TROISIEME CONFERENCE
Messielrs,
Le premier problème qui se pose devant l'intelligence humaine au seuil de la science, c'est le problème de l'origine des choses : d'où vient le monde ? pourquoi le monde ? comment subsiste le monde ? A cette première question de la science l'Église répond par le premier mot de son symbole : Credo in Deum patrem
omnipotentcm... crealorcm cœli et terne. Le mystère de la création, c'est-à-dire Dieu, par un acte infiniment libre et infiniment efficace, produisant du néant ce monde avec tout ce qu'il renferme ; créant, non comme l'homme seulement les modifications et les transformations de l'être, mais l'être même, la substance et la vie de tout ce qui subsiste hors de lui : telle est la solution radicale que donne le dogme catholique au premier problème de la science. Ce mystère, nous l'avons vu, malgré ses ténèbres profondes, résiste comme un impénétrable granit à l'objection métaphysique ; et ce point obscur placé à l'origine de tout est le splendide flambeau seul capable de tout éclairer. Otez ce mystère, tout retombe dans la nuit ; et toutes les hypothèses imaginées pour la dissiper ne font que la rendre plus épaisse. Un monde sans Dieu, un monde-Dieu, un monde coéternel à Dieu : telles sont les trois solutions données par le rationalisme ; la première formulant l'athéisme, la seconde le panthéisme^ la troisième retombant dans l'un ou l'autre, et toutes trois également impuissantes à répondre à ces trois questions : d'où vient le
inolule ? pourquoi le momie ? comment subsiste le monde ?
Ainsi, bien loin de commencer, comme on le suppose, par se mettre en opposition avec la science, le Christianisme au début vous en ouvre le portique, et par le premier mystère de son symbole en éclaire tout l'édifice. Quoi que vous fassiez, sans cette solution première le monde reste inexpliqué ; et ce premier mot de notre symbole demeure à jamais le premier mot de la vraie science du monde.
Soit, dira le savant sincère, mais non encore convaincu; vous donnez par ce premier mystère la raison suffisante de l'existence du monde ; et tant que vous voulez vous en tenir à ce point de vue élevé de l'origine universelle des choses , vous avez une affirmation nette et décisive qui fixel'intelligenceetpeutlasatisfaire.Maisiln'en est plus de même^ quand vous voulez passer de cette sphère générale où vit la métaphysique pure, dans les sphères plus déterminées où se meut chaque science en particulier. Là, pour peu que vous posiez le pied dans le domaine des sciences, vous vous heurtez contre elles ; chacune à sa manière rend témoignage contre
VOUS ; et votre création, telle qu'elle est écrite au livre de la Genèse, reçoit de tojites des démentis pareils.
C'est ce qu'il s'agit d'examiner aujourd'hui. Il est évident que dans la dernière conférence je n'ai voulu répondre qu'à l'objection métaphysique. Je vous ai dit l'auteur de ce grand livre qu'on appelle lacréation : je veux aujourd'hui en lire avec vous le récit abrégé. Le grand œuvre qui se déroule dans la Genèse renferme trois grandes pages : la création du monde céleste, lacréation du monde terrestre, la création du monde vivant. Devant ces trois créations racontées par Moïse, trois sciences en particulier se posent de nos jours: devant la création du ciel, l'astronomie ; devant la création de la terre, la géologie ; devant la création des vivants, la physiologie. Sur chacun de ces trois points, nous pouvons défier le génie de l'hommo de donner à Moïse racontant les créations de Dieu, des démentis scientifiques, La cosmogonie mosaïque, au lieu d'être en contradiction avec ces trois sciences, se trouve au contraire en tracer les grandes lignes et en illuminer les grandes faces. C'est ce que nous
allons montrer, en mellanl successivenienl devant le récit de Moïse l'objection astronomique, l'objection géologique el l'objection physiologique. Vous me pardonnerez^ Messieurs, de ne toucher sur ces trois points que les hauts sommets des choses, sans entrer dans, un détail scientifique peu compatible avec la nature de cette prédication. La limite du temps et l'ampleur du sujet me le commandent d'ailleurs impérieusement.
L'une des sciences modernes qui a cru le plus par ses conquêtes donner des démentis à la création mosaïque, c'est sans contredit la science astronomique. A entendre les objections de quelques savants, le récit de la Genèse bouleverserait de fond en comble la science des corps célestes : et voici à peu près en quels termes se formulerait contre le récit mosaïque l'objection astronomique.
Si vous demandez à l'auteur du Pentateuque et à l'Église, qui en consacre l'autoriléj com-
108 LA GEXÈSE
ment a été constitué le monde sidéral ; le soleil, la lune, les étoiles, tous les astres qui peuplent l'immensité des espaces, seraient le résultat instantané d'une création contemporaine; ils apparaissent tout d'une pièce et au premier moment de leur existence dans leur constitution intégrale : Dieu les jette subitement dans les lignes qui tracent leurs orbites, et fait marcher, par un mouvement de rotation et de translation imprimé simultanément à tous les corps célestes, la grande armée des cieux. La science ne peut plus admettre cette Genèse du monde astronomique racontée par Moïse pour des peuples enfants. Des témoins lumineux saisis par nos télescopes dans toutes les profondeurs du ciel déposent avec éclat contre cette constitution primitive du monde sidéral. La science des étoiles, des soleils et particulièrement la science des nébuleuses, ne nous permet plus guère de douter que tous les corps qui entrent dans l'harmonie du ciel, n'aient commencé par un état aussi vaporeux qu'il est possible de l'imaginer ; attendu que beaucoup de ces corps portent sous nos yeux le signe visible de leur nature fluidique^ et tendent encore
r.T LES SCIKNCES MODEHNES. 109
à trouver iivcc leur état solide leur eoiislilutiou ilélinitive. Or, si nous calculons le temps que mettent^ selon toute apparence, ces corps immenses, à partir (Je la première heure de leur genèse, pour arriver à leur constitution finale, les inductions et les analogies, qui s'appuient sur les lois générales de la nature, nous amènent à conclure que ces transformations des globes célestes n'ont pu exiger moins que des millions et des millions de siècles. Peut-être même est-ce par milliards de siècles qu'il faut mesurer le temps de ces formations et de ces transformations astronomiques. Comment le récit mosaïque pourrait -il concorder avec ces hardies hypothèses que la science chaque jour vient confirmer de plus en plus ?
Voilà l'objection astronomique, considérée sous sa première face. Les hommes émineuts qui nous l'adressent n'ont pas lieu de se plaindre. Je me fais de mon mieux l'interprète de leur pensée. La réponse sera courte, car le temps me la mesure; mais, si je ne me trompe, ou SI je n'ignore trop, elle ne peut être difficile.
Et d'abord, Messieurs, vous êtes forcés d'en
convenir, ce que vous avez le droit de nous opposer, ce n'est pas l'hypothèse, à l'état de simple hypothèse ; c'est la science elle-même ; non pas la science qui conjecture, qui tâtonne, qui devine, mais la science qui voit, la science faite, la science certaine. Tout ce que l'on intitule de ce nom magnifique n'est pas toujours la science ; témoin les démentis que les savants se donnent les uns aux autres, et souvent à euxmêmes. S'il advient que l'astronome, le géologue ouïe naturaliste s'élancent à perte de vue dans le domaine de l'inconnu, comment le dogme serait-il obligé de suivre dans leur vol audacieux le caprice et la fantaisie ? Pourquoi exigerait-on que la Genèse mît les créations réelles en accord avec toutes les créations imaginaires? Si Moïse eût en tout concordé avec toutes les rêveries du xviii* siècle qui se donnaient alors pour la science, et, à ce titre, prophétisaient hardiment la déchéance du dogme ; comment ferait-il pour se rencontrer aujourd'hui avec la science du xix* siècle, sur presque toute la ligne, infligeant elle-même des défaites à la science du xviii*'?
