‹ Le progrès par le christianisme (volume 3)Chapitre 16 sur 19 · HT LA SCIENCE DE LHOMME · texte numérisé non relu

HT LA SCIENCE DE LHOMME

la récompense au mérite, et à la vertu coiujuise au jH'ix de la douleur, la couronne de l'immortalité. ISon-seulemeut des penseurs de notre temps croient à la possibilité de cet état primitif^ ils estiment qu'il est le seul réel, et qu'il n'y en eut jamais d'autre; et ils considèrent comme une religieuse poésie ce que la théologie catholique enseigne sur les splendeurs de TEdeu, et sur l'éclat transfiguré de nos premiers parents. Par là leur philosophie cesse d'être chrétienne. Mais quand elle se contente d'affirmer que Dieu a pu créer l'humanité avec les conditions d'existence qu'elle offre aujourd'hui à l'œil de l'observateur, elle ne contredit eu rien la doctrine catholique.

Mais si nous accordons aux adversaires de notre dogme que cet état de création primitive est absolument possible, nos adversaires à leur tour sont bien forcés de convenir qu'il n'était nullement nécessaire. Qui oserait rationnellement ou scientifiquement entreprendre de démontrer que Dieu, dans la création de l'homme, a dii se contenter de lui donner ces éléments de son infirme nature, avec une fin proportionnée à cette nature et des moyens

adaptés à cette fin? Qui nous autorise à poser aux libéralités divines cette limite ou cette autre? Pourquoi interdirions-nous à l'amour de pousser plus loin la communication de ses dons? Qui pourrait dire que l'homme tel que la nature seule et la raison vous le révèlent, l'homme avec un corps qui abrège la création matérielle, l'homme avec une intelligence capable d'atteindre naturellement quelques rayons de la vérité, l'homme avec une volonté capable de réaliser naturellement quelque bien, l'homme avec un cœur capable de s'émouvoir au souffle de légitimes affections ; qui pourrait dire que cet homme ainsi créé, et en même temps courbé sous le joug du travail et de la douleur, exprime le dernier terme possible des bienfaits du Créateur envers sa créature ? Pourquoi, aux éléments de la nature humaine constituée dans son essence, Dieu n'aurait-il pu ajouter gratuitement et librement une effusion de dons surnaturels, c'est-à-dire une communication de sa propre vie? Pourquoi n'aurait-il pu donner à son intelligence des illuminations, à sa volonté des impulsions, à son cœur des émotions dont la source demeure

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par ello-nu'ine inaccessible et supérieure à la naUire? Qui rempr'cluiit, en un mot, par cette gratuite communication de lui-mt-me, d'élever riiomme de l'ordre naturel à l'ordre surnaturel, et d'ajouter à sa beauté une splendeur transfiiïurée reflet de sa propre beauté?

Oui, dites-vous, cette communication de dons surnaturels est absolument possible ; mais Dieu l'a-t-il faite? Déjà nous avons parlé de la possibilité d'un ordre surnaturel ; nous aurons occasion d'y revenir encore ; et nous montrerons que cet ordre n'est pas seulement possible, mais qu'il est réel. Ce n'est pas ma question présente. Je ne démontre pas en ce moment la réalité du mystère, je n'en démontre que la légitimité ; je ne l'établis pas, je le justifie. D'après la donnée fondamentale du dogme chrétien, cette libre et gratuite communication de la vie surnaturelle que vous reconnaissez maintenant possible en elle-même. Dieu l'a faite en réalité. Qu'il l'ait faite dans l'instant même de la création;, ou qu'il ait revêtu immédiatement l'homme, après l'avoir créé, de son vêtement divin^, il importe ici assez peu de le savoir. Ce qui est dogmatique

et sert comme de pivot à toute l'économie chré. tienne, c'est que Dieu a élevé la nature humaine par une communication surnaturelle qui n'était autre que la nrâce sanctifiante ou l'effusion de sa \ie dans l'homme, avec tous les privilèges qu'y avait attachés son amour, et dont l'ensemble constituait dans Adam l'état de justice et de sainteté originelle ; le tout couronné par le don de l'immortalité sur la terre, et par le droit à la vision intuitive et à la possession de Dieu dans le ciel.

Cette communication de la vie de Dieu faite à l'homme n'entraînait pas absolument comme une conséquence nécessaire l'intégrité parfaite de, la nature, et l'exemption de toutes ces humaines infirmités qui nous atteignent aujourd'hui. Même sous ce vêtement de la vie divine resplendissant en nous, Dieu aurait pu nous laisser une nature infirme, telle qu'il nous la laisse à nous-mêmes dans l'humanité régénérée. Mais son amour et sa providence en avaient disposé autrement. Il avait conjoint dans l'homme élevé les harmonies de la nature et les harmonies de la grâce. Il avait par une chaîne divine rattaché les unes aux autres.

