‹ Le progrès par le christianisme (volume 3)Chapitre 18 sur 19 · SIXIÈME CONFERENCE · texte numérisé non relu

SIXIÈME CONFERENCE

Messieihs,

Après avoir exposé le mystère qui nous initie à la connaissance du monde et le mystère qui nous initie à la connaissance de Dieu, nous avons examiné dans notre dernière conférence le mystère qui, du fond même de son obscurité, éclaire le plus la science de l'homme : le mystère de la chute^ ou du péché originel. Ce mystère montré dans son vrai jour, vous l'a-

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vez reconnu, se justifie par lui-même. Vous avez Yu^ au point de départ de la chute, Thumanité, que Dieu eût pu créer telle qu'elle naît aujourd'hui, rehaussée par des dons surnaturels, et nous montrant de loin, dans les splendeurs de l'Eden primitif, une beauté transfigurée. Vous avez vu l'homme par sa révolte se dépouillant volontairement lui-même de ces privilèges librement octroyés, et sous le coup de sa prévarication, tout à la fois privé de sa vie surnaturelle et blessé dans sa nature. Vous avez vu enfin le premier homme , par suite de sa chute personnelle, entraînant avec lui sa postérité dans sa déchéance, et léguant à ses enfants cet héritage d'infirmités physiques et morales qui, sans constituer le péché originel dans son essence, en devaient être les tristes et douloureux appendices.

Certes, nous ne le nierons pas, il demeure là encore quelque chose qui se dérobe et nous échappe. Si ce mystère nous envoie des clartés, il garde pour nous des ombres. C'est la nécessité inhérente à tout mystère. Mais vous avez beau creuser jusqu'à la fin du monde cet abîme profond; jamais vous n'arriverez à

en faire sortir un tlémenli donné à la raison. Et ce mystère qui se justifie en lui-même devant la raison, a le privilège singulier, tout en demeurant obscur, d'éclairer d'une pi us grande clarté les abîmes de la vie, et d'illuminer toutes les sciences qui ont pour objet l'homme lui-même. La science médicale, qui a pour but le traitement des corps, y trouve un préservatif contre ses deux plus grandes aberrations, la première, qui consiste à ne voir dans l'homme qu'une matière organisée ; la seconde, qui consiste à voir dans l'homme un être dans son état normal. La science morale, qui a pour objet le traitement des âmes, trouve particulièrement dans le mystère de la chute la révélation de la vraie loi, et de la vraie fin de la vie : loi fondamentale, et fin surnaturelle, dont l'oubli ou l'ignorance laisse dévier la morale, et condamne les moralistes à l'impuissance de réaliser l'idéal de la vertu. Enfin la science qui a pour objet direct le traitement de l'homme social et le gouvernement des sociétés, trouve, elle aussi, dans l'ombre de la chute sa plus grande lumière. A la lueur de ce flambeau placé au berceau du monde, elle voit ce qui

conspire éternellement dans l'humanité contre le règne de la liberté, de l'égalité et de la fraternité; et elle trouve dans cette révélation le vrai secret du gouvernement des peuples. Ainsi ce mystère du péché originel, qui soulève tant d'oppositions , porte en lui-même sa justificatioUj et vient au secours des sciences et des philosophies qui l'attaquent.

Mais pour que ce mystère soit vu dans tout son jour et vous envoie toute sa lumière, il ne faut pas le séparer d'un autre qui sert à en éclairer les faces demeurées obscures. Le mystère du péché originel avec les conséquences qu'il entraîne, est le côté lugubre du Christianisme ; le mystère du Verbe incarné en est le côté radieux. Voilà pourquoi après avoir contemplé le mystère de la chute de l'homme, il faut contempler le mystère de l'Incarnation du Verbe, qui est le mystère de la réparation. Obhgé de résumer la doctrine et de condenser la lumière, après avoir fait subir à ce mystère, comme aux précédents, l'épreuve de la raison, nous le montrerons comme le centre de toute la science, et comme le foyer de la lumière universelle.