Donc, Messieurs, avant d'aller plus loin,
nous sommes en droit de vous demander ce que votre science possède, et ce qu'elle oppose comme absolument certain, dans le monde astronomique, à lacréationracontéeparMoïse : car si Moïse pouvait reculer, il ne devrait reculer que devant la certitude. Certes, nous sommes bien éloignés de vouloir contester les conquêtes de la science ; et Dieu nous garde de décourager les efforts du génie pour les agrandir encore. Si l'on savait se borner à donner comme hypothèse ce qui ne se démontre que comme hypothétique, nous n'aurions rien à dire. Mais quand on prétend nous combattre au nom de la science, nous prétendons à notre tour que ce que l'on nous oppose soit vraiment la science; c'est-à-dire le connu, le démontré, l'incontestable. Or, quoi que vous en disiez, les \"isées de la science cerlaine n'atteignent encore que très-peu à ce lointain de l'espace et à ce lointain de la durée. Déterminer l'état d'une \apeur à travers des milliards de lieues et des milliards de siècles, n'est facile ni à l'œil ni au génie de l'homme. La vraie science, devant ces perspectives profondes et si pleines de mystères, se reconnaît au signe qui la distingue toujours :
la réserve, la modération, la défiance d'ellemême, et je ne sais quelle adoration sublime devant la majesté de l'inconnu. Dire en quel état précis, solide, liquide ou fluide, Dieu créa la matière des corps célestes ; révéler la genèse de ces mondes innommés; creuser le mystère des révolutions et des générations astronomiques : quelle entreprise, Messieurs ! et qui osera se vanter d'y avoir réussi et de ne marcher dans ces abîmes qu'à la clarté de l'évidence?
Rien, sous ce rapport^ ne me paraît plus prodigieux que la crédulité de la demi-scienco déshéritée de la foi. Tels savants qui exigent en religion des déductions rigoureuses et des démonstrations mathématiques, se trouvent être, quand il s'agit de leurs propres systèmes, d'une crédulité d'enfant ; et j'admire leur confiance naïve en toutes les témérités du génie de l'hypothèse et de la conjecture. Si vous voulez les en croire, rien ne peut échapper à la sûreté de leur regard; ils voient jusque dans les ténèbres la clarté scientifique. Demandez-leur l'âge exact de chaque planète : connu. Demandez leur l'histoire de chaque étoile : connu. De-
mandez-leur les évolutions vl transformations (ie chaque nébuleuse : connu. Demandez-leur la nature de chaque soleil, l'état oîiil naquit, les changements qu'il a subis, son passé, son présent, et voire même son avenir : connu, connu, vous dis-je. Ils savent tout, même ce qui ne se peut savoir. Ils vous diront, ou peu s'en faut, le degré d'incandescence de la matière première ; ils savent les lois de condensation et de refroidissement; et, sauf une infime erreur, vous voyez toutes les phases du monde astronomique se dérouler devant vous : les voici mesurées et calculées avec leurs dates et leurs chiffres écrits dans les cieux. Pour passer du fluide au liquide,, cinquante millions de milliards d'années; pour passer du liquide au solide, on ne peut pas moins affirmer : encore cinquante millions de milUards d'années. D'où la conclusion : total de l'âge de n'importe quel soleil : cent milhons de milliards d'années! Si vous niez cela, vous niez la science ! . . .
Vous permettez-vous de demander à ce voyant de la science moderne comment cette matière fluide, vaporeuse, élémentaire, est arrivée à se donner le double mouvement de rota»
tion et de translation qui emporte chaque corps céleste pour le faire marcher dans l'harmonie générale? pourquoi à ces deux mouvements cette direction plutôt que cette autre? comment dès lors, sans une volonté positive du Créateur imprimant lui-même à tous les corps célestes ce double mouvement initial, on peut expliquer les harmonies de l'univers et la mécanique du ciel ? Rien n'arrête ici la demi-science incrédule. Il lui faut pour tout expliquer le mouvement de rotation et le mouvement de translation : elle met la rotation et la translation ; elle suppose l'une et l'autre comme une chose inhérente et essentielle à la matière primitive. Dès lors tout marche de soi ; et le jeune homme de vingt-cinq ans bien renforcé de physique, de chimie et de mathématiques, va vous raconter, sans s'y tromper d'un seul mot, toute l'histoire des mondes astronomiques, absolument comme s'il avait assisté à leur naissance, et suivi de son regard tout le drame lointain de leurs révolutions. Et si Dieu lui disait, comme à Job : Oi!i étais-tu lorsque je posais les bases de la terre, et que j'étendais dans l'espace les pavillons des cieux ? étais-tu là lorsque les
astres à ni;i voix tressailhiient en ma présence et respleiulissaienl à leur premier matin? — Non, Seip^neiir, pourrait répondre le jeune révélateur des secrets (les cieux, non, je n'y étais pas; je ne m'en souviens pas du moins : mais qu'importe? De même qu'en voyant de mes yeux le vieux chêne de la forêt, je puis calculer les années de sa croissance : ainsi en voyant la nébuleuse au bout de mon télescope, je puis compter sans m'y tromper les époques de ses transformations et les siècles de sa durée. — Certes, Messieurs, vous en conviendrez^ sur ces questions qui touchent aux origines et aux formations cosmogoniques, la science n'est pas faite encore ; nous nous trouvons tous sous ce rapport en face d'un immense inconnu et nous avons droit d'attendre des révélations nouvelles. — Soit, dites-vous, la science n'est pas faite ; mais nous allons la faire ; ce qui n'est encore que probabilité va devenir la certitude; et alors que deviendra Moïse? que dira l'Église? l'Église, qui pose à six mille ans de distance l'extrême frontière du temps ? — Messieurs, rassurez-vous. Moïse vous attend, et l'Église ne craint rien. Aujourd'hui même, et
sans attendre l'avenir, je veux bien supposer que sur ces grandes inconnues de la physique et de l'astronomie votre science est faite. Oui, je le suppose, vous avez démontré que la création première de tous les corps célestes ne fut d'abord qu'une matière fluide, jetée dans les immensités de l'espace avec un degré de chaleur qui dépasse tout ce que peut atteindre votre imagination ; et que, par le naturel effet des lois que Dieu a faites pour gouverner toute matière, celte matière élémentaire, après des millards de siècles, est devenue le monde qui se décou\re à nos yeux.
C'est hardi assurément , c'est très-hardi. Mais est ce que vous croiriez par là confondre Moïse, et déconcerter l'Église? Nullement. Écoutez le premier mot de la Genèse ; et, si vous le pouvez , mesurez toute la largeur et creusez toutes les profondeurs qu'il entr'ouvre devant vous, hi principio Deus creavit cœlum ! le ciel;, c'est-à-dire l'universalité du monde astronomique qui roule sur vos têtes. Quel ciel? un ciel élémentaire, ou un ciel achevé? un ciel fluide, ou un ciel solide?... Moïse n'a écrit dans cette page que le grand mot de la créa-
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lion ; cl il laisse ici aux explorations de la science un champ illimilé. S'il insinue quelque chose^ c'est une création générale du ciel et de la terre, c'est-à-dire de tous les éléments qui composent l'un et l'autre ; création universelle et primitive antérieure aux créations dont l'ordre se déroule dans l'œuvre des six jours. Quel que soit le temps qui mesure dans le passé les lointaines élaborations des étoiles et des soleils ; qu'il faille, pour satisfaire aux données de la science supposées incontestables, des milliards de siècles ; qu'importe ? Moïse n'a pas pour but de vous apprendre comment le monde céleste a été créé, mais par qui, et pour quelle fin il a été créé. Moïse n'écrit pas directement pour vous révéler les lois qui gouvernent les astres. Il ne prétend pas, dit saint Augustin, faire du peuple hébreu un peuple de savants. Mais parce qu'il est inspiré par l'Auteur de toute science, sous une forme qui n'a rien de scientifique, il dit la vérité essentielle ; il trace les grandes lignes de la science : lignes admirables de rectitude, de précision, de justesse et d'ordre, qui se découvrent de plus en plus sur les horizons de
la science grandissante, à mesure que les ténèbres de l'ienorance s'en retirent davantasje : comme on voit apparaître les hautes cimes des continents, quand la lumière après la nuit se répand sur la terre. Moïse ne dit qu'un mot, mais ce mot est décisif : tout son enseignement astrononique se réduit à ces données fondamentales : la matière créée, et un Dieu créateur ; la matière en mouvement, et un Dieu premier moteur; la matière ordonnée, et un Dieu suprême ordonnateur. Autour de ce point radieux et fixe qui porte tout et éclaire tout, la science peut remuer un million de problèmes ; elle ne l'ébranlera et ne l'obscurcira jamais.
