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de Dieu ; donc la possession de l'infini. El parce que c'est la possession de l'infini, elle est la
possession tic l'un sans cesser <lï'tre encore l;i possession d'un autre, pois d'un autre, en un mot, la possession de tous; tous, en effet, pouvant au nom même de Dieu revendiquer le droit de posséder Dieu.
Et cette égalité devant la justice divinement consacrée par l'égalité devant la récompense, l'est encore plus par l'égalité devant le châtiment. Le châtiment distribué à tous par nu même juge équitable et infaillible dans la mesure des délits, comme il distribue la récompense dans la mesure des mérites ; en deux mots : A chacun selon ses œuvres : Unicuique secunilum opéra cjus : telle est la loi de justice qui met au tribunal de Dieu sous un même niveau ce qu'il y a de plus haut et ce qu'il y a de plus bas. Ah! Messieurs, je le sais, la terre quelquefois offre des spectacles qui soulèvent dans l'âme humaine les frémissements de la justice, et font rêver au peuple qui en est le témoin dans le règne d'une égalité impossible des réparations terribles. Combien de fois les déshérités de ce monde ont vu passer devant
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eux comme une insulte le char de la fortune portant le crime en triomphe, et l'iniquité heureuse se drapant dans l'opulence, si ce n'est dans la gloire ! Devant ces scandales où les hiérarchies sociales semblent organiser l'injustice et insulter la Providence, je comprends que dans l'imagination populaire troublée par ces visions il passe des rêves d'égalité sauvage qui demandent la destruction de toute hiérarchie, afin d'ensevelir sous ses ruines les abus monstrueux que la malice humaine fait sortir chaque jour de l'inégalité sociale : oui, cette réparation des insultes séculaires faites à l'égalité humaine par l'iniquité des hommes, le peuple l'appelle, et la raison et le bon sens l'appellent avec lui; mais le peuple se trompe de jour. Elle viendra, la grande restauration de l'humaine égalité : un jour les châtiments et les opprobres infligés aux puissants, aux riches et aux savants , dans la mesure proportionnelle aux abus de la richesse, de la puissance et du génie, feront resplendir dans les clartés de la justice de Dieu l'égalité outragée sur la terre par l'iniquité des hommes. Là, les violateurs des droits des petits écrasés par leur
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triomphe, seront condamnés, au nom de la justice, à réparer devant l'univers par le spectacle de leurs crimes châtiés l'égalité humaine insultée par le Bpectacle de leurs crimes heureux. Mors le plan de la Providence qui consacre les inégalités sociales sera restauré dans toute intelligence, et resplendira avec toutes ses harmonies au fond de toute pensée. Alors enfin, tout étant réparti avec une souveraine équité par Jésus-Chrisl juge des vivants et des morts, aux coupables le châtiment et l'humiliation dans la mesure du crime, aux justes la récompense et la gloire dans la mesure du mérite, tout sera restauré pour l'éternité en Jésus-Christ Notre-Seieneur.
Mais ce n'est pas seulement au seuil de l'éternité que Jésus-Christ fera resplendir en lui la gloire de l'égalité ; déjà sur la terre cette égalité commence, sedé\eloppe et se manifeste en lui dans le temps , en attendant sa grande manifestation dans l'éternité. Ah! voici pardessus tout ce qui a créé et rendu manifeste dans l'humanité le miracle de l'égalité chrétienne, l'unité de tous les hommes dans le divin Médiateur. La vie réelle de tous les chrétiens
en Jésus-Christ, ou Jésus-Christ vivant en tous les chrétiens: voilà, Messieurs, le grand mystère que j'ai développé un jour dans cette chaire, et que je ne fais que rappeler ici , comme la démonstration la plus évangélique et la plus chrétiennement incontestable de notre légitime égalité , l'unité de Jésus-Christ dans la pluralité des chrétiens ; d'où l'égalité de tous les chrétiens dans l'unité de Jésus-Christ. Il y a beaucoup de membres, mais il n'y a qu'un seul corps ; il y a beaucoup de chrétiens, mais il n'y a qu'un seul Christ : Multi unum sumus in Christo. Quoi! le christianisme a enseigné cette doctrine? Quoi! cette prédication de l'égalité a retenti d'un bout du monde à l'autre, et toute humanité l'a crue ? Oui , elle a cru à notre égalité consacrée au sein même de la vie divine, venant à tous et à chacun par Jésus-Christ notre chef; elle a reconnu, elle a aimé, elle a adoré Jésus-Christ se donnant à tous les hommes pour les élever tous à luimême, Jésus-Christ le niveau divin de cette égalité humaine ; parce que, Dieu lui-même, il est tout en chacun, comme il est tout en tous : Omnia in omnibus Christum. Ah ! je ne m'étonne
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plus d'entendre les peuples redire avec saint Paul ces paroles Bublimes retentissanl partout comme l'hymne de la véritable égalité humaine aéeef triomphante au coeur de L'Homme-Dieu :
« Il n'y a plus de Juifs, ni de Giecs ; plus d'esclaves, ni de libres; plus de blancs, ni de noirs; il n'y a plus de grands, ni de petits; l'inégalité n'est plus, car vous êtes tous un en Jésus-Christ : Ouates enim vos imum estis in Christo Jesu (1). Vous tous qui portez au front le signe du baptême, vous avez revêtu le Christ : Quicumque baptizati esiÀs, Christum induittis (2). Vous êtes faits à l'image, vous «'tes élevés à la taille du Christ. Or, le Christ en tous est égal à lui-même. Vous êtes tous enfants de Dieu , frères de Jésus-Christ ; la même majesté descend sur vous du front d'une même paternité ; sous ce regard d'un père divin l'enfant de Dieu vaut l'enfant de Dieu ; et dans cette unité qui nous fait frères du Christ, le chrétien vaut le chrétien ; le chrétien couvert de bure et le chrétien couvert de pourpre ont le même vêtement et la
(1) Gai. m,28.