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Le mystère de rincaiiKitioii a des cotés si attractifs pour notre humanité,, qu'il aurait du, ce semble, trouver plus facilement que tous les autres un bon accueil devant les intelligences; il avait pour séduire la pensée tous les charmes du cœur. Et cependant, aujourd'hui comme à Iheure de sa proclamation première, ce mystère rencontre la contradiction ; il demeure ce qu'il fut au commencement : la folie de la Genlilité : Gentibus stullitiam. L'antichristianisme scientifique et philosophique s'attaque à lui de préférence, sans doute parce qu'il y sent Lattre le cœur du Christianisme. Des païens nouveaux, que le Christianisme importune , et dont l'impiété voudrait anéantir le Dieu qu'ils ont quitté^ nous refont, avec aggravation d'ignorance et d'audace, contre le mystère de l'Incarnation, des objections depuis dix-huit siècles cent fois réduites en poussière par la parole chrétienne, et qu'il faut combattre toujours, puisque toujours elles reviennent obscurcir de leurs ténèbres les

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clartés de la lumière. Écoutez, Messieurs, écoutez contre le grand mystère chrétien l'objection aujourd'hui à peine concevable de l 'antichristianisme.

« Il n'est pas nécessaire, dit-il^ d'insister longuement sur ce qu'il y a d'impossible et de contradictoire à ce que l'essence infinie de Dieu vienne se circonscrire et se limiter dans une essence finie et imparfaite ; en d'autres termes que la Divinité s'ajoute à l'humanité ou l'humanité à la Divinité ; en sorte que , malgré l'union intime des deux natures, et en vertu même de cette union, il y a tout à la fois dans la même personne deux personnalités distinctes ; cequire\ient en définitive à un parfait non-sens. Ce dogme de rincarnation, continue l'anticliristianisme, contre lequel la raison se révolte, est précisément ce que les chrétiens admirent le plus. "Ainsi, d'après cet exposé du mystère, la Divinité vient se circonscrire dans l'humanité, ou s'ajouter à l'humanité. Selon d'autres ajénies aussi bien renseio;nés sur la réalité de notre foi, l'Incarnation est le mystère où la Divinité vient s'anéantir dans l'humanité. Je le demande. Messieurs, que dire devant

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une tello oxposilion de notre dogme? Ksl-ce l'ic^noranee, est-ce Li mauvaise foi qui dénature à ce point le mystère chrétien, et s'en fait un fantôme ridicule pour le mieux livrer à la risée des nations? Vraiment, à ces grands esprits qui ignorent ou défigurent si prodigieusement la vérité chrétienne, on serait tenté de dire : Retournez au catéchisme ; et vous apprendrez que ce que nous admirons, ce n'est pas ce que vous attaquez, mais ce que vous ignorez.

Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer, Messieurs, que la haine du Christianisme se trahit au fond de cet antagonisme. Il n'y a que la haine pour parler en ces termes du grand mystère d'amour. Blessé au cœur par de tels coups avec le Dieu que j'aime^ et avec tous mes frères les chrétiens, j'aurais quelque droit de laisser échapper contre la haine calomniatrice le cri de l'amour indigné. Mais je veux imposer silence à mon propre cœur^, pour vous faire entendre dans l'exposé de ma foi la voix d'une calme raison.

