voilà votre modèle, et c'est à faire de vous toutes ses vivantes images qu'est le travail douloureux de mon enfantement.
N'en doutez pas, Messieurs, là est le secret
divin de l'agrandissement de la famille ohré* tienne; c'est que l'éducation n'y est autre que le perpétuel façonnement des générations sur l'image de Jésus-Christ par la main del'Fglise. Là est tout entier dans sa profondeur, sa largeur, sa hauteur et sa mystérieuse efficacité, le ministère si puissant et si doux de l'Eglise catholique dans la famille chrétienne; imprimer le Christ, dans les âmes, le former dans les cœurs, le reproduire tout entier dans la vie des enfanta : voilà partout et toujours son inépuisable et divine ambition! Ah ! cette ambition, ses ennemis la défigurent, et leur haine travaille à la déshonorer devant les peuples ; elle n'est pas ce qu'ils disent, une rivalité d'influence, une jalousie de puissance; non, j'en fais le serment sur mon cœur et sur le vôtre; cette ambition est un besoin de son amour impatient de reproduirepartout l'image de son Christ; amour pareil à celui de toute mère, heureux de souffrir pour former ses enfants, et redisant partout où il y a une âme à former sur son Christ, et le Christ à graver dans une âme, cette parole où se révèle sa maternelle sollicitude, et où il y a encore plus de joie que
tau jésus- chrtst 79
de douleur : « Mes petits entants, vous pour qui je souffre une seconde fois les douleurs de l'enfantement, jusqu'à ce que le Christ soit achevé en vous : Filioli mei, quos ilerum parturio, donec formetur Chrislw in vobis (1). » Voilà pourquoi, sous chaque toitdomestique où l'on n'a pas répudié le ministère sacré de la maternité de l'Église, il y a, exposée aux regards toujours ouverts et à la vénération toujours prête, la douce et sublime image de Jésus-Christ. 11 est Jà non-seulement comme un Dieu protecteur du foyer; il est là comme un Dieu modèle de la famille, montrant à tout ce qui a l'ambition de s'élever le divin idéal, Avez-vous vu ce spectacle qu'offre chaque jour à la contemplation des anges et à l'édification des hommes le foyer chrétien? le père, la mère, les enfants, toute la société domestique agenouilléedevant ce Dieu du Calvaire devenu le Dieu du foyer; attirant sur elle par la prière et l'amour les influences de sa grâce et les inspirations de ses exemples ! Voyez le père, revêtu de l'autorité et de la majesté de Celui
(1) Galat. iv, 19.
LE PHOGBES DE r.A FAMILLE
que tous invoquent et adorent avec lui, couvrant de la bénédiction du Christ la famille prosternée dans la foi ! Voyez l'enfant si sensible à la parole qui se fait entendre aux yeux, découvrant dans le premier rayon que lui envoie le matin, l'image du Christ suspendue sur sa tête , le soir encore saluant de son dernier regard le doux agneau qui va veiller sur son sommeil ; et le jour venant baiser avec amour et respect son image adorée ! Voyez la mère, la mère surtout avec cetle éloquence qui ne connaît pas de rivale, initiant l'enfant encore jeune au grand mystère chrétien ! Comme elle fait entrer tout à la fois et par les oreilles et par les yeux au fond de son âme ouverte cette image du Christ qui doity demeurer toujours, non-seulement comme un charme du cœur et une consolation de la vie, mais surtoutcommc un type de perfection et un exemplaire de la grandeur que lui-même doit atteindre!
Messieurs, vous dire ces choses, je sens que ce n'est pas assez ; il faudrait vous les peindre : recevez donc ici la lumière de la vérité dans un tableau que je prends sous un foyer chrétien, peu!-èlre dans votre propre demeure.