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L'intégrité et la perfection de la nature étaient liées par la volonté de Dieu à la pernianence de la gnlee sanctifiante; si bien que l'une venant à disparaître, l'autre ne devait plus se soutenir. Cette perfection orii!;inelie, cet ordre primitif, c'était la raison obéissant à la vérité; la volonté obéissant à la raison ; les passions obéissant à la volonté ; la création entière obéissant à l'homme ; et l'homme avec une intelligence ouverte à toute vérité , une volonté prompte à tout bien, et un cœur dont l'amour gravitait vers son centre, l'homme tout entier obéissanl à Dieu.

Ces préliminaires posés sur l'état primitif de l'homme et le point de départ de la chute, il est facile d'entendre en quoi consiste la chute ellemême. Dieu ayant fuit librement à l'homme un don surnaturel, pouvait mettre à la conservation de ce don telles conditions qu'il lui plaisait d'imposer ; comme un souverain pose des conditions de perpétuité et des cas d'amissibilité aux privilèges qu'il confère. Pour perpétuer dans 4dam d'abord et dans sa postérité ensuite ces libres dons de son amour, Dieu pouvait vouloir de l'homme une

épreuve; et il l'a Youliie. Souverain, il a demandé au roi de la création son vassal un acte de dépendance. La nature de l'objet sur lequel devait porter cette reconnaissance de la souveraineté divine et cette manifestation de la dépendance humaine, est ici tout à fait secondaire. Ce qui iniporle uniquement, c'est la volonté ou le refus d'obéir. Nos philosophes se moquent agréablement de la pomme fatale devenue une pomme de damnation. Rien n'est plus niais que ces jeux d'esprit sur des choses graves. Devant Dieu qui commande, la différence entre les choses commandées est un détail. Pour lui, rien n'est ni grand ni petit; et tout est infiniment distant de lui-même.

Or, Messieurs, telle est ici la donnée historiquedu mystère : le vassal n'a pas rempli la condition posée parle souverain. Dans la pleine possession de sa liberté et la claire vue de sa prévarication, l'homme a mis sa volonté audessus du commandement de Dieu ; au libre bienfait de son souverain il a répondu par Tinjuré de sa révolte volontaire. Dès lors Dieu laisse l'homme repousser le don divin en consommant la ruine humaine. La justice originelle

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et lagniCL^ sanctifiante, avec tous les privilénres que l'amour du souverain y avait attachés, se retirent de notre premier père. Ce vêtement de beauté surnaturelle et de splendeur céleste dont l'avait orné la bonté divine, se détache de lui ; et Adam demeure dépouillé, non des facultés de sa nature, mais des prérogatives de la grâce et des libres dons de l'amour : à peu près comme le favori d'un grand roi serait, en punition de sa révolte^ dégradé de ses privilèges et de ses honneurs aristocratiques. Et parce que, dans le plan primitif, l'intégrité et l'harmonie de la nature étaient subordonnées à la permanence de ce privilège surnaturel, cette intégrité et cette harmonie disparaissent avec lui ; et Adam dépouillé surnaturellement demeure blessé naturellement, non d'une blessure absolue qui corrompt la nature, mais d'une blessure relative à la santé pleine dont il jouissait avant sa chute, et dont il avait la vocation de jouir toujours.

Inde mail labes. La force divine qui retenait toutes ses facultés dans l'ordre a disparu de l'homme sous le coup de sa révolte. C'est alors que le désordre éclate au sein de la vie hu-

maine, et que le premier homme, tout en gardant en substance toutes les facultés de sa nature, en perd l'équilibre et la subordination. De là la concupiscence proprement dite, ou les passions retournées contre leur destinée; de là cette pente terrible qui fait pencher vers la terre l'homme détaché du ciel. De là dans Adam prévaricateur la loi de la lutte, de la souffrance et de la mort. De là enfin, ce qu'il importe ici surtout de bien saisir, le premier homme devenu devant son Créateur un légitime objet de colère ; parce qu'il apparaît à ses yeux détourné de la fin qui lui élait prédestinée, et comme tel déshérite, c'est-à-dire privé de ses droits à la vision intuitive et à la possession surnaturelle de Dieu au terme final de sa vie ; droits librement conférés par la bonté de Dieu et librement perdus par la révolte de l'homme. Cette privation est précisément ce que l'Égh'se entend par ce mot, la damnation ou la mort Je rame; et elle constitue tout d'abord dans le premier homme cet état habituel résultant de sa prévarication actuelle, état de péché et de mort surnaturelle qui, par la volonté de Dieu, deviendra héré-

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(litairo dans riiumaiiitr, et que nous nommons le péclir originel.

