PROGRES SOCIAL PAR J.-C. M rORITE
tuelle dans sou domaine, dévouée dansson but . Divine, elle produit l'obéissance que l'on n'accorde bien qu'à Dieu. Spirituelle; elle produit le respecl que l'homme refuse à ce qui n'est que matériel. Dévouée., clic produit l'amour qui ne se donne pas à l'égoïsme. Parla, Jésus- Christ a fondé dans l'humanité, au sein même de son Église, lapins grande école d'obéissance, la plus grande école de respect, la plus grande école d'amour, et avec ces trois écoles, la plus grande école de Progrès social que l'on eût jamais vue sur la terre. L'autorité catholique dans le monde, c'est Jésus-Christ toujours obéi, Jésus-Christ toujours respecté, Jésus-Christ toujours aimé des générations chrétiennes : donc les générations chrétiennes toujours élevées dans cette divine école d'obéissance, de respect et d'amour, et toujours grandissant au sein de l'Église leur mère par Jésus- Christ Notre-Seigneur.
Cette autorité créée par Jésus-Christ s'est faite par son naturel progrès, si haute, si forte, si universelle et si perpétuelle, qu'il est impossible de calculer avec précision quel a été son ascendant pour agrandir, avec leur respect
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leur amour et leur obéissance, la vie entière des nations chrétiennes. Cette autorité, tous les peuples à peu près l'ont connue, l'ont aimée, l'ont respectée et lui ont obéi : les plus barbares se sont inclinés sous ce sceptre si grand et si doux, qui, au nom de l'Église proclamée leur mère, et au nom de Jésus-Christ proclamé leur frère, touchait leur front farouche et révélait à leur âme soumise et saintement prosternée une grandeur qu'ils ne se connaissaient pas. Comme l'élévation de la nation française sortit de l'abaissement de Clovis incliné sous cette autorité qui lui dit un jour au nom du Christ vivant en elle : Baisse la tête, fier Sicambre ; ainsi la grandeur de ces peuples devenus l'avant-garde de tous les progrès du monde, est sortie de leur unanime et volontaire abaissement devant cette autorité qui obtenait leur obéissance même sans avoir besoin de la leur demander. Cette autorité, tous les siècles chrétiens l'ont vue à leur soleil, changeant, selon les temps, les formes variables de son commandement et son intervention dans les choses du temps, mais elle-même ne changeant jamais, et passant au milieu des siècles
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dans des appareils divers sous lare triomphal du même respect, du même amour et de la même obéissance. E1 arrivée à l'aurore de nus siècles modernes, je la reti'OUUencore tenant dans ses liras maternels cette humanité élevée par elle-même, et lui promettant pour l'avenir des grandeurs nouvelles, si elle cniiscnt a garder toujours le culte de cette autorité qui lit sa grandeur première. Eh bien, Messieurs, qu'ont fait les sociétés modernes par rapport à cette divine autorité? C'est ce qui nous reste à rechercher.
Après avoir vu ce que l'autorité divine organisée dans l'Église par Jésus-Christ médiateur est devenue par rapport à la société, il est du plus haut intérêt de se demander ce que la société moderne est devenue par rapport à cette autorité. A quelque point de vue que l'on se place, cette divine autorité vivant et agissant dans une institution qui a conquis
la double universalité du temps et de l'espace, est quelque chose d'absolument décisif dans l'ordre social: et désormais la destinée des sociétés, leur progrès ou leur décadence dépendra manifestement de l'attitude qu'elles prendront vis-à-vis de cette autorité. Même en n'admettant, comme affectent de le faire certains penseurs, l'existence de cette divine autorité qu'à l'état d'hypothèse, du moment que cette autorité se croit elle-même divine, qu'elle exerce dans les nations un gouvernement réel, et que, touchant aux hommes par son action même, elle a avec le monde social des relations nécessaires, il est impossible que les sociétés ne prennent pas vis-à-vis d'elle une attitude déterminée, et que cette attitude ne soit pas pour elles-mêmes ce qu'il y a de plus décisif dans l'ordre de leur propre destinée. Quelle attitude les sociétés modernes ont-elles prise visà-vis de l'autorité de Jésus-Christ constituée dans l'Église, et que faut-il en attendre pour le Progrès du monde ?