•au JÊsus-CHs 81
Une mère faisait l'éducation de son enfant; mère digne de sa vocation et de son nom, mère vraiment chrétienne, elle portait dans son àme l'empreinte de Jésus-Christ qu'y avait gravée l'éducation, et elle voulait elle-même la reproduire dans l'âme de son enfant, pour faire de lui comme un fac-similé vivant du portrait de son Dieu. Etsavez-vous ce qu'elle faisait pour imprimer en lui cette image de Jésus-Christ tout entier? Elle ouvrait devant lui le divin livre où un art ingénieux avait peint en vives couleurs les mystères du Christ racontés par l'Évangile; et, passant tour à tour du livre à l'image et de l'image au livre, comme pour montrer à l'enfant dansun double rayon la beauté de Jésus-Christ, eile lui répétait non dix fois, mais dix mille fois, avec des accents qu'il est plus facile de deviner que de reproduire : « Vois-tu comme Jésus-Christ fut « humble à Bethléem couché </, pauvre
« berceau? Comme lui, enfant, il faut se faire « petit si l'on veut devenir grand. Vois-tu « comme il fut à Nazareth obéissant et docile? « Lui le Maître du monde il obéissait, mon «enfant, il obéissait toujours ! Regarde en-
82 Lï PROGRÈS DE LA FAMILLE
« core : oh! vois comme il fut tendre pour « Lazare, clément pour Madeleine, bon pour « S.Jean, doux pour Judas lui-même ! Comme « il fut tranquille sous l'outrage, patient dans « la souffrance, serein dans l'iniquité! Comme « il aime à sa dernière heure ! comme il bénit « de son dernier regard ! comme il pardonne « de son dernier soupir ! Comme lui, mon « enfant, tu seras bon ; comme lui tu seras « patient; comme lui tu seras doux; comme « lui tu pardonneras ; et si un jour pour sauver « tes frères il fallait souffrir, souffrir jusqu'à « la mort, enfant, souviens-toi que pour te « sauver toi-même il a donné sa vie. » Ainsi disait la mère chrétienne ; et au milieu de ce discours mêlé de caresses, de sourires et de armes, prenant le crucifix, la plus expressive image du Dieu des chrétiens, elle le mettait dans les petites mains de l'enfant, elle y attachait ses regards, elle le posait sur ses lèvres, elle le pressait sur son cœur, comme pour lui apprendre à le connaître, à l'aimer et à l'embrasser tout ensemble ; et elle lui disait : « Oh ! « vois-tu comme il a souffert ! Vois ces clous, « ces épines, ces pieds, ces mains, ce côté ou-
« vert! Cher entant, il est ton maître, il faut « écouter sa voix; il est ton capitaine, il faut « suivre ses pag ; il est ton modèle, il faut « Imiter ses exemples. »
Messieurs, à dignement descendu des
lèvres d'une mère et du visage de Jésus-Christ dans l'âme d'un enfant, donnez toute la force de sympathie et de persuasion réservée à la parole maternelle; imaginez tout ce que l'amour de son cœur, la pénétration de sa voix, la douceur de ses caresses et le charme de son sourire se mêlant à celui de ses larmes, peut ajouter de puissance à cet enseignement sans pareil; et peut-être vous devinerez quelque chose de ce que faisait celle mère, pour graver dans son enfant cette image du Christ, qui agrandit tontes les aspirations, foutes les vertus, toutes lus pensées, l'homme tout entier.
Vous demandez où est cette mère? je vous réponds : elle est partout daBsleehristianisme, où les mères font avec l'Epi .md œuvre
de toute maternité chrétienne : tonner le Christ dans les enfants. Voilà, pour le dire en passant, le type immortel de toute éducation
vraiment chrétienne : graver de ce Christ dans les âmes une image si intime, si distincte et si vive, que rien, ni les obscurcissements de l'erreur, ni le souffle des passions, ni la souillure des vices, ne puisse plus l'effacer : créer et former, lentement mais efficacement, à force de sollicitude, de vertus et de sacrifices, au fond des générations qui s'élèvent, non un Christ faux, mais un Christ sincère; non le pseudo-Christ glorifié par des réformateurs, mais le vrai Christ toujours prêché et toujours embrassé par l'Eglise; non ce Christ imaginaire dépossédé de sa croix et dépouillé de son auréole, mais le Christ réel, debout sur son Calvaire et couronné de sa divinité : en un mot, Messieurs, graver dans les chrétiens du véritable Christ non une empreinte superficielle, comme il arrive trop souvent, mais une empreinte profonde qui porte jusque dans les replis les plus cachés de la vie intellectuelle et morale le caractère indélébile de Jésus-Christ; rendre enfin dans les générations qui s'élèvent au foyer, Jésus-Christ tout à la fois et si intime et si palpable, si vivifiant au dedans et si rayonnant au dehors, que la vie chrétienne en
PAB JÉSDS-CH8IST
se développant, progressivement sous les influences unies de l'Eglise et de ta paternité, prenne la forme qui lui appartient, la forme la plus antipathique à Satan et la plus semblable à Dieu, la forme du Christ : Doncc formelur Christvs. Oui, voilà l'œuvre que doivent, accomplir ensemble l'Eglise et la paternité, pour l'élévation de la famille, l'agrandissement de l'homme et le progrès de l'humanité.
Alors, en effet, n'en doutez pas, la famille chrétienne reprendra au milieu de nous sa véritable attitude, tenant au Christ par toutes ses puissances, et cherchant à l'infini par toutes ses aspirations, alors la société ellemême ressentira le contre-coup de cette impulsion partie de toutes les familles, et montera toute seule à la même hauteur ; parce que toute humanité qui porte le Christ à son tour est portée par lui, et s'élève avec lui à mesure qu'il grandit lui-môme en elle.