Or If |)éclu'' originel ainsi conçu, en quoi la raison est-elle en droit de le repousser? Comblé de dons tout gratuits, l'homme est clialié de sa révolte par son dépouillement; il est dépouillé et troublé tout ensemble, et par lui-même impuissant à reconquérir sa grandeur évanouie et son harmonie perdue. Que voyez-vous, je vous prie, dans cette catastrophe qui révolte la raison ? Il y a un acte décisif; cet acte est dans Adam un péché personnel ; de cet acte résultent un dépouillement et une blessure ; dépouillement du surnaturel et blessure de la nature; blessure profonde, qui ne corrompt et ne transforme pas la substance de l'âme, mais qui lui fait perdre l'équilibre "de son état primitif, et la fait pencher par une lamentable faiblesse vers le désordre et le mal. Ainsi Adam est un révolté châtié de sa rébellion par le dépouillement , et portant dans son dépouillement la blessure de ce coup qui a retenti jusqu'au fond de sa nature. Sa révolte a constitué sa prévarication actuelle et personnelle; son dépouil-

lement et sa blessure constituent son état ha bituel ; et c'est cet état habituel qu'il transmet à sa postérité coupable avec lui et en lui d'une prévarication, qui fut d'abord dans Adam actuelle et personnelle, et qui est dans l'humanité, dont il est le chef, héréditaire et habituelle.

Oui, dites-vous, et c'est ici où nous vous attendions : car c'est ici surtout que surgit pour nous la difficulté qui nous arrête. Nous concevons la chute personnelle d'Adam ; ce qui nous révolte, c'est le contre-coup de sa chute dans l'humanité. Nous comprenons sa faute et môme son châtiment : ce qui nous déconcerte, c'est la responsabilité de sa race ; c'est le péché originel non pas dans Adam, mais dans la postérité d'Adam. Et voici en particulier ce que nous ne pouvons admettre sans abdiquer notre raison.

Comment des êtres qui n'existaient pas ontils pu être complices d'une faute commise avant leur naissance ? Que signifie une culpabilité rétrospective quia précédé l'existence, et dont le coupable n'a pu même se douter?

Comment la volonté d'un homme, quel qu'il

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soit, a-t-elle pu renfermer pliysiquement ou iiioraloinent la volonté de tous ceux qui devaient naître de lui, alors que nous n'avons pas consenti à faire du premier homme notre représentant, et que notre suffrage universel n'a nullement fonctionné pour autoriser Adam à pécher en notre nom ?

Comment les hommes sortant du sein de leur mère, portent-ils dans leur corps une corruption et dans leur ame une souillure, résultant du fait même de leur génération humaine et de leur descendance adamique ?

Comment les enfants qui meurent sans baptême subissent-ils fatalement la damnation et le feu de l'enfer, comme conséquence d'une prévarication qu'ils n'ont pu ni vouloir, ni même connaître'?

Commentj en un mot, en face de ces difficultés qui déconcertent notre raison^le dogme de la chute pourra-t-il se justifier devant la raison ?

Voilà bien^ Messieurs, si je ne me trompe, Yos difficultés. Et il vous paraît qu'elles doivent beaucoup nous embarrasser. Rassurezvous; devant la vérité, aucune ne peut tenir;

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une même réponse les renverse : elles n'attaquent pas le vrai péché originel ; elles supposent plus ou moins un dogme imaginaire. Oiidonc, je vous prie, l'Église a-t-elle défini comme un dogme notre complicité actuelle dans le péché actuel d'Adam? Sans doute, nous pouvons et devons dire avec S. Paul, que tous ont péché en Adam ; oui « par la faute d'un seul, beaucoup, c'est-à-dire tous, sont constitués pécheurs, peccatores conslituti sunt multi. » Mais il s'agit précisément d'entendre en quel sens nous avons péché, et sommes avec Adam constitués pécheurs. Nous sommes les victimes de la révolte du premier homme ; nous n'en sommes pas complices. Adam n'eut d'autres complices que la femme victime du serpent, et le serpent tentateur de la femme. Toutefois, sans être complices de ce qu'il y a d'actuel et de personnel dans le péché d'Adam, nous y avons comme fils d'Adam une participation morale qui nous fait tout à la fois héritiers de son crime et de son châtiment : participation qui ne résulte pas de la nature intrinsèque et de l'absolue nécessité des choses, mais de la libre volonté de Dieu qui

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nous a liés comme lils avec notre commun père dans la solidarité d'une môme faute et d'une mCMUc punition.

Où donc l'Eglise a -t -elle enseigné que l'homme en naissant apporte dans la vie une nature intrinsèquement et substantiellement corrompue? Ce dogme est celui de l'hérésie, non de l'Église. I/Église, par la voix du concile de Trente, enseigne sans doute que l'homme apporte, en naissant , ce qu'elle nomme la tache et la souillure du péché originel ; mais qu'estce que cette tache et celte souillure ? Est-ce une souillure ^ws/Z/ue? est-ce une tache matérielle? Qui parmi nous vous oblige à le croire? Il y a dans l'homme naissant la privation de la sainteté et de la splendeur originelle ; il y a l'effacement et la perte d'une beauté qu'il devait avoir dans le premier plan de la Providence ; il y a, en deux mots, le dépouillement des dons surnaturels, et la destruction de l harmonie primitive, avec les infirmités physiques et morales qui en résultent. Est-ce que cela ne suffit pas pour légitimer les mots de tache et de souillure consacrés par le concile de Trente et la théologie chrétienne?

