‹ Le progrès par le christianisme (volume 3)Chapitre 15 sur 19 · LE MYSTERE DU PÉCHÉ ORIGINEL ET LA SCIENCE DE L'HOMME · texte numérisé non relu

LE MYSTERE DU PÉCHÉ ORIGINEL ET LA SCIENCE DE L'HOMME

Messieurs,

Comme il y a dans le symbole chrétien un mystère qui éclaire la science du monde, le mystère de la création ; il y a dans le symbole chrétien un mystère qui éclaire la science de Dieu , le mystère de la Trinité. Nous l'aYons démontré dans notre dernière Conférence , c'est en vain que la raison humaine appuyée sur le principe de contradiction essaye d'ébranler ce mystère qui porte tout l'édifice chrétien : le mystère résiste;

il échappe par sa définition même à la contradiction. Trois déterminations dans l'essence divine et une seule essence divine ; trois relations de la nature divine et une seule nature divine ; unité de la substance et trinité des personnes : tel est le mystère de la vie intime de Dieu. Quoi que fasse le génie de la logique et de la métaphysique, il ne surprendra jamais dans ces termes un non-sens, une impossibilité, une contradiction. La raison ne démontre pas le mystère, mais le mystère ne dénient pas la raison ; il la domine, il ne la contredit pas.

Mais en même temps qu'il est placé plus haut que la raison, le mystère de la Trinité jette dans les sphères parcourues par la science une lumière éclatante : il est comme la lampe divine suspendue sur le monde, et montrant dans la création l'empreinte du Créateur. Il met le génie sur la voie de cette simplification merveilleuse qui marquera peut-être un jour le sommet le plus haut de la science et son apogée le plus lumineux : Vunité dans la trinité; sceau de Dieu gravé partout en caractères jdus ou moins saisissants dans le monde des corps^

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dans le inonde des esprits, et jusque dans les régions abstraites du monde métaphysique et malliéinatique : rayons épars, mais reconnaissahles, qui viennent se concentrer dans l'homme, magnifique abrégé de la création.

Après avoir examiné le mystère qui résume la connaissance du monde et le mystère qui résume la connaissance de Dieu, nous avons aujourd'hui à examiner un mystère qui résume la connaissance de l'homme, et donne la vraie science de la vie humaine : c'est le mystère de la chute, ou le dogme du péché originel. Ce mystère de la chute, encore plus que ceux de la création et de la Trinité^ fait scandale dans le monde rationaliste ; et c'est tout au plus si l'on y consent encore à en entendre le nom. Le péché originel est le vrai cauchemar de la philosophie et de la science moderne. C'est qu'en effet, tel que le font certains hommes, ce mystère est un fantôme assez effrayant pour troubler leur sommeil. Aussi commencerons-nous par exposer la doctrine, et par la dégager des nuages du préjugé.

Un homme qui fait profession de haïr cordialement le dogme chrétien a écrit ces mots :

« Exposer le péché originel, c'est assez le réfuter. » Je suis forcé de convenir que cela est très-vrai de la manière dont il l'expose. Je vous dis dans un sens tout contraire : Exposer le péché originel , c'est assez le justifier. Quand il s'agit de nos mystères, nous n'avons jamais qu'une chose à faire : dire ce que nous croyons; restituera la formule dogmatique son sens véritable ; et par là montrer aux esprits sincères que l'on attaque un mystère fantastique et un dogme imaginaire. C'est le vrai point de départ de l'apologétique chrétienne. Mais, comme dans les mystères précédents, nous irons plus loin ; et après avoir montré comment le péché originel se justifie par sa notion même devant la raison humaine, nous montrerons comment il éclaire d'une clarté profonde la vraie science de l'homme.

Messieurs, avant de vous montrer que le mystère du péché originel n'est nullement en contradiction avec la raison humaine , je dois

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d'abord vous rappeler sur ce point l'enseignement docmatique de l'Eglise si nettement formulé par le concile de Trente.