Au contraire, la famille qui n'a pas été façonnée sur le modèle du Christ ou qui l'a répudié après l'avoir connu, presque toujours déshonore elle-même et tombe au-dessous de l'humanité. Voulez-vous savoir, Messieurs, à
qupi tient aujourd'hui l'abaissement de tant de générations et la dégradation de tant de familles? Oserai-je le dire devant des chrétiens? Il n'y a plus de Christ au foyer. Il n'y a plus de Christ suspendu à la muraille ; il n'y a plus de Christ posé sous vos regards : il n'y a plus de Christ se révélant dans vos mœurs ; il n'y a plus de Christ régnant dans la famille. Pourquoi? Parce qu'il n'y a plus de Christ imprimé dans les âmes! Je pourrais vous demander ici : Vous, Chrétiens, ornés encore que vous êtes de ce signe auguste et de ce grand nom de Jésus-Christ; dites-moi, avezvous un Christ dans votre maison? Avez-vous du moins son image pour orner de sa beauté purifiante le sanctuaire de la famille? Et vous voit-on chaque jour vous prosterner devant elle, et vos enfants avec vous, pour recevoir avec ses bénédictions ses inspirations efficaces? Quoi ! vous avez sous vos yeux les portraits de vos grands hommes; vos maisons se décorent de statues et de tableaux profanes; que dis-je? vous gardez exposés aux regards des enfants les amours du paganisme, les Vénus du paganisme; les Apollon du paganisme; oui,
US-OHBIBI |7
toutes les hontes du paganisme fi'ouvent a
foyer des chrétiens ; el soub ce toit qui abrite tant de héros humains et de divinités païen; il n'y a plus de place pour ce Christ, que Tibère lui-même ne refusai! pas d'admettre avec ses divinités au Panthéon de Home! Et quand viendra, votre dernier* heure; lorsque le ministre de oe Christ, votre roi et votre mod.
pour vous la montrer l'image du Christ, la seule qui dans les tristesses et les abattements de la mort puisse encore vous parler de bonheur et uaee; peut-être
on répondra an prêtre étonné de voir le Christ absent de la demeure d'un chrétien :
« 11 n'y a pas de Chris •. » Et
pourquoi n'est-il pas dans la maison. exp( ÊUrc regards et aux adorations de tous, pi être l'exemplaire, la feret êi la consolation de tous? Ah! je vais vous le dire : c'est que ce I ; ist n 'a pas été gravé dan iar une
éducation profondément chrétienne. Le p<
! [ias tait à la ressemblance de Jésus- Christ; il n'adore pas Jésus-Christ: il n'aimé pas Jésus-Christ; pettt-i ne il he connaît
pas Jésus-Christ. La PC elle-même.
a laissé peu à peu emporter par les souffles du monde ou obscurcir par les passions du cœur cette image de Jésus-Christ, dont son enfance n'avait reçu qu'une impression superficielle. Et dès lors entre une paternité et une maternité qui n'ont rien gardé du Christ, rien, si ce n'est un nom qui ment à la réalité; comment, je vous prie, l'enfant recevra-t-il de lui cette impression ineffaçable qui seule peut élever la vie à la hauteur du Christ? Ah! chrétiens, voulez-vous relever l'humanité en relevant la famille? ramenez dans votre maison, replacez sous vos regards, restaurez dans vos âmes surtout l'image de votre Dieu disparu ; et que cette image, passant de vos âmes et de vos fronts dans l'âme et sur le front de vos enfants, les marque devant la terre et le ciel du signe de leur vraie grandeur.
Mais, Messieurs, Jésus-Christ n'est pas seulement dans la famille chrétienne la vie
qui la pénètre et le modèle qui la façonne; il est par-dessus toute la force qui la défend. Les anciens, qui voilaient souvent sous des erreurs mythologiques de grandes vérités conservatrices, supposaient leur foyer confié à la garde dequelques divinitésdomestiques qu'ils nommaient les dieux pénates. Ils en gardaient sous leur toit les images et les statues avec une vénération pieuse et un culte sacré ; et quand l'exil, la guerre, la persécution, les catastrophes, les chassaient du sol de la patrie, ils emportaient avec eux ces divinités tutélaires comme le palladium de la famille. Ainsi la religion et la famille se confondaient dans un même amour et un même respect, et la piété pour les ancêtres se mêlait à la religion des dieux. Le culte des dieux mânes est célèbre dans l'histoire du paganisme et surtout de Rome païenne. Les mânes, c'est-à-dire les âmes des ancêtres, étaient sous chaque toit domestique l'objet d'un culte particulier. C'était, remarque un publiciste distingué, le côté religieux de la famille romaine : « Perpétuité « des sacrifices; culte de l'âme des ancêtres; « et l'âme des ancêtres vivant dans l'âme des
h tils ; tout était là pour le Romain : pour lui, « la famille était tout à la fois comme le ciel « et la terre j » Quand on y regarde de près, on découvre là un des plus grandi secrets de la stabilité de Rome et de la grandeur primitive des Romains. L'erreur servant de voile à la vérité a pu faire ce miracle* Or, ce qui n'était dans l'antiquité païenne qu'une fiction nieuse et un mythe consolateur, est dans le christianisme la réalité la plus intime et la vérité la plus touchante. A la lettre, Jésus- Christ est pour nous le vrai Dieu du foyer, il est le Dieu protecteur delà famille chrétienne. Je pourrais faire remarquer que par Jésus- Christ et en Jésus-Christ l'âme des ancêtrerattache à l'âme des fils, et que toutes les postérités touchent par lui dans la famille cb tienne à toutes les paternités. Jésus-Christ est la chaîne divine qui lie dans le christianisme les générations aux générations ; en lui et par lui toutes, si séparées soient-ailes par la durée, gardent la même loi, la même doctrine, li même adoration, le même amour, la même vie; il est l'héritage de tous et de chacun ; la famille chrétienne est la tradition de Jésus-
PAR jéSUS-OHRIST 91
Christ dans les siècles. Mais ce que je veux faire entendre ici par-dessus tout, o'est que, même à n'envisager que la génération présente, Jésus-Christ est dans la famille chrétienne la puissance qui la protège; il est le ciment qui l'unit et le bouclier qui la couvre; parce qu'il est par son amour la force qui retient tous ses membres dans une cohésion puissante et la protège contre toutes les causes de séparation, de rupture et de dissolution.
