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désorganisatrîoes de la famille subsistent encore au fond de quelques intelligences, c'est ce que je n'affirmerai pas, et c'est ce qu'il importe d'ailleurs assez peu de savoir; mais ce que je dois dire pour remplir ma mission, c'est que, même à l'heure qu'il est, l'antagonisme doctrinal à la famille et surtout à la famille chrétienne, se perpétue dans le courant des idées et des doctrines révolutionnai;
Où sont, me demandez-vous, ces attaques toujours subsistantes de la Révolution co la famille? Ici, Me op à
dire, si jeu ut dire. Je coi;
supprimer trois choses fondamentales dans la famille, qui doivent être chacune l'objet <J discours particulier; et, en dehors de ci ? trois points d'attaque qui touchent à l'essence même de la famille, je signale l'agression doctrinale sur trois autres points qui, sans être aussi directement constitutifs de la domes-
tique, y tiennent cependant de si près, qu'on ne peut les ébranler sans ébranler la fami elle-même.
Une des grandes choses qui protègent la
famille et que la famille elle-même protège, c'est, avec l'amour et le respect des traditions, le respect et l'amour des ancêtres. La famille, nous l'avons remarqué, c'est la tradition ; tradition des croyances, des mœurs et du sang-; tradition des gloires, des noms, des honneurs, des vertus, des souvenirs ; et tout cela veut dire une même chose : amour, estime et respect des ancêtres ; c'est-à-dire, ce qu'il y a de plus conservateur et de plus généreux dans la famille.
Eh bien, Messieurs, savez-vous ce qu'il y a de plus antipathique à la tradition et au respect des ancêtres? C'est la Révolution. Par ce mot, commeje l'ai dit ailleurs, j'entends non le fait sanglant que l'histoire a intitulé de ce nom, mais l'idée subversive qui remue encore le monde et menace toujours de le bouleverser.
La révolution ainsi conçue est en essence la haine de la tradition. Aussi voyez comme elle l'attaque sous toutes les formes et dans toutes les sphères où elle peut la saisir. Il n'y a que deux jours encore qu'un de ses organes les plus fiers la dénonçait hardiment au milieu de vous comme l'antagonisme même du progrès.
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Selon la science révolutionnaire, ce qui est traditionnel ne peut pas être progressif; et ré< •
proquement. Un vent sorti de l'enfer lapous.se de tous côtés à la destruction de l'ancien et
à la glorification exclusive du nouveau : dédain superbe de tout ce qui nous précède; mépris barbare de tout ce qui ne commence pas à nous, c'est-à-dire des croyances, des coutun lois, desinstitutions, des gloires
de nos ancêtres; et, comme conséquence inévitable, mépris de nos ancêtres eux-mêmes.
Oui, n'en doutez pas, la Révolution qui écrit sur sou drapeau : Haine de la tradition., porte inscrit sur le môme drapeau : Mépris des ancêtres. Comment, je vous prie, en serait-il autrement! Les croyances anciennes [es créations anciennes, !cs coutumes anciennes, les institutions anciennes, les possessions anciennes, [< jai stocraties anciennes (malgré ce qui a pu leur manquer comme atout ce qui est humain) qu'était-ce donc, après tout? C'étaitle travail de nos ancêtres; c'était l'intelligence, c'était le génie, c'était la gloire, c'était l'âme, lit la vie, c'était le cœur de nos pères! Dès lors, comment r ice révolutionnaire qui
jette sur toutes les choses anciennes ses stupides dédains, ne laisserait-elle pas tomber en môme temps sur les ancêtres ses grossiers mépris? et comment ne serait-elle pas une agression et un mépris de la famille qui vit de l'amour des pères et du respect des ancêtres?
