‹ Le progrès par le christianisme (volume 2)Chapitre 3 sur 20 · ÉMINENCE · texte numérisé non relu

ÉMINENCE

L'autorité est la première condition du Progrès social ; elle crée l'ordre par la stabilité, le mouvement par la liberté , et par l'une et l'autre la forcede produire; et ainsi elledonnea la société créée par elie-même ces trois grands

1 ) Lo cardinal Morlot, archevêque de Paris.

attributs: la beauté, la grandeur, la puissance.

Or, tandis que l'autorité est ce qu'il y a de plus nécessaire au Progrès social, il se trouve que l'autorité est ce qu'il y a de plus compromis dans notre siècle. Tout le mouvement qui s'intitule moderne , sous quelque face qu'on l'envisage , est une agression toujours croissante contre l'autorité : le protestantisme attentat contre l'autorité de l'Église; le rationalisme attentat contre l'autorité de Jésus-Christ ; la démagogie attentat contre l'autorité des rois ; le socialisme attentat contre l'autorité des propriétaires : tel est le courant qui emporte les sociétés modernes à la destruction de toutes les autorités. Cette agression sous le nom de Progrès n'a jusqu'ici préparé que notre décadence; de nos jours elle a pris des proportions qui menacent toutes les sociétés de l'Europed'unbouleversement inouï; elleentr'ouvre devant nous des abîmes dont on ose à peine mesurer la profondeur.

Rien donc n'importe plus que de montrer aujourd'hui où est la force morale capable de sauvegarder avec toute légitime autorité notre progrès social. L'autorité est la source

il PB0GRB8 SOCIAL PAS J.-C. AUTORITÉ. ">:<

du Progrès; mais où cs1 la source de l'autorité? Qui la crée dans le monde telle qu'elle

doit exister pour le Progrès des sociétés? Ici encore, Messieurs, je me sens heureux de rencontrer Celui que mon cœur aime et que mon âme adore; Celui en qui tout se soutient dans l'ordre social comme dans l'ordre moral. parce qu'il est. le fondement, le centre et le couronnement de tout dans les sociétés chrétiennes . Jésus-Christ Notre»Seigneur. Dans l'affaissement et la nuit où l'on croit voir les sociétés b' obscurcir et descendre à mesure que les autorités s'abaissent et perdent leur prestige, Jésus-Christ m'apparaît comme l'unique soutien des sociétés : Homme-Dieu, en- \oyé pour sauver et restaurer toutes choses, il se lève au milieu de nous toujours respecté, toujours aimé, toujours obéi de toute l'humanité chrétienne, et il nous dit: N'ayez pas peur, je suis l'Autorité. Tant que je serai respecté, aimé, obéi par les hommes, l'autorité vivra obéie, aimée, respectée ; et la société humaine appuyée sur ma divinité marchera de progrès en progrès.

Telle est, Messieurs, la vérité très-grave et

très - décisive que je voudrais mettre dans tout son jour : Jésus- Christ restaurateur de l'autorité . et comme tel cause efficace «lu Progrès social. L'année dernière, j'ai termine en vous montrant Jésus-Christ au centre de I homme, moteur de la vie individuelle et du Progrès moral; je veux montrer, cette année, Jésus-Christ au centre de la société, moteur de la vie publique et du Progrès social.

Jésus-Christ, en prenant possession de l'humanité et en se perpétuant lui-même dans l'Église, a créé une autorité qui a transformé divinement le commandement et l'obéissance, et agrandi par l'un et par l'autre l'ordre social tout entier. C'est ce qu'il faut tout d'abord hien entendre, parce que là est le secret divin qui transforme la société. Je me contenterai aujourd'hui de considérer cette grande institution de l'autorité dans son ensemhle en faisant abstraction des types particuliers qui l'ont représentée. jXous dirons ce que cette autorité de Jésus-Christ incarnée et immanente dans l'Église catholique est par rapport aux sociétés chrétiennes; nous rechercherons ensuite ce que les sociétés modernes sont devenues par

l.l PKOGHÈS BO( I vi. PAM J.H . M rORl i K.

rapport à cette autorité ; et il nous sera révélé parla vérité même ifue le progrès ou la décadence dans les peuples eluvlicns Q*es1 que l'ac-

croissemenl ou la diminution du règne »!<• Jésus-Christ Souveraine autorité.