11 y a môme dans l'ordre purement naturel un amour que la Providence verse au cœur des pères, des mères et des enfants, et qui est pour toute famille une naturelle sauvegarde.
Mais dans l'état actuel de notre civilisation qui amène au foyer taut de causes de ruptures, il faut que la famille cherche sa force et son pointd'appui dans un amour supérieur à la nature et à l'humanité. L'amour de Jésus-Christ est cette force dans la famille chrétienne; et cet amour, que nous avons vu au centre de la vie individuelle et au centre de la vie sociale, je ne saurais vous dire combien je suis heureux de le retrouver ici, au centre de la vie domestique, pour relier entre eux tous les
92 LE PIlOl.HÊS LIE LA FAMILLE
membres de la famille chrétienne dans une unité et une force invincible.
- L'amour de Jésus-Christ fait pour la force et la défense de la famille chrétienne trois miracles qui n'en font qu'un, et dont le développement formerait tout un discours.
Et d'abord l'amour du Christ est la garantie supérieure, la sauvegarde divine de l'union des époux. Heureux l'homme et la femme qui, venant à l'autel pour donner à leur union une consécration solennelle, ont jeté l'un et l'autre dans le cœur de Jésus-Christ leur serment d'éternel amour ! Seul ce cœur est assez fort pour porter sans fléchir le poids d'un pareil serment; seul du moins il est assez puissant pour en garantir contre toute atteinte l'inviolable fidélité. Cetamour, quand il n'est qu'humain, est sujet à une infirmité que rien ne peut guérir; il a des ardeurs passagères suivies d'irrémédiables refroidissements ; il a des transports excessifs, préludes presque infaillibles de longues années d'indifférence : arbre exubérant dans sa première floraison, mais dont les vents bientôt emportent le feuillage, pour le laisserdépouiller après l'automne dans
PAR JÉSUS-CHIUST 03
ce triste hiver de la vie qui ne ramène plus de printemps. Cet amour, en effet, si sincère, si pur, si dévoué qu'on le suppose à son heure première, hélas ! comme tout ce qui est de la terre, est soumis à l'empire du temps : lui aussi vieillit au cœur de l'homme; et les années, en lui venant, lui enlèvent avec le charme des premiers jours quelque chose de cette puissance qui garantit contre toute division les deux cœurs qu'il unissait dans sa force. L'amour du Christ, au contraire, quand il est profond, est pour les deux amours qui s'unissent et se tiennent en lui un perpétuel rajeunissement. Ce qui est toujours jeune, c'est ce qui est éternel ; or, l'amour des époux chrétiens, eu se nouant l'un à l'autre dans le cœur de Jésus-Christ, se rattache à l'éternité par un cœur éternel. Voilà pourquoi cet amour, que la nature condamnait à une inévitable vieillesse et aune irrémédiable caducité, prend dans cette vie du Christ un je sais quoi qui la rajeunit dejourenjour et l'embellit deplusen jour;jusqu'àceque, tout à fait affranchi du temps etde ses décadences, il arrive à la beauté transfigurée et à la jeunesse complète de son éternité!