Où donc l'Eglise condamne-t-elle au supplice du feu les enfants morts sans baptême? Est-ce que des théologiens du premier ordre ne les exemptent pas de toute souffrance? Est-ce que d'autres ne vont pas jusqu'à leur accorder une certaine félicité ? Est-ce que le texte même du concile de Florence, qui parle de peines, mais de peines différentes, ne peut pas se justifier par la simple privation delà justice originelle qui emporte comme conséquence l'impossibilité de voir et de posséder Dieu surnaturellement ? Est-ce que le dépouillement de la vie et de la beauté primitive, est-ce que la privation de la vue et de la possession de Dieu, ne suffisent pas aussi à expliquer ces mots des Pères et des conciles, que nous ne trouvons souvent si durs que parce que nous ne les avons pas assez compris ?

Vous vouliez savoir ce que l'Église enseigne sur cette transmission du péché originel qui offusque votre raison ? Le voici. L'Église enseigne que Dieu a fait à l'homme, en dehors des éléments de sa nature, des dons absolument gratuits ; et que, par suite de sa désobéissance, rhomme avec sa postérité est dé-

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pouillé (le CCS dons, et demeure avec une infirmité de nature que Dieu n'était pas tenu d'empeclier, et avec l'impuissance d'atteindre la fin dernière que Dieu lui avait prédestinée. Pourquoi Dieu a-t-il établi cet ordre? Pourquoi a-t-il voulu mettre pour condition à la permanence des dons surnaturels dans la postérité d'Adam, la condition de la fidélité d'Adam lui-même? Pourquoi a-l-il subordonné à cette permanence du don surnaturel l'intégrité et l'harmonie de la nature humaine ? Pourquoi? 11 n'y a ici qu'un mystère^ le mystère de la volonté de Dieu. Si Dieu vous eût ôonsulté, vous eussiez peut-être conseillé autre chose. Soit ; Dieu n'a pas décidé ce que vous eussiez conseillé : il a voulu dans la postérité d'Adam le dépouillement et l'infirmité qui étaient dans Adam luimême comme conséquence de sa faute.

Or, je demande ce qu'il y a d'absurde dans cette transmission aux enfants de l'indis-ence paternelle ? Est-ce qu'il n'est pas dans l'ordre général des êtres d'engendrer le semblable à soi, et de transmettre à la postérité les dégradations comme les privilèges de la paternité ? Est-ce qu'on trouve étonnant que dans

la société le fonctionnaire ou le titulaire dégradé pour crime de lèse-majesté, ne transmette pas à ses enfants une dignité perdue ?p'oij vient cette manie antirationnelle de trouver absurde dans Dieu ce qu'on trouve si simple dans l'homme? Quoi ! vous vous irritez de cette solidarité du dépouillement et de la misère entre le père et les enfants ? Et pourtant cette solidarité , vous la rencontrez partout ; et partout, pour l'absoudre et la justifier, votre philosophie sait trouver des raisons péremptoires. Vous dites que l'homme ayant inoculé le mal à son propre sang, Dieu n'eât pas tenu d'empêcher cette dépravation de suivre son cours, et de s'en aller même à travers plusieurs générations diminuer l'honneur de la vie, ou flétrir l'incarnat d'une chair humaine. Et quand il s'agit d'une solidarité établie par la libre volonté de Dieu et acceptée par la libre volonté de l'homme ; vous venez, armés de la raison, de la science;, et quelquefois de la parole même de Dieu, nous dire et nous redire que les enfants ne doivent pas être responsables des iniquités de leurs pères !

Ah ! vous en êtes bien sûrs? la race ne peut

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porterie poids de l'iniquité palernelle?... Mais avez-vous compté tous les péchés oriiïinels dont l'histoire vous montre le point do déj)art dans les j;énérations prcAaricalrices, et leurs contre-coups douloureux à travers les siècles? Est-ce que vous n'avez pas entendu cette grande et impartiale voix de l'histoire vous raconter et les péchés originels des races, elles péchés originels des nations, et les péchés originels des familles ? Est-ce que vous ne l'avez pas vue vous montrant du doigt, au front de certaines races abâtardies et de certaines familles déchues, le stigmate visible qui atteste, dans un sang qui coule encore, le passage du mal et le souffle du péché qui se sent toujours même à travers la distance et la durée ?