Messieurs, j'allais passer à l'objection géologique; mais vous m'arrêtez, et vous me dites : Ne passez pas si vite; vous n'en avez pas fini avec l'objection astronomique. En effet, j'oubliais que la science moderne soulève ici contre le récit mosaïque et le dogme catholique une difficulté en apparence plus insoluble,et devant la raison de certains hommes estimée fort sérieuse.
Le récit de Moïse fait, dit- elle, de la terre
le centre de toute la création ; et le dogme catholique lui-mrme la considère comme le ihcùtie réservé des grands desseins de Dieu. Là, Dieu s'est incarné : seule, cette poussière terrestre fut touchée par les pieds divins et arrosée par le sang réparateur. Tout le mystère de la rédemption se déroule sur la terre el n'est que pour la terre. Et d'après l'enseignement catholique, la terre seule porte l'intelligence et la vie : là seulement Dieu a laissé tomher des êtres intelligents et libres, capables de faire monter jusqu'à lui l'hymne universel que chante la création. Or, est-il raisonnable de restreindre à ce point le théâtre de la vie et les manifestations de la gloire de Dieu ? les astres ne paraissent-ils pas faits tout exprès pour servir de supports à des êtres vivants? n'est-il pas plus digne de la sublime idée que nous devons avoir du Créateur, de penser que partout il existe des êtres capables de le connaître et de publier sa gloire, que de dépouiller l'univers de tous les êtres intelligents, et de le réduire à line profonde solitude, où l'on ne retrouverait que les déserts de l'espace, et les épouvantables masses d'une matière en-
tièrement inanimée? Pourquoi, d'ailleurs, cette planète qui, devant l'immensité des cieux, est comme une goutte d'eau dans l'Océan, et comme un atome au milieu des soleils, pourquoi cette petite planète serait-elle seule dans la création honorée de la présence de la \ie ? Comment admettre que Dieu ait confiné dans cet imperceptible coin de l'univers les seuls témoins intelligents de sa sagesse et de sa puissance?... Non, non ; que le Christianisme se le tienne pour dit : la science moderne n'admettra plus cette hypothèse de la théologie chrétienne. Elle ne renoncera pas à ses conquêtes. Au Christianisme de voir et de décider s'il veut briser avec la science pour retourner aux ténèbres, ou marcher avec elle dans les sentiers lumineux qu'elle s'ouvre chaque jour à travers les espaces.
Il semble au premier abord que cette objection a de quoi nous épouvanter. Il n'en est rien cependant. Je pourrais d'un seul mot donner pleine satisfaction à tous les savants qui se feraient de cette objection de la science moderne une raison péremptoire contre le Christianisme. Je pourrais leur dire : Vous voulez ab-
solumcnt découvrir dos habitants dans la lune ; vous voulez trouver dans les étoiles et dans les soleils, des frères en intelligence et en liberté : et, comme le disent certains génies qui prétendent à la vision intuitive de tous les mondes, vous voulez saluer de loin, à travers les espaces, des sociétés et des civilisations astronomiques. Soit. Si vous n'avez contre nous d'autre raison pour briser avec nous, rien ne s'oppose à ce que nous vous tendions la main, et à ce que vous nous tendiez la vôtre. Mettez dans le monde sidéral autant de populations qu'il vous plaira, sous telle forme et à tel degré de température matérielle et morale que vous voudrez l'imaginer ; le dogme catholique est ici d'une tolérance qui va vous étonner et doit vous satisfaire : il vous demande seulement de de ne pas faire de ces générations sidérales une postérité d'Adam, ni une postérité du Christ. Sur le reste, liberté complète de la conjecture et du rêve astronomique. Certes, sur cette grandiose hypothèse, au point de vue de la démonstration rigoureuse, il y a beaucoup à dire, et surtout beaucoup à désirer. Longtemps encore, pour démontrer que le
soleil, la lune, les étoiles, comme notre planète, portent l'intelligence et la vie, vous chercherez un axiome, un principe, un point de départ, d'où puisse sortir dans l'éclat de l'évidence une conclusion rigoureuse. Supposez que Dieu voulût faire d'un atome le centre de la création : qui donc, parmi vous, je vous prie, oserait s'inscrire en faux contre la sagesse divine, et, au nom de la science, convaincre Dieu d'impuissance? Dès lors, qu'y aurait-il de si absolument absurde à supposer que Dieu eût fait à la terre, malgré l'infiniment petit de son importance matérielle, un privilège réservé dans la création? Étant donné que Dieu a choisi la terre pour y poser le pied, et y dérouler tout entier le grand mvstère de l'incarnation et de la rédemption, qui ne voit que la terre, par cette vocation de choix, acquiert dans l'universalité des choses une dignité qui l'élève mille fois plus que le privilège de la masse et de l'étendue, et qu'une goutte du sang divin la fait plus grande que tous les mondes ensemble?
Mais enfin, veut-on absolument que les planètes, les soleils, les étoiles aient leurs habi-
lants capables comme nous de connaître, d'aimer cl de glorifier le Créateur? J'ai luite de le proclamer, le dogme n'y répugne pas; il ne nie ni ii'aflirme rien sur celle libre bypolhèse. L'économie générale du Christianisme regarde la terre, rien que la terre ; elle embrasse l'humanité rien que l'humanité; l'humanité descendue d'Adam et rachetée par le Christ. En dehors de cette grande économie du Christianisme atteignant l'humanité adamique, peut-on admettre dans les globes célestes des natures intelligentes, qui aient avec la nôtre quelques analogies ? Joseph de Maistre, dont l'austère orthodoxie n'est un mystère pour personne, inchnait à le croire ; de grands penseurs dans la catholicité y inclinent avec lui ; et il importe trop peu de vous dire ce que j'en pense moi-même, pour vous exprimer sur ce point mes préférences personnelles. Mais, pour ce qui concerne le dogme catholique dont cette parole veut être toujours un interprète fidèle, non-seulement il n'éprouve devant cette grande hypothèse aucun embarras ; je ne crains pas de dire qu'il y trouve une ressource nouvelle pour répondre à ceux qui
l'interrogent, et une arme de plus pour se défendre contre leurs propres attaques.
Il y a une chose qui est pour beaucoup d'intelligences une pierre de scandale, et une arme dont on se sert pour nous mieux attaquer : c'est le nombre relativement petit des justes et des élus qui atteignent leur fin. Comment Dieu, qui est la bonté, a-t-il pu créer l'humanité ayant devant son infaillible regard la chute de la majorité, si ce n'est de l'universalité? Messieurs, je ne discute pas pour le moment la valeur intrinsèque de cette difficulté; mais devant l'hypothèse possible de la pluralité et de l'habitation des mondes ; devant les perspectives incommensurables qu'elle ouvre devant nous, je me demande que devient ce scandale si retentissant du petit nombre des élus et du grand nombre des damnés? Si, comme on le prétend, tous les mondes portent une population d'êtres intelligents proportionnée à leur importance matérielle; et si, comme il ne nous est pas interdit de le supposer, tous ces êtres demeurés fidèles à la loi de leur vie doivent atteindre le but de leur existence : que devient alors défection de l'hu-
manitc coupable ilans le j)lan général cio la Providence, si ce n'esl un désaccord ù peine perceptible dans le concert universel?