Ah! ce mariage ohpétien qui garde jusque dans le crépuscule d'une vie douer et sereine comme un beau jour quelque chose de la clarté de son aube, je l'ai rencontré sur la terre, sous la sauvegarde et la bénédiction de l'Église ma mère ! J'ai vu ces époux chrétiens dont les cœurs s'étaient noués deux fois, et dans l'affection qui vient de la nature, et dans cet amour plus profond qui vient de Jésus- Christ. Les années étaient venues sans rien enlever au bonheur de leur union, rien, si ce n'est cette etfervescence de jeunesse et cette flamme de la vie qui ne sont que d'un jour ; et elles leur avaient apporté en échange, dans un amour plus reposé, une félicité plus tranquille, avM cet arôme plus délicat que les affections acquièrent en se rapprochant de l'éternité et de Dieu. Pareils à ces liqueurs précieuses qne le temps rend plus précieuses encore en leur enlevant l'âpre verdeur de tout ce qui est nouveau, pour leur apporter ^ dans une saveur plus généreuse une suavité égale à leur force, ces amours purifiés et sans cesse rajeunis dans le cœur de Jésus-Christ deviennent au déclin des jours un avant-goût
des amours éternels et comme un pressentiment des félicités du ciel !
CetamourduChrist,quigarantitl'uniondes deuxépoux, les attache aussi aux enfants sortis d'eux et au foyer qui les abrite avec une force dont la nature toute seule ne possède pas le secret. Lorsque deux cœurs sous la main de l'Église et le regard de Dieu se sont unis dans le cœur de Jésus-Christ, et que le don de la fécondité estdescendu sur eux;lorsque le père et la mère ont vu entre eux un berceau, et dans ce berceau l'enfant venu de Dieu comme une bénédiction de leur foyer et une nouvelle consécration d'une union déjà inviolable; lorsque, enfin, dans le ravissement de leur reconnaissance et l'extase de leur amour, ils se sont dii en regardant le ciel : « Christ, vous « nous l'avez donné, à nous de vous le ren- « dre ; nous savons notre ministère et notre « vocation: nous voulons que son cœur soit « un tabernacle où habite votre amour, son « visage un miroir qui reflète votre beauté, « son être tout entier comme un temple qui « vous renferme ; » oh ! alors, nul ne peut dire ce que cet amour du Christ, ambitieux de se
LE PBOGRÉS PK LA FAMILLE
reproduire lui-même dans une postérité bénie, met en ces deux cœurs heureux d'attachement au foyer ; tout ce qu'il ajoute de force à leur union et de stabilité à la famille ! Quelle qu'en soit la raison secrète, l'amour du Christ fait ce prodige : il donne au foyer un charme indéfinissable et un mystérieux attrait qui ôte à tout jamais aux deux époux l'idée de chercher ailleurs une félicité qu'ils trouvent dans leur maison et qu'ils savent accroître de jour en jour en multipliant sans cesse l'un dans l'autre le bonheur de tous deux. On dirait que, dans la lumière dont le Christ l'illumine, le foyer pour eux se transfigure et devient un Tliabor; et dans le rayon qui descend du ciel sur leur demeure pour y éclairer dans cette vallée îles larmes comme une perpétuelle fête ils se disent l'un à l'autre : « 11 fait bon d'être ici; oui, demeurons ici ; ici avec toi, ici avec nos enfants, ici avec Jésus-Christ qui nous garde et qui veut nous faire de cette demeure par le charme de son amour un vestibule du Paradis ! » Alors, que sont pour ces heureux les spectacles, les bruits, les divertissements, les bonheurs de la vie mondaine? Riants simu-
l'AK JÉSUS-CHHIST
lacres de félicité que crée Satan pour séduire ceux qui veulent trou ver au dehors un bonheur qu'ils ne connaissent pas au dedans ! Pour eux le foyer a ses spectacles, le foyer a ses plaisirs, le foyer a ses joies; et ses tristesses mêmes, quand le malheur vient à y entrer, ont un charme qui vaut encore mieux pour ces cœurs pleins de Jésus-Christ, que tous les bonheurs promis par un monde qui n'a rien de Jésus- Christ!
Enfin, Messieurs, il y a une chose encore plus difficile à sauvegarder dans la famille que rattachement des parents à leurs enfants et au toit qui les couvre, c'est l'attachement des enfants aux parents eux-mêmes; c'est le besoin d'être avec eux, et le bonheur de les rendre heureux ; besoin généreux et bonheur délicat des enfants bien élevés. Vivre entre son père et sa mère, ses frères et ses sœurs; leur faire une joie de sa présence, et un charme de ses sourires : ô bonheur sur la terre à nul autre pareil, et dont la famille contemporaine perd chaque jour l'héritage !