Vous déclarez fièrement la solidarité du mal entre la race et la paternité une impossibilité, une impiété, un dogme cruel qui révolte le cœur, déconcerte la raison et doit indigner la religion elle-même ? Ah ! si vous le prenez de si haut, prenez garde que moi, à mon tour, du haut de ma doctrine, face à face avec vous, je ne vous regarde au visage, et que mon œil fixé sur vous n'y découvre des sillons qui

VOUS accusent et témoignent contre vous!... Etes-Yous bien sûrs, quand yous levez sur moi vos yeux, et me montrez à découvert ce front où l'homme se déploie, êtes-voushien sûrs que vous ne m'y montrez pas quelques vestiges encore visibles de l'iniquité lointaine ou proche de quelqu'un de vospères dans l'humanité ? Combien peut-être parmi vous en ont reçu, sans l'avoir voulu et sans pouvoir le répudier, un héritage de douleurs qui n'entraient pas même dans ce commun héritage que nous tenons tous de notre premier père? N'y en aurat-ilpas parmi vous, peut-être, qui seront^ eux aussi, des pères prévaricateurs, et emporteront leur postérité dans la solidarité d'une nature diminuée, d'un sang altéré, d'une vie déshéritée de sa force et de sa beauté ? Ah ! s'il en était ainsi, un jour, sans doute, vos enfants, sous le poids de vos prévarications et sous le stigmate de vos vices, pourront gémir, se plaindre et vous accuser. Mais si leur cœur accuse l'homme, leur raison n'accusera pas Dieu ; ils n'essayeront pas de le convaincre d'injustice ou de cruauté, pour avoir permis que l'homme transmît à sa postérité

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son iiKli«îence et sa misère. Non, en vérilû, le mystère du péclié originel n'a pas ù demander grâce à la raison liiinKiiiie. Bien défini, bien connu, il se juslille lui-même par lui-même, comme tous les mystères qui s'appuient sur la parole de Dieu^ justificatain semetipsa.

Mais il y a plus et mieux à dire sur ce sujet. Et vous allez voir que ce point noir, qui vous effraye au berceau du genre humain, est la vraie lumière qui éclaire la science de l'homme.

Toujours les docteurs et les moralistes chrétiens ont vu dans le mystère de la chute, une des plus grandes lumières qui sert à nous révéler l'homme. Ce mystère, en effet, qui entre si profondément dans l'économie du christianisme et qui reflète plus ou moins d'autres mystères chrétiens , est une donnée dogmatique et historique, qui nous en apprend plus sur l'homme que tous les efforts de la philosophie et de la science purement humaine. Nous l'avons vu, l'homme par suite du pé-

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ché d'origine, n'est pas seulement un être dépouillé du surnaturel, c'est un être troublé dans sa nature ; un être qui a perdu, avec le privilège de sa vie divine, son harmonie première. C'est ce qui nous explique pourquoi la science qui repousse la prévarication et la perturbation primitive, n'arrive jamais, quoi qu'elle fasse, à une connaissance complète, et surtout à une connaissance vraiment pratique de l'homme. Je ne dis pas, remarquez-le bien, que sans le mystère du péché originel, vous n'avez aucune connaissance de l'homme, et que la science des traitements humains vous échappe entièrement ; je dis seulement que vous ne l'avez pas complète ; j'affirme que ce grand mystère du péché originel, en dogmatisant la chute et l'infirmité de l'homme , est pour la vraie science de la vie humaine un grand et. merveilleux secours. Le vice de tant de systèmes erronés sur la nature humaine enfantés depuis plus d'un siècle par la philosophie et la science antichrétiennes, c'est de ne pas considérer l'homme comme un être tombé, déformé ; mais comme un être semblable aux autres êtres de la nature, dans son état parfai-

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lement norinal ; et le principe le plus radical de tontes ces aberrations, c'est d'oublier que l'homine par sa chute est un être détourné de sa fin surnaturelle, et comme tel' incapable, par lui-même d'atteindre sa destinée. De là une science de l'homme nécessairement fausse, qui met l'erreur à son point de départ, et roule dans le cercle éternellement vicieux de ses insolubles contradictions. Au contraire, donnez pour point de vue à la science de l'homme le mystère de sa chute : alors tout se comprend ; tout s'explique; tout s'illumine; tout brille d'une plus grande clarté ; et ce dogme obscur de la chute originelle devient, à la lettre, le flambeau qui éclaire le plus l'homme et ses mystères.

Il y a trois sciences surtout qui ont pour objet direct le traitement de l'homme : la science de l'homme physique, la science de l'homme moral, la science de l'homme social. Le mystère de la chute est la grande lumière qui éclaire la science de l'homme sous ce triple rapport.