En demeurant au point de vue rigoureusement social, le seul dont je m'occupe en ce moment, je distingue dans les sociétés humai-
-"il \l. |'\K .l.-i . \l X0BI1 K. "■'
.1 l'égard de cette autorité divine, trois manières d'être plus ou moins antagonistes, <■■ que nous devons regarder comme trois erreurs funestes au Progrès social du monde moderne. l.a première attitude de la société moderne \is-à-\is de l'autorité divine de Jésus-Christ \ ivanl dans l'Église, et que j'estime une erreur fatale à notre Progrès, c'est, de la part des constitutions ou des systèmes de gouvernement, l'indifférence publique. Au milieu d'un inonde dans son ensemble demeuré chrétien, traiter .lésus-Christ comme un inconnu, et l'institution où vit son autorité comme une étrangère sans droit dans la cité; voilà ce que j'appelle dans les constitutions ou les systèmes de gouvernement l'indifférence publique. Oui, Messieurs, en plein christianisme la société moderne a eu cette pensée, elle a tenté de réaliser ce dessein qui eût étonné vos pères : au milieu des peuples chrétiens, traiter socialement Jésus -Christ comme un étranger :
c'était traiter en étranger le maître dans son domaine et le roi dans son royaume , avec cette aggravation d'injure, que Jésus-Christ est un maître et un roi divin.
Nous avons défini l'autorité sociale, la puissance de créer la société. D'après cette notion très-simple et très-incontestable, Jésus-Christ était dans le monde chrétien la grande auto • rite sociale. A la lettre, les sociétés chrétiennes étaient son œuvre; il les avait créées, non du néant comme le monde dans la première création, mais de lui-même et pour lui-même ; il les avait remplies de sa vie, pour les faire à son ima^e et les associer à sa gloire. Jamais prince de la terre ne put dire dans une nation, avec le même droit, ce que Jésus-Christ père et créateur des siècles nouveaux, pouvait et peut dire encore au milieu des sociétés chrétiennes : Ego autem constitutus sum rex : le roi constitué par mon Père dans les peuples chrétiens, c'est moi-même : les nations chrétiennes sont mon ouvrage ; je suis leur créateur, donc leur maître et leur souverain; chrétiens, tout est à vous, omnia vestra sunt; mais vous, vous êtes au Christ, comme le Christ est à Dieu : Vos autem Cfiristi : Christus autem Dei (1).
Oui, nous, peuples et royaumes très-chré-
(i) I Cor. m, 22.
ii pbogrvb to* i iL p \i< .1.1. ai rom ii 93 tiens, doua appartenions à Jésus-Christ, parée que nous sortions de Jésus-Ghrist. Tout dans le monde chrétien émanait et dérivait de notre Christ : sa pensée était dans nos intelligences, sa morale dans nos nnrurs, sa charité dans nos institutions , sa justice dans nos lois, son nom dans notre nom, son action dans notre histoire, son culte dans notre religion . son drapeau dans notre société, et son autorité dans notre obéissance. Jésus-Christ dans la société chrétienne était donc bien dans son domaine. Quedis-je? Il n'était pas seulement comme maître dans les sociétés chrétiennes, il était la \ie qui les animait : centre de ce monde nouveau sorti de lui et vivant de lui, il criait au milieu des siècles aux sociétés chrétiennes gravitant autour de lui : Le Christ est votre vie, Ghristus mta veslra.