Ilyaau fond des doctrines révolutionnaires un autre principe de dissolution de la famille ; c'est l'attaque plus ou moins voilée de la propriété, c'est-à-dire du droit de posséder et de transmettre en souverain sa propre p ossession . • Cette agression que nous avons constatée l'année dernière comme agression sociale, n'est pas seulement un attentat direct contre la société ; elle est plus directement encore un attentat contre la famille. Ah ! Messieurs, cultiver le champ qu'on a reçu de ses pères et le transmettre à une postérité chérie, sinon agrandi par son travail, du moins enrichi de ses sueurs, qu'y a-t-il, si ce n'est la religion même, de plus conservateur et de plus progressif au point de vue de la famille? La propriété, l'héritage, le patrimoine, qu'est-ce si ce n'est le culte des ancêtres et l'amour des enfants? qu'est-ce si ce n'est le culte et l'amour
delà famille elle-même se transmettant, avec la terre qui la porte, de père en fils et de génération en génération ? La propriété c'est le sacrifice des pères devenu pour les enfants le pain de chaquejour; c'est leur amour se perpétuant dans leur bienfait; c'est la terre qui garde la ce de leur pas, le sillon de leur travail et
>nne de leur industrie ; c'est le soi ni par les aïeux qui s'en vont, sous les ■ls de la postérité qui s'élève en les bénissant; c'es! le présent, le passé et l'avenir de la môme famille, venant se toucher et se reconnaître au même point de Y et ' le lieu où elle croit et s'épanouit dans la durée, donnant une main aux ancêtres et l'autre aux enfants : c'est, vous le voyez, la tradition encore ; ce n'en est,si vous le voulez, que l'élémentma-
lutiennt.etlaf
t et disparaissent, p; évanouis
La se 1 '' olutionnaire en niant la pro-
priété, ou, ce qui revient à peu près au même, en restreignant indé it dans la famille la
faculté déposséder et de transmettre la possession, brise cette chaîne matérielle qui rattache la famille à la terre et relie sur un même point de l'espace ceux qui étaient hier, ceux qui sont aujourd'hui et ceux qui seront demain; elle empêche le père et la mère de préparer par un inépuisable effort, la vie, le bienêtre, le repos, la richesse de leur postérité; elles les livre sans souvenirs du passé et sans prévision d'avenir, à cet égoïsme monstrueux qui ramène l'homme surlui-même, etfait qu'il dévore tout seul lefruit d'une industrie qui ne doit enrichir aucun héritier ; elle brise enfin dans l'homme le plus puissant ressort d'un travail que l'amour n'encourage plus, et qui tout au plus doit servir à cet être abstrait, sans entrailles et sans cœur, que l'on appelle aujourd'hui humanité; ombre froide que les rêves humanitaires font sans cesse passer devant nous et dont le souffle glacé ne pourra jamais rien pourféconderle travail de l'homme et faire fleurir le bonheur de la famille.
Mais, Messieurs, la grande et décisive agression de l'esprit révolutionnaire contre la famille, si vous voulez la connaître, c'est son
agression contre la religion même. La religion et la famille se tiennent et se nouent l'une à l'autre par des liens si intimes; la religion chrétienne surtout pénètre si profondément la famille de toutes ses influences, que tout ce qui l'attaque, attaque la famille, et que les ennemis acharnés de la société religieuse deviennent bon gré mal gré les ennemis naturels de la société domestique. Chrétiens, vous tous que je vois ici pères de famille et enfants de la religion, prenez garde; ceux qui attaquent l'Église où vous êtes sujets, attaquent la famille où vous êtes souverains. Apprenez à connaître les vrais ennemis de cette société domestique que vous voulez défendre, et regardez par où ils dirigent leur suprême agression contre la famille et vous. En vain vous essayeriez de vous le dissimuler ; le point d'attaque où la science révolutionnaire dirige aujourd'hui ses principales batteries, c'est la religion; et entre toutes les religions, la religion catholique. La révolution moderne n'est plus que secondairement une agression politique ou sociale : elle est redevenue ce qu'elle fut à sa naissance, il y a trois siècles, une agrès-
sion religieuse. Elle se moque bien de la forme des gouvernements et des constitutions qu'on leur impose ; gouvernement républicain, constitutionnel, monarchique, absolutiste; qu'importe? Elle accepte tout, même le despotisme; surtout le despotisme, pourvu que le despotisme impose son idée et réalise son programme. Une seule chose lui répugne, parce qu'une seule chose lui fait obstacle :
c'est le règne de Jésus-Christ par l'Église et dans l'Église. Aussi, voyez comme la Révolution poursuit et attaque à outrance l'action de la religion catholique dans la famille. Elle rencontre là une action puissante, la seule qui résiste à le sienne, et ellela hait : elle y sent une influence féconde qu'elle ne peut imiter, et elle la jalouse. Ah! cette jalousie révolutionnaire sortie de l'enfer pour ravager la terre, qui ne la connaît? qui n'a senti son souffle et qui n'a vu ses œuvres? Or, ne vous y trompez pas, c'est dans la famille surtout que se trahit de toutes manié fille
honteuse de Satan. Oui, la Révolution jalouse dans la famille l'action féconde et maternelle de l'Église; quedis-je? elle y jalouse Jésus-
Christ ; elle y jalouse Dieu; elle y jalouse jusqu'en son propre domaine la paternité ellemême. Et pour donner satisfaction à ces jalousies stériles éternellement armées contre tout ce qui enfante, elle rêve avec des systèmes d'enseignement qui indignent le bon sens, des théories d'éducation qui mentent à la nature; au nom de la liberté elle évoque un despotisme social qui consacre dans la famille l'omnipotence des Etats, et chasse à la fois du foyer l'action de la paternité, de l'Eglise et de Dieu!