Et d'abord, il y a la science de l'homme, qui a pour objet direct le traitement des corps : la

science de la médecine. Or, le dogme du péché oriiïinel contribue singulièrement à préserver la science médicale de ses deux plus grandes absrrations, et 4ui donne sa plus grande lumière. La doctrine du péché originel est avant tout et fondamentalement une doctrine spiritualiste -. et, bien que le mal originel nous vienne avec le sang comme l'héritage de la paternité déchue, le mystère intime du péché originel gît surtout au fond de l'âme ; c'est le mystère de l'âme dépouillée de sa dignité et de sa splendeur première. Quiconque croit au péché originel affirme l'âme, c'est-à-dire la part essentiellement immatérielle de l'homme ; et par là, il fuit à jamais le plus grand abîme de la science médicale : le matérialisme. Je ne croirai donc pas sortir tout à fait de mon sujet, en saisissant ici, au passage, l'occasion de vous signaler dans la médecine contemporaine une aberration fondamentale^ je veux dire le matérialisme médical.

Le docteur qui s'approche de la couche où la maladie vous tient captif^ peut faire jusqu'à un certain point abstraction de votre vie surnaturelle : mais comment pourrait-il faire abs-

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traction de votre Ame, c'est-à-dire de votre vie spirituelle? Savoir si l'homme n'est qu'une matière organisée, ou s'il a une ame immatérielle, est la première question que doit résoudre la science qui prétend traiter, même physiquement, cet étrange malade qui s'appelle un homme. Je me trompe, l'immatérialité du principe vivant dans l'homme ne doitpas même être posée comme une question ; elle doit être acceptée comme un point de départ. Le matérialisme doctrinal est en médecine l'erreur principe et mère de presque toutes les autres. Jamais je n'admettrai l'homme qui nie audacieusement mon âme à toucher à mon corps. f.a science qui ne croit pas à l'esprit se trompe radicalement sur le principe de ma vie. Elle ne tient compte en moi que de ce qui se voit de l'œil ou se touche de la main ; or, je sais que dans la vie qui est malade, comme dans la vie qui est saine, ce qui importe le plus^ ce qui fait en moi cette harmonie que j'appelle ma santé, ou ce désordre que je nomme ma maladie, ce n'est pas tant ce qui se voit que ce qui ne se voit pas. ,Je repousse de toutes mes forces ce matérialisme médical, cet organi-

cisme grossier qui ne veut voir que des lésions et encore des lésions, et qui, en s'abattant tout entier sur les organes, est incapable, selon la remarque d'un savant docteur, de s'élever aux causes supérieures qui donnent la vraie science des maladies et le secret de la vraie thérapeutique.

Qu'est-ce, en effet, qu'une vie humaine, si ce n'est l'union et la compénétration la plus intime, la plus profonde et la plus perpétuelle de la matière et de l'esprit? qu'est-ce qu'un homme, un homme sain ou un homme malade, si ce n'est l'action et la réaction continue d'une âme sur un corps, et d'un corps sur une âme? et dans notre état d'infirmité actuelle, qu'est-ce que le mystère douloureux de notre vie, si ce n'est un retentissement dans la chair des blessures de l'esprit, et un contrecoup dans l'esprit des blessures de la chair i* Dès lors, comment concevoir rationnellement et scientifiquement un traitement de mon corps faisant une abstraction complète de mon âme? comment, en face de cette réalité vivante qui confond de son regard la science matérialiste, voyons-nous encore se perpétuer au mi-

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lieu de nous ce système honteux qui méconnaît dans la médecine la part sublime de l'homme ; alors"qu'il est si manifeste, au bon sens même le pbis vuljj;aire, qu'il y a mille maladies qui torturent le corps, et dont la cause réelle n'est dans aucun organe et n'habite qu'au plu8 profond de l'àme? 0 docteur, lu prétends G^uérir mon corps, et tn ne crois pas à mon âme? tu dis qu'après avoir disséqué le cadavre humain, tn n'as pu saisir une âme au bout de ton scapel ; et tn en conclus que ma vie n'est que matière ! Arrière I... Va-t'en trouver ceux qui se méprisent assez pour abdiquer l'honneur de la vie humaine ; moi je suis un homme, je ne prétends pas être traité comme un animal. Dût ta conscience déshonorée soulager mon corps en faisant abstraction de mon âme, J8 lui dirais encore : Va-t'en : tu méconnais ma dignité; tu insultes à la majesté de la vie. Ta médecine matérialiste n'est pas seulement l'extinction de la science, elle est la dégradation de l'homme, qu'elle. traite comme une vile matière ; elle est l'humiliation du peu[)le livré comme un bétail à l'opprobre de tes expérimentations !