Eh bien, Messieurs, qu'ont fait les sociétés modernes par rapport à ce divin créateur des sociétés chrétiennes ? Le voici : Elles ont voulu écarter, et, si je le puis dire, éconduire Jésus-Christ. Elles ont mis le Maître hors les lois, hors les constitutions, hors les gouvernements. Jamais cette parole de saint Jean ne
reçut un accomplissement plus solennel, plus public : In propria venit, et sui eum non receperunt (1). Les législateurs, les réformateurs, les constituants nouveaux de la société européenne lui ont dit avec une indifférence ingrate: « Recède à nobis .-Retirez-vous, nous ne vous » connaissons plus. Que le croyant, s'il le » veut, vous adore en son cœur; la société » n'a plus de Dieu; nos lois sont humaines, » nos institutions sont humaines , nos gou- » vernements sont humains ; pour nous » peuples modernes tout est humain, et le » divin ne compte plus. Nous ne connaissons » que des hommes : des hommes pour obéir, » des hommes pour commander ; et pour orga- » niser le commandement et l'obéissance, des » constitutions inventées par le génie de nos » grands hommes. » Jésus-Christ ainsi éconduit frappait à la porte des palais législatifs, des assemblées délibérantes et du cabinet des rois ; il disait : « Mais vos lois » viennent de moi , vos institutions vien- » nent de moi ; votre égalité , votre fra-
(1) Joan. i, il.
u PftOGBÀB SOCIAL i'\K J.-C. uioiiiiK.
• ternit»'. Mitre liberté en tant qu'elles BOnt i des vérités, elles sont mon héritage; tout
i le progrès que nous ayez fait, c'est en nidi que \ mis l'avez fait; et. celui que
i VOUS appelez encore ne se fera pas sans » moi. Pourquoi m'éeartez-vous ? pourquoi
■ me chassez-vous? n Qu'a répondu l'esprit moderne assis sur le fauteuil des légistes, des académiciens, des parlementaires, des législateurs et des constituants qu'il inspirait en ce temps-là ? Jl a répondu : « Nous ne vous
■ chassons pas , nous vous laissons ; votre » temps est fini; une nouvelle ère commence : » les sociétés sont, trop grandes désormais » pour être contenues en vous ; vous n'êtes » plus à leur mesure. Le siècle vous sait » gré de ce que vous avez fait pour l'en- » fantement et l'éducation de nos sociétés. » Mais l'enfance est passée, l'adolescence est » passée; le monde nouveau arrive à l'âge » viril; il est à lui-même son maître et son » guide ; il se sent assez fort pour faire son » chemin et porter sa destinée. Poursuivez, » si vous voulez, dans le mystère des âmes, » votre règne invisible ; mais ne nous deman-
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>• dez plus un règne public, ni un culte social; » la société moderne ne vous reconnaîtra plus: » elle est désormais à elle-même son autorité, » sa religion et son Dieu. »
Ainsi a parlé l'esprit moderne, ou, comme on dit aujourd'hui, l'esprit humain. En vérité, voilà un esprit humain qui parle divinement. Et parce qu'il a le secret de créer toujours des mots superbes pour donner à ses erreurs une consécration magnifique, cette manière de traiter Jésus-Christ en plein christianisme s'est nommée séculariser : mot ingénieux qui ne manque ni d'une certaine profondeur, ni d'une certaine finesse : séculariser ; comme si nous disions : prendre à Jésus-Christ et à l'Église tout ce qui est de l'un et de l'autre ; et puis donner le tout à un être impersonnel, avide, rapace , fort antipathique à Jésus-Christ et à l'Eglise, qu'on appelle le siècle; la société, enfin, ne reconnaissant plus de Christ, plus de prêtres, plus de chrétiens, mais seulement des hommes, des laïques, un siècle et des séculiers : voilà ce que l'esprit humain appelle ingénument séculariser. Il en est, je le sais, qui mettent sous ce mot des idées moins antichrétiennes, et
ii PROGRÈS SOCIAL PAH J.'C. AUTORITÉ. ^5
des prétentions moins Insolentes. Mais qu'on ne s'\ trompe pas, les Mais ennemis de l'Église ne l'entendent pas autrement.
Que faut-il penser «le cette attitude des sociétés modernes devant Jésus-Christ et sou Église? Au point de Vue rigoureusement chrétien , c'est l'apostasie et L'insulte publique de Jésus-Christ; c'est Jésus-Christ socialement renié, dépossédé, chasse. Considéré dans les hommes baptisés qui en ont. pris l'initiative, ce mouvement des temps modernes est antichrétien, il est impie, il est sacrilège. Je n'incrimine pas les intentions, je caractérise une tendance. J'ai beau vouloir ici excuser les hommes trop souvent trompés dans leurs desseins , je ne puis parvenir à trouver chrétienne une tendance qui nous sépare de Jésus-Christ.