Voilà, Messieurs, la cause la plus radicale et le symptôme le plus alarmant de la dissolution de la famille : la Révolution par ses doctrines faisant partout la guerre à la tradition, à la propriété, à la religion; à la tradition, qui rattache la famille à l'humanilé; à la propriété, qui la rattache à la terre ; à la religion, qui la rattache au ciel ; et par cette triple agression attaquant et ébranlant de jour en jour la famille qui s'appuie sur ces trois choses. La RévoluLion, je le sais, ne convient pas de cette attaque dirigée contre la famille. Pourquoi s'en étonner? Quand on
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attaque ce qui est défendu par l'amour des cœurs et par le respect des âmes, ou n'en convient jamais. Partout et toujours la dissimulation et l'hypocrisie furent la grande arme de l'erreur. pères 1 ô mères! ô famille! institution sacrée, saint asile de l'amour, sanctuaire des vertus; vous êtes, après la religion ou plutôt avec la religion qui est en vous, ce qu'il y a de plus vénérable et de plus populaire dans l'humanité! comment vous prendre en haine, sans susciter contre soi du fond de l'âme humaine les représailles du mépris? Aussi, quand l'erreur contemporaine veut vous attaquer, elle fait ce qu'elle a toujours fait, elle prend un masque ; mais elle vous attaque, et avec d'autant plus de danger, qu'elle fait, en vous attaquant, semblant de vous défendre.
Ce travail déracinant, il se fait encore tous les jours; et je vois d'ici non-seulement les géants de la destruction, mais jusqu'aux ouvriers les plus obscurs de l'idée révolutionnaire, creuser chaque jour sous vos pieds la terre ferme des grands principes naturels et des vérités révélées, qui depuis de longs
siècles, porte la famille tranfigurée par le christianisme : et je vous dis : pères, ô mères, ô rois légitimes et souverains dans cet empire que Dieu vous fait, levez-vous et prenez en main la défense de votre royaume et de votre puissance ! Si vous ne voulez pas que cet empire s'ébranle, et que le foyer domestique, qui est comme votre palais, s'écroule sur vos têtes; arrêtez au seuil de votre porte l'idée révolutionnaire, la philosophie révolutionnaire, la littérature révolutionnaire : car si elles passent, la Révolution passera avec elles, et avec la Révolution l'inévitable destruction! Et voilà le premier signe qui atteste de nos jours la dissolution de la famille : la science révolutionnaire déracinant tous les fondements de la famille.
Mais ce n'est pas seulement la science, ce sont les mœurs aussi qui se révèlent aujourd'hui destructives de la famille. Entre la fa-
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mille et les mœurs les affinités sont profondes et les destinées pareilles. Les mœurs sont créées par l'action de la famille; et à son tour la famille subit la réaction des mœurs. L'orgueil, la cupidité, le sensualisme, toutes les concupiscences dans toutes leurs manifestations eutarnent sa pureté et son intégrité; car toutes développent dans l'homme ce qui tue l'esprit et la vie de la famille, l'égoïsme. Je devrais donc ici, pour être complet, vous montrer dans un tableau abrégé toutes les mœurs contemporaines dans leur rapport avec le progrès de la famille, et toutes venant se résumer dans cette chose qui lui est la plus antipathique et la plus fatale : l'égoïsme. Je laisse de côté ce qui ne concerne que les mœurs générales de notre époque déjà décritesici même, il y a quelques aimées, pour me borner exclusivement à ce qui touche à la famille.
Or, ce qui intéresse le plus directement la famille, personne ne l'ignore, c'est ce qui la fonde et la constitue, je veux dire le mariage. Le mariage est l'acte fondateur et l'état constitutif de la famille. Si les mœurs relatives au mariage se dépravent, la famille se déprave
immédiatement elle-même. Eh bien, Messieurs, je le demande, où en êtes-vous sous ce rapport? Le mariage est-il demeuré parmi vous tel que l'avait restauré dans le monde Jésus-Christ Notre-Seigneur? Et avec le mariage tel que vous le faites, ou, du moins, tel que vous le tolérez, la famille peut-elle parmi vous s 'élever et grandir? Non, Messieurs, non; car, pour ne dire ici que ce qui peut être dit, je remarque trois vices qui se tiennent et s'unissent pour corrompre la famille en corrompant les mariages ; vos mœurs empêchent les mariages de se faire ; vos mœurs faussent les mariages qui se font; vos mœurs pervertissent les mariages quand ils sont faits.