Si quelqu'un ne reconnaît pas qu'Adam, a\ant violé dans le Paradis le commandement de Dieu, a perdu la justice et la sainteté originelle dans laquelle il avait été créé; que par l'injure de sa prévarication il a encouru la colère et l'indignation divine, et que par là il a mérité la mort, et avec la mort la servitude du démon, et que son corps et son âme en ont ressenti un changement funeste ;

Si quelqu'un affirme qu'Adam par sa prévarication n'a nui qu'à lui seul et non à sa descendance ; qu'il a perdu pour lui seulement et non pour nous aussi la sainteté et la justice originelle ; et que souillé lui-même par sa désobéissance il a transmis à sa postérité la mort et les peines du corps seulement, mais non le péché lui— même ;

Si quelqu'un soutient que ce péché un par son origine et sa propagation n'est pas un péché propre à chacun, et qu'il peut être effacé autrement que par le mérite de Jésus-Christ : que celui-là soit anathème.

Ainsi il est de foi qu'Adam a perdu pour lui-même et pour nous la sainteté et la justice reçue de Dieu; qu'il a transmis à sa postérité, non-seulement la mort et les peines corporelles, mais le péché lui-même qui est la mort de l'âme ; et que ce péché ainsi transmis est propre et inhérent à chaque homme. Voilà le dogme défini par l'Éghse catholique ; voilà le mystère que nous venons mettre €n face de la raison et de la science.

Pour se faire une idée exacte de ce mystère, et surtout pour entendre qu'il n'est en rien contradictoire avec la raison, il faut avant tout bien saisir ces trois choses : le point de départ de la chute; la chute elle-même; le contrecoup de la chute ou sa propagation dans la postérité d'Adam.

Il règne d'ordinaire sur ces trois points, dans les intelligences contemporaines, une ignorance qui n'est pas petite ; ce qui donne pour dénaturer et attaquer le dogme une facihté trèsgrande.

Et d'abord, Messieurs, il est évident que pour apprécier la chute que le Christianisme place au berceau de l'homme, il faut

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connaître l'état d'où l'homme est déchu ; toute chute des âmes, comme toute chute des corps, ayant pour mesure la hauteur d'où elles tombent. Si nous négligeons les hypothèses secondaires examinées par la théologie, nous pouvons concevoir ici, dans notre état primitif, deux conditions radicalement distinctes, et séparées par un abîme infini : ou bien une humanité laissée à elle-même avec les éléments de la nature, telle à peu près que nous l'apportons à notre naissance, ou bien une humanité rehaussée par des dons supérieurs à elle-même, transfigurée par une perfection et une beauté surnaturelle. Dans lequel de ces deux états Dieu a-t-il créé l'humanité? est-ce dans l'élat purement naturel? est-ce dans un état élevé par le surnaturel ?

En ne considérant ici les choses qu'au point de vue rigoureux de la simple possibilité, on peut se faire d'abord cette question grave : Dieu a-t-il pu, sans déroger à sa sagesse et à sa bonté, créer l'homme tel qu'il apparaît aujourd'hui, avec les obscurcissements de son intelligence, les vacillations de sa volonté, les entraînements de son cœur^ et cette gravitation

terrestre qui le fait pencher malgré ses aspirations les plus sublimes vers la région des choses basses? Tout en nous communiquant la vie comme un don de son amour^, Dieu pouvait-il la soumettre à cette lugubre loi de la souffrance et de la lutte qui se révèle partout comme la loi générale de notre existence? Des philosophes profondément frappés des contradictions qui apparaissent dans la vie humaine et des antagonismes douloureux qu'elle porte dans son sein, ont hésité à croire que cette humanité ait pu sortir telle quelle des mains du Créateur ; et à la lumière de l'expérience et de la raison, ils ont cru découvrir au berceau du genre humain une catastrophe qui avait défait l'œuvre divine. Toutefois , malgré les étonnements qu'elle éprouvait en regardant en face notre humanité infirme et troublée, la philosophie a compris qu'elle ne pouvait appuyer sur cette base la démonstration rigoureuse d'une perturbation primitive. Elle reconnaît que Dieu, sans faillir ni à sa sagesse ni à sa bonté, a pu faire de l'homme un soldat, de la terre un champ de bataille, et de la vie humaine un combat, en se réservant de donner le triomphe à la victoire,

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