Demeurons au point de vue où l'antichristianisme se pose pour attaquer notre mystère. L'antichristianisme nie la possibilité intrinsè-

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que de l'Incarnation ; il prétend y saisir une contradiction, un non-sens, absolu, une folie sacrée. Voyons donc, de quoi s'agit-il ici au point de vue de la raison? Est-ce que le dogme de rincarnation prétend^ comme on a osé le dire, circonscrire l'essence infinie dans une essence finie ? ou bien, selon une autre interprétation oij le prodige de l'ignorance n'est pas moins étonnant , est-ce que le dogme affirme que la Divinité s'anéantit dans l'humanité, ou que l'humanité elle-même vient se perdre et s'évanouir dans la Divinité ? Enseignons-nous que le mystère de l'Incarnation est la confusion de la nature divine et de la nature humaine? ou bien, maintenant la distinction des deux natures, prétendons-nous affirmer deux personnes dans une personne ? Tout cela, nous en convenons, est absurde, très-absurde. Tout cela fut enseigné et défendu par l'hérésie. Oui, mais tout cela fut condamné par l'orthodoxie et réprouvé par l'Eglise. Qui a enseigné dans le mystère de l'Incarnation la dualité de personnes en Jésus-Christ? qui? Nestorius. Qui a anathématisé Nestorius? L'Église assemblée au concile d'Éphèse. Qui a voulu, en mainte-

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liant 1 imité de la personne, confondre les deux natures en Jésus-Christ? qui ? Un hérésiarque, Eulychès. Qui a foudroyé Eutychès? l'Église catholique au concile de Chalcédoine. Qui a voulu reconnaître en Jésus-Christ, avec l'unité de nature, une seule volonté et une seule liherlé? Des hérétiques. Qui a frappé ces hérétiques? L'Église encore dans ces grandes assises où elle s'assemblait pour confondre l'erreur et glorifier la vérité.

Que penser. Messieurs, de la loyauté d'une polémique qui vient nous objecter l'erreur hérétique, alors que nous n'affirmons et neprétendons défendre que la vérité catholique? Ah ! la vérité catholi(iue, puisqu'il en est tant aujourd'hui qui ont le malheur de l'ignorer, il faut la rappeler, la définir, la préciser. Or, la vraie foi sur le mystère de l'Incarnation^ la voici : C'est que « nous croyions et confessions que Notre- Seigneur Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble : Est ergo fides recta, ut credamus et confiteamur quia Dominus noster Jésus Christiis Deus et homo est : Dieu engendré de la substance du Père avant tous les temps; homme né de la substance de sa mère dans le temps ;

Dieu parfait, et homme parfait, ayant mie chair humaine et une âme raisonnable. Et bien qu'il soit homme et Dieu, il n'est pas deux, mais un seul Christ ; un, non par le changement de la Divinité dans la chair, mais par l'assomption de l'humanité en Dieu; un, non par la confusion des substances, mais par l'unité de la personne. Car de même que l'âme raisonfiable et la chair ne constituent qu'un seul homme, Dieu et l'homme ne sont qu'un seul Christ (1). »

Ainsi le Fils de Dieu, le Verbe, seconde personne de l'auguste Trinité, prend un corps et une âme comme votre corps et votre âme, c'està-dire la nature humaine; il l'élève jusqu'à l'honneur incomparable de sa personnalité; en sorte que les opérations du corps et les opérations de l'âme, tout en demeurant des opérations de la nature humaine, sont rapportées au Verbe divin qui dirige tout, est responsable de tout, et communique à tout la dignité et le mérite qui vient de sa personne. Ainsi la souffrance qui atteint directement la nature

(1) Symb. de saint Athanase.

humaine et est dans la nature humaine, se rapporte à hi personne du Verhe ; et l'on peut et doit dire que le Fils de Dion a souffert, parce que cette naUire humaine où s'est posée la souffrance, lui appartient. Ainsi on pourra dire aussi que Marie est la mère de Dieu, parce que cette chair et cette substance humaine formée de son sang et portée dans ses entrailles, appartient au Verbe qui l'a prise et l'a faite sa chair et sa substance })r{)prc.

