‹ Le progrès par le christianisme (volume 2)Chapitre 18 sur 20 · U PROGRÈS SOCIAL PAH L'ÉGALITÉ CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

U PROGRÈS SOCIAL PAH L'ÉGALITÉ CHRÉTIENNE

l'homme, Jésus-Chrisl l'a réalisée dans smi coeur pour toute humanité chrétienne. Je l'ai dit déjà : la plénitude de la vie chrétienne

se résout dans l'amour de Jésus-Christ. Jésus- Christ, pour tout chrétien, n'est pas seulement un docteur, un maître, e'est un ami divin ; et la a ie chrétienne, dans ce qu'elle a de plus sublime, est le commerce de cette divine amitié qui nous fait tous égaux; parce (lue Celui qui nous aime et que nous aimons nous donne à tous la grandeur qui vient de lui. Oui, cet amour qui s'est donné à l'humanité dans le mystère de Bethléem, s'est donné à chacun comme il s'est donné à tous; et je puis dire, en me prosternant devant la crèche : 0 amour, c'est à moi que vous vous êtes donné ! Oui, cet amour qui s'est immolé dans le mystère du Calvaire , s'est immolé pour chacun comme il s'est immolé pour tous; et je puis dire, en me prosternant devant la Croix: 0 amour , c'est pour moi que vous êtes victime! Oui, cet amour qui se donne et s'immole toujours dans le mystère eucharistique, veut s'unir à chacun comme il veut s'unir à tous ; et je puis dire en me prosternant devant l'au-

tel : 0 amour, c'est à moi que vous voulez vous unir ! Et quand cette union est faite, quand le mystère de la communion est consommé en chacun dans la multitude conviée et admise à ce banquet divin, alors léchant harmonieux de l'égalité vivante au cœur des enfants de Dieu et des frères de Jésus-Christ, s'échappe par ce cri unanime : Il n'y a plus qu'un seul cœur, il n'y a plus qu'une seule âme : Cor unum et anima una!

Telle est, Messieurs, l'égalité humaine constituée par Jésus-Christ dans l'humanité : égalité dans l'origine, qui nous unit par la noblesse d'une même descendance; égalité dans la destinée, qui réserve au même mérite la même possession de Dieu, et aux mêmes crimes la même responsabilité devant Dieu; égalité dans le Médiateur, qui nous unit en lui-même par le triple lien de sa doctrine, de sa loi, de son amour, et nous fait tous divinement égaux dans la vérité, l'autorité et la charité de Jésus-Christ.

Et dès lors, Messieurs, je le demande, comment l'égalité de droit , ou l'égalité devant la justice aurait-elle pu ne pas naître et se déve-

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lopper au Bouffie de ces idées, dans les législations, les institutions et les sociétés chrétiennes? Etcommenl les législations, les institutions et les sociétés chrétiennes auraient-elles pu répudier une égalité qui sortait d'elle-même de toutes les profondeurs de la vie chrétienne, comme un fruit du plus pur christianisme? Aussi ce qu'on pouvait attendre de la puissance de la doctrine s'est-il traduit partout dans la gloire des faits. Sortie du dogme chrétien comme de sa racine, l'égalité devant la justice et le droit s'est produite dans les institutions créées par le christianisme, et elle a a rayonné dans les clartés de son histoire. Si des coutumes locales , des iniquités personnelles , ont paru la voiler quelquefois , elle était; et à travers ces ombres qui ne la peuvent dérober tout à fait, il n'y a que les aveugles qui ne l'aperçoivent pas. Il y avait des privilèges dont l'histoire explique l'origine, et dont le génie révolutionnaire a perdu le sens le plus vulgaire. Il y avait des exceptions que les mœurs avaient amenées et que les lois consacraient. Il y avait, comme en tout ce qui tient à l'humanité, des abus que

créait l'humanité. Il n'y avait pas d'oppression, d'injustice, de tyrannie consacrées par les mœurs et autorisées par les idées. Au milieu des perversions et des injustices humaines, la grande égalité chrétienne vivant en Jésus-Christ croissait et s'épanouissait en lui, comme elle croîtra et s'épanouira de plus en plus au milieu de toutes les inégalités sociales consacrées par Jésus-Christ : car, comme il y a une égalité vraie que Jésus-Christ constitue et consacre en lui-même, il y a une égalité fausse que Jésus-Christ réprouve avec le bon sens du genre humain.