Ainsi le secours nous viendrait de nos adversaires pour vous combattre plus viclorieusement; ainsi la lumière jaillirait de l'objeclion pour vous éclairer plus complètement. Il en sera toujours ainsi : l'objection qui surgit de nos ténèbres nous enverra la lumière,, et l'opposition qui naît de nos préjugés nous donnera des armes. C'est le témoignage que nous rend la science du ciel. Voyons maintenant celui que nous rend la science de la terre.
Une science parut au dernier siècle qui s'annonçait dès sa première aurore comme devant confondre le vieux dogme par la nouveauté de ses découvertes : c'était la science de la terre, la géologie. Alors encore au berceau, elle ne faisait que bégayer, et déjà sesbégayements étaient des blasphèmes. Que dis-je? elle n'était pas encore, et ses premiers efforts pour
exister, étaient des insultes au dogme séculaire. On sait les aberrations fabuleuses de l'esprit humain, essayant de creuser cette terre qui nous fut donnée pour marche-pied. Comme certains astronomes avaient fait le roman du ciel, des pense irs non moins aventureux nous faisaient alors le roman de la terre. On savait à point nommé la date précise de toutes ses révolutions. Non content de dire le passé de notre globe, on disait son avenir : c'était peu de raconter sa génération, on prophétisait sa destinée ; et de grands naturalistes ne craignirent pas d'aventurer dans des chiffres trés-précis leurs prophéties géologiques où la Httérature primait la science, et où l'histoire naturelle cédait le pas à la rêverie poétique. Aujourd'hui, c'est le sourire aux lèvres que des savants de premier ordre relisent ces romanesques inventions qu'on nous donnait alors comme l'histoire véridique de notre globe, et comme un démenti jeté à notre foi. « Tous ces systèmes, dit un savant illustre de la catholicité, se sont élevés les uns à côté des autres, semblables aux colonnes mouvantes du désert s'avançant en front de bataille ; mais comme elles, ce n'était que du
i:t lks sciences modernes. 127
sable (1). » On dil (jiie déjà en 1806 l'Instilut de France comptait plus de quatre-vingts systèmes sur !a terre, tous plus ou moins hostiles à l'Écriture et à la Foi : pas un n'est demeuré. Le souille de la science a balayé cette poussière de systèmes, de rêves et d'utopies qui obscurcissait les intelligences, et donnait le verligeaux cerveaux qui paraissaient les plus fermes.
Aujourd'hui la géologie, qui tâtonnait alors cherchant ses premières bases, a trou^é quelques assises ; et elle a grou[ é des observations dont l'ensemble appelle une attention sérieuse. Sans doute, même à l'heure qu'il est, quand elle veut se risquera des inductions générales, la géologie doit être modeste : même son histoire contemporaine lui commande cette réserve. Elle est loin encore de s'accorder en tout avec elle-même ; et sur plus d'un point estimé fort grave, c'est encore la géologie qui combat la géologie. Mais malgré l'antagonisme et l'incertitude qui se perpétue dans certaines régions de la science, il n'en est pas moins vrai que la géologie nouvelle a dégagé de l'ombre du sys-
(1) Wiseman.
tème et des nuages de l'utopie ceiiains faits qu'il est désormais difficile, pour ne pas dire impossible, de contester a^ec quelque raison. Elle a éclairé au flambeau de ses expériences et de ses découvertes un ensemble de phénomènes qui nous font apparaître du fond de la terre tout un monde inconnu à sa surface, et devant lequel la théologie catholique et la parole sacerdotale ne peuvent j)lus passer, sans dire hardiment ce que pense le dogme ancien de ces récentes découvertes, même dans l'hypothèse de leur complète certitude.
Pour formuler avec une impartiale justice l'objection géologique, je laisse de côté les conjectures fantastiques de la géologie poétique ; je ne tiens compte que des faits les plus généralement accrédités par la géologie positive de notre temps. Or, sur ce terrain des découvertes supposées incontestables, Aoici à peu près comment la science anlichrétienne prétend poser l'objection géologique contre la cosmogonie mosaïque.
Disciples de la foi, appuyés sur le récit de Moïse comme sur sa base historique, vous croyez que la naissance de l'humanité est con-
irr LKS SctKN'CES MODERNES. 129
Icmporaine de la genèse de la terre. Vous paraissez donner à l'une comme à l'autre une antiquité approximative de soixante siècles ; et NOUS renfermez avec >Ioïse dans le cadre étroit desix jours le cycle entier des créations de Dieu , Ainsi vous méconnaissez, avec l'antiquité réelle de la terre et de l'homme, la succession, l'ordre et la hiérarchie que Dieu a mis dans ses créations terrestres. Pour vous désabuser, vous n'avez qu'à me suivre et à ouvrir les yeux ; vous allez voir, de toutes les profondeurs de la terre, jaillir unelumière qui confond votre vieux dogme.
Après ce préambule quelque peu superbe, je le suppose, la science, comme un ange révélateur des secrets de la terre^ vient à vous ; elle vous emporte dans ce monde nouveau entr'ouvert par les géologues ; elle vous fait marcher par mille sentiers à travers ces immenses catacombes, jusqu'à cette enveloppe impénétrable qui enloureencore, dit-elle, comme un mystère le noyau de la terre... Arrivée là, elle vous dit : Regardez; cherchez sur ce granit imperméable les vestiges de la vie. Que voyez-vous? — Rien, que le granit inmiobile^
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uniforme, avec de rares anfractures, qui ressemblent à des soupiraux ouverts sur un abîme de feu. Donc, là, jamais la vie n'a passé. Ce granit que vous foulez porte la trace du feu et vous montre le vestige d'un immense incendie. Combien de temps a-t-il fallu pour que cette lave incandescente devînt ce granit immobile? Mystère! Mais ce mystère même raconte la durée : il vous dit que des siècles et des siècles ont passé sur ce feu. Mais regardez plus haut : voyez-vous ces vastes réservoirs où sont ensevelies comme d'immenses forêts souterraines, transformées par la lente action des siècles? A des signes irrécusables, vous reconnaissez les débris d'une gigantesque végétation. La voici qui a laissé gravée jusque dans la pierre la forme d'une flore disparue à la surface ; et vous pouvez voir dans ce monde souterrain comme un immense cimetière de fleurs. Plus haut encore ; et voici apparaître les débris des générations animales. Regardez : ces pierres portent l'empreinte du poisson et du reptile. Voici la trace visible qu'ont laissée de leurs pieds des volatiles inconnus. Plus loin n'apercevez-vous pas ces ossements gigantesques, fractions en-
coie reconnaissables d'organismes pi'ocli'i,ieiix reeonslniils par un puissant génie? Là-Las c'était le cinielièi'e de la végétation ensevelie : ici ce sont les nécropoles de la vie éteinte. Enfin, dans cette écorce plus récente, et où vous lisez partout les signes authentiques d'un dernier cataclysme, avec les restes des plantes et des animaux^ voici l'homme lui-même, tel qu'il apparaît encore à la surface de la terre; l'homme, l'animal le plus parfait de toutes les générations éteintes et de toutes les générations vivantes, et par son attitude, sa perfection et sa beauté, couronnant les créations de Dieu. Et si vous visitez le sommet de nos montagnes^ là même vous retrouvez des témoins séculaires qui racontent qu'un jour là fut l'océan; car là-haut un jour l'habitant des mers se rencontra.