Voilà le mystère, Messieurs : ecce mysterïum dico. Où voyez-YOus là que la Divinité s'absorbe dans l'humunité, ou que l'humanité vient s'ajouter à la Divinité pour constituer deux personnes dans une même personnalité? où découvrez-vous dans le dogme ainsi conçu et défini la confusion des natures, ou la dualité des personnes? qu'y a-t-il ici d'intrinsèquement impossible à ce qu'une même personne gouverne l'empire d'une double nature ; lorsque vous-mêmes, dans l'unité de votre personne humaine, vous régissez le double domaine d'une substance matérielle et d'une substance immatérielle^ de votre corps et de votre âme ?

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Et si, comme nous l'avons déjà remarqué, une lumière qui luit en vous comme l'évidence vous force de reconnaître au fond de votre vie l'unité de la personne dans la dualité de la substance ; rationnellement que peut-il vous coûter d'admettre comme une chose possible l'unité de la personne même dans la triplicité de la substance? Est-ce que l'un est plus facile à comprendre que l'autre? Est ce que vous ne voyez pas que le premier n'est lui-même possible que par la même puissance qui a voulu et constitué le second? Ah! celui qui rapproche, malçrré leur distance naturellement infranchissable, la matière et l'esprit, pour faire de leur union une seule personne, comment n'aurait-il pas la puissance d'élever l'un et l'autre jusqu'à lui, et de se les unir sans les confondre, et sans se confondre avec elles, dans l'unité de sa personne divine? Si vous trouvez le mystère de votre personnalité une chose si simple, pourquoi trouveriez-vous le mystère de l'Incarnation une chose si absurde? Quelle est cette étrange prétention de la raison humaine d'opposer sans cesse à la puissance de Dieu la barrière de l'impossible? Ce que Dieu peut, jus-

qu'où s'i'loiid sa puissance d'opérer en dehors de lui, vousest-ildonc si facile de le voir, de le comprendre, de le définir? Et lorsque vous accordez à Dieu la puissance de créer avec deux substances distinctes une personnalité qui subsiste en elle-même, et dans ses actes ne relè\e que d'elle-même; comment refuseriezvous à Dieu de se poser lui-même comme la personnalité régissant à la fois deux natures distinctes?

Ah! Messieurs^ laissons ce point de vue trop abstrait et trop aride de la possibilité du mystère. Car en vérité, lorsque nous insistons pour vous démontrer contre Terreur anticlirétienne la possibilité de l'Incarnation, manifestement nousfaisons acte de condescendance ;nous compatissons à l'infirmité des esprits, et nous écartons de leur chemin la pierre de scandale où trop facilement ils viennent se heurter. L'Incarnation est bien plus qu'une chose absolument possible; c'est une chose souverainement convenable. Oui, si une vue claire de mon intelligence me dit qu'un Dieu pouvait s'incarner, un cri spontané de mon âme me dit : Il convenait qu'il le fît.

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Je pourrais vous dire tout d'abord que le mystère de l'Incarnation répond magnifiquement aux convenances de riionime. Si vous regardez au fond de la nature humaine et au fond de ce grand mystère chrétien, vous- découvrez entre l'une et l'autre une merveilleuse correspondance, et une sorte d'harmonie fondamentale. L'homme tombé par sa faute, du fond de sa faiblesse et de son impuissance, non-seulement invoquait pour se relever le secours d'une force divine; il appelait encore pour mieux remonter vers sa grandeur perdue un modèle à contempler. Homme, ayant pour vocation et pour destinée de conquérir Dieu, il lui fallait un modèle vivant aussi rapproché que possible et de Dieu et de lui-même ; et il cherchait comme idéal à contempler, et comme exemplaire à imiter^ l'Homme-Dieu : l'Homme-Dieu, non-seulement lui apportant le prix de la rançon qui devait le racheter, mais venant lui montrer achevée t-n lui-même la perfection qu'il devait pratiquer.