Des novateurs séduits par la chimère d'une égalité impossible, concluent de l'égalité de droit à l'égalité des conditions, de l'égalité devant la justice à l'égalité devant la fortune; de l'égalité devant la nature à l'égalité devant la société ; en un mot , de l'égalité humaine à l'égalité sociale. Le christianisme

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repousse avec la raison cette logique subversive qui conclul du \ rai à L'absurde, du réel à L'imaginaire, du Légitime à L'illégitime, du possible à L'impossible. De là cette haine vouée au catholicisme par les réformateurs qui veulent faire passer toutes les conditions hiérarchiques sous le niveau de l'égalité, je dirais plus volontiers de Yégalitarisme révolutionnaire. Ils sentent, au sein de cette religion éminemment hiérarchique, une divine antipathie à leurs rêves égalitaires ; et leur sens en ce point ne les trompe pas. Le christianisme repousse d'instinct l'égalité systématique des conditions ; d'accord avec la nature, la raison, le hon sens et l'histoire, il anathématise une égalité qui est la décadence, et il consacre une hiérarchie qui est le progrès des sociétés.

Quand l'homme se considère seul, et ne tient compte que de la dignité qu'il porte en sa personne, il peut dire : Je suis un homme, et comme tel égal à un autre homme. Mais du moment que plusieurs hommes sortant de leur isolement se rapprochent et s'unissent pour constituer ensemble ce que l'on appelle une société, il est évident qu'entre tous ces êtres

égaux l'inégalité doit se produire. Assemblez trois hommes pour composer une société : le premier sera au-dessus, le troisième au-dessous, le second au milieu. On n'a jamais vu une société sans un ordre hiérarchique , ni un ordre hiérarchique sans inégalité. L'inégalité peut être sans doute plus ou moins accusée et plus ou moins palpable, mais elle est , ou la société elle-même n'existe pas. L'inégalité n'est pas seulement dans la nature de la société, elle est dans son essence.

Elle résulte d'ailleurs de la nature même des êtres associés. Les hommes égaux par la nature humaine, qui est l'honneur et la gloire de tous, ne le sont pas par la valeur personnelle, qui est l'honneur et la gloire de chacun. Donc, ils ne constituent pas dans l'association une puissance égale réclamant une condition égale. On dit : Tout homme est un homme ; oui, comme toute rose est une rose, et tout chêne est un chêne. Mais toute rose n'a ni le parfum ni l'éclat de toutes les roses; tout chêne n'a ni la force ni la majesté de tous les chênes. Ainsi tout homme, en gardant l'honneur et la dignité de la nature humaine, n'a ni

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l'intelligence, ni le génie, ni le courage, ni l'énergie, ni le dévouement d'un autre homme : tons les hommes, semblables en nature h en dignité humaine, sont inégaux en puissance et en valeur personnelle. 11 n'y a jamais en deux arbres égaux dans un même sol, deux branches égales sur un même arbre , et l'on dit qu'il n'y a [>as même deux feuilles égales sur une même tige, \iusi, sur lasurface de la terre où Dieu planta de ses mains le grand arbre de l'humanité, il n'y a pas de races, de nations, de familles ni d'individus qui soient d'une égalité parfaite. Plus l'œil de l'intelligence pénètre les mystères que la création recèle dans son sein, plus il y découvre, au-dessous d'une égalité apparente et superficielle , des inégalités réelles et profondes. Cherchez dans l'humanité deux hommes dont la marche ait le même pas, la voix le même son, l'œil le même regard, le visage la même physionomie, le corps la même attitude; vous ne les trouverez pas. Et si la seule surface de la vie humaine présente aux yeux tant de témoignages palpables des inégalités infinies que Dieu a semées dans l'unité spécifique de

notre corps, que sera-ce si vous sondez d'un regard capable de tout voir les abîmes de l'intelligence, et les abîmes du cœur, et les abîmes de la volonté ? Ah ! c'est là que vous découvrez les distinctions, les diversités, les différences, les nuances, les inégalités enfin multipliées au fond de l'âme humaine, comme la variété des fleurs sur la terre et la variété des étoiles dans le ciel ; c'est là que la nature humaine, interrogée dans ses mystères les plus intimes , vous fera entendre la protestation qu'élève par toutes ses voies la sagesse de Dieu contre l'égalité impossible que lui impose la folie des hommes.