Et socialement, comment nommer ce mouvement nouveau? Socialement, c'est contradictoire, c'est incohérent, c'est rétrograde. Si les sociétés chrétiennes, comme l'atteste l'histoire , ont grandi et se sont élevées par Jésus-Christ et en Jésus-Christ , comment trouveraient-elles leur grandeur en se sépa-
rant pratiquement de Jésus-Christ? Quoi! des constitutions destinées à régir des chrétiens faisant officiellement .abstraction de toute croyance chrétienne ! Quoi! des gouvernements créés pour des hommes qui ont l'obligation souveraine d'obéir à Jésus-Christ , affectant une indifférence systématique devant l'autorité et la législation de Jésus-Christ! Quoi ! le corps social tout plein encore de la sève du Christ, et dans les lois qui l'organisent ne tenant aucun compte de la vie qui circule aux veines de tous ses membres ! Et voilà ce qu'on nous propose d'accepter comme l'émancipation des peuples et l'agrandissement des sociétés ! Ah ! Messieurs, permettez qu'on vous le dise : non, cette sécularisation antichrétienne et antisociale, non. cette mise hors les lois et les constitutions modernes de Jésus-Christ créateur des sociétés chrétiennes, ce n'est ni l'affranchissement du siècle, ni le progrès des nations; c'est .un cercle doublement vicieux où la société moderne s'est enfermée elle-même , et d'où elle ne sortira que par un retour public à Jésus-Christ, notre auteur, notre maître et notre législateur. Certes, Messieurs, je le sais, Jésus-Christ
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pour garder sou empire sur les âmes n'invoqae pas comme une nécessité le secours de \t>> lois; L'Église qu'ils créée pour L'immortalité oe demandera jamais à vos constitutions Le Becrel de sa vie; cl nous pouvons nous passer de ce que vous avez comme la Keligion d'État. Mais prenez-y garde; si Jésus- Christ n'a pas besoin de vos lois ni de a os constitutions, vos constitutions et vos lois ont besoin de Jésus-Christ : et l'erreur qui consiste à le traiter en étranger sera toujours, quoi qu'en pensent les systèmes , une erreur chrétiennement impie et socialement désastreuse.
Mais l'erreur des sociétés modernes ne se borne pas à traiter Jésus-Christ en étranger , elle arrive facilement à le traiter en rival. Il en coûte peu de décréter dans des constitutions l'indifférence publique par rapport à l'autorité de Jésus-Christ et de son Église : mais il n'est pas si facile de la faire passer dans les faits. Ce Dieu qu'on déclare étranger, on sait bien qu'il est toujours là ; et tandis que les constitutions parlent comme s'il n'existait plus, les gouvernants, bon gré mal gré, le sentent à
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côté d'eux. Or, remarquez-le bien, tel est le penchant de la nature humaine : toute autorité que l'homme voit auprès de la sienne l'importune, et il a la tentation de la jalouser. Cette jalousie devient plus grande quand cette autorité s'élève davantage ; et elle atteint son comble si cette autorité se proclame surhumaine. Ce voisinage dune autorité divine gène l'homme dans son empire : on dirait qu'il envie la divinité qu'il sent en elle. Il n'est pas d'homme qui, ayant l'ambition de la puissance , ne prétende l'imiter , et se donner à gouverner des âmes un plaisir divin. Volontiers l'ambitieux dit à ce roi des âmes : « Prends ton sceptre et va - t'en ; puisque » tu as un ciel , va régner dans ton ciel ; »» laisse-moi seul maître régner dans mon « domaine. » Telle est la tentation des rois , et ce qu'on pourrait appeler le faible des puissants de la terre. De là, dans ceux qui ont la mission de gouverner, vis-à-vis de cette autorité divine une attitude de défiance où l'homme semble prendre ses précautions contre les envahissements de Dieu. De là aussi des oppositions tantôt sourdes, tantôt écla-
l.l PROGBÈti >"« l M- PAJI .!.-« . \i TOR11 I ,
toutes, où l'on peut N<»ir un chrétien se révéler comme un rival de Jésus-Christ, trop heureux
s'il n'est tenu'' de mettre sa grandeur à humilier devant lui cette divine majesté*
Eh bien, Messieurs, que faut-il penser de cette attitude au poinJ dé vue de la vérité des choses Bl du Progrès social? L'autorité de L'Église, qui esl L'autorité de Jésus-Christ dans L'humanité, est-elle réellement une autorité antagoniste? et les princes de la terre ont-ils raison de traiter en rivale eelte fille du ciel? Kst-il \ rai que la gloire de cette divine royauté rejaillit en opprobre sur leur diadème? Est-il vrai , comme ils peinent être tentés de le croire , qu'ils ajoutent au bonheur de leur peuple et à l'éclat de leur majesté tout ce qu'ils enlèvent à cette autorité? Est-il vrai enfin qu'eux-mêmes et leurs gouvernements grandissent de tous ses abaissements et se fortifient de toutes ses faiblesses?
