‹ Le progrès par le christianisme (volume 2)Chapitre 13 sur 20 · LE PROGRES BO< [AL PAR LA LIBERTE < HRÉTIENNE · texte numérisé non relu

LE PROGRES BO< [AL PAR LA LIBERTE < HRÉTIENNE

8fl le point de départ nécessaire de la loi et de la liberté sociales.

\ussi. volontiers je dirai avec un grand pu-

liliciste : i La loi politique et la liberté sociale, c'est le droit protégé, c'est la morale fortifiée, c'est la société assurée à l'homme, malgré l'égoïsme, malgré les passions, malgré le mal(l).» En d'autres termes, la liberté qui fait le progrès des peuples, c'est le bien armé pour nous détendre contre le mal. Assurément, si tous les hommes allaient d'eux-mêmes au devoir et demeuraient dans la justice, les peuples dans l'ordre social n'auraient pas besoin pour avoir la liberté de cette sauvegarde protectrice de leurs droits ; mais telle n'est pas la situation que nous fait la nature et que permet la Providence. L'agression du mal contre le bien est permanente dans l'humanité ; l'homme par l'égoïsme est armé contre l'homme ; il ne se peut défendre contre le mal et l'iniquité qu'à la condition d'être couvert du bouclier de la justice et de se sentir abrité sous l'égide du bien. S'il n'a sur son droit social cette protection de la justice et cette puissance du bien

(i) C. Bonnet.

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armées pour le défendre, mieux lui vaut la solitude que la société ; car dans tout état social où le bien n'est pas armé pour défendre contre le mal, l'oppression naît d'elle-même. La force mise au service du droit pour protéger, encourager et développer le mouvement de la vie dans la sphère du bien, ce n'est donc pas le despotisme , c'est la liberté ; et l'Ecriture a donné le mot de la liberté sociale , et le secret de la grande politique des nations, quand elle a dit : Les rois sont les ministres de Dieu pour le bien . Cette notion de la liberté sociale, prise dans le fond des choses et au point de vue de notre sujet, nous paraît absolument incontestable : il faudrait pour la nier renverser l'intelligence de l'homme et les conditions de sa vie. Or, cette notion une fois admise est la condamnation par la raison, la justice, et le bon sens, de la liberté fausse, injuste et despotique, proclamée par une sagesse malavisée; liberté nouvelle dont tout le mystère consiste à équilibrer entre eux les droits égaux de la vérité et de l'erreur, de la religion et du sacrilège, de la vertu et de l'immoralité, du bien et du mal enfin ; et qui met sa perfection à trouver devant

Il PJtOU&KK SOl.lAL H \K LA I.IMI ICI I I II H II II \\l . 177

li> regards el suus l'égide de L'autorité pour I un ti pour l'autre une faveur el une protection pareilles. \ droite, la vérité, la religion, la moralité, le bien, avant une part de liberté et une place au soleil ; à gauche, l'erreur, l'irréligion, L'immoralité, le mal, ayant à la liberté un droil égal et une même place au soleil : et entre le parti du mal et le parti du bien , les gouvernements dans une neutralité impartiale, tenant dans leurs mains les ressorts d'une politique indifférente, et laissant aller les progrès ou les décadences aux hasards sanglants de ce redoutable jeu : tel serait le secret profond de la liberté sociale, s'il fallait en croire des génies que les démentis de l'histoire n'ont pu encore désabuser du fanatisme de l'idée.

Messieurs, est-il besoin d'infliger à cette théorie de liberté contre raison et contre nature les flagellations méritées de la sagesse et du bon sens ? 0 profonds penseurs ! voulez- \ous répondre à cette simple question : Les droits du mal sont-ils égaux aux droits du bien? Le mal comme tel peut-il avoir des droits?... Et supposé que la société lui recon-

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naisse des droits égaux aux droits du bien , est-il possible de comprendre le bien et le mal marchant ensemble sans se gêner l'un l'autre dans les voies d'une même liberté ?

