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quoi, celte harmonie sans raison cl ce concert sans but que l'on appelle le monde I
Mais, Messieurs^ comme on doit s'y attendre, l'erreur ici, comme partout^ va de rextri'iiic à l'extrême et de l'abîme à l'aljîme. Une fausse science du monde disait : rien n'est Dieu; une autre a dit : tout est Dieu; c'est la science du monde qui prévaut aujourd'hui dans les écoles antichrétiennes : le monde subsistant en Dieu, ou plutôt le monde-Dieu. Qu'importent ici les noms, les formes et les nuances des systèmes? le fond en tous est le même; l'existence absolue, l'identité du moi et du non-moi ; l'unité de substance, l'infini impersonnel; le Dieu-nature, le Dieu-force ; Dieu stoïcien, Dieu hégélien, Dieufouriériste, Dieusaint-simonien, Dieu communiste ; c'est toujours la même chose : le monde-Dieu, le Dieu-tout, ou le tout qui est Dieu.
D'aprèscette donnée fondamentale, la science panthéislique se fait à elle-même une théorie fort curieuse, qu'elle donne comme la vraie science du monde. A ces questions qui reparaissent partout : d'oij vient le monde? où va le monde? comment subsiste le monde? la science
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du monde-Dieu nous répond avec r.ne gravité naïve : le monde vient des profondeurs de l'infini ; il est l'infini lui-même qui se meut par un progrès continu dont il est impossible d'assigner la limite. Voilà le point de départ. Cela posé, force est d'admettre que ce Dieu-monde grandit et se développe. Aussi, cet infini commence-t-il par être aussi imparfait et aussi petit que possible ; ce qui, pour un infini, ne laisse pas que d'être assez singulier. Vous le voyez passer d'un état à un état, d'une forme à une forme, tout en demeurant, à ce que disent de grands penseurs, toujours infini et identique à lui-même. Cet infini est d'abord fluide, puis liquide, puis solide; il est minéral, puis végétal, puis animal, puis homme. Arrivé là, à sa forme la plus parfaite, l'infini prend conscience de lui-même, ce qu'il avait oublié de faire jusque-là. Comme Brahma. il sort de son sommeil, et il prend dans l'humanité son essor vers l'idéal^ c'est-à-dire vers lui-même; car cet idéal, c'est encore lui, toujours lui.
Voilà, Messieurs, sans calomnie et sans ironie aucune, l'abrégé de la célèbre doctrine : vous avez en bloc la science du monde toute
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faile. \ oiis comproncz ainsi pourquoi les êtres sont, ce (pi'ils sont , comment ils sont. Vous comprenez pourquoi et comment il y a des atomes, des soleils, des minéraux, des végétaux, des poissons, des oiseaux, des quadrupèdes, des hommes, un monde enfin. Vous comprenez que l'infini s'accroît^ qu'il germe, qu'il pousse, qu'il s'épanche dans le fleuve, qu'il souffle dans lèvent, qu'il brûle dans la flamme, qu'il s'épanouit dans la fleur, qu'il nage dans le poisson, qu'il vole dans l'oiseau, qu'il marche dans l'animal, et qu'il pense dans l'homme. ^'ous comprenez que chaque être qui apparaît dans la création est une forme de Dieu, et l'homme sa face la plus rayonnante. Vous comprenez, surtout, ce qui doit être le dernier mot de la science du monde, à savoir que toute créature, ou plutôt tout ce que vous nommez de ce nom^ n'est qu'une éclosion spontanée de fêtrc à la surface de Vinjîni. Vous comprenez enfin. — Mais non, dites-vous, mais non, nous ne comprenons pas du tout. — Eh 1 Messieurs, Dieu nous pardonne, je ne comprends pas plus que vous. J'ai regret de le dire, mais les grands génies qui nous disent et redisent à l'infini :
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VOUS nêtes pas scientifiques , ne le sont pas toujours très-fort; et je ne vois pas mieux que vous ce que la science vient faire en ce chaos.
Et d'abord, Messieurs, que tout est Dieu ou que Dieu est tout, est une hypothèse que l'on vous ordonne d'admettre sans démonstration aucune. C'est, je vous l'ai dit, le point de départ de la science panthéistique. C'est l'axiome qu'on ne vous démontre pas plus qu'un axiome de géométrie. Mais, en vérité, vous dire que tout cela est gratuit, inexpliqué, non démontré, ce n'est pas assez dire; tout cela est positivement contradictoire; nous ne sommes pas ici seulement dans le mystérieux, nous sommes en plein dans l'absurde.
