KT LA SCIKNCE DU MONDE
c'est-àdirc un monde impossible, se rencontrent éiialement pour expliquer votre monde avec Dieu ? qui ne comprend que les trois problèmes posés tout à l'heure devant la science athée : d'où vient le monde? où va le monde ? comment subsiste le monde, reviennent opiniâtrement, appelant une solution que vous ne pouvez donner, et qui, bon gré mal gré, ne peut aboutir qu'à l'athéisme?
Comment sortir de ce cercle redoutable ? Comment fuir l'athéisme sans retomber dans le panthéisme ? Vous n'admetez pas un monde sorti du néant ; d'autre part, vous ne pouvez concevoir ce monde existant par lui-même, et se donnant à lui-même sa substance et sa réalité? Mais alors d'où dérive cette substance qui fait le fond de sa réalité? derive-t-elle de la substance de Dieu, comme le fleuve de sa source, comme la tige de sa racine, comme la fleur de sa tige ? Le monde n'est-il qu'un écoulement de Dieu, et la créature n'est-elle qu'une communication partiellede sa subtance? Mais alors, comment échapperez-vous à cette conclusion essentiellement panlhéistique : le monde est Dieu? si le monde découle de la
substance divine, que peut être la substance du monde, si ce n'est une substance divine ? et si la substance du monde est une substance divine, comment le monde n'est-il pas Dieu? Et comment prétendez-vous dès lors ne pas rouler au grand abîme de la science panthéistique ?
Ainsi la troisième hypothèse retombe fatalement dans la première ou dans la seconde; et pour ne vouloir pas admettre la solution catholique, vous aboutissez à F une de ces deux erreurs extrêmes : rien n'est Dieu ou tout est Dieu, athéisme ou panthéisme. Entre ceCharybdeetce Scella de votre science égarée il faut choisir. Lequel des deux choisissezvous?...
Ni l'un ni l'autre, reprend la philosophie honnête qui prétend à l'honneur de formuler la science du monde. — L'athéisme et le panthéisme se rencontrent dans une commune erreur où ils viennent se confondre ; ils nient un Dieu créateur. Nous proclamons nous, avec le Christianisme, la création, le Dieu créateur, le monde créé. — Oui, mais il s'agit précisément de savoir comment vous entendez votre dogme de la création ? Vous rejetez la formule
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chrétienne : le monde créé de rien par l'acte infiniment lihre de Dieu créateur. Ltà, cependant, est le point décisif; c'est la pierre de touche (le l'orthodoxie chrétienne et de la rigueur philosophique. La création que vous admettez estellelibre? — Libre, pas tout à fait. « Toutesub- » stance est cause : Dieu qui est substance ne •) peut pas n'être pas cause : nous ne conce- » vons pas plus un Dieu sans monde qu'un ') monde sans Dieu. » — Si je comprends un peu, cela veut dire que l'acte de Dieu créateur n'est pas un acte libre. Mais s'il n'est pas libre, ne faut-il pas qu'il soit nécessaire? Entre l'acte nécessaire et l'acte libre, où est ici votre justemilieu? et par quelle voie mystérieuse échappez-vous à cet aftVeux panthéisme que vous poursuivez de vos syllogismes indignés? La création nécessaire est un mot vide de sens, ou elle signifie un développement inévitable de l'être divin. Et je me demande en quoi ce développement, qui ne peut pas ne pas être, diffère essentiellement du développement fatal que maudit et anathématise votre austère philosophie? Dieu est cause, dites-vous, parce qu'il « est substance : et vous ne concevez pas
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plus un Dieu sans monde qu'un monde sans Dieu? » Pouvez-A'ous dire plus clairement que l'acte créateur est aussi nécessaire en Dieu que son acte générateur? que le monde est un appendice de Dieu, Dieu lui-même? Comment, dès lors, votre science du monde ne glisseraitelle pas dans l'abîme du panthéisme? Faites ce que vous voudrez,, vous ne sortirez pas de cet inflexible dilemme : ou une création libre , et alors un monde qui sort du néant, c'est-à-dire le dogme catholique ; ou une création nécessaire, et alors la substance même de Dieu constituant la substance du monde, c'est-à-dire le panthéisme.
En vain, pour échapper aux étreintes de ce raisonnement, vous cherchez entre la création libre et la création nécessaire un moyeu terme impossible. Vous imaginez dans Dieu je ne sais quelle nécessité morale de communiquer son être, et je ne sais quelle convenance divine de se manifester lui-même. Mais vous oubliez que nous sommes ici dans la région de la métaphysique pure ; vous oubliez que ces prétendues convenances^ dont Dieu seul après tout doit demeurer le juge, n'ont pas même un sens que