Il y a une seconde aberration de la science médicale qui tient plus directement à la négation de la chute. La doctrine du péché originel n'est pas seulement la doctrine de l'âme et de l'esprit, elle est la doctrine de l'homme tombé, et portant jusque dans son corps le contrecoup terrible de la chute qui a précipité son âme. Ce qui fait ici la grande aberration de la science médicale, même de celle qui n'est pas absolument matériahste, c'est de ne pas comprendre ce mystère vivant de la contradiction humaine qui fait de notre vie un effroyable antagonisme entre la chair et l'esprit ; antagonisme que l'homme sent d'autant plus, qu'il travaille davantage à refaire en lui-même par des efforts plus courageux son équilibre rompu. Le Christianisme, d'un seul mot, donne à la science médicale la clef de ce profond mystère, qui éclaire tout ensemble avec les abîmes de l'âme les plus profonds rephs du corps humain. Quel que soit d'ailleurs votre symbole, que vous croyiez ou non au dogme de la chute, quand vous approchez de l'homme pour toucher à ses plaies vives, vous vous trouvez en face d'un être qui vous apparaît en proie à une

ET LA SClENCr, DE 1,'lIOMME. '219

perturbation profoiule. Quiconque juge autrement ce voyageur couché au cliemin de la vie, meurtri et saignant, attendant les soins du Samaritain charitable, cehii-là ne connaît pas l'honinio, et il n'est pas digne de toucher à ses blessures.

Le corps humain lui-même, pour peu qu'il ait senti les souffles de la vie et les contacts du siècle, porte presque partout, sous les yeux de la science qui le regarde, des stigmates de dépravation dont le spectacle la tient dans l'étonnement. Ah! Messieurs, dites-moi, est-ce que vous n'avez jamais pénétré dans l'un de ces rendez-vous des douleurs humaines, là où toutes les maladies qui atteignent l'homme dans son corps se rencontrent face à face, et vous donnent l'apparition d'une humanité blessée depuis la plante de ses pieds jusqu'au sommet de sa tête? Eh bien , lorsque vous avez vu toutes ces plaies, toutes ces flétrissures, et pourquoi ne le dirai-je pas? toutes ces ignominies dont le corps lui-même est le théâtre, l'acteur et la victime; est-ce que vous ne vous êtes pas demandé dans une douloureuse stupéfaction : Pourquoi toutes ces blessures, tous

ces brisements, tous ces opprobres de la vie? qu'est-ce que cet être étrange qui se fait luimême l'assassin de sa propre vie; qui retourbe contre son âme tous les instincts de son corps, et qui inflige à son corps toutes les dégradations de son âme? Quel problème terrible pour vous surtout qui, au flambeau de la -science, regardez dans ces mystères de honte, et qui venez, l'instrument ou le remède à la main, pour toucher et guérir ces blessures!

0 vous à qui Dieu a fait la fonction de guérir les corps, comme Dieu nous a fait hi fonction de guérir les âmes, écoutez : Dieu nous ordonne de vous honorer, à cause du besoin que nous avons de vous; et nous vous honorons; et avec l'honneur nous vous accordons le respect. Mais vous-mêmes, pourquoi ne respectez-vous pas dans l'homme le grand mystère de Dieu ? Pourquoi méprisez-vons le dogme illurainateur qui éclaire toute votre science en éclairant tout l'homme ? Quel est votre credo religieux et votre symbole philosophique? Votre raison ne peut-elle s'expliquer tous ces mystères par l'effet seul de la nature, telle qu'il vous paraît que Dieu a dû la créer? Alors, quen'ad-

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metloz-voiis, coiuhkî l.i cause première de toutes les lésions de la vie, cette lésion primitive qui en explique tant d'autres? Vous semble-l-il, au contraire, en prenant conseil de voire seule laison, que Dieu a pu créer celte nature telle qu'elle est, avec le germe de toutes ces maladies et même de toutes ces hontes, dont le spectacle contriste votre cœur et déconcerte voire science elle-même? Alors, (jue peut-il vous en conter de reconnaître avec nous que cette nature, si effroyablement malade, n'est devenue telle que par la prévarication humaine ?

Mais non, la médecine antichrétienne ne veut ici ni rien voir ni rien entendre. Expliquer ces dégradations par la chute originelle lui semblerait une concession faite au surnaturel; et la médecine antichrétienne a horreur du surnaturel; et, par une secrète attraction qui lie l'ordre spirituel à l'ordre surnaturel, l'horreur qu'elle voue à l'un la pousse instinctivement à rejeter l'autre : et voilà pourquoi, non contente de traiter l'homme comme un être placé dans un état normal, trop souvent elle le traite comme un être purement animal, et ne voit en lui

qu'une matière organisée. Aussi, au lieu de demander à la santé des âmes le secret de la santé des corps, la voit-on quelquefois conspirer avec la dépravation morale pour arriver à la restauration de la santé physique. Honte à cette science deux fois inhumaine! Je dois parler ici dans la plénitude de ma liberté apostohque. Je dénonce du haut de cette chaire un attentat de la médecine matérialiste et irréligieuse. Au lieu de chercher dans les efforts de l'âme la noble et grande thérapeutique des corps en proie à de terribles envahissements^ c'est elle, je le sais, qui prête aux plus pervers instincts des comphcités abominables ; elle, qui a pour le sens dépravé d'infernales complaisances ; elle, qui conspire sous le prétexte de la santé contre l'honneur de la chasteté : alors que l'expérience universelle a démontré avec éclat, que la virginité des âmes est un des principes les plus féconds de la beauté et de l'énergie des corps; tandis que la volupté, presque toujours, est pour ceux qu'elle a touchés, un vêtement de feu et comme une robe empoisonnée qui brûle et consume dans la fleur de la vie, même les Hercules.