Non-, Messieurs, non, cela n'est pas a rai : il n \ a pas d'erreur plus funeste à la majesté des rois, à la force de leurs gouvernements et au bonheur de leurs sujets, que cette prétendue rivalité entre l'autorité de l'Eglise et l'autorité
des princes. Moi, fils de l'Église, au nom de ma mère, j'affirme que l'autorité de l'Église n'est ni la rivale ni l'antagoniste d'aucune autorité humaine. Une mère ne peut pas être rivale de ses enfants ; l'Église est une mère ; tous les chrétiens, même les rois, sont ses enfants; et je jure sur son cœur qu'il n'y a nulle part d'autorité plus sympathique à l'autorité des gouvernements humains, et plus protectrice de leurs droits, que l'autorité de l'Église. L'Église n'a pas d'antipathie contre les gouvernements même hérétiques, même schismatiques, même apostats. Elle peut pleurer leur hérésie, leur schisme, leur apostasie ; elle peut plaindre avec les déchirements de la vérité les injures faites par eux à son autorité ; mais elle aime , et autant qu'elle peut protège l'ordre qu'ils travaillent à maintenir au milieu de leurs peuples ; élever l'humanité entière est sa mission sur la terre ; et elle ne peut avoir de raison pour haïr ou ébranler les autorités qui concourent avec elle-même dans une sphère diverse au progrès des nations.
Non-seulement cette divine autorité n'est pas devant les gouvernements une puissance
Il PROOR] - SOCIAL PAH J.-l . il rORJ I !.. 9 1
rivale, elle est une puissance alliée et vraiment protectrice. Plus son ascendanl grandil dans l'âme des peuples, [dus le prestige de l'autorité grandil au fronl des mis. Tout ce <]ifils
lui donnent eu respect et eu oliéissanee. leur
revient avec usure en puissance el en majesté. Le respect de l'autorité de Jésus-Christ dans l'Église par les princes de la terre, est la défense la plus lulélaire de l'autorité des princes par l'Église. Du fronl de cette autorité vénérée par les rois et leurs peuples, un reflet de grandeur morale descend , qui sauvegarde à la fois et l'obéissance des peuples et la majesté de leurs rois. Et ainsi, cette autorité traitée en rivale a sur le Progrès social une influence indirecte mais puissante, que les nations subissent même sans la comprendre, et que l'Eglise exerce même sans y songer.