Or, si l'inégalité est dans le fond même de notre humanité, comment comprendre que cette inégalité, en se faisant jour par sa spontanéité propre, ne se traduise pas dans l'inégalité des conditions? Comment admettre que la loi de la société contradictoire à la loi de la nature , condamne des êtres si profondément inégaux à se courber sous le joug d'un niveau inflexible qui brise la réalité pour faire régner les systèmes? Qui osera, au nom de la justice et du droit, condamner l'homme intelli-

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gent, courageux, dévoué, énergique, économe, Bobreef laborieux, à bc faire par la richesse, la considération et le rang, L'égal «le L'homme incapable, paresseux, lâche, débauché, consommateur? Pourquoi la supériorité de génie, de travail et de vertu, ne créerait-elle pas la supériorité de rang, de fortune et de condition? El cette supériorité, une fois créée par le mérite et secondée par la Providence, pourquoi ne se perpétuerait-elle pas dans la famille comme un héritage de légitime grandeur?

o oc

Pourquoi l'homme qui, à force de courage , de vertu et de génie, s'est fait lui-même supérieur à ce qui l'environne, ne pourrait-il pas faire sa postérité à son image en la marquant du signe permanent de sa supériorité? Faudrat-il qu'au nom de la nature, de la justice et du droit, la loi force à descendre une lignée généreuse que le mérite, le génie, la vertu ou la gloire ont élevée plus haut que le vulgaire des hommes ? Et pour réaliser des rêves humanitaires, faudra-t-il détruire la grandeur à mesure qu'elle se fait dans notre humanité ? Ah ! cette égalité que l'on veut imposer à la société au nom de la nature, c'est la nature qui

la condamne, c'est la société qui la repousse comme attentatoire à la loi du Progrès humain, et surtout du Progrès social. Et si vous voulez savoir ce qu'elle produirait dans la société, je \ais le dire sans détour. La vérité sur ce point doit être dite tout entière ; l'erreur a poussé assez loin sur ces grandes choses l'insolence du paradoxe, pour que l'apostolat soit autorisé à proclamer hautement les droits de la vérité; et, Dieu aidant, je ne faillirai pas devant vous à cette vocation qui me vient de Lui.

L'égalitarisme . ou l'égalité systématique des conditions, c'est la laideur sociale. Cette égalité qui ment à la nature, essayez de l'imposer à la société , savez-vous ce que vous ferez d'abord? Vous ferez une société laide à voir. La beauté est dans l'harmonie . l'harmonie n*est que dans l'ordre, l'ordre dans la hiérarchie, et la hiérarchie dans les différences et dans les inégalités. Otez de la société la différence des ramrs, la variété des conditions et les inégalités que produit la liberté, que reste-t-il dans la société? Rien qu'une uniformité triste et morne ; et dans cette uniformité la laideur

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même. L'humanité Boumise à cette l<»i qui enlèverail avec la variété l'élément de toute beauté créée, n'aurait pas même le charme vulgaire d'un parterre <>ù 1 > if îi aurait laissé croître et s'épanouir sous un ciel libre trois fleurs inégales. Quoi! Dieu, qui sur le plan de la création voit l'immense série «les êtres offrir à son éternel regard le spectacle d'une beauté OÙ reluit dans une variété infinie le reflet de sa beauté, Dieu dans l'humanité qui est son chef-d'œuvre, se donnerait en spectacle avec l'uniformité humaine la laideur sociale? Ah! les hommes qui rêvent pour les sociétés humaines un pareil idéal, ont perdu le sens de la beauté ; laids au dedans par la perversion du sens moral, ils veulent infliger à la société l'opprobre de leur image. Si leur dessein se réalisait, ils feraient la société non-seulement difforme et laide, ils la feraient ravalée et dégradée comme eux-mêmes.

En effet , avec l'égalité révolutionnaire , comme il n'y a plus de beauté, il n'y a plus de grandeur ; il n'y a qu'un abaissement universel des choses, des hommes et de la société. Les oiveleurs sont aujourd'hui ce qu'ils ont été en

tous les temps, des hommes ravalés qui ne peuvent souffrir qu'on s'élève : il sont le génie de la bassesse incarnée dans des hommes. Au lieu de monter et d'attirer en haut ce qui n'est pas assez grand, ils descendent et attirent en bas ce qui leur semble trop haut. C'est le penchant honteux de l'égalité révolutionnaire; impatiente de tout ce qui la dépasse, ce qui est supérieur la tourmente, l'irrite, la désespère. L'égalité révolutionnaire est un rêve de jaloux; c'est la jalousie même armée contre toute grandeur qui n'est pas sa grandeur , contre toute fortune qui n'est pas sa fortune, contre toute supériorité qui n'est pas sa supériorité : jalousie satanique qui a besoin de s'attaquer aux têtes les plus illustres et aux sommets les plus sublimes, pour tout ramener à sa mesure et tout égaler à son niveau.