Vvant d'aller plus loin, Messieurs, il faut redire devant aous les grandes paroles qui ont créé dans le monde l'autorité chrétienne.

Un jour, le Sauveur Jésus demanda à ses disciples assemblés autour de lui : « Que dit- » on du Fils de l'homme ? Ils répondirent : » Les uns disent que vous (Mes Elie ; d'autres, » que vous êtes Jean-Baptiste; d'autres, que » vous êtes Jérémie. Et vous, reprit Jésus, » qui dites-vous que je suis? » Simon Pierre prit la parole, et il dit : « Vous êtes le Christ, le » Fils du Dieu vivant.» Et Jésus dit: «Simon, » fils de Jean, vous êtes heureux : car cette » révélation ne vous vient ni de la chair ni » du sang, mais de mon Père qui est au ciel . » Et moi je vous dis : Vous êtes Pierre, et

5(i DEUXIÈME CONFÉRENCE.

n sur cette pierre je bâtirai mon Église; et » les portes de l'enfer ne prévaudront pas » contre elle. Je vous donnerai les clefs du •> royaume des deux ; et tout ce que vous » lierez sur la terre sera lié dans le ciel; et » tout ce que vous délierez sur la terre sera » délié dans le ciel (1). »

Tel est le fondement d'autorité divine que Jésus-Christ appuie sur un homme, pierre vivante sur laquelle doit reposer l'édifice tout entier.

Un autre jour, avant de remonter au ciel pour entrer dans l'éternité de son règne invisible , Jésus-Christ ressuscité paraît devant tout le collège des Apôtres, et il laisse tomber sur eux ces paroles suprêmes : « Toute puis- » sauce m'a été donnée au ciel et sur la terre : » allez donc, et enseignez les nations, les bap- » tisant au nom du Père, du Fils, et du Saint- » Esprit; leur apprenant à garder tout ce que » je vous charge d'enseigner. Et voici que » je suis avec vous jusqu'à la consommation » des siècles (2). »

Messieurs, à quelque point de vue que l'on

1) Matth. xvi, 15, -2: Matlli. xxviii, 20.

R0G&È8 SO< i \i. P \K .1.-1 . \i TORI1 !.. ">T

se place, il est impossible de nier l'existence de

C68 paroles : plus impossible encore d'en 1 1 i« - r la

puissance transformatrice. Pour nous, qui aimons à redire avec Pierre à Jésus -Chrisl

adoré : Vous êtes le Christ, le lrils du l)i<:u virant , il ne se peut rien concevoir de plus solennel et île plus décisif au point de vue du Progrès social. Ces paroles, confirmées par d'autres qu'il serait trop long de redire, constituent dans l'humanité une autorité divine. Pour quiconque ne veut pas s'aveugler à plaisir, il est é\ ident que cette parole du Verbe est la création d'une autorité, et que cette autorité n'est autre que l'autorité de Jésus-Christ : Toute puissance j dit-il, m'a été donnée au ciel et sur la terre ; or cette puissance qui m'est faite, moi-même je la fais vôtre ; car, comme mou Père m'envoie, je vous envoie moi-même; comme mon autorité est l'autorité de mon Père, votre autorité est la mienne : Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise.

Je veux bien accorder que dans ces paroles il est question d'une autorité distincte de l'autorité qui gouverne les États. Il me suffit, pour le

Ô? DEUXIEME CONFÉEEXCE.

moment, que ces paroles de Jésus-Christ créent dans le monde une société nouvelle, et dans cette société une autorité qui n'est autre que la sienne. Or je dis que cette création de l'autorité a fait en toute autorité une révolution complète qui a préparé le Progrès social. Jésus-Christ j en se constituant lui-même dans son Église autorité vivante, a révélé à la terre un idéal d'autorité que l'humanité ne connaissait pas ; cet idéal de l'autorité constituée divinement dans l'humanité, a eu sur toute humaine autorité un reflet nécessaire qui a agrandi avec elle-même l'ordre social tout entier.

En effet, Messieurs, considérée dans son origine, dans son objet et dans son but, cette autorité de Jésus-Christ a l'ait une transformation totale dans l'idée et l'exercice de l'autorité humaine : elle l'a guérie de trois vices principaux qui opposaient au Progrès social des obstacles insurmontables .