Ah ! votre bon sens me dispense de répondre ; et poser ces questions c'est assez les résoudre. Non, mille fois non, le mal n'a pas de droits, il ne peut pas en avoir. Le mal est en essence la violation d'un droit; violation d'un droit de Dieu, ou violation d'un droit de l'homme : et j'entends parler du droit du mal ? et l'on veut faire de la protection de ce droit la consécration des libertés sociales? Ah! ce droit, on le connaît peut-être en enfer; c'est le droit qui régit l'empire du chaos ; mais partout où il y aura des êtres libres assemblés pour un but légitime et voulant y marcher dans l'ordre et l'harmonie, toujours la vérité et la justice crieront ensemble : Anathème au droit de Satan !

Voulez -vous un moment accorder au mal le droit de cité ? voulez-vous donner carrière à tous ses mouvements et lui ouvrir faciles et larges toutes les voies de sa libre action ? Mais alors, je le demande, dans cette liberté

il PROGRÈs'sOCLAL PAR LA LIBERTÉ CHRÉTIENNE. I7:>

que vous garantissez au mal. commenl la liberté du bieu Bubsistera-t-elle ? Quoi! vous voulez tenir le bien et le mal sous un sceptre impartial? Quoi! \ous voulez donner à ces < l**n x. puissances si radicalement antagonistes la même liberté? Vous voulez faire à leurs mouvements les mêmes ouvertures, et à leurs exigences les mêmes concessions? Ah! vous oubliez ce que c'est que le mal, et ce que c'est que la liberté. Vous oubliez que le mal est essentiellement despotique, et qu'il tend invinciblement à étouffer la liberté dubien. Le bien, parce qu'il est amour, peut supporter à côté de lui la présence du mal ; mais devant la France, l'Europe et le monde entier, du haut de cette tribune qui a, malgré la faiblesse de celui qui parle, de lointains retentissements, je déclare que le mal est absolument impuissant à supporter autour de lui la libre expansion du bien: je déclare an nom de la vraie liberté que réclament avec moi tous mes frères en Jésus- Christ, que toute humanité méchante est de sa nature égoïste, tyrannique, oppressive : je déclare que si le parti du mal dans toute société vivante n'extermine pas le parti du bien, c'est

que la majorité du bien lui fait peur, et qu'il craint d'en être exterminé lui-même ; je déclare, sans craindre d'être démenti ni par l'expérience des vrais politiques, ni par le génie des vrais penseurs, que la complète liberté du mal est dans la société la plus complète oppression du bien, ou la mort totale de la vraie liberté : et face à face avec les siècles qui depuis six mille ans nous montrent le mal à l'œuvre dans l'humanité, je jure, la main étendue sur l'histoire qui se fait encore tous les jours, que le premier acte des méchants devenus les plus forts sera toujours de supprimer la liberté des bons : parce que le règne des méchants sur la terre c'est le règne de Satan; et que le premier besoin de Satan c'est de faire des esclaves et d'imiter autant qu'il peut sur la terre l'égoïsme, la servitude et le désordre de l'enfer!...

En vain vous voudriez, par des rouages politiques et des constitutions sociales, contenir cette puissance oppressive que le mal porte en son sein et qui cherche des esclaves comme l'affamé son aliment ; malgré vous et contre vous la force éclatera; elle brisera avec ceux qui

LK PAOGRES SOI I \l. PAfl ' I uni H I ï. < HHi HENNE. 1 8 1

le> tenaient dans leurs mains ces mécanismes

impuissants à assurer laliberté des peuples, tôt OU tard opprimés par le despotisme du mal et la tyrannie de la passion. Supposez que dans

une nation la pins avide de liberté et la plus digne d'être libre, la puissance tout à coup tombe aux mains des méchants ; je vous dis que, quelle que soit la forme du gouvernement dont leurs mains tiendront les ressorts, les bons seront opprimés. Consulat, royaume, empire ou république, gom ernement absolu, représentatif ou démocratique, qu'importe ? le mal est triomphant, le mal est au pouvoir; malheur au bien! le mal est souverain; malheur à la liberté ! il crie, en étendant sur la vertu son sceptre séculaire, comme il y a trois mille ans : La loi de la justice, c'est notre force : Lex justifiée fortitudo nostra est ; la liberté, c'est nous; le droit des peuples est de reconnaître que nous sommes souverains !