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Le mystère de la chiite n'éclaire pas seulemeul la science qui a pour objet direct le traitement des corps, elle éclaire encore plus la science qui a pour objet le traitement des âmes, je veux dire la science morale. L'ignorance ou la négation du mystère du péché originel est le c;rand aveuglement de la morale purement humaine. Parcourez, môme sans tenir compte du passé, la variété des systèmes enfantés par les moralistes contemporains pour gouverner les actes humains, et créer la science pratique du traitement de l'âme ; tous ont un vice commun qui les frappe d'impuissance : l'ignorance ou la négation de la chute.

Je vois d'abord, parmi les inventions de la sagesse humaine, la morale fouriériste avec toutes celles qui gravitent autour d'elle et marchent sous l'impulsion de son principe ; c'est la morale qui prend pour point de départ l'harmonie dans l'homme; morale nouvelle qui conduit l'humanité, à travers les parfums et les fleurs, à des vertus sans eftorts et à des héroïsmes qui ne coûtent rien; morale la plus profondément immorale, qui consacre la débauche et sanctifie la honte. Avec la morale

fouriériste nous avons la morale positiviste ; morale étrange qui met les faits à la place des principes; qui accepte tout ce qui est, non tout ce qui doit être; qui nie dans la sphère des devoirs Timmuable et l'absolu ; morale inouïe, dont le dernier mot se résume aussi dans la négation de la morale, et dont le résultat nécessaire est la destruction de toute vertu. Après la morale fouriériste et positiviste, il y a, avec des nuances indéfiniment variées, la morale épicurienne, qui met la vertu non dans la résistance à la passion, mais dans la modération du désir. Ne pas trop vous venger, si vous avez la passion de la vengeance; ne pas trop vous irriter, si vous avez la passion de la colère ; entre la résistance à la passion et l'assouvissement de la passion^ trouver le juste milieu. Morale commode, qui a pour terme de ses ambitions ce facile idéal : ne pas excéder dans le mal. Morale servile et lâche, dont l'héroïsme consiste non à commander à la passion, mais à l'empêcher d'envahir l'homme tout entier ; grossier et vulgaire idéal qu'elle ne parvient pas même à réahser. Messieurs, je le sais, il y a une morale plus

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lioimêle, qui reconnaît jusqu'à un cerliin ixiinl la nécessilô de la lutte, et prétend assurer ;ui\ principes le triomphe léj;itinie sur le sentiment, la passion et l'instinct ; morale bpirilualiste, qui a l'ambition de rivaliser en elîicacité avec le christianisme lui-même. Mais cette morale, elle aussi, se démontre dans la réalité l'aiblc et insuffisante : elle ne voit pas tout le fond de Ihonmie, et elle ne comprend pas la plénitude de son devoir; elle n'a pas le sens assez profond de cette opposition qui arme l'erreur contre la vérité, le mal contre le bien, l'homme contre Dieu. Elle ignore, en un mot, le mystère de la chute ; et dès lors, ne conqu'enant pas assez l'honune, elle est impuissante à proclamer la plénitude de ses obligations. Une autre cause d'insuffisance plus radicale atteint ici la philosophie rationaliste ; c'est l'ignorance de la destinée surnaturelle faile à l'homme, et des moyens du même ordre établis pour secourir sa faiblesse et guérir ses blessures. Là, croyons-nous, gît surtout le mystère de l'inefficacité rationaliste et de l'impuissance philosophique. Ignorant le vrai but de la vie, la philosophie purement bu-

maine se trouve impuissante à lui fournir les vrais moyens pour arriver à sa lin : or cette ignorance de la vraie destinée, remarquez-le bien, tient intimement à l'ignorance delà chute originelle. Aussi, quoi que fassent ici les philosophes même les mieux doués et les mieux intentionnés, ils n'arrivent pas à créer une morale efficace et vraiment féconde. Leur supériorité n'éclate que dans les sphères de l'abstraction et dans les régions de l'idéal. Mais s'asfit-il de toucher à l'homme, de le gouverner, de le diriger, de le subjuguer par l'efficacité de leur sagesse; une seule chose se révèle et se produit avec éclat : l'impuissance , la faiblesse, la stérihté. Tous, malgré des miracles de bon vouloir et des prodiges de génie, tous font aboutir plus ou moins l'humanité instruite parleurs leçons à ce lamentable résultat : à une morale effroyablement latitudinaire, qui n'est plus même un embarras pour les passions qui veulent se satisfaire. Quoi qu'il en soit du reste de la possibilité absolue pour la philosophie rationaUste de connaître l'homme et ses devoirs, je constate un fait, le fait général de son impuissance et de sa stérilité. Or, d'où vien-

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