Eh bien ! demande ici la science, que signifie cette écriture des siècles? pourquoi, à ces profondeurs lointaines, ces plantes, ces fleurs, ces poissons, ces volatiles, ces quadrupèdes, dont les espèces en partie ont disparu, ou dont les analogues sont encore sur la terre ? et pourquoi à ces hauteurs étonnantes ces vestiges
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séculaires^, et ces traces authentiques d'une mer qui a passé par là ? Celte végétation grandiose, croirai-je qu'elle n'a jamais reçu les rayons du soleil et les rosées du ciel? Ces animaux gigantesques, qui ont un organe pour voir et un organe pour respirer, croirai-je qu'ils n'ont jamais \u la lumière, ni respiré dans une atmosphère où respire toute \ie créée sur la terre? et ces débris d'animaux marins semés sur la cime des montagnes, les prendrai-je, comme l'ignorance de nos pères, pour de simples jeux de la nature? ou faut-il admettre que Dieu n'a créé dans la terre que des sépulcres et des cadavres? Dès lors, comment se refuser à croire que des cataclysmes de loin en loin ont bouleversé la terre; que, seul^ le long travail des siècles a accumulé sur ces populations de fleurs, de plantes et d'animaux, les dépôts qui les couvrent, et que des soulèvements et des bouleversements prodigieux ont porté à ces hauts sommets les débris de l'océan? Et si l'on rapproche ces élaborations du passé des élaborations visibles qui s'opèrent encore aujourd'hui; qui ne voit que ce n'est plus par des siècles, mais par des my-
riadcs de siècles, qu'il faut supputer ces révolutions lointaines, et calculer l'âge approximalil' cIo la terre et de riioninie ?
Après avoir ainsi lu et interprété à sa manière les pièces de conviction renfermées dans les archives de la terre, la géologie antichrétienne nous regarde au visage, et elle nous demande avec le sourire d'une victoire qui s'estime assurée : Que devient le récit mosaïque? que penser de cette genèse de la terre terminée en six fois vingt-quatre heures? 0 théologien! avec votre humanité de six mille ans, que répondez-vous à ces vieux témoins qui déposent contre vous?
Certes, Messieurs, à ceux qui nous adressent cette question^ il me serait facile de répondre tout d'abord : Vous voulez savoir en présence de ces témoins ce que devient le récit de Moïse? Demandez aux géologues; demandez à ceux qui au point de vue de la science géologique sont vos pères et vos maîtres. J'en appelle à la géologie de cette objection de la géologie. Assurément les Deluc, les Dolomieu, les Cuvier, les Buckland, et tant d'autres, même de nos contemporains, qu'il serait trop
long de nommer, sont aussi des géologues. Et si ces phénomènes géologiques sont en contradiction si manifeste avec l'Écriture et le dogme catholique, comment ces hommes, dont quelques-uns portent l'auréole du génie, ne s'en sont-ils pas aperçus?
Mais venons à l'ohjection elle-même. En quoi, je le demande, ces témoins évoqués du fond de la terre par la science moderne pourraient-ils démentir le récit de Moïse, sur l'antiquité de la terre et l'âge récent de l'humanité? quelle solidarité établit la vraie science entre ces deux choses que veut confondre la vôtre, et qui demeurent cependant si profondément distinctes? La géologie démontre que l'antiquité de la terre doit se mesurer non par soixante siècles, mais par des millions de siècles. Soit; mais qu'est-ce que cela prouve pour la chronologie de notre humanité? Moïse constate que l'homme apparaît sur la terre lorsque la terre est embellie de tous ses ornements, décorée de toute sa beauté, et surtout animée par la vie. Le roi de la création ne vient que quand le palais est prêt pour recevoir la royauté. Combien de temps a mis le grand ouvrier à la construc-
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tioii et à reiiiln'llissement de la royale demeure? C'est le secret de Dieu ; ce n'est pas la révélalion de Moïse. Vous dites : Pour expliquer scientifiquement la formation progressive de la terre, il nous faut des millions d'années : cela est écrit, dites-vous, dans les entrailles niâmes de notre planète ; et pour dérouler dans le temps cette longue série des créations divines, vous ne nous donnez, vous, que six jours; cela est écrit au livre de la Genèse. — Six jours?. . qu'est-ce à dire? six fois le temps que met aujourd'hui la terre pour accomplir son mouvement diurne? Mais qui donc vous oblige de donner à ce mot célèbre de la langue hébraïque que vous traduisez par notre mot jour^ ce sens si vulgaire, si restreint, si déterminé? Que diriez-vous si ce mot pouvait signifier également une époque, un temps, une durée quelconque? que diriez-vous si ce même mot en plus d'un endroit du grand livre révélateur était employé en effet dans ce sens qui laisse à toutes vos supputations de siècles reculés et d'époques lointaines le champ le plus vaste et le plus illimité? Est-ce que de grands docteurs de l'Église, bien des siècles avant les premières ré-
vélations de la géologie, ne vous avaient pas précédés dans ces larges interprétations que réclame votre science? Est-ce que l'Eglise ellemême, par son silence sur ces transformations mystérieuses, ne laisse pas ici à la science toute sa liberté et au génie tout son essor? 11 vous faut cent millions de siècles pour vous rendre géologiquement compte du long enfantement de la terre : prenez cent millions de siècles, voire même un peu plus : mais ne prétendez pas, je vous prie, que l'hôte est absolument obligé de se trouver aussi ancien que la maison ; alors surtout que la géologie elle-même, parlant comme Moïse, vous montre, dans la clarté de ses phénomènes, que l'homme ne fait sa première apparition que sur une terre achevée par les créations qui le précèdent.
Quoi! c'est sérieusement, qu'au nom de la science contemporaine, vousprétendriez encore her solidairement^ dans les faits géologiques, et l'antiquité de la terre et l'antiquité de l'homme; alors que tous ces témoins souterrains, évoqués contre nous à la lumière du soleil, proclament avec éclat leur distinction dans la série des créations, et leur séparation dans
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la série dos tunps? Si riiomine est si aiifion (lue [)i'étend le déiuonlror la science anlichrétienue, à ({luu tieul-il que nulle Irace de lui ne se découvre à vos regards dans ces primitives formations qui attestent, selon vous, le long passage des siècles? Là vous rencontrez à chaque pas les traces visibles de générations évanouies, et les monuments antiques de tout un monde disparu : là vous voyez des plantes., des poissons, des volatiles, des animaux, des quadrupèdes, dont les noms seuls rendraient le discours inlîni. Pourquoi n'y apercevez-vous pas un vestige de l'homme? En quel musée de l'Europe, à l'heure qu'il est, pourriez-vous me montrer un fossile hmnain, un seul, portant le signe irrécusable d'une antiquité de cent mille ans? Oui, que la géologie antichrétienne nous montre ce monument authentique de l'antiquité de l'homme sur la terre : qu'elle se lève et qu'elle essaye de nous confondre!
Nous confondre ! ah ! vous le tenteriez en vain ! Non-seulement la science géologique n'est pas contre nous, elle est pour nous ; elle parle comme nous. Vous diriez que ce livre prodigieux^ écrit sous la dictée de Dieu par
la main de Moïse, n'est que la traduction abrégée du livre écrit aux entrailles de la terre par le passage de ses révolutions; et réciproquement, vous croiriez que tous ces débris de végétaux, de poissons, de reptiles, d'oiseaux, de quadrupèdes, que les cataclysmes successifs ont ensevelis dans leurs cimetières respectifs, sont comme un hiéroglyphique commentaire de la page cosmogonique écrite par le génie inspiré du grand historien. Suivez, en effets dans leur marche ascendante les créations dont les restes gisent dans leurs sépulcres souterrains, et dont l'ordre se déroule comme les pages de ce grand livre; chose qui confond d'admiration les disciples de la vérité, ces deux livres se répondent page par page, avec une exactitude qu'on n'eût pas même imaginée. Que nous montrait tout à l'heure, dans l'espoir de nous confondre, la géologie antichrétienne elle-même? La terre nue d'abord, aride, granitique, nul vestige de la vie. Et puis les premiers germes de la vie végétale, les plantes, les arbres, les restes d'une végétation colossale. Puis les poissons, puis les reptiles, puis les oiseaux, puis les quadrupèdes, puis l'homme
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eiilin : loiite cette série de ruines, qui S(î succèdent comme les créations dont elles sont les témoins; progression ascendante, où l'on voit la vie marcher dans ses apparitions, sauf des exceptions qui peuvent rentrer dans la loi générale, du |)lus simple au plus composé, pour se termine!' à rhomme lui-même ; l'homme, résumé sublime des créations qui le prc'cèdent, le dernier par la durée, le premier par la perfection. Or, si c'est là véritablement l'ordre tracé dans le temps et l'espace par le livre géologique écrit aux entrailles de la terre, est-il possiblede n'être pas frappé de cette étonnante concordance avec le livre mosaïque ? Lisez et relisez la grande page de l'historien et du grand livre de la terre; et dites s'il y a, pour oser contester leur accord, autre chose que l'ignorance de l'une et de l'autre?