Telle est l'attitude du mal devant la liberté du bien. Et ce que je dis du mal régnant dans la société, peut se dire aussi de l'erreur. L'erreur est la sœur du mal : l'un et l'autre ont un même père, l'égoïsme ; et l'égoïsme, c'est-

à-dire le despotisme en essence, leur a mis au cœur les mêmes amours , les mêmes haines, et les mêmes instincts. La vérité sait supporter l'erreur, comme le bien sait supporter le mal ; mais l'erreur ne sait pas supporter la vérité : elle la hait ; sa haine atteint les hommes qui la représentent ; et elle a besoin de l'opprimer, comme le mal a besoin d'opprimer le bien.

Quand il s'agit de l'histoire des persécutions subies par les doctrines et les opinions dans le monde, il est convenu que partout c'est l'erreur qui se pose en victime. On oublie que la persécution de l'erreur par la vérité est dans l'histoire une exception, ouïe fait des hommes qui représentent la vérité ; tandis que l'oppression de la vérité par l'erreur est un fait normal et le résultat d'un besoin inhérent à l'erreur. Lisez les écrits et écoutez les discours des hommes qui professent ouvertement l'erreur, ils sont impuissants à se déguiser eux-mêmes: sous le masque que l'hypocrisie met à leur visage, ils laissent percer leur besoin d'opprimer la vérité. Ils disent qu'ils veulent la liberté pour tous; ah! ne les croyez pas; ils veulent la liberté de leur pensée et l'oppression de tout

il PROGRÈS 80CIAL PAR LA LIBERTÉ CHRÉTIENNE. 1 s'<

ce qui est contraire à leur pensée. L'erreur dans le monde, au point de 1 ae où nous sommes, c'est toujours Luther ; Luther qui demande l'extermination îles protestants parce qu'ils ont osé protester contre sa propre pensée, comme lui-même avait use molester contre l'Église. Ali ! Messieurs, je le sais, quand le rationalisme et l'hérésie veulent dénoncer dans l'Église catholique une ennemie de la liberté sociale, ils ont au senice de leur haine quelques mots tristement célèbres, qui produiront éternellement un effet prodigieux sur les ignorants éternellement trompés par les sophistes. Mais quiconque voudra lire attentivement l'impartiale histoire des persécutions de la conscience humaine, trouvera que l'erreur partout et toujours, l'erreurhérétique, l'erreur schismatique, l'erreur philosophique, l'erreur rationaliste, panthéiste ou athée, a écrit à toutes les pages le honteux témoignage de son invincible besoin d'opprimer la vérité.

Et aujourd'hui encore les hommes qui font de leur nom un drapeau de liberté en se nommant superbement libres-penseurs , ne sontilspas les mêmes qui voudraient voir supprimer

avec tout culte positif la libre expression de la pensée religieuse ? Et sous le nom menteur de superstition, est-ce qu'ils ne demandent pas en effet l'abolition de la religion même? Ah ! ces vœux et ces appels de persécution religieuse ont été proclamés par les prédicateurs les plus fameux de la liberté, en des paroles que le dix-neuvième siècle ne croyait plus même pouvoir entendre : « Il faut extirper le catholicisme! Il faut le jeter dans la boue : il faut anéantir enfin la superstition sur la terre (1). » Mais si ce que vous nommez superstition est pour moi la religion ; si le catholicisme est le choix de ma liberté; s'il est la doctrine que ma pensée accepte, que ma conscience m'impose et que mon cœur adore : n'importe, dit la librepensée, il faut l' extirper; il faut \q jeter dans la boue, même par la violence; il faut que les rois étendent leur glaive pour enlever de la terre cette religion de ma pensée, de mon amour, de ma conscience, de mon libre choix enfin : et pourquoi ? pour ne laisser subsister, sous le nom de religion universelle et de divinité abstraite, qu'un simulacre de religion et un

(i) E. Quinet.

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fantôme de Dieu : la religion et Le Dieu «!«'> libres-penseurs. C'est la Logique de L'erreur el du mal : quiconque le nie, mentaux autre- et se ment à Lui-même.

Doue. Messieurs, décréter au nom de la liberté l'égalité dos droits de l'erreur et de la \érité, desdroits du mal et des droits du bien, ce n'est pas décréter le règne de la liberté. c'est décréter sa ruine; c'est décréter l'oppression inévitable de la vérité par l'erreur, de la religion par l'impiété, et du bien par le mal. C'est abandonner les sociétés humaines aux caprices du hasard, aux jeux de la fortune, aux aventures du succès, aux ténèbres du chaos ; et finalement les livrer comme une proie aux étreintes de l'égoïsme. se donnant en joie l'immolation de toutes les libertés : parce que , dans la société comme dans l'homme, quand on ne cherche pas la liberté par le règne du bien, on aboutit fatalement à la servitude par le règne du mal.