Je me trompe, Messieurs, tout ramener à sa mesure, pour cette égalité jalouse, ce n'est pas encore assez : non-seulement elle ^ eut tout mettre à son niveau, elle veut abaisser audessous; elle n'est pas seulement un rêve de jalousie, elle est une vision d'orgueil; elle ne

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veuf |»as seulement l'abaissement dos autres, elle vent sa propre domination. Ce que cherche au fond de ses rêves eet orgueil qui proclame l'égalité sociale, ce n'est pas réellement l'égalité, c'est la supériorité ;< equ'ilainbitionne, ce n'est pas de se l'aire lui-même égal à tous les autres, c'est de taire tous les autres inférieurs à lui-même. Pour complaire à l'orgueil du uiveleur égalitaire, il faudrait que non-seulement tout ce qu'il y a de plus haut dans la société s'abaissât jusqu'à lui, il faudrait que la société tout entière tombât au-dessous de lui ; il voudrait que dans cet universel abaissement une seule supériorité apparût, la sienne ; et que, dans le règne de l'égalité où toutes les royautés disparaissent et se confondent , une seule royauté demeurât debout , la sienne. Oui, un seul homme, un seul, c'est-à-dire luimême, pour dominer cet empire de l'égalité organisé par l'orgueil : tel est le rêve de l'égalitaire ; et rien ne prouve mieux que l'égalité révolutionnaire est l'abaissement universel de l'humanité ; c'est notre humanité tombée audessous d'elle-même, avilie et dégradée jusqu'à l'humiliation de la servitude.

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Avec l'égalité révolutionnaire en effet, plus de liberté. Ceux qui appellent avec le plus d'éclat ce règne de l'égalité sociale, sont aussi ceux qui font retentir le plus haut le mot de liberté. Or, ces deux mots unis dans leur langue représentent deux choses qui se repoussent invinciblement. L'égalité systématique des conditions et le règne de la liberté sont comme les deux pôles de la vie sociale : plus on se rapproche de la première, plus on s'éloigne de la seconde ; l'une s'agrandit du décaissement de l'autre, et réciproquement. L'inégalité des rangs dans toute société bien faite résulte du fonctionnement régulier de la liberté : la nature humaine, par la spontanéité de son action, reconstruirait à toute heure l'inégalité sociale ; pour l'empêcher d'être, il faut l'empire d'une perpétuelle violence. En un mot, pour que l'égalité règne, il faut que la liberté périsse ; le jeu de la liberté humaine ne pouvant se déployer que dans l'inégalité sociale. Aussi, croyez-le bien, un peuple entier soumis à ce règne égalitaire ne serait plus un peuple libre, ce serait un immense troupeau parqué entre des lignes inflexibles, et condamné à abdiquer toutes les

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libertés sous le Bceptre dégradant de quelque tyran de lias étage. \mis l'avons l'ail remarquer, la domination est le besoin instinctif de tous les prédicateurs célèbres de l'égalité. Tout apôtre de cette égalité est un ambitieux de la royauté : et cette royauté, par la force des choses, ne peut être que le despotisme; et grand Dieu, quel despotisme! Malheur à la nation qui tombera sous le joug de ce lâche tyran qu'on appelle un égalitaire! Allez, cherchez là où il rugit dans sa jalousie impuissante et son orgueil tyrannique le plus fougueux prédicateur de l'égalité ; placez-le sur le trône, et mettez dans sa main avec le sceptre du commandement le gouvernail de la société; que sa royauté commence aujourd'hui, vous serez tous esclaves demain. Que dis-je? Pour faire du despotisme et du despotisme sauvage , le tyran n'attendra pas même demain; le Babeuf d'hier ne sera plus que le Néron ou le Tibère d'aujourd'hui ; et il écrira sur son drapeau de terreur : La spoliation ou la mort. La suppression de la propriété suivra la confiscation de la liberté ; et au bout de tous ces désastres accumulés par l'égalitarisme , vous aurez

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le communisme , c'est-à-dire la mort même de la société.