Ah! Messieurs, il y a un malheur de votre temps qui fait pleurer bien des mères et qui
■Bnn
est pour la société une grande menace : c'est dans les enfants, et spécialement dans les jeunes gens la diminution de l'attachement à la famille. Ce phénomène tient à des causes diverses que je ne puis énumérer ici; mais il est palpable et il est désolant. Les jeunes gens s'ennuient sous les yeux de leur père, et les caresses d'une mère ne les enchaînentplus.La maison paternelle leur pèse comme les murs d'un cachot pèsent au prisonnier. Leur cœur n'est plus là; ils n'aiment plus assez ce qui attache par-dessus tout au foyer, le père, la mère, les frères, les sœurs, toutes les saintes joies, toutes les belles fêtes de la famille ! Dirai-je ce que vos fds aiment à la place de tout cela ? Vos fds aiment le spectacle ; vos fils aiment le bal; vos fils aiment la danse; vos fils aiment le club; vos fils aiment le sport; vos fils aiment le jeu ; ils savent tout aimer, même l'orgie; il y a un bonheur qu'ils n'aiment plus, celui d'être avec vous et de vous rendre, heureux ; pareils au prodigue, on dirait qu'ils aspirent à s'en aller du foyer, pour 1 se faire loin de vous un bonheur égoïste qui saura sans peine se passer de vous !
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Or, à quoi tient par-dessus tout dans les jeunes gens celte diminution de l'amour filial, qui enlaçait autrefois leurs cœurs avec toul leurs affections autour de ta famille? A la diminution de la vie chrétien) absence
totale de l'amour du Christ. Le jeune homme a tari dan» son cœur la source divine de cet amour qui faisait jaillir toutes ces joies de l'accomplissement de tous ses devoirs; las de cette douce royauté qui ae l'enchaînait que pour le rendre libre, il aspire à secouer u la t'ois le joug de ia paternité et de Dieu . et la nature en lui se trouve impuissante à attacher toute seule au foyer son cœur affranchi de Jésus-Christ el de son père ! Au contraire, avez-vous rencontré quelque part le type du filial ai ioui d venu si rare aujourd'hui? A\< z-vous vu le jeune homme qui, à seize ans, à vingt ans, se plaît encore au le paternel comme en un paradis de la qui aime ei mme Bes meilleures joies,
les bénédiction! de son père, les caresses de sa mère, la société de ses Érères] qui n'a
p;t-ï jeté eue.,,,'.' 11,1 eei d'indépeiula donné
un Bigne de révolte, ni l'ait une seule manilès-
tation d'égoïsme; qui s'attendrit sur tout ce qui touche à son père, à sa mère, à ses frères, à ses sœurs; qui pleure de joie en les voyant heureux, et qui pleure de tristesse en les voyant souffrir?... Oh! ce fils qui répand autour de lui, comme une fleur son parfum, la joie de son cœur et la pureté de son âme ; si vous l'avez rencontré cet enfant béni, je vous le déclare, vous avez rencontré le Christ dans un jeune homme : son âme en porte la vie, son visage en montre le reflet, et son cœur en a gardé l'amour!
Ainsi, vous le voyez, l'amourde Jésus-Christ est le nœud divin qui relie la famille humaine dans une unité invulnérable. Le père et la mère, les frères et les sœurs, tous appuyés sur le cœur de Jésus-Christ, tous enracinés dans son amour, peuvent défier la nature de briser leur union et s'écrier dans les liens sacrés de cet amour qui les rattache au même centre ; Qui nous séparera de la charité de Jésus-Christ? Qui séparera le mari de sa femme, la femme de son mari? Qui séparera les parents des enfants, les enfants des parents? Non, rien ne brisera cette unité de la famille
l'An JÈSU8-GHRIST {(>|
fondée sur Jésus-Christ : le Christ qui esl sa vie, le Christ qui est son modèle ; la vie qui la pénètre et le modèle qui la forme ; le Christ estpar-dessustout la force qui la défend; et rien ne peut vaincre ce qui a pour se défendre lu force même de Dieu 1
S'il en est ainsi, Messieurs, si Jésus-Christ, la vie et le modèle de la famille chrétienne, en est par-dessus tout la force et la défense; et si, comme nous l'avons vu, la famille elle-même la lorce de la société, et l'amour du foyer la source vraie de l'amour de la patrie : ne dois-jepas dire, comme conclusion de ces deux premiers discours, que Jésus-Christ porte la société comme il porte la famille, et que ce Dieu protecteur du foyer domestique est en même temps le Dieu inspirateur du vrai patriotisme ?
Ah ! si pour attester cette force incomparable que Jésus-Christ donne à la pairie en s'incorporant à la famille, si pour rendre des témoignages solennels à ce patriotisme indéracinable que développe dans les générations la longue croissance de Jésus-Christ au sein de la famille chrétienne, il fallait invoquer des
exemples célèbres; je n'aurais qu'à prononcer deux noms illustrés tout à la fois et par un christianisme et par un patriotisme qui ont résisté ensemble et l'un par l'autre à la triple épreuve du martyre, de l'exil et du temps; je n'aurais qu'à nommer l'Irlande et la Pologne ! l'Irlande et la Pologne dont la violence schismatique n'a pu anéantir la catholicité opiniâtre ; l'Irlande et la Pologne dont la domination étrangère n'a pu vaincre l'invincible patriotisme; l'Irlande et la Pologne, sœurs par la religion et la foi comme par le malheur et la persécution ;toutes deux montrant encore au monde témoin de tant d'opprobres et de tant de lâchetés, ce que fait Jésus-Christ par la famille chrétienne, pourl'honneurdesraces, pour la force des nations et pour l'immortalité de leur patriotisme (1) !