Supposez que Dieu et le monde ne sont pas deux choses, mais une ; vous échappez manifestement et aux difficultés de l'athéisme qui n'admet formellement aucun Dieu, et aux difficultés du dualisme qui en admet virtuellement deux. Fort bien. Mais comment sortezvous de l'impasse où s'enferme follement votre science malavisée? Comment échappez-vous à ce double désespoir scientifique, le désespoir de connaître le commencement, et le désespoir
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de connaître la (in? Vous dites que \olre Dieu se développe, et que son développement n'est autre que le mouvement même du monde. Mais daignerez-voiis répon.lre à cette dilTiculté fort iïrave? Pourquoi votre Dieu-monde se dévelo])pe-t-il? S'il est fini, et comme tel susceptible de grandir et de se développer, comment est-il Dieu, c'est-à-dire infiniment parfait? l']t s'il est infini, quel besoin peut-il avoir de grandir? Qu'est-ce qu'un infini qui devient plus grand que l'infini? 0 métaphysiciens, que vous a donc fait la métaphysique?
Mais passons; admettons que l'infini se développe. C'est un fait, dites-vous : soit. Mais au moins est-il permis de demander de quelle nature est ce développement? Ceux qui l'affirment doivent le savoir. Ce développement est-il libre? il pouvait donc ne pas exister, et à tout instant encore, en vertu de sa liberté, il peut s'arrêter : et que devient, dans cette hypothèse, la théorie fameuse du progrès fatal, partie intégrante de la science panthéistique? Ce développement est-il nécessaire? alors il faut admettre qu'il se fait selon des lignes et dans des proportions nécessaires comme lui-même;
il y a une géométrie des développements divins. Et dès lors, que pouvons-nous, je vous prie, pour ou contre un progrès qui ne peut pas ne pas être, et qui est fatalement tout ce qu'il est et tout ce qu'il peut être? Que répond à ceci la science panthéiste? Messieurs, elle ne répond rien ; et c'est, à vrai dire, ce qu'elle a de mieux à faire.
Mais enfin, libre ou nécessaire, admettons tel qu'il est le développement divin- une autre question se présente : ce développement aurat-il un terme, ou n'en aura-t-il pas? expliquezvous. Et d'abord, la logique demande : pourquoi n'en aurait-il pas? Puisque cet infini avance et avance toujours, apparemment c'est pour arriver; et s'il grandit, grandit sans cesse, comment ne parviendrait-il pas enfin à trouver sa plénitude? Puisque, selon un mot célèbre, l'infini devient et est en train de se faire , pourquoi n'aurions-nous pas comme terme final un infini complet, un infini achevé, un infini parfait? Si l'infini a une enfance, une adolescence, une croissance; enfin j'avoue ne pas voir bien clairement pourquoi il n'aurait pas un jour une maturité; et qui sait? pourquoi pas à la
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fin une décadence et une décrépitude? et arrivé là, que deviendra le procurés?...
Vous vous moquez, dit le panthéisme ; non, notre développement de l'infini n'a pas de terme: il marchera étcrnellementdans l'espace qui est son lieu, et la durée qui est son âge, avec l'humanité qui est sa forme suprême. Et voilà l'humanité, Dieu et le monde jetés pêlemêle dans une marche sans but, et dans un chemin sans issue; partis du mystère pour aboutir à l'inconnu; ou plutôt partis de l'impossible pour aboutir à l'absurde.
Mais, Messieurs, je l'ai dit, il y a en dehors de la solution chrétienne une troisième science du monde, qui s'estime plus sage que les deux autres. Celle-ci ne veut, ni le monde sans Dieu, ni le monde-Dieu ; elle veut le monde avec Dieu : elle n'est ni athée ni panthéiste ; elle est théiste. Mais dans cette hypothèse qui fait coexister comme deux êtres distincts le monde et Dieu, elle ne veut pas admettre la solution catholique : le monde créé de rien par la toutepuissance de Dieu. Que fait donc ici celle science qui a peur de l'erreur et de la vérité? elle fait ce qu'elle fait partout ailleurs : elle
penche adroite ou à gauche ; elle retombe dans l'athéisme ou dans le panthéisme.
Dans cette hypothèse, en effet, comments'explique la coexistence d'un monde avec Dieu ? d'où viennent sa substance, saformeetseslois? Le monde \isible a-t-il une existence indépendante de l'action de Dieu? et ce monde coéternel à Dieu trouve-l-ildans sa propre essence la raison suffisante de son existence? Mais alors qu'est-ce que ce parallélisme entre deux existences et deux éternités, l'éternité et l'existence du monde, l'éternité et l'existence de Dieu ? Qu'est-ce, si ce n'est le dualisme de la divinité? le partage des attributs divins? l'apothéose du monde, ou la déchéance de Dieu, l'athéisme enfin? Ainsi, supprimer Dieu, ou le doubler, ce qui revient à le supprimer encore, telle est la conséquence fatale du système qui admet un monde coéternel à Dieu. Comment y échapper, je vous prie? si le monde coéternel à Dieu a une existence, des lois, une forme indépendante de Dieu ; d'oii lui viennent cette existence, ces lois et cette forme? Qui ne voitque toutes les difficultés que vous rencontrez devant vous pour justifier un monde sans Dieu^