LE PROGRÈS SOCIAL PARLA LIBERTÉ CHRETIENNE. I 7'J
< Mii. l'homme i|ni fait le mal amoindrit sa liberv té; l'homme qui t'ait le bien agrandit sa liberté.
Mais que t'ait cette vérité vulgaire pour la solution de la question qui est au fond de ee discours? Cette doctrine de laliberté dans l'homme
ne nous dit rien de la liberté dans la société. Messieurs, beaucoup plus que vous ne pensez; <'l voua allez voir qu'en vous révélant le secret de la première, j'ai révélé implicitement le secret de la seconde. Il fallait, dans un sujet si grave, remonter à la source d'où la liberté jaillit dans sa pureté native, pour dériver de là, sans mélange d'opinion et d'erreur humaine, dans le champ ouvert de la société.
Vous m'avez accordé que la liberté morale ou l'activité libre dans le domaine individuel s'agrandit et se perfectionne par le choix et l'accomplissement du bien, et vous ne me contestez plus que le progrès de la liberté morale peut s'exprimer par cette formule : le mouvement sans entraves de la volonté dans le bien. Or, il est impossible que cette vérité une fois établie dans l'homme ne subsiste pas dans la société. La liberté humaine sortant du domaine de la conscience pour se poser dans l'ordre social,
se retrouve au dehors ce qu'elle est au dedans, le mouvement sans entraves des volontés dans le l)ien; et il n'est pas possible de nier que, politiquement et socialement, l'humanité la plus parfaite et la plus libre dans le sens légitime de ce mot sera celle qui aura la plus grande faculté pour se mouvoir dans la sphère du bien, et la plus grande sauvegarde pour se défendre contre les envahissements du mal.
Je ne demande pas ici ce que c'est que le bien et ce que c'est que le mal. Je suppose avec la connaissance de l'un et de l'autre la connaissance de leur différence radicale; et je dis d'abord que le bien a socialement le droit imprescriptible de n'être pas opprimé par le mal. Ce droit radical est le principe générateur de toutes les vraies libertés : si ce droit est supprimé, la liberté sociale et publique ne se peut plus même concevoir. Donc, marcher dans la justice, dans l'ordre, dans l'amour, sans avoir à redouter l'oppression de l'iniquité, du désordre, de l'égoïsme; en deux mots : la plus grande faculté de se mouvoir dans le bien, et la plus grande facilité de se garantir du mal ; telle est la vraie formule des peuples libres.