Et qui parmi vous dès lors oserait encore demander à la science géologique une antiquité fabuleuse de la vie humaine,, alors que c'est la géologie elle-même qui se lève de tous côiés pour attester la récente apparition de l'homme sur notre clobe? Assurément, si la lonprue élaboration de l'œuvre des six jours ; si la série
prodigieuse des stratifications suppose la série non moins prodigieuse des siècles qui les ont faites, ilfaut bien avoucrque l'homme, quel que soit son âge, a tous ces siècles de moins ; puisque l'homme, dans le livre géologique comme dans le livre historique, apparaît le dernier, et qu'il est le seul dont les restes ne se retrouvent pas dans ces antiques nécropoles où gisent les créations premières, F.'antiquité de l'homme serait donc déjà démontrée, par ce témoignage général, relativement petite. Mais il y a plus; râo;e récent de l'humanité et la chronologie mosaïque de l'histoire humaine, se trouvent aujourd'hui magnifiquement établis par des témoignages que la science elle-même invoque en notre faveur, ou pour mieux dire par des témoignages qu'elle nous rend sans l'avoir voulu, et même sans y avoir songé.
La géologie moderne a constaté à la surface de la terre un certain nombre de phénomènes résultant de causes encore a£îissantes sous nos yeux, et dont l'action apparaît à la science, postérieure au déluge raconté par Moïse : accumulation progressive des dépôts des végétaux, des glaciers, des fleuves : véritables rAro-
nomhrcs nalurcls, selon le beau mot de Dcluc, inesiirai)t la durée a.\cc. une précision qui, sans avoir une rigueur nialliénialiquc, permet do calculer approximativement l'Age relativement récent de ces formations. Or tous ces témoins encore vivants et que chacun peut interroger, rendent le même témoic-naire : tous d'un bout du monde à l'autre font écho à la voix de Moïse. Cinq ou six mille ans depuis le déluge historique : telle est la date que marquent ces horloges du temps sonnant encore dans leur silence l'heure du dernier cataclysme. " Oui, ditCuvier, je pense avccDeluc et Dolomieu, que s'il y a quelque chose de constaté en géologie, c'est que la surface de notre globe a été victime d'une grande et subite révolution dont la date ne peut remonter beaucoup au delà de cinq ou six mille ans. » Buffon lui-même, si prompt à risquer des antiquités quelquefois ridicules, BufTon rend, sur le même sujet, un témoignage à peu près identique.
Ainsi, tandis que la géologie appuyée sur le fond de la terre, proclame avec éclat la haute antiquité de notre globe, la géologie qui s'appuie à la surface proclame avec un éclat plus
grand encore l'époque récente de notre apparition sur la terre. Dès lors, pourquoi scinder le témoignage et diviser la certitude ? Si tous croyez la science quand elle évoque ses témoins des entrailles de la terre, pourquoi ne la croiriez-vous pas lorsqu'elle vous les montre à la surface, et qu'elle les pose encore vivants et parlant devant vous? Non, cette division du témoignage n'est pas possible : il faut affirmer la géologie dans ses données essentielles, ou il faut la nier. Si vous l'affirmez, pourquoi ne la croyez-vous pas quand elle parle avec nous? Si vous la niez, pourquoi la croyez-vous alors qu'il vous paraît qu'elle dépose contre nous? Pas de milieu : il faut déchirer le livre ou le lire tout entier; le livre de la terre comme le livre de Moïse. Le déchirer? oh ! non, ne le déchirez pas; sachez le lire, l'interpréter, le comprendre; et vous verrez que l'écriture géologique, loin d'être le démenti du récit mosaïque, en est le plus éloquent commentaire et la plus m:ignifique apologie.
J'abuse cette fois de votre sympathique attention : encore un moment pour répondre à l'objection physiologique.
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Parmi les sciences naturelles qui ont conspiré contre le récit de Moïse et la vérité du dogmecatliolique, il n'enestpas quiaitapporté dans celte conspiration plus d'acharnement et de persévérance que la physiologie ou la science des êtres vivants. Au lieu d'admettre le dogme comme un flambeau capable d'éclairer sa marche, elle a mieux aimé se perdre dans un dédale de sentiers sans lumière ; elle a obstrué sa route de je ne sais quelles broussailles épaisses, que le génie a dii depuis traverserpard'incroyablesetïorts, pour retrouver, dans cette forêt de systèmes et d'utopies, les grandes avenues de la lumière. Ici encore en exposant l'objection scientifique, je négligerai le détail. Je me contenterai de vous montrer comment la physiologie antichrétienne, à force de haine contre le Christianisme, s'est précipitée elle-même dans des abîmes d'erreurs ; comment elle s'est trompée surtout sur ces trois points fondamentaux : la naissance de la vie, le but de la vie, le développement de la vie.
La première aberration de la physiologie anticlirélienne, est celle qui prétend expliquer le premier point de départ de la vie sous toutes ses formes, par ce qu'elle appelle dans sa langue la génération spontanée. On désigne parce mot^ les générations qu'on suppose accomplies, en vertu d'une force cachée dans la nature, produisant d'elle-même à certaines époques tous les phénomènes de la vie organique, dans le monde végétal, dans le monde animal, et dans le monde humain lui-même.
La théorie des générations spontanées ainsi conçue, comme révélant le point de départ de tous les êtres vivants, a quelque chose de profondément antichrétien; et on pouvait la croire à jamais stigmatisée comme un produit de l'impiété ignorante. J'entends dire, non sans quelque surprise, qu'elle se reproduit encore de nos jours, défendue par le faux savoir et la science impie de quelques fils du xv!!!*" siècle égarés dans le XI^^ Je le sais, IMessieurs^ bien longtemps avant le siècle de Voltaire, des savants et des philosophes ont parlé de la génération spontanée : ils désignaient par ce mot certaines éclosions et générations dont la cause
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immédiate leur échappait. Les progrès de la science moderne lendent à montrer de plus en plus que ces philosophes, même dans l'application restreinte qu'ils prétendaient en faire, se trompaient. Mais ils ne soiip;eaicnt pas à l'établir comme le point de départ c;énéral de toutes les espèces vivantes. 11 a fallu pour cela que l'impiété se fît naturaliste. Des savants sont venus, et, ambitieux qu'ils étaient d'effacer le plus possiide l'action de Dieu dans l'univers, ils ont imaginé au sein de la nature cette force occulte qui, à certaines heures, ferait apparaître la vie sous toutes ses formes.
Pour établir cette loi universelle de la vie végétale, animale et humaine, une expérience leur sufiit,ettous vous la pouvez faire. Prenez, disent-ils, un flacon d'eau pure^ — pardonnez ce détail, — exposez à la lumière : au bout de quelque temps, vous y découvrez le signe de la vie qui végète et le signe de la vie qui se meut. Inutile de soumettre tout le règne animal et végétal à la même épreuve. Qui niera désormais que ce flacon qui porte la vie^ ne démontre à lui seul la loi universelle et évidente des générations spontanées?