Mais, Messieurs, il me semble qu'une difficulté s'élève contre moi du fond de vos intelligences : vous dites : S'il est vrai que la liberté progressive est le mouvement des volontés

dans le bien ; que faire pour sauver et agrandir cette liberté dans un monde où l'erreur, les passions et le mal s'incarnent sans cesse dans des hommes, et vivent à côté de la vérité, de la justice et du bien? Faudra-t-il tuer toute erreur, anéantir tout mal, châtier tout sacrilège, proscrire légalement toute immoralité? Et si cette interdiction légale de tout ce qui est faux, immoral, impie, est impossible, qui dira la limite que la répression doit atteindre, et la limite où elle doit s'arrêter? Qui trouvera le point mystérieux où la compression légale s'accorde avec la liberté sociale? Que feront ceux qui gouvernent pour arrêter le mal sans compromettre le bien, et l'erreur sans compromettre la vérité? Au nom du Progrès social on invoque la tolérance légale: quelle tolérance? La tolérance du bien n'a pas de sens ; le bien ne se tolère pas, le bien est légitime, il est autorisé par lui-même : il s'agit donc évidemment de la tolérance du mal. Mais alors ces problèmes se posent inévitablement : Jusqu'où les gouvernements modernes peuvent-ils, sans compromettre la liberté ellemême, pousser la tolérance de l'erreur et du

il PROGRÈS SOCIA1 PARLA LIBERTÉ CHRÉTIENNE. Utf

mal? Les uns demandent qu'on la renferme dans la sphère des dogmes el des cultes positifs; d'autres prétendenl qu'on l'applique aussi aux doctrines purement morales, et ne lui laissent pour limite (pie le principe sur lequel repose le gouvernement ; d'autres enfin proclament résolument comme un droit la tolérance universelle et la liberté illimitée de toute doctrine et de toute opinion. Mais si la tolérance unherselle et la liberté illimitée n'est qu'un rêve fou; si le bon sens le plus vulgaire impose ici au génie politique la nécessité d'une limite , où se trouve cette limite que peut atteindre la tolérance de l'erreur et du mal, sans consacrer l'asservissement de la vérité et du bien? quel est enfin dans les sociétés vraiment libres le nec plus ultra de la tolérance et de la répression légale? Questions graves et toujours vivantes, dont les plus fortes têtes cherchent dans le clair-obscur des sociétés modernes la solution complète, sans arriver à la trouver jamais. Questions délicates, que je n'ai pas mission de résoudre , et auxquelles je ne pourrais entreprendre de donner une réponse précise, sans descendre dans un domaine

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qui n'est pas le mien. Je sais mes limites, et par la grâce de Dieu , je ne les franchirai pas. Messieurs, croyez-le bien, nous ne faisons appel ni à la violence, ni à la persécution, et nous n'avons nulle envie de confisquer la liberté de personne. Nous ne demandons pas non plus d'imposer la loi du passé aux misères de notre présent : nous savons avec l'Église notre Mère accepter les législations nouvelles que crée le génie des hommes d'accord avecla sagesse de Dieu pour des besoins vraiment nouveaux. Et quant à ce qui concerne la question difficile des répressions légales, au nom même de la liberté nous ne demandons qu'une chose : la répression du mal dans la mesure nécessaire pour assurer l'entière liberté du bien. Hors de là, nous consentons à laisser aux gouvernements humains un rôle de paternelle tolérance pour le mal que la sagesse ellemême ne conseille pas de réprimer. Je ne l'ignore pas, comme un père ne châtie pas tout délit dans un enfant , un gouvernement ne peut châtier tout mal dans une société. Des situations peuvent exister où la répression d'un mal partiel deviendrait un plus