Un des plus grands symptômes de la décadence de nos mœurs et de la dissolution de la famille dans notre siècle, c'est la difficulté du mariage. N'avez-vous pas remarqué comment les mariages deviennent chaque jour plus difficiles et souvent impossibles ! Est-ce que là n'est pas l'inquiétude de toute mère qui garde près de son cœur une enfant encore pure des corruptions du siècle? Et quand votre fils a vingt-cinq ans, trente ans déjà peut-être;
HMH
quand l'heure est venue de donner un centre à sa vie, quelle est votre crainte et la sienne ? Pourquoi de votre côté ces sollicitudes qui ne savent se calmer? Pourquoi du sien ces ajournements qui ne savent pas finir? C'est que dans ce temps où les désordres s'appellent les uns les autres, la fuite du mariage devient de plus en plus générale et en quelque sorte systématique. Au lieu de le considérer comme une fonction, un repos, un charme de la vie, vos jeunes gens l'envisagent comme une servitude à laquelle il faudra tôt ou tard finir par enchaîner sa liberté. On dit que dans l'ancienne Rome, lorsque la corruption des mœurs fut à son comble, la fuite du mariage par les jeunes Romains était devenue l'un des plus sérieux embarras de la République. La loi, dit un publiciste obsédait et traquait de toutes manières les célibataires pour les pousser au mariage, et, par le mariage, à la famille; les célibataires restaient : l'histoire atteste qu'Auguste alla jusqu'à donner des primes pour y encourager; « les Romains n'en profitaient pas ; les célibataires restaient célibataires, malgré les obsessions de la loi et les faveurs du
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pouvoir. » Sous ce rapport, vous donnez plus d'un signe de la décadence romaine :
et, si le siècle suit son cours, je ne m'étonnerais que médiocrement de le voir dans quelque temps inventer des industries pareilles pour arrêter un mal analogue.
A quoi tient ce mal? Où sont ses racines?
Car ce D'est pas comme Auguste à la surface, c'est au fond qu'il faut porter le remède. Parmi le nombreuses racines de ce mal j'en signale deux en particulier : la volupté des homi et le luxe des femmes; dans les uns, un égoïsme de sensualité; dans les autres, un égoïsme de vanité. Les deux sexes, j'en conviens, sont un peu responsables de ce double mal; mais j'accuse ici dans l'un et l'autre le caractère le pluh Baillant.
Oui, Messieurs, la cause réelle de cette fuite du mariage qui prépare la dissolution de la famille, c'est tout d'abord la volupté des hommes; c'est la poursuite effrénée des jouissances égoïstes ; c'est la pratique des amours volages, aussi avides de plaisirs perpétuellement changeants qu'impatients de tout joug qui attache à des devoirs permanents. Qu'ai-
je besoin de montrer ici dans la parole ce que le siècle montre partout aux yeux? Rareté des vies chastes et pures; règne grossier de la chair accepté comme un privilège de la jeunesse, môme par des fils de noble race; fureurs des intrigues se nouant les unes aux autres comme une chaîne de hontes et d'iniquités, ou plutôt se brisant sans cesse pour laisser à des passions impatientes de tout frein une liberté folle qui ne sait plus même se fixer à un être de son choix : voilà les mœurs de votre temps ! Comment dès lors la famille, qui vit de mœurs saintes et s'épanouit dans la pureté, ne serait-elle pas profondément atteinte? Comment vos jeunes gens pris de ce vertige et ivres de ce vin des voluptés charnelles, ne fuiraient-ils pas le mariage qui fonde la famille! Ah! qu'ils consentent à accepter dans les belles années de la vie ces opprobres de la vie, je ne puis m'en étonner : c'est ce qu'ils voient sur vos théâtres; c'est ce qu'ils lisent dans vos romans; c'est ce qu'ils apprennent par les scandales de vos débats judiciaires, alors que la justice humaine traîne devant les tribunaux quelques-unes de ces vies
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surprises dans leur ignominie. Mais ce qui m'étonne moins encore, c'est de voir vos fils accoutumés à ces débauches fuir le mariage qui enchaîne au devoir. Étonnez-vous, en effet, si vous le pouvez, que le mariage ait pour eux perdu son sens, son charme et son attrait, lorsque leurs cœurs flétris par des plaisirs qu'il faudrait quelquefois nommer infâmes, sont châtiés de la fureur de jouir par l'impuissance d'aimer!
.Mais là, je l'ai déjà dit, n'est pas la seule cause d< ce mal immense ; et il convient de faire ici à chacun devant le ciel et la terre sa partdelégitime responsabilité. Avec la volupté des hommes qui fait redouter les saintes servitudes du devoir, il y a le luxe des femmes qui lait redouter les excès de la dépense, et menace de ruiner tout à fait par les folies de la vanité une fortune déjà compromise par les folies de la volupté. Vos fils, si insouciants de la richesse et en apparence si incapables de compter, alors qu'il ne s'agit que d'acheter leurs plaisirs, se trouvent être tout à coup les plus habiles calculateurs, quand il s'agit d'aviser à bien voir ce qu'il en coûtera chaque
année seulement pour orner une femme. Que sera-ce donc, quand il faudra à ses frais annuels embellira la fois toute une couronne de jeunes filles, qui apprendront^à\ant l'âge à rivaliser avec le luxe de leur mère? Aussi, croyez-le bien, c'est avec encore plus de crainte que de plaisir que les jeunes gens contemplent les magnificences dont les femmesaujourd'hui semblent se plaire à éblouir leurs yeux ; et ce n'est pas sans quelque effroi dans l'âme qu'ils voient passer devant eux les parures qui enchantent leurs regards; ils disent tout bas: € C'est beau, mais c'est cher! C'est à « faire trembler même les plus fortunés !