Je ne sais si les grands esprits qui enseignent ces puérilités graves peuvent se regarder sans rire : mais je sais bien que cette explication des apparitions de la vie, est au moins aussi risible que les vaticinations des aruspices, faisant sortirlesévénements desentrailles desvictimes ; et la véritable science du monde vivant ne peut plus guère l'entendre sans sourire. C'est la science elle-même qui démontre aujourd'hui par d'irréfutables témoignages que la génération spontanée n'a pas même un sens qu'il soit possible de définir. La génération spontanée n'est qu'un mot inventé pour voiler une ignorance ; elle n'est qu'une génération dont le mystère est plus profond, elle mode plus caché à l'œil de l'homme. Detoutesles oLservations faites sur tous les végétaux et tous les animaux assez visibles pour laisser surprendre le secret de leur vie et de sa reproduction, cette loi générale ressort avec éclat : Toutes les espèces sont créées ; tout être vivant est reproduit par son semblable.
Si la génération spontanée était la loi générale de la vie, elle devrait se révéler dans tous les êtres vivants, quelles que soient leur forme,
leurs proportions, leur stature. Dans le monde animal, non plus que dans tout autre monde, il n'y a pas une loi de la vie pour les irrands et une autre loi de la vie pour les petits. Si la loi des iîénéralions vaut pour la fourmi, le ciron et le puceron, elle vaut pour le lion, pour l'éléphant et pour l'homme lui-même. Or, demande ici la science, à quelle époque des temps historiques, en quel endroit du monde connu, avezvous trouvé un être vivant se laissant voir et toucher, qui n'apparaisse dans la vie produitpar son semblable? quel est le savant en Europe qui a pu un jour vous montrer un être vivant sorti d'une génération spontanée, et vous dire sans craindre votre démenti : « Messieurs, voici un animal sans parents!... » D'où vient que depuis Aristote jusqu'à Cuvier, pas un seul être vivant, pas un, ne peut être cité comme produit par ce mode de génération, donné par une prétendue science comme la loi même de la naissance de toute vie?
La seconde aberration de la physiologie antichrétienne porte sur le but immédiat de la vie. Un jour elle rêva de renverser la théorie des causes finales, doctrine séculaire aussi ra-
tionnelle que chrétienne, et qui n'est autre, au fond, que la théorie des conditions de l'existence. Au lieu de considérer le développement des organes dans la \ie animale comme un moyen adapté par une intelligence au but même de la vie, elle faisait sortir le développement organique de rencontres fortuites et d'habitudes sans raison. Selon certains génies, héritiers du siècle précédent et célèbres encore dans le commencement de celui-ci, il n'y a pas de loi fixe dans le développement de la vie : les circonstances sont la grande cause qui engendre tout. Les circonstances font naître les besoins, les besoins les désirs, les désirs les facultés, et les facultés les organes. Telle est la généalogie des dispositions organiques dans le monde animal.
Veut-on quelques exemples de cette loi des développements oià la Providence n'a plus absolument rien à faire? La taupe vivant sous terre {circonstance fortuite) n'avait pas besoin de ses yeux ; elle finit par les perdre ou peu s'en faut. L'animal carnassier, à force d'enfoncer ses doigts dans la chair vive, finit par les séparer tout à fait, et arrive à se faire des
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j»iilVes pour mieux saisir sa proie. Certains quadrupèdes s'accoutument (par l'effet des circonstances qui les y déterminent) à prendre leur nourriture sans la broyer : c'est ce qui explique pourquoi ils perdent leurs dents. D'autres, à force de tendre le cou pour brouter le haut feuillage des arbres , arrivent à l'allonger indéfiniment; et c'est à l'un de ces miracles du dieu hasard qu'il faut attribuer cette merveille au long cou que vous admirez au Jardin des plantes!...
Vous riez, Messieurs; cela vous est bien facile, à vous disciples de la science mieux renseignée. Vos pères ne riaient pas pourtant, quand ces étranges théories se posaient, pour leur parler avec éclat, aux plus hauts lieux de la science, et se donnaient comme la doctrine même du progrès appliquée au développement de la vie.
Aujourd'hui la science, à mesure qu'elle se fait, relève de ses mains la doctrine des causes finales, naguère encore reléguée dans le moyen âge par une ignorance impie, comme une scolastique surannée et morte. Les éléments de la science apprennent à vos enfants que cha-
que espèce vivante a dans la création son but déterminé ; qu'elle a un organisme parfaitement adapté à ce but, des fonctions coordonnées par rapport à cet organisme, et des organes particuliers coordonnés eux-mêmes par rapport à ces fonctions. La science, par le regard de puissants génies, a reconnu partout dans le monde vivant ces grandes lois physiologiques, comme des lignes harmonieuses qui en découvrent toute la beauté : la corrélation de tous les organes entre eux ; la subordination des uns aux autres; l'adaptation du tout au but marqué par la Providence. Et l'anatomie comparée surtout, est venue mettre dans un jour tout nouveau cette beauté du monde vivant, méconnue par une prétendue science des vivants plus malavisée encore qu'elle n'était impie.
Une troisième et radicale erreur de la physiologie antichrétienne concernait le développement de la vie ; c'était la théorie deux fois insensée qui faisait marcher tous les vivants sur une ligne unique, et comme liée à la même erreur, la doctrine des transformations indéfinies des espèces.
D'après cette théorie , qui méconnaissait
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rhannuiiii' des ^ïrandes lois tle la nature, les êtres vivants ne coexistaient pas seulement les uns à côté des autres, ils sortaient les uns des autres j)ar une dérivation unique et un proii;rès continu. Leibnitz, devançant par l'intuition les résultats de la science, aAait prophétisé la découverte de la loi de continuité dans le monde vivant. La découverte eut lieu en effet : certains êtres vivants tenant par un côté à la vie végétale et de l'autre à la vie animale, se révélèrent comme le chaînon qui avait paru manquer jusque-là à la série des créations divines. La loi entrevue par Leibnitz, et plus tard constatée par un naturaHste, avait son sens harmonieux et sa vérité fondamentale ; c'était la continuité de l'ordre resplendissant dans les variétés de la vie.
Des savants impies s'emparèrent de cette vérité, et ils firent ce que fait partout l'impiété face à face avec la vérité, ils l'outragèrent ; à force de l'exagérer, ils la poussèrent à de monstrueuses aberrations. Leur génie, retourné contre le Christ, se signala dans ce domaine de la science par la fécondité de l'erreur. Impatient de donner des démentis au dogme catholique,
il voulut \oir^ conlradictoirement au récit de Moïse et à renseignement de l'Église, tous les êtres vivants se développer sur une seule ligne, allant du plus simple au plus composé, du minéral au vésétal, du véeétal à l'animal, et de l'animal à l'homme. Dès lors tous les individus qui constituent le monde vivant ne se développaient plus chacun selon son espèce, avec une structure, un organisme, et un type propre à chacune. Toutes les structures A'enaient d'une même ébauche; tous les organismes d'un même embryon ; toutes les espèces d'un seul et môme type : et c'est à peine si l'on ose redire aujourd'hui jusqu'à quelles monstruosités descendit alors dans l'empire de la science le génie de la contradiction antichrétienne. C'est alors qu'on vit éclore ces théories qui étonnaient la nature et déconcertaient la raison en outrageant la foi ; c'est alors qu'on entendit une science en délire parler de V homme-singe ^ de X homme-poisson, de Vhommemollusquej, et de toutes ces folies insignes qu'on appelait en ce temps-là les essais de la nature apprenant à faire Vhomme.