Le premier vice des autorités qui ne relèvent pas de Jésus-Christ est celui-ci : l'absence du divin. L'autorité païenne s'appuie sur le droit de l'homme , rien que sur le droit de l'homme, si tant est qu'elle ne l'opprime pas.

il PROQBES - H J.-i . w rORI II..

L'autorité chrétienne 8'appuie sur le droit de Dieu, rien que Bur le droit de Dieu. Entre l'autorité chrétienne et l'autorité païenne telle est la différence profonde. El aujourd'hui encore, ôtez Jésus-Christ delà société chrétienne, vous oe retrouverez plus qu'une chose : le droit de L'homme en celui qui commande, la soumission à l'homme en celui qui obéit ; en deux mots , l'homme gouvernant l'homme , l'homme n'obéissant qu'à l'homme. Voilà le vice caché qui ronge sourdemenl les autorités dans ootre monde moderne. L'autorité dans les générations marquées du signe de Jésus- Christ redei îent de jour en jour ce qu'elle était dans les peuples païens . la domination de l'homme sur l'homme. Si les autorités perdent de plus en plus leur auréole, c'est que le divin n'y apparaît plus assez aux regards des peuples. On demande le respect et l'obéissance, non plus au nom de Jésus-Christ qui sacre l'autorité, mais au nom seul de l'homme qui porte l'autorité.

De là dans ce siècle une tendance générale qui ravale avec les autorités les sociétés qu'elles gouvernent, la tendance à discuter l'autorité,

à repousser l'autorité , à mépriser l'autorité. L'homme vaut l'homme : L'humanité est égale à elle-même. Pourquoi un homme qui nie commande ? Je nie son droit de commander, et mon devoir d'obéir. Quis noster dominus est! Qui est notre maître ? Je suis un homme ; et tout ce qui n'est qu'humain ne me dominera pas. Arrière les tyrans qui se font sur moi un pouvoir usurpé : tout homme est un souverain, et la souveraineté vaut la souveraineté. Donc, à bas les rois, à bas les empereurs, à bas les autorités ! Dirumpamus vincula eorum, et projiciamus a nobis jugum ipsorum. Tel est le cri de l'humanité partout où dans l'autorité elle n'a plus vu que l'homme. Aussi, lorsque rien de divin ne subsistera plus dans les autorités; quand tout reflet de Dieu se sera évanoui du front des potentats; quand ces fronts qui gardent encore une couronne n'auront plus d'auréole ; alors, malheur aux sociétés ! Contre les autorités qui ne relèvent plus que de l'humanité, ce sera partout la révolte de l'homme ; et l'athéisme dans l'autorité aboutira à ce résultat inévitable, l'anarchie dans la société.

I i PROGR] S SOCIA1 PAR J.-C. IITORITL. •') I

Pour guérir Ie6 nations de cette plaie snciale, voici ce que Jésus-ChrisI a fait. Ed se posant lui-même maître de l'humanité qu'il

;i\ait mission de Bauver, il a constitué et consacré dans l'homme l'autorité de Dieu; car l'autorité de l'Église comprise dans le sens chrétien, est, à la lettre, l'autorité de Dieu dans l'humanité. Non-seulement elle porte le signe de l'autorité divine, elle est cette autorité elle-même. Quoi qu'on admette sur l'origine des autorités humaines même les pins légitimes, et de quelque nom qu'on veuille les nommer, aucune d'elles ne peut offrir le témoignage authentique d'une investiture pareille. Entre l'autorité de Dieu et l'autorité de L'Église, il n'y a d'autre intermédiaire que le divin Médiateur ; et ce Médiateur n'est ni séparé de Dieu, ni séparé de l'Église ; il est Dieu même toujours incarné et toujours vivant dans son Église.