« Grand Dieu! nous ne sommes pas tous des « millionnaires; le fussions-nous, nos revenus «y suffiraient-ils? c'est la question! Ces « somptuositésprincièresontunbudgetquine « peut être vulgaire ; et sans être fils de prince, « je serai seul à en fournir la dépense. Atten- « dons encore; laissons passer les ans; il sera « toujours assez tôt de nous condamner à un « impôt toujours croissant, qui, grâce aux in- « ventions du siècle, menace de devenir tout « à fait progressif, c'est-à-dire tout à fait rui-
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« neux. » Ainsi raisonnent., ainsi calculent vos fils, même les plus prodigues et les plus consommateurs ; et il serait difficile ici de les convaincre de faux calcul et de mauvais raisonnement. « Moi, dit un jeune homme,j'ai des goûts '< fort modestes ; je connais la vie ; bieu qu'un <« peu tard, j'ai appris à compter. Mon parti est « pris et je songe à me ranger. J'ai mes idées « aussi : beaucoup de fortune et peu de luxe, « voilà mon programme; j'y tiendrai. C'est, « dit-on, en ce temps-ci, difficile à trouver; « soit, j'attendrai l'occasion ; si elle ne vient « pas, j'ai pour me consoler la possession de « ma liberté. Le plaisir, il est vrai, a ruiné ma « fortune; mais tout n'a pas péri; j'ai de « beaux débris qui peuvent fournir au reste de « ma vie un reste de bonheur ; et si la misère « un jour vient à me visiter, du moins serai-je « sûr qu'elle ne fera qu'une victime et n'at- « teindra qu'un misérable »
Ainsi ces deux causes, sans parler de tant d'autres, volupté des hommes d'un côté, luxe des femmes de l'autre, conspirent ensemble à produire le même résultat si fatal à la famille et à la société : la fuite systématique du ma-
riage, et, comme conséquence, l'accroissement menaçant du célibat; non du célibat de la virginité, mais du célibat de la volupté; non du célibat qui consacre une vie au soulagement des misères fraternelles, mais du célibat qui absorbe une vie dans les déportements des plaisirs égoïstes.
Telle est la première atteinte portée par vos mœurs à la famille : elles empêchent les mariages de se faire; c'est leur premier mal; et voici le second : elles les faussent alors même qu'ils se font. Il y a dans nos mœurs contemporaines une plaie que vous ne remarquez pas assez, et qui ronge la famille au cœur comme le ver les fruits ; cette plaie signalée en passant dans un autre sujet, il ne se peut que je ne la rappelle ici, parce qu'elle est réellement mortelle à la famille : c'est la plaie toujours grandissante des unions antipathiques et des mariages mal faits. Il règne sous ce rapport, surtout dans les régions plus élevées, une aberration qui tient du prodige. Quand l'heure est venue de fixer par une union l'avenir d'un enfant, trop souvent, hélas ! le père et la mère cédant aux entraînements du siècle, se sentent
pris sous des inspirations diverses du vertige d'une même folie : d'un côté l'orgueil du sang; de l'autre l'orgueil de la fortune : l'un cherchant ce qu'il y a de plus haut; l'autre cherchant ce qu'il y a de plus riche ; et tous deux, dans leurs combinaisons mal concertées, négligeant d'une manière à peu près complète cesdeux choses qui devraient cependant tenir le premier rang : les vertus de l'âme et les affections du cœur. On appelle cela ingénieusement faire des mariages de raison; on les nommerait mieux mariages de déraison; car en présence de ces faux calculs, qui immolent tantôt à un nom et tantôt à une fortuue, le cœur, l'âme et le bonheur d'un enfant, ia raison n'a rien à dire; on se voile le visage et l'on forme les yeux pour ne pas voir l'abîme où l'on se précipite.
Certes, Messieurs, nous ne demandons pas que le souffle léger qui passe à une heure donnée dans un cœur de dix-huit ans, décide se a l une union qui ne doit paspasser ; beaucoup moins demandons-nous que l'entraînement d'une passion prime dans ces grandes décisions les conseils de l'expérience et les leçons
de la sagesse. Mais ce que je déclare une aberration désastreuse à la famille et à la société, c'est la part prépondérante et quelquefois l'importance exclusive, que l'on fait aux calculs de l'ambition ou aux combinaisons de la vanité, dans cet acte solennel où la raison exige que vous voyiez, avant tout, des âmes qui s'estiment, des cœurs qui s'aiment et des vies qui s'attirent.