4insi marche l'égalité révolutionnaire :

elle commence par demander comme un droit la propriété pour tous , et elle aboutit comme à une nécessité à la désappropriation , en d'autres termes, à la spoliation de tous. Elle réclame pour tous , même pour le paresseux , même pour le lâche, même pour le brigand , comme un droit imprescriptible, un morceau de la terre", afin de faire à tout homme déclaré souverain un empire indépendant. Pour répondre à ces désirs, on divise et l'on subdivise; on fractionne d'un fractionnement indéfini la surface de la terre, en promettant le bien-être à chacun et la prospérité à toute la nation. Mais bientôt on s'aperçoit que ce fractionnement indéfini de notre globe, au lieu d'aboutir à sa fécondation, n'aboutit qu'à sa pulvérisation ; et qu'au lieu d'agrandir la richesse, elle n'agrandit que la misère. Alors l'erreur qui va d'une extrémité à l'autre, demande au nom de l'humanité la confiscation par l'État de toute propriété; elle dit : Vous le voyez, cette division croissante de la propriété n'enfante que la

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stérilité. Donc, qu'il n\ ait plus de propriétaires multiples, mais un propriétaire unique: l'État. Que l'Étal seul possède ; que l'État laboure; que L'Étal sème; que l'Etat moissonne; que l'État répartisse : et que chaque individu, ouvrier désintéressé de la prospérité sociale, reçoive sa part fraternelle de ce fond commun cultivé par les bras de tous. Ainsi, tandis que les uns disaient : 11 n'y a pas de propriété , les autres disaient : Il n'y a qu'un propriétaire : l'État. L'État possède tout, l'État a droit à tout ; l'État est Dieu ; et la société c'est Lui.

Voilà ce qui est venu sur nos forums, et jusque dans les assemblées de nos législateurs, se poser comme l'idéal des sociétés futures : c'était le panthéisme dans la société, en d'autres termes, le communisme j le communisme, absorption monstrueuse de toutes les propriétés individuelles par un seul propriétaire ; le communisme, confiscation universelle de toutes les libertés individuelles par la centralisation, ou plutôt par la tyrannie sociale élevée à sa dernière puissance; servitude absolue, légitime châtiment des peuples qui ont poursuivi le rêve

antisocial de l'indépendance absolue ; le communisme, société contre raison et contre nature; société monstre, hideuse à voir par sa difformité, sa dégradation et son asservissement ; société ruche > comme l'appelait un écrivain célèbre, où l'on nous laisserait tout au plus l'honneur d'être une abeille!

Arrière ce mécanisme grossier qui ne fonctionnerait pas deux mois sans se briser aux mains de ceux qui en tiendraient les ressorts, pour nous laisser retomber de l'extrême servitude dans l'extrême licence, et nous rejetterait des horreurs du communisme social dans les horreurs d'un individualisme sauvage. Arrière ce brutal niveau qui empêche de monter et ne force qu'à descendre ! Laissez, laissez ces êtres nés libres et progressifs , déployer au soleil dans les grandes lignes de l'ordre et du devoir leur activité généreuse ; et ne venez pas au nom du Progrès social interdire, à l'homme né plus grand que ce qui l'environne, d'élever sa tête et sa fortune audessus du vulgaire. Si la nature et Dieu vous ont faits plus petits, ah ! soyez du moins assez grands pour supporter la grandeur, et assez

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élevé pour comprendre la supériorité. E1 si le cours régulier des choses, si l'action libre

des hommes d'accord a\cc la libre action de Dieu , amène dans l'ordre social nonseulement des supériorités individuelles et transitoires, mais encore des supériorités traditionnelles et permanentes, des aristocraties enfin ; ah ! au nom de l'égalité même, au nom surtout du Progrès social que vous demandez à l'impossible, laissez vivre, durer et croître ces légitimes aristocraties. N'oubliez jamais que les supériorités véritables , créées par le mérite et la vertu, et marquées ensuite de la consécration du temps et de la consécration des lois, sont à la fois une garantie de la véritable égalité, et l'impulsion du Progrès dans la société.