Mais il y a dans cette autorité une influence encore plus puissante et encore plus décisive, qui doit la faire accepter comme la grande motrice du Progrès social. C'est que l'autorité de l'Église, divine dans son principe, spirituelle dans son domaine et dévouée dans son but ,
produit directement et efficacement le bien et la vie morale dans les peuples chrétiens. Les gouvernements ont pour but d'aider le bien à se produire , et d'empêcher qu'il ne succombe sous l'oppression du mal ; mais ils sont de leur nature impuissants à le produire tout à fait eux-mêmes. « Le pouvoir humain, » a dit l'un des plus grands penseurs des temps modernes, Joseph deMaistre, « ne s'étend qu'à » ôter ou à combattre le mal pour en dégager » le bien et lui rendre le pouvoir de germer » selon sa nature. » 11 y a plus de science gouvernementale dans ces quelques mots que dans des millions de livres et de discours politiques tels qu'on en a l'ait depuis un siècle. « Le pouvoir s'étend à ôter le mal pour en » dégager le bien et lui rendre le pouvoir de » germer selon sa nature-, » oui, il s'étend jusque-là; trop heureux s'il remplit toujours cette fonction protectrice. Mais par lui-même il n'atteint pas plus loin ; il ne va pas jusqu'à faire germer directement le bien. L'autorité de l'Église va jusque-là. C'est là que réside avec son action directe le secret de sa puissance : laissée à sa spontanéité propre elle
l.i PROGRKS S< m l \l r \/{ .i.-i . \i i . »K1 I '.. 93
l'.iit germer le bien au fond desâmes el produit la ne Bociale.
Cette différence esl radicale; qui lie la voil pas est volontairemenl aveugle. Or, de cette différence essentielle dans l'action directe i\c> deux puissances naîl entre l'une et l'autre une harmonie d'action et de dévouement pour le bonheur îles peuples e( le progrès des sociétés. D'un enté. l'Eglise par son autorité spirituelle et divine sème la \ie et l'ait germer le bien au milieu des nations : de l'antre . le Gouvernement empêche le bien d'être étouffé par le mal. et donne à la vie sa place au soleil en arrêtant de sa main tout ce qui veut donner la mort. L'une jette dans le champ omerl des sociétés humaines toutes les semences fécondes ; elle fait épanouir sous son regard et son cœur toutes les belles fleurs qui sont, l'éclat et le parfum de l'ordre social : l'autre empêche les passions humaines de ravager dans leur fureur cette Végétation venue de Dieu par le coeur de l'Église. Dans cette sphère du bien , où se déploie comme en son lieu l'autorité de Dieu personnifiée dans les hommes. l'Eglise veut et
doit avoir son indépendance ; mais elle ne peut exiger avec les gouvernements humains une séparation systématique qui ressemblerait à la défiance ou à l'hostilité. Elle demande la distinction des puissances , non leur séparation ; elle accepte leur union, jamais leur confusion ; elle aime l'harmonie des forces concourant au progrès des peuples, elle déplore l'antagonisme des forces qui fait le malheur des sociétés. Si les princes lui offrent une main amie et une protection désintéressée , elle accepte une alliance qui fait les peuples heureux sans la rendre captive. Si les princes se retirent ou ne lui offrent qu'une alliance égoïste ou une protection despotique , elle demande sa liberté , toute sa liberté ; elle passe comme Jésus- Christ en faisant le bien, demandant partout et toujours, aux princes la liberté et le bonheur des peuples, aux peuples le respect et l'amour de leurs princes ; et la complète liberté de son action devient la plus éclatante manifestation de la divinité de sa vie dans les peuples chrétiens. Ainsi, cette dhine autorité traitée en rivale par les princes et leurs gouvernements, se pose comme l'alliée la plus sin-
m PROGRÈS BOCLA1. r\i; .1.-1. U'TORITÉ. î'<r>
cère et la protectrice la plus puissante des gouvernements el des princes ; sympathique à tout ordre el féconde de tout bien, eUe produit avec eux l«' vrai Progrès social.
\h! Messieurs, si vous pouviez douter encore de la solidarité fraternelle qui lie cette autorité divine aux gouvernements humains, leur grandeur à sa grandeur, et leur stabilité à sa stabilité, je n'aurais qu'à vous dire : Demandez aux révolutionnaires; voyez l'attitude qu'ils prennent partout aujourd'hui devant l'autorité de Jésus-Christ et de son Église. Cette fois, ce n'est plus seulement l'attitude de l'indifférence prise par les gouvernements, l'attitude de la rivalité prise par les gouvernants, c'est l'attitude de la haine prise par les ingouvernables. Des gouvernements ont traité l'autorité de l'Eglise en étrangère; des gouvernants l'ont traitée en rivale; les ingouvernables, autrement dits les révolutionnaires , la traitent en ennemie.
