‹ Le progrès par le christianisme (volume 2)Chapitre 16 sur 20 · I.i HttGlàs BOCIA1 PAB [/ÉGALITÉ CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

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même mesure. Mais dans ['ordre <»ù la liberté se déploie, ce mot a des acceptions profondéiiHMit diverses, d'où résulte dans les discours, et d'où peut résulter dans les institutions sociales une confusion dangereuse. Voilà pourquoi, Messieurs, comme la Conférence précédente a porté tout entière sur une définition, celle-ci portera sur une distinction. Il y a une égalité légitime et progressive que consacre et produit le christianisme, l'égalité de droit. Il y a une égalité fausse et rétrograde que condamne le christianisme, l'égalité des conditions. Le christianisme, qui renferme la synthèse complète de toutes choses, unit harmonieusement l'égalité et l'inégalité , l'égalité humaine et l'inégalité sociale, et il fait de l'une et de l'autre l'agrandissement de la société.

Il y a entre tous ceux qui portent le nom et la physionomie de l'homme une égalité radicale et inaliénable qui résulte d'une même

dignité : c'est l'égalité de droit ou l'égalité devant la justice. Tout ce qui a une dignité dans la création a reçu du Créateur des droits proportionnels à cette dignité ; donc, là où se troment des dignités égales, il y a des droits égaux ; or, la dignité humaine est dans tous les hommes, blancs ou noirs, libres ou esclaves. De là le fondement rationnel de l'égalité devant le droit et la justice. Cette égalité , non-seulement le christianisme l'admet et la consacre ; je vais plus loin, et je dis qu'il en est le restaurateur, comme Dieu en fut l'auteur dans la création.

A entendre certains hommes dont le regard semble se heurter au présent comme à une barrière opaque qui leur dérobe toute la lumière du passé, on croirait que l'égalité de droit est une idée tombée à la fin du dernier siècle dans le cerveau de quelques voyants pour éclairer l'avenir et préparer un monde nouveau. Si vous croyez à leurs discours, au delà d'un certain cycle très-moderne, il n'y a, même à travers les plus grands siècles chrétiens, que privilèges, que castes, qu'inégalités de toutes sortes. Nos magistrats n'adminis-

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iraient que l'iniquité; nos rois Mo gouvernaient que la servitude; uns lois ne consacraient que L'injustice, et notre société mo so composait que de tyrans et d'esclave*.

Qui parmi nous, jeune homme de vingt ans,

n'a lu dans des livres accrédités et des autours eM renom, celte rhétorique de l'histoire qMi s'e\altait devanl lo présent, s'enh rail d'avenir, ot jetait au passé de pompeuses insultes? Jeux d'enfants que ne dédaignaient pas dos hommes de quarante ans; qui consistait à faire nos pores petits pour nous proclamer grands, misérables pour nous proclamer riches, esclaves pour mous proclamer libres. Heureusement le règne de cette rhétorique est passé, et cet empire de la phrase semble toucher à sa fin. Des sophistes peuvent essayer encore de gonfler leur parole et de grossir leur voix pour redire ces oracles menteurs ; l'humanité ne les croira plus. Il est temps que silices grandes choses dénaturées par le mensonge, la parole soit rendue à la vérité qui ne ment pas. Or la vérité iMterprétaMt l'histoire, crie à travers dix-neuf siècles, que l'égalité des droits ne peut pas être acceptée coMime une

idée moderne semée dans la société à l'aurore d'une révolution célèbre, et mûrie aux ardeurs de son soleil ; la vérité crie que l'égalité de droits est la grande conquête de Jésus-Christ restaurateur. Fondée sur la nature et entrevue par la raison, le paganisme l'avait anéantie ; il l'avait étouffée dans les orgies de l'orgueil et les débauches de sa philosophie : Jésus-Christ l'a restaurée, agrandie, transfigurée.

Et d'abord, un dogme sauvegardé par le christianisme seul portait dans son fond la racine première de l'égalité des hommes devant la justice ; c'était le dogme de l'unité de notre race. La philosophie ancienne avait honteusement méconnu cette identité de nature et cette unité de race qui fait à tous les hommes une même origine et une noblesse égale. La pensée même d'Aristote avait fléchi sur ce point jusqu'à enseigner que les hommes esclaves n'avaient pas une âme semblable à celle des hommes libres. Si les esclaves portaient encore devant la philosophie païenne le nom d'hommes, ils n'en gardaient plus la dignité ; surtout ils ne pouvaient prétendre à en réclamer les droits. La philosophie, d'accord avec Fini-