Montrons ici les choses dans toute la réalité que comporte la dignité du discours. Il y a quelque part un enfant dont le cœur encore pur s'ouvre à sa première affection, comme une fleur à son premier soleil. Son âme en s'épanouissant verse ses premiers parfums, et dans une aspiration qui a quelque chose de l'infini, elle appelle ce je ne sais quoi qu'elle n'a pas encore nommé. Que faut-il à cet enfant? ah ! vous le demandez ? mais il lui faut une âme comme son âme et un cœur comme son cœur; une âme qui garde le trésor de la pureté, un cœur qui garde le trésor de l'affection. Sans ces deux trésors qui se complètent l'un l'autre, rien ne suffira; et le nom le plus sonore, et le million le mieux coté,
ne lui dissimuleront pas son irréparable misère. Et cependant, que faites-vous quelquefois pour répondre à ces inspirations d'une âme vierge de toute souillure et d'un cœur ignorant de tout égoïsme ? Ah ! vous acceptez, que dis-je? peut-être vous choisissez vous-même une âme vide de vertus, un cœur vide d'affection ; une âme ravagée et un cœur corrompu, ne gardant plus même la noble faculté de répoudre à l'affection, ni la faculté plus noble encore de comprendre la vertu ! Grand Dieu, le dirai-je? le vice, le vice lui-même, ayant pour auréole le prestige du million, l'illusion d'un titre ou la fascination d'un nom, voilà ce qui obtient vos préférences et emporte votre choix ! père, ô mère ! ah ! vous avez donc oublié ! votre expérience ne vous a donc rien appris ! et qui voulez-vous que j'accuse du triste avenir que prépare à une enfant tant aimée votre sagesse mal avisée ? Ah ! si la Providence vous a préservés vous-mêmes d'un pareil destin, prenez garde qu'un jour les larmes de cette enfant ne deviennent pour vous une tardive leçon, et ses malheurs de tardifs regrets !
Car, que pensez-vous, Messieurs, qu'il advienne d'ordinaire de ces mariages mal faits, unions à contre-sens dont la nature s'indigne et dont la raison murmure ? Ah ! je vais vous le dire : des crimes souvent, des tristesses toujours, des catastrophes quelquefois. Ces unions faussées par nos mœurs alors qu'elles se font, sont par elles encore perverties alors qu'elles sont faites.
Regardez : voilà face à face l'une de l'autre, plutôt qu'unies l'une à l'autre, deux âmes qu'une entente de vanité ou un calcul d'égoïsme a placées pour toute la vie sous la loi d'un môme contrat indissoluble et d'un même serment inviolable. L'acte qui a stipulé les conditions de la vie matérielle n'a rien pu pour garantir entre ces deux êtres les harmonies de la vie morale ; ils ne s'aiment pas, et l'absence de l'amour trouve tout au plus dans une mutuelle estime une médiocre compensation.
Leur société de convention est pour leur cœur trompé pire qu'une solitude; et la tristesse vient s'asseoir entre ces deux êtres qui s'ennuient. Ce qu'il faut pour la vie à deux leur manque tout à fait; ces deux cœurs si
rapprochés par l'espace sentent entre eux des distances qui les épouvantent ; ils sont l'un pour l'autre même sans le vouloir un glaive de douleur; et ce qu'ils imaginent de mieux, tantque la voix du devoir est encore entendue, c'est d'arriver à ce vulgaire idéal, le seul qu'ils aspirent à poursuivre : un mutuel support !
Mais l'âme trop facilement faillit à ce rude travail ; le cœur surtout souffre de ses perpétuels refoulements, et pour peu que quelque chose de moins froid vienne à pénétrer dans cette atmosphère glacée, la tentation trouve ouverts ces deux cœurs qui ne donnent rien l'un à l'autre de ce que plus ou moins ils aspirent tous deux. Si, pour comble de malheur, le roman contemporain a été admis à franchir ce seuil déjà trop menacé ; s'il a montré à ces deux êtres que la réalité étreint le monde des félicités imaginaires; ils arrivent bientôt à se dire, qu'après tout on ne peut pas condamner sa vie à la perpétuité de la mort ; que le crime n'est peut-être pas si grand qu'on le suppose, à chercher hors du foyer ce que l'on ne peut trouver au foyer; et le cœur, qui s'est enchaîné pour toujours à une vie, rêve vague-
mont de s'enchaîner aune autre; il sent passer en lui le premier souffle des amours illégitimes, comme on sent passer dans l'air les souffles précurseurs des orages !