La haine systématique des aristocraties est la démonstration d'un jugement faux, d'un cœur mal fait, et presque toujours d'une âme pervertie ; elle a je ne sais quoi de sauvage : c'est dans le civilisé une passion contre nature. Si cette passion ne l'aveuglait , l'égalitaire verrait tout d'abord ce qui est évident comme le soleil en son midi, à savoir, que

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r interdiction légale des aristocraties est la pins grande injure faite à l'égalité elle-même. Nous l'avons remarqué, dans les peuples civilisés la nature et la liberté produisent d'ellesmêmes les inégalités. Pour les empêcher de naître et de se perpétuer, il faut outrager la vertu, le mérite, le génie, la gloire, la liberté, la justice, enfin l'égalité elle-même ; car toutes les aristocraties nées du jeu régulier de la liberté humaine combinée avec l'action de la divine Providence, loin d'être une injure faite à l'égalité véritable, en sont la plus belle consécration : c'est un honneur fait au mérite partout où il s'est rencontré dans les générations ; ou plutôt c'est un hommage rendu par la société à l'honneur que le mérite se fait à iui-même, et qu'il transmet à sa postérité comme son naturel héritage. La hiérarchie des conditions dans les sociétés bien ordonnées est une échelle graduée où tous sont appelés à monter, et où tous montent en proportion de leur énergie, de leur mérite et de leur courage. Si tous ne montent pas, tous ont le droit de monter, et ainsi l'égalité de droits se rencontre et se maintient dans l'inégalité de fait. Donc,

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le christianisme , en admettant el en oonsacranl les aristocraties que la nature produit, ne l'ait que donner à la véritable égalité une cpnsécration de plus.

L'inégalité «les conditions, que Le catholicisme a toujours aimée comme une image de sa propre hiérarchie, trouve d'ailleurs dans les devoirs qu'il impose aux aristocraties une compensation qui rétablit l'égalité alors qu'elles semblent la détruire. Chrétiennement et socialement, les devoirs et les obligations sont proportionnels aux rangs et aux conditions; la noblesse même porte dans son nom l'obligation des devoirs et des dévouements supérieurs ; le service par la charité ou le service par les armes; le service dans la magistrature ou le service dans les camps ; c'est la a raie fonction des nobles. Ainsi toute aristocratie chrétienne qui comprend sa mission, rétablit par ces devoirs l'égalité qu'elle semble détruire par ses privilèges ; elle empêche cette inégalité monstrueuse qui se produit partout où l'esprit païen domine les grands et les petits, à savoir: toutes les charges d'un côté et tous les honneurs de l'autre. L'aristocratie chrétienne fidèle à sa

vocation généreuse, ne fait pas cette insulte à l'égalité humaine ; si elle a des honneurs, elle a des charges proportionnelles à ses honneurs; si elle a des droits, elle a des devoirs proportionnels à ses droits ; et le privilège social est en elle à la condition du dévouement à la société.

Voilà l'aristocratie vue sous son vrai jour : tous dans la société peuvent s'élever dans la mesure de leur mérite; et quand ils se sont élevés dans l'ordre social , ils trouvent dans leur élévation même un accroissement de devoir envers la société. Ceux qui montent le mieux et le plus vite deviennent les plus grands ; et quand leur grandeur est faite, elle leur impose envers la société des dévouements proportionnels à elle-même. Et dès lors, je le demande, ne faut-il pas avoir perdu le sens des choses, pour ne pas comprendre qu'il y a là, non une insulte à l'égalité, mais le plus illustre hommage rendu à l'égalité ?

Mais l'action des vraies aristocraties va plus loin ; elle ne consacre pas seulement l'égalité humaine, elle devient, quand elle remplit ses devoirs et répond à sa vocation, la véritable

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impulsion du Progrès social. Ceui qui, au nom du Progrès, jettent aux aristocraties «les

insultes niaises, confondent stupidement les abus de l'aristocratie et. les corruptions de quelques nobles avec L'institution même des

aristocraties et la mission de la uoblesse. Les vraies aristocraties étant formées pi imitivenient de grandeurs reconnues légitimes, et la tendance à l'élévation demeurant, la première loi des nobles, il est évident que la perversion de l'aristocratie est ce qu'il y a de plus honteux, précisément parce que c'est la corruption de ce qu'il y a eu de meilleur. Mais la honte de l'abus ne prouve que mieux l'excellence des choses. L'aristocratie de sa nature est progressive : pour elle le dévouement n'est que le devoir, et l'héroïsme n'est que la vertu. Sa vocation est de tendre en haut et de marcher en avant ; donc d'accélérer le Progrès. Malgré des corruptions partielles et absolument inévitables, si l'on veut que la société elle-même avance et s'élève, il faut toujours une élite pour donner le pas et déterminer le mouvement qui emporte l'ensemble. Or, ces hommes choisis, quels que soient leurs privilèges, leurs titres,