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quité humaine, avail mip sa gloire à consacrer dai b les sociétés cette inégalité monstrueuse que l'on retrouve plus ou moins bous des forme diverses partoul où Jésus-Chrisl n'a pas révélé le mystère de la dignité humaine; inégalité dégradante qui peut Be résumer en ces termes: tous les droits d'un côté, tous les labeurs de l'autre. L'homme libre despote de l'homme esclave; L'homme esclave chose de l'homme libre; tel était l'abîme de séparation que le paganisme avait creusé entrel'liomme et l'homme: et cette inégalité qui insulte la nature humaine et défigure l'œuvre de Dieu, était sanctionnée par les lois, justifiée par les mœurs, consacrée par la religion, acceptée par tous comme une condition légitime, une situation normale : et les philosophes , loin de songer à protester contre cette dégradation du genre humain, lui prêtaient l'appui de leur sagesse avilie comme tout le reste : ignorants qu'ils étaient du secret de notre égalité, parce qu'ils ignoraient le mystère qui en est la première source, le mystère de notre unité.

Et l'insulte que l'égalité humaine a reçue de la philosophie dans les ténèbres du paganisme,

elle l'a reçue encore de la philosophie moderne dans la lumière du christianisme, avec aggravation de mépris pour elle-même et d'opprobre pour les philosophes. Pour attaquer et renverser au nom de la science l'unité de notre race, témoignage immortel de notre égalité, les philosophes au dernier siècle, et plusieurs encore dans ce siècle, ont tout osé ; ils ont tout nié, même l'évidence; tout affirmé, même l'impossible. Pour nous contester l'honneur d'une même descendance et la gloire d'un même sang, ils nous ont infligé l'injure des origines les plus honteuses ; ils nous ont faits les fils et la postérité de tout, excepté les fils de nos pères et la postérité d'Adam. En multipliant au nom de la science les races et les descendances humaines, ils ont renversé le fondement dogmatique de cette égalité glorieuse qui fait rejaillir sur tous les hommes l'illustration d'une même paternité.

Le christianisme, lui, a dogmatisé avec l'unité de notre sang, l'égalité fondamentale de notre nature; et par là il a rendu à jamais impossibles ces démarcations profondes entre les hommes et les hommes, entre une race et

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une race; el la véritable égalité devanl la justice naissait d'elle-même de cette égalité devant la nature, appuyée sur une doctrine obligatoire et une révélation divine.

\\cr L'égalité fondée sur L'unité de race, le christianisme eu proclame une autre, l'égalité devant la destinée. Le christianisme, en effet, nous garantit à tous le même droit à la possession de Dieu, et nous impose la même responsabilité devant la justice de Dieu : c'est la racine première de l'égalité de droit. Le droit radical, le droit principe de tous les autres droits, c'est le droit de tendre et d'arriver à sa destinée : ce droit est inaliénable, il est absolu, il est invariable ; Dieu lui-même ne pourrait nous l'ôter, parce que sa sagesse nous le crée nécessairement. Le droit à la destinée est pour toute créature enfermée dans l'acte dhin qui lui donne l'être et la vie : et par là est constitué en essence le droit souverain devant la justice. Ce qui est juste, c'est ce qui est conforme à la règle ; et ce qui est conforme à la règle, c'est ce qui conduit à la destinée. La justice et la règle suprême , c'est la route qui conduit l'homme à sa fin; et tout homme a droit à

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sa fin. Or, quelle est, d'après le christianisme, la vraie destinée humaine? Posséder Dieu. La vie de la terre pour tout homme est un chemin ; le terme, c'est Dieu ; Dieu vu , aimé et possédé dans l'éternité. Quoi qu'il en soit des droits que l'homme peut avoir à la possession des choses du voyage , son droit au terme est absolu; l'homme, d'après la promesse divine, a ce droit que seul le christianisme a osé proclamer dogmatiquement, le droit de posséder Dieu, en un mot, le droit, à l'infini.

Il semblera peut-être à quelques hommes inattentifs que cette idée est vulgaire ; et cependant dans sa simplicité divine elle résout tout le problème de l'égalité humaine. Quiconque borne à la terre et au temps les aspirations et les droits de l'homme, détruit la base profonde de la plus sublime égalité. Le fini n'est pas égal au fini; et quand il est seul posé comme objet de possession, le droit d'un homme exclut le droit d'un autre homme. Il en est tout autrement de la possession de Dieu : la possession même en des degrés divers et proportionnels au mérite, est toujours la possession

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