Alors qu'arrive-t-il? Messieurs, permettez ici à des lèvres sacerdotales de prononcer un mot que je voudrais voiler de toute votre pudeur chrétienne; alors un crime de lèsefamille, un monstre ravageur de la 'société domestique entre au foyer pour le profaner, le troubler, le dévaster. Quel est ce crime abominable? ce monstre destructeur comment se nomme-t-il? Ah! puisque vous le voulez, je vous dirai son nom : Dicam nomen bcstias :
l'adultère!... L'adultère; oui, voilà le mal mortel introduit au cœur de la famille par vos mœurs contemporaines; l'adultère, qui autrefois dans les sociétés chrétiennes n'apparaissait que comme un rare phénomène, laissant à la famille qu'il avait profanée une flétrissure indélébile, et qui aujourd'hui tombe sur des fronts assez déshonorés pour n'y pouvoir plus même susciter la rougeur de la honte ; l'adultère, stigmatisé par toutes les civilisations et tous les peuples, et qui aujourd'hui aspire à
des réhabilitations, si ce n'est à des glorifications; l'adultère, qui jusqu'ici marchant dans l'ombre se glissait furtivement dans l'asile de la chasteté, et disait en regardant autour de lui : « Je suis seul, et personne ne me verra, » et qui aujourd'hui n'ayant plus même besoin de chercher le mystère, ne redoute plus ni le grand jour de la publicité ni l'éclat du scandale; l'adultère qui s'avoue; l'adultère qui s'étale; l'adultère qui se vante, l'adultère qui se pose au foyer, au salon, et jusqu'à la table de la famille; et là, brave de l'insolence de ses regards la vertu de l'époux ou de l'épouse humiliée dans son triomphe !
Voilà, Messieurs, ce que font aujourd'hui pour dissoudre la famille les mœurs contemporaines. Et cependant je n'ai rien dit des opprobres exceptionnels qui quelquefois la déshonorent. Par respect pour vos âmes et par respect pour la mienne,je veux laisser dans l'ombre certains mystères de crime que la justice humaine découvre quelquefois de son regard, et qu'elle seule a le droit de nommer dans sa langue, parce qu'elle a mission de les peser dans sa balance et de les frapper de son
glaive. Si je les articulais tels que la société les recèle dans son sein, vous apprendriez avec stupeur que des abominations qu'on aurait pu croire à jamais reléguées dans les égouts du paganisme, se rencontrent dans les demeures ou naguère encore on avait vu des chrétiens adorer Jésus-Christ. Mieux vaut laisser obscurs et innomés dans leurs naturelles ténèbres ces crimes réservés, où l'on voit la famille conspirer contre la famille, la paternité contre la paternité, et la vie contre la vie : mystères honteux devant lesquels la raison se voile et la nature s'étonne, et que la parole sacrée ne pourrait même nommer sans se souiller elle-même !
Vous venez de le voir, Messieurs, le courant des mœurs dépravées, comme le courant de la science révolutionnaire, accélère au milieu de nous l'abaissement et nous menace de la dissolution même de la famille. J'ajoute avant de finir qu'un autre courant la menace
encore davantage, c'est ce qu'on appelle le courant de la vie sociale. Comme la famille agit directement sur la société; la société à son tour réagit sur la famille ; et je n'hésite pas aie dire, le signe le plus menaçant de la ruine de la famille je le découvre surtout dans les tendances sociales de notre temps. Par ce mot tendance sociale, je n'entends aucunement parler de la forme ni de la marche politique des gouvernements modernes; j'entends par ce mot ces relations extérieures que le mouvement de la vie amène entre les hommes qui composent la société : et je dis que les grands courants de la vie sociale : telle qu'elle se fait au milieu de nous, semblent conspirer à déraciner jour par jour l'antique institution de la famille; comme le torrent qui coule déracine flot par flot le vieux chêne que les siècles ont planté sur ses rives.
J'ai cherché un mot qui exprimât l'ensemble de nos tendances si multiples, si diverses, mais toutes se rencontrant en un môme courant qui menace de plus en plus d'emporter du milieu des hommes cette belle création de Dieu; ce mot qui résume toutes les tendances
de la vie moderne fatales à la famille est celui-ci : le déplacement. La famille est essentiellement une chose de permanence et de stabilité; vivre ensemble sous un même toit, un même gouvernement, se perpétuer les uns par les autres dans des conditions à peu près pareilles; se développer dans une même atmosphère en respirant les mêmes souffles :
réaliser enfin dans une association naturelle un progrès lent et une marche tranquille comme le progrès et la marche de la nature, voilà la famille : c'est la vie dans la tradition et le mouvement dans la stabilité. Or, quand on étudie de près les tendances et les mouvements de notre vie sociale, on y découvre en tous sens et sous toutes les formes ce qu'il y a de plus opposé à ce que je viens de dire : le changement, l'instabilité, le déplacement. Les hommes comme les peuples sont pris de je ne sais quel effroyable besoin de changer de fortune, de condition, de rang, de lieu même; et cette perpétuité du changement, et cette universalité du déplacement devient le perpétuel affaiblissement et l'universelle décadence de la famille elle-même.