Or, pour quiconque sait comprendre, il y a là une révélation, et dans cette révélation, une transformation de l'autorité qui a pour le Progrès social des conséquences qui ne vous peuvent échapper. Par là Jésus-Christ a fait

germer dans les urnes cette idée éminemment progressive et sociale : l'autorité dérivant de Dieu et s 'imposant au nom de Dieu : il a montré aux yeux des peuples ce type sublime de l'obéissance transfigurée : le chrétien obéissant à Jésus-Christ qui lui commande dans l'homme. Oui, moi chrétien, depuis que le Christ s'est fait roi dans l'humanité , je porte dans ma faiblesse cette lière énergie ; je me sens trop grand pour accepter le seul empire de l'homme. J'estime d'un si haut prix mon respect et mon obéissance, que, pour incliner mon front, je trouve que ce n'est pas trop de le sentir touché par le sceptre de Dieu. Que l'homme qui n'est que l'homme ne vienne pas me demander de lui obéir, je n'obéirai pas ; mais qu'il vienne au nom de cette Majesté de qui tout relève au ciel et sur la terre ; et me voici docile, obéissant, respectueux. Je sais qu'un commandement qui me vient de si haut ne me peut abaisser; plusj'obéis, plus je m'honore et me grandis moi-même; et il me semble que je m'élève de toute la grandeur de mes abaissements. La servitude elle-même ne me peut plus avilir : ou plutôt pour moi la ser-

ROGBÈE SOI i \i P m: l.-C. II TOJU1 !.. •••>

vitude m' peul |»lus être : ployé bous les

chaînes, prisonnier de César, je suis libre

encore : parée que si j'incline mon corps

sons le poids de sa puissance, je sens ipie tlans

mon âme je n'obéis qu'à Dieu; et a\ee un Pontife illustre subissant la domination d'un potentat fameux, je puis redire cette fière parole de Tertullien ■ « Captif, je me sens dans mes fers souverainemenl libre; car je n'ai qu'un seul Maître, qui est aussi le Maître de César. »

Le second vice radical de l'autorité païenne dérivant du premier, c'était l'envahissement de la conscience humaine par la puissance de l'homme. Les maîtres des corps avaient convoité le domaine des âmes, et partout leur domination s'essayait à l'envahir; Pour dominer les consciences et donner à leur usurpation un prestige divin, les rois et les empereurs se faisaient proclamer pontifes ; et pour mieux voiler aux yeux du peuple l'usurpation des droits de l'homme, ils usurpaient encore les droits de la Divinité. Ces hommes faits empereurs par le jeu de la fortune, installés pontifes par la folie des nations, so proclamaient eux-mêmes

Oi DEUXIEME CONFERENCE.

dieux dans le \ertige de leur propre orgueil. Ainsi, del'humanité à la royauté, de la royauté au pontificat, du pontificat à la divinité, ces illustres fous s'élevaient en trois pas. Par cette double usurpation des rois, les hommes subissaient un asservissement où le sacrilège s'ajoutait à l'opprobre d'une double servitude, livrant leurs consciences à des usurpateurs faits pontifes , et leurs adorations à des monstres laits dieux.

Pour arracher les sociétés à cette abjection où l'homme tenait les âmes captives, et leur rendre avec leur légitime indépendance leur légitime fierté , cpie fallait-il ? Il fallait créer et faire accepter dans le monde une autorité qui eut les âmes pour son domaine comme elle a Dieu pour son principe : il fallait constituer divinement un gouvernement des esprits et une royauté des aines.

C'est ce qu'a fait ]\otre - Seigneur Jésus- Christ : « Toute puissance m'a été donnée au » ciel et sur la terre ; allez donc, et instruisez » les nations, les baptisant au nom du Père, " du Fils, et du Saint-Esprit. Tout ce que vous » lierez sur la terre sera lié dans le ciel ; tout

il PROGRES SOCIAL PAB J.-C. IUTORITÉ. 68

((lit' nous délierez sur la terre sera délié i dans le ciel. ■

Vous le voyez, Jésus-Christ donne à ses Apôtres une autorité, une puissance ; mais quelle puissance et quelle autorité? Il ne leur dit pas : \ oiei un glaive que je dépose en vos mains : allez, frappez, subjuguez les corps. Il dit : Voici une parole que je mets sur vos lèvres ; allez, parlez et instruisez les nations; laites entrer les âmes dans l'empire de la vérité. Quiconque ne vous croira pas, n'aura pas besoin que le glaive le frappe ; il recevra de la condamnation de mon Père son véritable châtiment. Qui non credideritj condemnabitur . Ainsi Jésus- Christ crée la royauté des âmes, et cette royauté c'est lui-même. Il se pose au milieu des siècles, et il dit : Voici mon royaume; les âmes à l'Orient, les âmes à l'Occident, lésâmes à tous les bouts du monde ; oui moi, Dieu- Homme, je suis le Maître des âmes, et il n'y en a pas d'autre : Ego Dominus, et non est alter.