(2) Ibid.
môme grandeur ; car ils sont l'un et l'autre vêtus de Jésus-Christ , et Jésus-Christ est leur commune mesure.
Et voyez comme cette égalité, qui a ses racines dans l'unité du Christ, s'épanouit en trois rameaux splendides qui en développent et font briller l'harmonie au sein du christianisme.
Jésus-Christ est vérité; en se posant dans les chrétiens pour les unir à lui-même, il produit par sa parole l'unité dans la doctrine ou l'égalité dans la vérité. Le chrétien uni au Verbe de Dieu par la parole de l'Église , ne connaît pas l'injure de cette aristocratie intellectuelle que les philosophes constituent pour eux-mêmes au-dessus de la sphère qu'habite la pensée populaire. Toujours la sagesse humaine a fait cet outrage à la très- grande majorité des hommes : ils se plaisent à les croire incapables de suivre leur génie dans les hauteurs où il plane , et d'où il méprise ce qu'ils nomment la plèbe des intelligences. Les philosophes et les penseurs étrangers à Jésus- Christ finissent tôt ou tard par s'estimer eux-mêmes des êtres à part; hommes privi-
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légiés, et, comme ils disent, élus delà 'pensée,
ils sont seuls initiés aux mystères profonds de la vérité, et ils B'élèvenl Buperbemenl audessus de tous ceux qui ne s'intitulent pas de ce nom , c'est-à-dire au-dessus du genre humain. ÎJs ont des secrets que le vulgaire ne peut entendre, des révélations qu'il ne peut comprendre, et des intuitions qu'il ne peut pas même soupçonner: ils sont les grands hommes; vous êtes la multitude; et ils disent modestement: Nous autres savants, nous autres philosophes, nous autres critiques, nous ne sommes pas comme le reste des hommes : Non sumus sicut cœteri homines. Tyrans de la raison, toujours anciens et toujours nouveaux, ils reconstruiraient pour vous assers ir sons des formes rajeunies la caste égyptienne, indienne ou babylonienne : à les entendre, Dieu a créé pour leur génie un sacerdoce qui les sépare du vulgaire : il y a une vérité destinée pour nous et une vérité réservée pour eux ; leur despotisme intellectuel sous les formes les plus adoucies fait à leurs semblables l'injure de cette inégalité créée par leur orgueil ; ces hommes si fiers devant l'autorité qui leur parle
au nom de Dieu par la voix de l'Église, trouvent tout simple que les générations se résignent à cette inégalité outrageante décrétée par l'autorité de leur génie.
Messieurs, le christianisme proteste contre cette inégalité doctrinale pratiquée par une philosophie despotique. Le christianisme n'a pas de vérité réservée pour une caste, si aristocratique soit-elle; sa doctrine assez simple pour que le peuple l'entende, est assez sublime pour que le génie lui-même ne la puisse dédaigner ; à la mesure des plus petits, son élévation native dépasse encore la hauteur des plus grands. Il n'y a pas deux catéchismes dans l'Église de Jésus-Christ : il n'y en a qu'un seul. Le catéchisme des enfants est aussi le vôtre, Messieurs; car devant l'Église qui vous parle, vous êtes toujours des enfants ; c'est la gloire de votre génie de se marquer du signe de cette divine enfance. Que ce catéchisme vous vienne par les lèvres d'une mère, ou par les lèvres d'un docteur; qu'il vous instruise par une parole humainement vulgaire, ou qu'il vous saisisse avec force dans un verbe éloquent , c'est toujours le même catéchisme, toujours la
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même doctrine, c'est-à-dire Jésus-Christ le seul Maître; c'esl Jésus-Chrisl qui élève toutes vos intelligences à une même hauteur, en les abaissant toutes sous le même niveau de son infaillible et divine pensée. Ainsi, tandis que la philosophie crée pour l'humiliation de l'intelligence humaine des castes philosophiques, et des aristocraties doctrinales injurieuses à notre commune grandeur, Jésus-Christ vous déli\re de cette servitude, et vous élève avec luimême à l'égalité de la doctrine et à la fraternité de la vérité.