Grâce au ciel, cette science impie a fait son
temps. L:i physioloj^ie nouvelle, reniant toute soliilarilé avec des erreurs vieillies, a trouvé ses fermes bases et tracé les lïrands sillons qui font seuls resplendir la licaulé du monde vivant; et désormais chrétienne par l'instinct, si ce n'est encore par la foi, elle n'abandonnera plus la vérité pour complaire à l'impiété. La physiologie a aujourd'hui son Credo de la science ijtrandissante, si ce n'est déjà faite, et c'est elle qui nous dit par la voix des plus illustres : Non, il n'y a pas dans le monde vivant une même échelle ascendante sur laquelle montent à la suite les uns des autres tous les êtres pour arriver à l'homme. Non, il n'y a pas continuité absolue d'une seule ligne des êtres vivants ; il y a parallélisme des lignes multiples, distinctes et permanentes. Non^ il n'y a pas de passage de l'organisme à l'organisme^ ni de transformation de l'espèce dans l'espèce; il y a dans le monde vivant la perpétuité de l'identité organique et de l'identité spécifique. Dans l'histoire delà vie deux grands faits dominent tout : les espèces peuvent disparaître et disparaissent en etTet ; témoin ces espèces ensevelies dans les catacombes du monde géologique et entière-
ment inconnues à la surface delà terre. Mais les espèces une fois créées demeurent fixes et permanentes ; elles périssent ; elles meurent; elles ne se transforment pas. Depuis plus de trois mille ans que le génie creuse les mystères de la vie^ qui a vu une espèce changer, une seule? Je demandais tout à l'heure un seul exemple d'un être \ivant sorti d'une génération spontanée; et la science impie se taisait. Je demande maintenant un seul exemple de la transformation d'une espèce; et la science impie se tait encore ; elle a cherché toujours, elle n'a jamais trouvé ; elle a pu compter les variétés, elle n'a jamais constaté les transformations de l'espèce. C'est la science qui parle ici, et la vraie science vous dit : Non, il n'y a pas d'exemple. Aristote a décrit organe par organe, et il a dépeint trait pour trait les animaux qui vivent sous vos yeux; depuis lors, les lignes qui maintiennent la distinlion des espèces n'ont pas fléchi. Sans doute, il y a dans les espèces des caractères superficiels, non constitutifs, et ces caractères varient ; mais ces variations ont leurs limites, et c'est l'extrêmelimite de ces variations qui constitue la race ; mais dans la multiplicitéde cesva-
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riations accidentellement acquises ethérédilairenjent transmises, l'espùcedemeure toujours et partout identique à elle-même, montrant jusque dans le spectacle de sa variété son invariable unité.
Je m'arrête, Messieurs ; je ne veux pas pousser plus loin des considérations qui ressembleraient trop à un enseignement scientifique. Il fallait au moins résumer et condenser la science. Eh bien, la science physiologique, la voilà avec ses grandes données qui peuvent se résumer en ces termes : Tous les êtres vivants créés par une action de Dieu créateur, pour un but déterminé par lui-même, avec des types distincts et à jamais subsistants, à travers les variétés qui y font reluire la splendeur de l'unité. Un point de départ de la vie, la création de Dieu ; un but spécial donné à la vie avec des organismes adaptés à ce but ; le développement de la vie dans son espèce, et sa marche dans la durée selon des lois stables : tels sont les trois points fondamentaux qui portent comme un trépied inébranlable laphysiologie générale, et lui permettent à la fois de raconter le passé et de prophétiser l'avenir du monde vivant.
Or, Messieurs, ces grandes lois qiii gomernent la vie et en résument la science; ces lois que TOUS avez enfin ressaisies, à force d'investigations patientes et de gigantesques travaux, il y a une doctrine qui les a toujours maintenues debout dans les intelligences, et qui n'a jamais permis qu'on les ébranlât par le doute ou par la négation; cette doctrine, c'est la doctrine catholique. Ces lois qui supportent tout l'édifice de la physiologie reconstruit par le travail et le génie, il y a un livre qui les a inscrites à sa première page, et qui les a marquées du sceau de sa propre infaillibilité ; ce livre^ c'est la Genèse, le plus ancien, le plus profond et le plus savant de tous les livres.
Là, sous des formules dont la simplicité étonne autant que leur profondeur, sont révélées, entre autres vérités décisives, ces trois lois souveraines du monde vivant. Là se trouve condamnée à jamais la théorie deux fois absurde de la génération spontanée, comme loi générale de la naissance de la vie. Là, chaque fois que la vie apparaît, Dieu intervient avec une parole créatrice. Quelles que soient les distances qui séparent dans le temps la pre-
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mière apparilion des diverses générations vivantes, aiHHine no se produit qui' [)ar nu acte créateur. Et Dieu dit : Que la terre produise des plantes, des arbres, des fleurs. Et Dieu dit : Que les eaux produisent des poissons. Et Dieu dit : Que la terre produise des animaux... Sous le souffle créateur chaque création vient à son heure, et répond : Me voici. Et parmi toutes ces créations qui se succèdent pour répondre à l'appel (lu Créateur, une surtout se dislingue par une intervention plus marquée et plus solennelle de l'action divine, la création de l'homme. Et Dieu dit : Faisons l'homme à noire image et a notre ressemblance .
Tel est le point de départ ; et voici la destinée. Là, chaque création sortie de la volonté créatrice marche au but marqué par la sagesse du Créateur. La plante naît pour germer^ fleurir et fructifier; le poisson naît pour nager dans l'eau ; l'oiseau pour voler dans les airs; le reptile pour ramper, le quadrupède pour marcher à la surface de la terre. Tous ont reçu, formés d'une seule pièce et achevés d'un seul jet, des organismes divinement adaptés à ce but immédiat de leur création : tous ont une
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fonction dans Téconomie générale, et, pour la remplir, des corps harmonieux où tout se répond et concourt au même but. Et plus haut que tout, plus beau, plus parfait et plus puissant que tout le reste, l'homme apparaît pour commander à tout, et pour faire remonter à Dieu par son intelligence et sa liberté toutes les gloires de la création.
Enfin, Messieurs, voici, voici surtout la grande formule qui doit à jamais illuminer la physiologie, parce qu'elle résume dans un mot révélateur la loi la plus universelle de tout le monde vivant. Écoutez l'historien de la création proclamer la souveraine loi de la vie : Que chaque plante porte avec elle sa semence et se reproduise hors d'elle-même en demeurant elle-même : facientem semen juxta genus suum. Que les poissons, les reptiles, les animaux vivent et se reproduisent dans leur espèce, mais dans leur espèce seulement : secundum species suas. Et l'homme lui-même, avec toutes les créations qu'il domine et qu'il résume en lui, l'homme, dans le prolongement de sa vie à travers l'espace et la durée, est soumis à la même loi : loi souveraine^ loi stable, loi in-
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flexible, (|iii fera resplendir dans toutes les sphères de la vie, avec une immense variété et une indéfeelihle unité, les reflets de l'éternelle beauté !
Ainsi, Messieurs, pour me résumer,, la Genèse raconte le monde sidéral, et elle n'a rien à redouter de l'astronomie. La Genèse raconte le monde terrestre, et elle apparaît dans un merveilleux accord avec la géologie. La Genèse raconte le monde vivant, et elle pose avec certitude les grands fondements de laphysiologie. Dieu soit béni ! le temps n'est plus où l'on croyait nous confondre par des témoins évoqués du fond de tous les mondes, de tousles mondes réels et de tous les mondes imaginaires. A entendre les prophéties triomphantes de l'erreur, l'astronomie nous confondrait^ la géologie nous confondrait, la physiologie nous confondrait. Eh bien, toutes ces sciences, évoquées pour nous maudire, sont venues, elles ont justifié le dogme, elles ont parlé comme la foi ; elles ont glorifié la vérité. Après cela, que l'on dise et que l'on redise que Moïse ment à la science, et que la science progressive condamne un dogme suranné. Laissons passer la
calomnie; notre dogme est éternel. Un jour il apparaît voilé par la poussière quele sophisme, le préjugé et le mensonge conspirent à soulever autour de lui : mais n'ayez pas peur; le dogme est toujours là, immuable et identique à lui-même ; et toujours après le passage des erreurs et des obscurités qu'elles laissent sur leurs pas, vous le reverrez reparaître éclairé par la science elle-même, dans son inaltérable beauté.