Cette royauté personnifiée en lui, Jésus- Christ l'a constituée et incarnée dans son Église, pour gouverner les âmes jusqu'aux extrémités de la terre et jusqu'à la fin du

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monde. C'est notre foi : oui, je le crois, credo. il y a dans le monde une royauté des âmes, et cette royauté vit dans l'Église notre mère par Jésus - Christ Notre - Seigneur. Cette royauté est une, elle est incommunicable, elle est le privilège et la propriété de l'Église. Les philosophes, les potentats, les législateurs, pourront essayer de la lui disputer; mais elle demeurera à jamais telle que Dieu l'a faite : l'autorité confiée à l'Église par Jésus -Christ Notre -Seigneur pour le gouvernement des âmes. Or, personne ne dira jamais tout ce qu'une pareille institution a fait pour élever avec l'idéal de l'autorité, l'obéissance et la liberté chrétiennes. Depuis que Jésus- Christ a constitué cette autorité dans le monde, il y a des despotismes qui ne peuvent plus s'imposer sans soulever du fond des âmes une protestation vengeresse. Non, la tyrannie ne pourra plus désormais, sans provoquer des frémissements solennels, essayer d'étreindre dans les mêmes chaînes les corps et les esprits. Si des peuples apostats de la vérité catholique peuvent retomber dans cet opprobre, humilier leurs consciences en même temps que leurs corps sous le même joug do

PSOGRÈ8 80( l M. PAS J.H . M TORHÉ. ]

l'homme, la vérité catholique n'\ tombera pas. Vu seuil de la conscience catholique, il \ aura une limite que ni 1rs consuls, ni les rois, ni les empereurs ne dépasseront plus : tous les Césars el ions les Uexandres s'arrêteront devant cette conscience humaine devenue assez fîère pour repousser le sceptre de l'homme, et qui désormais ne s'ouvrira plus que pour y laisser entrer a-\ ee Jésus-Christ le gouvernement de Dieu. Voilà pourquoi il y a au fond des aines, depuis que Jésus-Christ en a pris l'empire, cette parole plus forte que la puissance de tous les rois : Non possumus. Vous nous demandez de placer notre conscience sous le sceptre d'un homme : Non possumus. Vous nous demandez de sacrilier à la volonté d'un homme une seule pensée de Jésus-Christ : Non possumus. Vous demandez de partager avec lui cet empire qui n'appartient qu'à lui : ô rois! prenez-en votre parti : Non possumus. Nous pouvons abdiquer tout ce qui est de nous ; mais abdiquer ce qui est de Jésus-Christ, jamais! Non possumus.

Un troisième vice radical corrompt l'autorité qui ne relève pas de Jésus-Christ : l'égoïsme dans l'exercice de la puissance. L'autorité

païenne existait et fonctionnait pour elle-même; elle avait un but essentiellement personnel et égoïste. Partout où Jésus-Christ ne règne pas en souverain, l'autorité retrouve encore au fond d'elle-même cet instinct dégradant qui la fait tourner à la tyrannie. L'autorité païenne est un égoïsme assis sur un trône pour exploiter un peuple. Jésus-Christ a fait ici dans l'autorité une transformation qui a préparé pour l'avenir un ordre social vraiment nouveau. Il a déplacé le but de l'autorité, ou plutôt il l'a remis en son lieu ; ce but était dans l'homme qui commande, il l'a mis dans l'homme qui obéit. Là est le caractère essentiel et le signe distinctif de toute autorité vraiment chrétienne : commander pour servir, régner pour se dévouer. Dominer les autres en se servant soi-même, c'était l'autorité païenne ; servir les autres en se donnant soi-même , c'est l'autorité chrétienne. Un grand Évêque a dit : '< Dieu , en communiquant sa puis- » sance aux rois, leur commande d'en user » comme il fait lui-même, pour le bien du » monde. » Lorsque Bossuet disait ces simples et sublimes paroles devant un des plus

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