leur costume; qu'ils soient des nobles élevés par leur propre mérite, ou des fils de nobles dignes de leur nom et de leur sang ; ces hommes seront toujours par l'effet de leur grandeur une avant-garde dans la société qui monte ; et, précédés de l'héroïque phalange des saints les premiers par droit de vertu et de mérite dans le Progrès moral, ils emporteront avec euxmêmes la société entière. Les véritables aristocraties dans les familles sont une richesse de mérite, de vertu, de dignité, de distinction, amassée par l'éducation, les habitudes et les dévouements traditionnels : elles sont une preuve de la grandeur de la nation qui les fait croître; et elles deviennent elles-mêmes dans la nation qui les produit l'impulsion d'une grandeur nouvelle. L'aristocratie est l'hérédité de la grandeur dans les sociétés. Une famille de vrais nobles, digne de sa race et de son origine, est une humanité rehaussée d'un degré ; sa marche est ascendante, et elle invite à la suivre. Telle apparaissait surtout dans les sociétés chrétiennes l'aristocratie, alors que fidèle à la religion et à la patrie, elle était pour le Christ encore plus que pour le roi. comme

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une garde d'honneur. Transmettanl de générations en générations avec toutes ses grandeurs traditionnelles l'héritage de Jésus-Chrîsl

régnant dans la famille, elle était le culte et la tradition du christianisme au sommet de la société : et entraînant les multitudes dominées par l'ascendant d'une vertu illustrée par la naissance et rehaussée par la gloire , elle accélérait à travers les siècles chrétiens le Progrès par le christianisme.

\insi, vous le vovez, le christianisme, sur ces points délicats, a un esprit large et harmonieux : ici, comme partout, il fait disparaître l'antagonisme que la pensée de l'homme crée ou plutôt imagine dans les œuvres de Dieu. Au sein de la grande égalité humaine consacrée par son dogme, il aime à voir se déployer les hiérarchies sociales comme des degrés ascendants par où toute humanité progressive peut monter à toute légitime grandeur.

Ah ! Messieurs, qu'ai-jehesoin de demander plus longtemps à la parole la démonstration de cette belle harmonie de l'égalité humaine et de la hiérarchie sociale consacrée par le christia-

nisme ? Ne me suffit-il pas d'en appeler à vos souvenirs et d'éveiller vos espérances ? Songez, Messieurs, à ce banquet auquel déjà tant de fois vous avez pris part dans cette grande basilique, et auquel Dieu, dans quelque temps, va vous convier encore. Si vous pouviez douter un moment de ce que Jésus-Christ a fait pour sauvegarder l'égalité humaine au milieu de toutes les inégalités légitimes, je vous dirais : Venez voir à l'aurore de la Résurrection la communion des hommes à Notre-Dame de Paris. Voir! ah! ce n'est pas assez; pour avoir l'intelligence profonde de cette vérité, il faut y prendre part ; il faut s'asseoir, avec tous les représentants de la hiérarchie sociale, à ce grand festin de l'égalité humaine. Ceux qui ne viennent que voir s'en retournent touchés, et se repentent de n'avoir été que spectateurs. Mais goûter soi-même, ah! c'est bien autre chose! Donc, vous y viendrez tous. Oui, que tous viennent ; que les riches y viennent, et que les pauvres y viennent aussi ; que les nobles y viennent, et que ceux qui n'ont sur eux que le signe de la noblesse du Christ y ^ iennent aussi. Qu'au milieu de cette fête sans pareille dan-;

u n/QQsàa social I'\k I.'huutk CHRÉTIENNE. '2TA

le monde, où la hiérarchie sociale resplendil dans la gloire de notre commune dignité, tous trouvent l'honneur et la joie de l'égalité divine que .ltsiis-(.lirist l'ail à chacun en se donnant à tous; et que tous nous sortiez d'ici connue une élite de l'humanité agrandie par .lésus- Christ, prêts vous aussi à guider votre siècle sur la route du Progrès.

LE PROGRES SOCIAL

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