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Et d'abord, est-ce que vous n'avez pas vu autour de vous avec un secret effroi ce déplacement inouï de la richesse et cette mobilité de la possession inconnue de nos pères, qui menace partout la société domestique et semble à chaque instant remettre en question l'existence même des familles? Est-ce que vous n'avez pas senti comme tout aujourd'hui s'ébranle aux souffles capricieux de la fortune ; oui tout, même la terre qui porta votre berceau et porte encore votre foyer? Qu'ai-je je rencontré partout dans cette agitation fébrile qui emporte nos générations si impatientes du changement, si ambitieuses de l'inconnu? Le dégoût d'un travail sûr et fécond, mais lent à produire la richesse; la passion de la fortune improvisée par les hasards de la spéculation et par l'audace des eutreprises; le dédain chaque jour croissant de la propriété stable et la poursuite immodérée du capital mobile : voilà, Messieurs, pour ne pas venir à de plus grands détails, une tendance de notre temps devenue si générale, qu'il n'y a plus guère pour s'en défendre aujourd'hui que les rares familles qui mettent au-dessus
de tout l'honneur, le nom, l'héritage et toutes les saintes traditions qui leurs sont venues avec la gloire du sang. Au bout de ces tendances qui déplacent partout la possession avec une rapidité qui tient du prodige, qu'y a-t-il, pensez-vous? Il y a des secousses soudaines qui ruinent en un jour dans la famille des traditions séculaires, et souvent brisent totalement le nœud de la famille elle-même; il y a les transitions bizarres qui font monter tout à coup du dernier au premier degré de la fortune, ou tomber subitement du sommet de la richesse dans l'abîme de la misère, les favoris ou les victimes de ces jeux barbares :
fortunés qui rougissent de leur famille ou misérables qui la font rougir d'eux-mêmes; les uns et les autres lui portant des atteintes semblables et des blessures pareilles.
De ces soudainetés, de ces péripéties, on pourrait presque dire de ces changements à vue de la fortune, naît une tendance analogue à la précédente, la tendance au déclassement c'est-à-dire au changement de la condition sociale. N'avez-vous pas remarqué quel mouvement désastreux emporte les hommes de
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votre temps à changer non-seulement la fortune mais la condition, c'est-à-dire la sphère même de la vie? C'est à qui, de nos jours, ne demeurera plus à sa place. L'homme des champs a les regards tournés vers nos grandes villes; l'ouvrier des grandes villes cherche dans ses horizons agrandis les perspectives des carrières libérales; ceux mêmes qui les ont héritées de leurs pères ne sont pas encore satisfaits, ils cherchent la route qui conduit à de plus hautes sphères. L'homme que la Providence destinaità tenir la charrue, à féconder la terre et à nourrir l'humanité du travail de ses mains, aspire à tenir la plume, à cultiver la pensée et à jeter sur son nom un reflet de gloire littéraire. Il pouvait être un travailleur utile, un artisan distingué, une force pour la patrie; il sera un écrivain stérile, un penseur vulgaire, peut-être un corrupteur du peuple : il saura le métier d'écrire, et il fera pour le progrès du monde des livres dégradants! En toute supposition, à quelque terme que le conduisent tous les chemins de traverse que prend pour sortir de sa condition cet échappé du foyer domestique, la famille ne sera plus rien
pour lui : comme l'homme de la fortune, s'il échoue, ce sont les siens qui le désavouent; s'il réussit, c'est lui qui désavoue les siens; fier de sa renommée et dédaigneux de son père, rien ne lui fait plus d'horreur que de le rencontrer sur la route où il a trouvé la gloire ; ce vêtement paternel, le signe authentique d'une descendance qui n'est rien moins qu'illustre, semble à ce fortuné de la littérature une ironie jetée à la hauteur de ses dédains, et l'amour de la famille s'ensevelit dans son triomphe encore plus que dans sa défaite.
Aux changements de la fortune et aux déclassements des conditions qui ruinent parmi nous l'esprit de la famille, il faut joindre la tendance au déplacement matériel . Nous n'aspirons pas seulement à changer de fortune et de condition, nous aspirons de plus en plus à changer de lieu, de climat, de soleil. Le progrès matériel lui-même par ses plus belles inventions semble nous chasser du foyer, en nous poussant par la force de la vapeur à la perpétuité du déplacement. Nous ne réprouvons pas, quoi qu'on en ait pu dire, la création moderne de nos lignes de fer, qui font,
avec une rapidité ignorée de nos pères, circuler dans le corps social le mouvement et la vie; mais il faut tenir compte de tout et aviser aux tendances morales qui naissent comme d'elles-mêmes de nos améliorations matérielles. Grâce à la facilité de changer désormais de lieu, de ciel et de climat, je vois se développer dans mes contemporains un besoin qui peut avoir pour la famille les plus graves résultats : le besoin de n'être pas chez soi. Les attraits du foyer vont s'évanouissant dans les illusions du voyage; on dirait que notre vie ne sait plus se fixer; le mouvement qui nous emporte nous refait, non dans les solitudes du désert, mais dans le flux et le reflux des foule?, une vie rigoureusement nomade. Les hôtelleries, dont on change chaque jour, si ce n'est plusieurs fois le jour, menacent de devenir vos demeures ordinaires; et dans ce mouvement d'une vie éternellement voyageuse, l'amour de la famille s'en va avec ce charme qui attachait nos pères à la terre où avait été leur berceau. Dites ce que vous voulez, cette tendance est dangereuse; elle menace de faire de nous des êtres déracinés