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grand mal social. Lorsque les temps sont marnais et l'atmosphère ténébreuse; lorsque les phalanges de l'erreuret du mal se croisenl partout dans les sociétés en nombre à peu près égal avec les phalanges île la vérité el du bien; lorsque les politiques même 1rs plus habiles, le regard obscurci par les ténèbres qui enveloppent les âmes, se sentenl impuissants à trouver avec la dernière précision la ligne éternelle qui sépare le bien <lu mal et la n érité de l'erreur ; je sais tpie dans ces situations que permet la Providence, difficile est la mission de ceux que Dieu a placés dans le inonde pour la répression du mal et la sauvegarde du bien; l'on comprend qu'ils hésitent quelquefois sur la question de savoir jusqu'où ils peinent étendre la sphère de la liberté sans tuer leur autorité, et l'action de leur autorité sans tuer la liberté. Durant, ces heures obscures que traverse la société pour retrouver son soleil , il faut se garder de juger avec une sévérité implacable les hommes que Dieu appelle, dans l'anarchie des intelligences, la corruption des mœurs et l'acharnement des partis, à tenir entre leurs

mains le gouvernail des sociétés et la destinée des peuples.

Mais cette réserve faite sur la question pratique de la liberté publique dans les sociétés modernes . rien ne nous peut empêcher de proclamer cette vérité qui est la racine de la vraie liberté, à savoir, que la théorie sociale qui prétend faire avec une indifférence absolue la part égale de l'erreur et de la vérité, du mal et du bien, et leur assurer une protection et une sauvegarde pareilles, est une théorie radicalement antichrétienne, antisociale, immorale et absurde; théorie impossible qu'aucun gouvernement n'a jamais pu et ne pourra jamais réaliser, et qu'il ne pratiquerait pas dix ans, sans laisser partout l'erreur opprimer la vérité, le mal opprimer le bien, l'impiété opprimer la religion, la tyrannie opprimer la liberté , l'anarchie enfin opprimer la société sous les ruines des gouvernements ; parce que, encore une fois, la liberté sociale c'est le mouvement de la société dans le bien, et que le bien doit périr avec la liberté dans le triomphe du mal.

D'après ce qui vient d'être dit sur la notion

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et les conditions de ta Maie liberté, il \a nous être facile de comprendre pourquoi le christianisme par son action l'ait les peuples vraiment libres . et crée leur progrès par leur liberté.

C'est ici surtout, Messieurs, que je demande à votre pensée de faire comme ma parole, et avec elle de prendre le large. Ne bornez pas nos regards à ce qui vous touche dans l'espace et le temps; embrassez tous les espaces et tous les temps dont Jésus-Christ a pris possession: et de ce point de vue élevé considérons ensemble ce qu'il fait dans les peuples chrétiens pour la liberté sociale.

Il résulte de ce que nous avons dit jusqu'ici que la plus grande liberté doit exister là où se rencontre le plus ce que nous avons nommé le mouvement des volontés dans le bien. Le peuple le plus libre sera donc celui où se trouvera le plus grand bien dans ceux qui obéissent, le plus grand bien dans ceux qui

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commandent, le plus grand bien dans les constitutions qui expriment leurs mutuels rapports; toute la liberté des peuples dépendant de cette triple action du bien dans la société. Et voilà ce qui explique la puissance libératrice du christianisme et son efficacité pour produire la liberté sociale: il crée les meilleurs des sujets, les meilleurs des princes et les meilleures des constitutions; les sujets les plus gouvernable», les rois les plus paternels, les constitutions les plus larges et les plus vraiment libérales; et par cette action lente mais efficace que les hommes superficiels ne songent pas môme à remarquer, il produit la liberté, et a\ec elle le progrès des sociétés.

Et d'abord, je dis que le christianisme produit la liberté, parce que le résultat immédiat et direct de son action est de disposer les peuples au gouvernement en les rendant vertueux. La première condition pour faire un peuple libre , c'est de le faire d'abord gouvernable. Toute liberté sociale suppose un gouvernement : pour qu'un peuple soit libre, il faut qu'il soit gouverné; et pour qu'il soit gouverné, il faut que ce qui est inférieur reçoive