L'autorité est le point où la Révolution devine et comprend l'Église avec un infaillible instinct. La Révolution, telle que nous l'avons vue dans ses phases diverses, est en essence
l'antagonisme de l'autorité. Longtemps voilée d'hypocrisie, elle ajeté le masque, et elle a dit à qui a voulu l'entendre : « Connaissez-moi bien, moi la Révolution, je suis la haine de l'autorité. »
Tel est le sens radical dans lequel je prends ici le mot Révolution; et je supplie tous ceux qui m'écoutent de ne s'y tromper pas. Des hommes peuvent s'être habitués à mettre sous ce mot un sens moins absolu. Je n'ai pas à m'en inquiéter. J'entends par la Révolution, non tels ou tels faits, tels ou tels hommes; tels ou tels systèmes : j'entends l'idée anarchique qui traverse le monde; j'entends la contradiction systématique à l'autorité, j'entends la haine de l'autorité. Et c'est ce qui vous explique pourquoi la Révolution prend vis-à-vis de l'Eglise catholique l'attitude de la haine. La Révolution fait sur la terre ce qu'elle a fait dans le ciel : elle détache l'humanité de Dieu, comme elle en détacha les Anges, en repoussant l'autorité de son Verbe. Satan refusant avec les siens de s'incliner devant le Verbe de Dieu offert à ses adorations, ce fut la Révolution dans le ciel. Depuis cejour,
il riini. ici H 80C1 M. PAH .1.-1 . \i T0H1 I !.. M
datefa8tique de la première révolution, L'objet de la liai m* révolutionnaire n'a pas changé; il ne changera jamais : ce qu'elle repousse sur la terre, c'est ce qu'elle a repoussé dans le ciel, l'autorité du Verbe de Dieu vivant dans l'Église. la est la raison secrète de celle haine antichrétienne et antisociale que la Révolution avouée à l'Eglise de Dieu : serment d'Annibal fait contre la Home nouvelle par tous les révolutionnaires sur l'autel de la Révolution leur seule divinité. Voilà pourquoi, partout et toujours, l'enfer ouvre ses abîmes et vomit ses hordes contre I autorité de l'Église appuyée sur Pierre, comme l'autorité de Pierre est appuyée sur Jésus-Christ : et n'était la parole qui la rend plus forte que toute haine même de Satan, mille fois le démon de la Révolution eût renversé l'autorité de l'Église; mais la parole du Seigneur demeure éternellement : les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle ! Comme le roc immobile dans les furies de l'Océan, l'autorité demeure sereine dans la tempête de toutes les colères ; mais autour d'elle et contre elle, le Ilot des haines révolutionnaires ne cessera pas de frémir, poussé
par le souffle de l'enfer ; parce que l'autorité de l'Église c'est Dieu, et que la Révolution c'est Satan dans l'humanité.
Ne trouvez donc pas étrange, Messieurs, que je formule si hardiment l'antagonisme profond qui arme les soldats delà Révolution contre l'autorité de l'Église. Il y a aujourd'hui dans l'Europe et dans le monde entier des millions d'hommes incertains et flottants qui estiment pouvoir arracher le monde à sa crise solennelle en donnant leur main gauche à l'Église et leur main droite à la Révolution. Malheur aux pusillanimes! malheur à ceux qui re vent avec la Révolution des pactes mortels où la Révolution doit triompher toujours! Il n'y a pas d'alliance entre Jésus-Christ et Satan. Il faut savoir enfin où se trouve avec les ennemis de toute autorité et de tout gouvernement le vrai danger de la société; et il faut savoir où gît pour les gouvernements et la société la véritable défense.
Eh bien, Messieurs ^ prenez^en votre parti i et puissent tous ceux qui portent dans la main de leur conseil les destinées du monde moderne le prendre avec vous : l'ennemi est dans la Révolution qui en veut à toute autorité; et la