Égaux sous la même parole et le même enseignement de Jésus-Christ Vérité, vous êtes égaux encore sous la même loi et le même commandement de Jésus-Christ Autorité. La hiérarchie catholique est l'autorité de Jésus- Christ organisée dans l'univers; cette hiérarchie , composée d'inégalités qui vont de la terre au ciel, est la plus haute consécration de l'égalité humaine qui se puisse concevoir ; parce que, ouverte à tous les hommes libres de monter par elle au plus haut sommet d'honneur, elle commande divinement à tous avec la même autorité, et produit en tous la même
obéissance. La hiérarchie catholique n'est ni une aristocratie, ni une caste, ni une condition séparée au milieu des générations chrétiennes : sous tous les cieux et sur tous les rivages, elle est accessible même aux plus petits ; le dernier des hommes, si Dieu lui a donné et si l'Église lui reconnaît le mérite, peut y monter au premier rang ; et le fils d'un ouvrier porté à son sommet le plus haut deviendra le docteur, le père et le roi de la catholicité.
Certes, Messieurs, avoir créé dans le monde une pareille majesté, et avoir montré à la clarté de l'histoire que l'homme né au dernier degré de la hiérarchie sociale peut en conquérir l'honneur sans que personne songe même à s'en étonner, c'était faire beaucoup pour la consécration publique de notre légitime égalité. Mais ce qu'il faut remarquer ici surtout, c'est que, dans l'ordre surnaturel qui nous constitue ce que nous sommes, chrétiens catholiques, la même autorité nous touche, et tous nous abaisse ou plutôt nous élève par le droit du même sceptre. Tout ce qui est chrétien doit à la même autorité l'hommage d'une même obéissance. Le commandement venu du
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pontife, de l'évêque, ou du pasteur, descend d'un degré quelconque de la hiérarchie sur le front du riche comme sur le front du pauvre, sur le front du savant comme sur le front de L'ignorant, sur le front du prince comme sur le front du peuple ; et il y descend avec toute la puissance qui émane pour chacun et pour tous de Jésus-Christ son sommet divin, c'est-à-dire avec la puissance d'unir ce qu'il y a de plus haut et ce qu'il y a de plus bas dans l'honneur d'un même respect et d'une même obéissance. Enfin, pour qu'ici encore la suavité se rencontrât a^vec la grandeur et la force, il restait que Jésus-Christ Charité nous élevât tous dans son cœur à l'égalité d'un même amour.
On dit que l'amitié suppose ou fait des égaux : cependant tel est le penchant du cœur humain , que même entre tous ceux qu'il aime il crée des différences; les cœurs les mieux doués naturellement sont ceux qui savent préférer sans exclure : la plupart même ne s'élèvent pas jusque-là; un amour est en eux l'exclusion de tout autre : c'est la misère de l'homme limité dans sa puissance d'aimer, comme dans toutes ses puissances.
Jamais le cœur humain, quoi qu'il fasse, s'il ne puise à une source plus haute que luimême , ne réalise cet idéal qui ne semble pas de la terre : l'égalité dans l'affection entre les être aimés ; et c'est ce qui explique pourquoi l'amour d'ordinaire produit dans ceuxmême qui sont aimés la tristesse des jaloux^ encore plus que le bonheur des égaux. Comment se réalisera ce prodige : tous les hommes se rencontrant dans l'égalité d'un amour qui les élève tous à la gloire d'une même dimiité , et les béatifie tous dans la joie d'une même félicité ? D'où naîtra cet amour qui a des préférences sans créer des exclusions , et qui fait des égaux sans faire de jaloux? Amour miraculeux qui élève si haut avec lui-même tous les êtres aimés, que celui qui n'est pas le premier, et même celui qui n'est que le dernier, se trouve assez heureux et assez honoré de l'affection qu'on lui donne, pour ne se croire ni humilié ni malheureux de l'affection plus grande encore qu'obtient un préféré ?
Cette égalité aussi suave qu'elle est sublime, l'égalité de tous élevée au privilège d'un amour plus haut que tout ce qui est de