l.l. PROGRÈS 80CIA1 PAB LA LIBERTÉ CHRÉTIENNE. IU-1

l'impulsion de ce qui «-si Bupé rieur. I);ms la machine même la plus harmonieusemenl construite, si un rouage inférieur, doué tout à coup de liberté, se refusail à L'action du rouage supérieur, il gênerail tout ce qui le touche, et serait lui-même par sa révolte entravé dans ses mouvements. Rien n'est dans l'homme plus opposé à la liberté que l'indépendance : qui ne dépend de quelqu'un ne peut plus être liltre. Donc la vraie liberté n'est que dans un gouvernement. Mais manifestement pour qu'un peuple soit gouverné, il faut qu'il soit gouvernable. Les moyens de gouvernement et le génie des gouvernants n'ont qu'une puissance relative : quelle que soit la supériorité de ces moyens et la supériorité de ces génies, il y a une difficulté qu'ils ne surmonteront jamais : gouverner en le laissant libre un peuple que ses vices rendent ingouvernable. Tous les Richelieu, tous les Mazarin et tous les Ximenès du monde n'y réussiraient pas. Le grand art de gouverner consiste à préparer les peuples à un facile gouvernement, et par un facile gouvernement la liberté des peuples.

Là est le génie de la grande politique ; c'est

la politique aux longs regards qui embrasse les vastes horizons ; elle réalise dans les peuples les libertés que comportent leurs mœurs, et elle prépare dans les vertus du présent les libertés de l'avenir. Nous avons désappris à l'école des révolutions cette grande politique des nations, qui consistera toujours à rendre les peuples de plus en plus gouvernables, afin de les rendre de plus en plus libres. Nous croyons trop à la toute-puissance des machines gouvernementales et au génie des gouvernants pour créer toutes les libertés. Encore sous le charme des modernes inventions dont la nouveauté a pu nous séduire, mais dont le temps n'a pu encore démontrer la puissance pour faire les peuples libres , nous oublions que les rouages politiques le plus savamment concertés ne peuvent rien pour gouverner, sans lui ôter la liberté, un peuple que ses vices rendent d'avance rebelle à tout gouvernement. Qu'importent, je vous prie, pour la liberté sociale le jeu des constitutions les plus parfaites et les génies les plus experts dans l'art de gouverner, si le torrent des mœurs emportant les peuples à toutes les corruptions,

il ^BOGIES SOI IAL PAB LA LIBERTE CHRETIENNE. 195

\m rend chaque jour de plus en plus ingouvernables?

L'accroissement continu du vice, de L'impiété, de L'immoralité et de tous les instincts de révolte qui vivent au cœur des peuples sans vertu, exige absolument, pour que la société subsiste et que le gouvernement demeure debout, un accroissement parallèle des forces compressées remises par Dieu même aux mains de la puissance. L'immoralité, le vice et les passions brisent les gouvernements qui ne les enchaînent pas, et attaquent au cœur les sociétés qui ne les répriment pas. La pensée profonde de Donoso Cortès sera vraie éternellement : « A mesure que le thermomètre de la compression individuelle descend, le thermomètre de la compression sociale s'élève ; » et le relâchement total et universel dans les mœurs doit amener la compression totale et universelle dans la société. Dans ces situations, qui ne peuvent se prolonger longtemps, l'une de ces deux catastrophes est nécessaire : ou la mort de la liberté, ou la mort de la société. Le génie politique ne peut rien contre cette redou' table logique du mal qui condamne les peu-

pies que leurs mœurs out rendus ingouvernables, ou à tuer leurs libertés, ou à tuer leurs gouvernements. loi la force de l'homme expire, et il n'y a plus que la force des choses, qui est la force de Dieu cachée au fond des événements.

Et voilà, Messieurs, ce qui montre la puissance libératrice et affranchissante du christianisme ; c'est que le propre de son action, quand elle se déploie dans les âmes , est précisément de rendre les peuples de plus en plus gouvernables en les rendant vertueux. Je l'ai montré l'année dernière; le christianisme est la sainteté : aussi, quand il agit efficacement et universellement dans un peuple, il y produit comme son fruit naturel ce résultat général : il rend les hommes justes, honnêtes, dociles, sobres, modérés dans leur désirs, résignés dans la souffrance, courageux dans les dangers, fiers devant la tyrannie; il leur apprend par-dessus tout ces trois choses nécessaires au gouvernement des peuples : aimer, respecter et obéir : en un mot, en faisant des peuples saints, il fait des peuples gouvernables ; et par là il jette au fond des âmes avec toutes

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