Messieurs, puisque j'ai nommé la Pologne, puisque ce nom si cher à tout cœur catholique et français est sorti de lui-même de mon sujet et de mon cœur, comme un témoignage de la vérité et une confirmation de mon discours; je
(1) Les paroles qui suivent ont été ajoutées pour intéresser l'auditoire en faveur des pauvres malades polonais.
vous demande que cette parole ne soitpas seulement uneglorifioation pour elle; mais qu'elle soit encore et par-dessus tout un bienfait pour enfants. Permettez qu'avant do descendre de cette chaire je vous tende la main en faveur des exilés chéris, qui nous montrent l'exemple trop fard de ce patriotisme qui tient mu cœur par deux racines, dont l'une se rattache au ciel et l'autre à la terre, par l'amour de la famille et par l'amour de Jésus-Christ. C'est une des gloires de notre France d'être pourles Polonais comme une autre patrie, et avoir une patrie commune, qu'est-ce si ce n'es! avoir sous le regard d'une même paternité des frères que l'on admet au partage de ses biens, en les admettant au bénéfice de son amour? Frères de la France, donnez pour nos frères de la Polog-ne; et comme vous apprenez, de leur malheur à garder avec le christianisme l'amour de la patrie, qu'ils apprennent de votre charité comment le christianisme leur fait retrouver la consolation dans l'exil. * — -
TROISIEME CONFERENCE
TROISIÈME CONFÉRENCE
Messieurs,
Comme Jésus- Christ est au centre de l'homme auteur de tout progrès individuel, et au centre de la société auteur de tout progrès social, il est au centre de la famille auteur de tout progrès domestique. Il est le principe vital de la famille chrétienne, qu'il constitue en y développant par les sacrements les éléments de sa vie; il est le modèle de la famille chré-
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tienne, qu'il élève en lui imprimant avec son effigie le sceau de sa grandeur; il est la défense de la famille chrétienne, qu'il protège en la couvrant de son amour comme d'un invincible bouclier. La famille vivant de la vie du Christ; la famille façonnée à la ressemblance du Christ; la famille couverte de l'amour et de la force du Christ; en un mot, Jésus-Christ dans la famille chrétienne avec toute sa vie divine, toute sa beauté divine, toute sa force divine : voilà le chef-d'œuvre que Dien a fait dans le christianisme! famille chrétienne, sanctuaire où mon Dieu habite; mon cœur d'homme et mon âme d'apôtre vous contemplent avec ravissement et vous saluent avec amour! Je n'ai rien de plus doux, de plus beau, de plus sublime, de plus divin que ce que Jésus- Christ fait en vous et par vous pour l'élévation de l'humanité et l'agrandissement des sociétés! Heureuses les nations qui vous verront dans l'avenir telle que vous ont vue dans le passé les grands siècles chrétiens; elles trouveront par vous, dans ce Christ qui leur donne sa vie et les fait à son image, une force qui les garantira contre leur propre dissolu-
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tion. Au contraire, malheur aux nations qui vous laisseront au milieu d'elles décroître, corrompre et dépérir : elles décroîtront, se corrompront et périront avec vous! Vous êtes le principe de la vie sociale qui sort de vous pour se répandre autour de vous ; et la vie n'est jamais plus pure que sa source. Vous êtes l'exemplaire que Dieu a fait pour les sociétés qui s'élèvent; et les sociétés, pas plus que les hommes, ne sont meilleures que leur modèle.
Vous êtes la base qui porte la société et en soutient tout l'édifice; et l'édifice n'est pas plus fort que son fondement!
