ET LA SCIENCE DU MONDE
monde : chimère de la pensée, mirageducœur, spectre de la conscience! Ne cherchez pas Dieu dans le monde, ni le monde en Dieu : il n'y a que le monde existant en lui-même et sans autre cause que lui-même.
Voilà, Messieurs^ la solution de la science athée et matérialiste : un monde sans Dieu. Est-ce là une solution, une solution scientifique? ou plutôt, n'est-ce pas le désespoir même de la science proclamant au début, et l'impuissance de répondre et l'impuissance de savoir ? Connaître le monde suppose avant tout ces trois choses^ connaître son origine, sa nature et sa fin. La solution chrétienne vous satisfait sur ces trois chefs ; elle vous dit : Le monde est un concert des corps et des esprits créés par la puissance divine pour la plus grande manifestation des perfections du créateur, c'est-à-dire pour la plus grande gloire de Dieu : ad majorem Dei gloriam. Mais vous, disciples de la science athée, sur ces trois points décisifs que répondez- vous à l'intelligence qui vous interroge ?... Rien, absolument rien; votre science est la science du néant.
D'oii vient le monde, nous demande toute
pensée qui l'a rencontré sous son regard ? Votre science répond : le monde ne vient de nulle part : il est, parce qu'il est. Il n'y a pas d'origine ; il n'y a que l'existence. Il y a une continuité de faits ; il n'y a pas de premier fait. Il y a une chaîne d'anneaux qui se tiennent ; il n'y a pas de premier anneau. Il y a des effets et des causes ; il n'y a pas de première cause. Il y a des êtres finis qui viennent après d'autres êtres finis ; ils se succèdent, ils se touchent, ils se suivent les uns les autres : il n'y a pas d'infini pour les expliquer tous.
Ainsi, à la première question de la science du monde il n'y pas de réponse ; il ne peut pas y en avoir. Et à cette question que l'intelligence, bon gré mal gré, rencontre à l'autre extrémité des choses : où va le monde, quelle est la destinée du monde? que répond cette science athée? Rien encore. Vous demandez quelle est la fin et la destinée du monde ? Mais devant la science matérialiste la question ne peut pas même être posée. S'il n'y a pas une intelligence au commencement, pourquoi un but à la fin ? S'il n'y a pas de raison qui explique l'origine, pourquoi y aurait-ii une raison
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qui explique la destinée? Qu'est-ce que la destinée, si ce n'est le but fixé par l'être iiitellipjent à l'œuvre sortie de lui? Dans la science athée, nous venons de le voir, il n'y a pas d'intelligence à l'origine. Dès lors, pourquoi un but, une destinée, une fin ? ï.e monde n'a pas de terme ; le monde est sans issue. Il est pour luimême, comme il e&i par lui-même. C'est la nuit à ses deux points extrêmes, oîi la lumière doit se poser pour l'éclairer tout entier.
Mais quoi qu'il en soit de l'énigme du commencement et de l'énigme de la fin, du problème de l'origine et du problème de la destinée, il y a entre ces deux énigmes et ces deux problèmes une chose qui brille comme l'évidence; c'est que le monde qui se meut entre ces deux mystères, est une harmonie. Ce mot lui-même, lemonde^ en est la révélation. Oui, le monde est une immense harmonie, une harmonie qui retentit à l'oreille et se découvre aux yeux; une harmonie qui brille comme la splendeur de l'ordre ; une harmonie qui chante comme l'universel concert des choses et fait redire par tous les échos qu'elle y éveille la grande voix de l'intelligence qui s'accuse et se
trahit partout. Pourquoi cette harmonie du monde? pourquoi ce concert des éléments? pourquoi cet ensemble, cet enchaînement, cet arrangement des choses^ où tout s'accorde, s'appelle et se répond ? pourquoi ? A cette question que soulève toute intelligence qui écoute les bruits etcontemple les spectaclesdu monde, à cette question le hasard seul répond ; il dit : Moi qui ne suis rien, j'ai tout fait. Entre des milliards et des milliards de chances, pour que les choses fussent ce qu'elles sont, il y en avait une : le monde est cette chance elle-même ; l'univers est une rencontre de hasard entre des éléments qui se meuvent, sans que l'on sache pourquoi^ dans une éternité de ténèbres.
Voilà où nous ramène la science du monde sans Dieu : aux rêves de la sophistique ancienne; philosophie retombée en enfance^ renouvelant dans sa décrépitude les délires de ses premiers jours, ne sachant rien, n'expliquant rien, et ne voyant dans l'ensemble des choses qu'un fortuit embrassement des atomes crochus qui s'agencent comme ils peuvent, pour former, on ne sait ni comment ni pour-