Rien donc, Messieurs, n'importe plus à l'avenir de notre société et au progrès des siècles futurs que de savoir ce que la famille devient au milieu de nous. Si la famille parmi nous s'abaisse et s'amoindrit, nous ne pouvons entrevoir qu'un avenir de décadence; et nous aussi comme le poëte romain nous pourrons nous écrier : La génération présente, fille d'un siècle pervers, laissera après elle une postérité plus perverse qu'elle-même; et nul ne peut prévoir où doit aboutir, dans un avenir plus ou moins proche, cette hérédité de la
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dépravation et cette tradition de la décadenoe. Or, pour quiconque ne veut pas fermer les yeux sur les signes des temps, et n'est pas pris de ce vertige qui l'ait crier aux génies en délire : le Progrès quand même, voici un signe qui prophétise, voici un phénomène qui menace : l'abaissement, la dépravation, la dissolution de la famille. Lorsqu'un mal a pris dans un siècle certaines proportions, et surtout quand il s'est fait par des envahissements successifs une sorte d'universalité, il met au fond de toutes les âmes bien faites je ne sais quel sens vague mais infaillible de lui-même; et quand un homme api es avoir longtemps regardé ce mal, vient à le dégager des obscurités qui le déguisaient en partie, et i le montrer dans une parole qui réiléchità la fois la lumière de la vérité éternelle et la lumière de la réalité actuelle; alors lésâmes se lèvent pour répondre à la voix qui acclame leur propre témoignage et disent dans un tressaillement unanime :
h Par la parole d'un homme nous avons tous parlé; gloire à la vérité. «Déjà plus d'une fois, en touchant à vos plaies vives, j'ai senti l'écho de ma faible voix me revenir agrandi par ce
verbe intérieur qui retentit en vous; mais il me semble que jamais cette parole n'a mieux traduit le témoignage de vos âmes, qu'en vous disant aujourd'hui dans la clarté de la réalité présente : Le mal le plus profond, le plus étendu, le plus menaçant, le suprême mal de la société contemporaine, c'est celui que va révéler ce discours, la dissolution de la famille. Le sujet est vaste, et nous appelle à toucher à beaucoup de choses ; mais nous marcherons vite; nous ne suivrons dans notre marche rapide d'autre plan que les grands courants du siècle considérés au point de vue de la famille, pour vous y montrer, à mesure qu'ils se découvriront à nous, ses signes de décadence et de dissolution.
En toutes choses, Messieurs, les désastres et les restaurations commencent par des doctrines; et c'est dans un sens très-profond que l'on nomme principes les grandes vérités et les
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grandes erreurs; c'est qu'avec elles tout commence. Il est donc tout simple que nous recherchions tout d'abord dans le courant des doctrines contemporaines les symptômes de la dissolution de la famille; symptômes d'ordinaire moins aperçus du grand nombre, parce qu'ils sont au fond des choses, et que le grand nombre regarde à la surface.
Ces signes révélateurs de la dissolution de la famille, jeune encore je les avais distingués à travers les obscurités d'une philosophie qui se déclarait nouvelle, et qui ne l'était que trop; philosophie superbe, qui s'estimait profonde parce qu'elle creusait plus avant dans l'erreur que toutes celles qui l'avaient précédée à l'attaque du vrai ; qui s'intitulait avec quelque raison philosophie radicale, parce qu'elle touchait à la racine de tout, mais que j'appelle mieux de son nom en la nommant déracinante, parce que son résultat le plus palpable est en effetdeloutdéracinerjphilosophieambitieuse, s'il en fut jamais qui n'aspirait à rien moins qu'à lout refaire, lasociété,lafamille, l'homme même; qui entreprenait de tout réorganiser, el qui ne réussissait bien qu'à tout désorgani-
ser; science révolutionnaire dans la plus rigoureuse acception de ce mot, qui marchait en plein soleil à ces trois conquêtes illustres : altérer le langage, pervertir les idées, bouleverser les choses, et dont la puissance éclatait partout à légitimer son nom, c'est-à-dire à renverser; qui renversait dans l'ordre public l'image de la société; dans l'ordre moral l'image de la vertu; dans l'ordre intellectuel l'image de la vérité; dans la nature humaine l'image de l'homme; enfin dans la constitution domestique la belle et vénérable image de la famille, telle que Dieu l'a créée et telle que les nations l'ont acceptée. Oui, .Messieurs, là aussi, dans l'asile sacré qui garde l'exemplaire de toute société bien faite, la Révolution est venue pour essayer d'y tout changer ou plutôt d'y tout détruire.
Une secte demeurée célèbre se signala entre toutes les autres par l'audace de ses innovations et par l'insolence de Bes agressions contre la famille. Par quels opprobres humains la Révolution prétendit-elle alors remplacer la gloire de l'œuvre divine? Quelles inventions avait imaginées le génie de l'impureté qui
se présentait à la terre pour transformer la société, réhabiliter la chair et réorganiser la famille? C'est ce que mon caractère sacerdotal ne me permettrait pas de dire, et ce que votre chasteté chrétienne rougirait certainement d'entendre. Sous ce rapport le prodige de l'innovation étonna même les novateurs; et lorsque les frères, comme ils se nommaient, étaient réunis pour entendre sortir d'une bouche alors admise au privilège de rendre des oracles le dernier mot de la doctrine, on dit que l'oracle souleva l'indignation de ces vertueux; et l'un d'eux, plus indigné que les autres d'une innovation qui organisait le crime au sein de la famille, fit entendre ce mot que nous n'avons pu oublier : « Vous réglementez l'adultère ! » Cette parole fit scandale parmi lès frères; elle fut le signal qui dispersa l'essaim de ces génies bourdonnant des erreurs impures, autour du sanctuaire de la chasteté profané par leurs discours ! Laissons ces infamies de la pensée, qui n'auraient plus même aujourd'hui l'audace d'affronter une publicité qui attira sur elle, en ce temps-là, l'explosion d'un rire immense. Que ces idées