Qui ne connaît dans l'homme cet inexprimable besoin d'imiter: passion sublime qui lui fait souvent poursuivre son idéal, même

FOYi;« Di; LA sCIENCli. 'Jb.j

dans les régions de rimaiiinaire, impuissant qu'il se sent à le trouver tel qu'il le poursuit dans le monde réel ? Qui ne comprend dès lors comment le mystère de l'Incai nation correspondait heureusement à cet invincible besoin de poursuivre le iirand, le beau, le parfait, même du fond de sa misère et de son infirmité? Ah! pour moi je le sens, oui, j'aspire avec l'humanité entière à imiter ce je ne sais quoi que je ne puis définir, que je cherche partout, et que je ne trouve nulle part ; une perfection qui tienne tout ensemble et de l'homme et de Dieu ; de l'homme que je suis et que je me sens moi-même, de Dieu que je cherche et dont l'infinie perfection me séduit encore de loin, alors même que je ne la puis atteindre ; de l'homme, afin que je sente dans mon modèle quelque chose de cette infirmité qui m'atteint dans ma chute ; de Dieu, afin que je retrouve en lui cet idéal dont la poursuite lointaine doit être ma grandeur et ma restauration .

Eh bien, ce modèle, ce type, cet exemplaire, cet idéal, Dieu me le montre, à travers l'ombre du grand mystère, aussi parf'ait, aussi rayon-

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nant, aussi sympathique et aussi attractif que possible. Le voilà, unissant en lui cet humain et ce divin que je cherche dans mon modèle : cet humain qui est en moi et que je suis moimême ; ce divin qui est hors de moi, et que je veux le plus possible faire passer en moimême. Le modèle nous est donné; le Verbe s'est incarné ; il a montré son visage : il a regardé l'humanité, et l'humanité l'a regardé; elle le regarde encore avec un amour qui ne parvient pas à se rassasier ; et c'est sous ce mutuel regard et au souffle de cet amour, que sont éclos les prodiges de vertu que raconte notre histoire. Oui, Messieurs, si vous me demandez d'où sont venus au sein de notre humanité si infirme et si dégradée, ces chefsd'œuvre de sainteté, de dévouement, de sacrifice et d'héroïsme que vous raconte à chaque page le grand livre de la vie de nos saints ; ah ! je vous réponds d'un seul mot : l'imitation passionnée du Verbe fait chair. Oui, toutes ces vertus, toutes ces saintetés, tous ces dévouements et tous ces héroïsmes ont eermé sous le regard du Verbe incarné ; et ils se sont épanouis sous le rayonnement de son amour.

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Viiisi rioii n'est plus certain, le mystère de rincainalion était la grande convenance de riiomnie. Oserai-je aller plus loin? oserai-je vous dire qu'il était j)ar-des3us tout la grande convenance de Dieu? Ce n'est^ je le sais, qu'avec une extrême réserve qu'il nous sied de parler de ce que l'on pourrait nommer les conrcnaiiccs de Dieu. Dieu seul sait bien ce qui lui convient; lui seul comprend ce qui est digne de son infinie grandeur. Cependant, sans vouloir creuser ici le mystère des convenances divines, d'après ce que Dieu a fait, nous pouvons juger approximativement de ce qu'il lui convenait de faire. Tout se tient dans les œuvres de Dieu, et tous nos mystères s'éclairent les uns ks autres. Nous avons rappelé qu'au commencement Dieu avait fait à l'homme une communication initiale de sa propre vie par le don de la grâce sanctifiante et de la justice originelle. Dans le premier plan de sa providence , cette communication de la vie divine, dans le temps^ devait aboutir, dans l'éternité, à la divinisation de l'homme, telle du moins que le comporte sa nature.

L'homme était libre de briser cette bar-

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monie. Dieu, dans une vue de sagesse infinie, avait voulu que le bonheur final de l'homme fût le résultat de son choix. 11 lui avait offert, il n'avait pas voulu lui imposer l'apothéose. Il lui laissa la faculté terrible de déranger le premier plan de sa providence. Mais ce premier plan subordonné au choix de l'homme, Dieu avait un moyen de le rétablir par une autre voie. Et si, par cette voie tracée sur le second plan de ses desseins, il pouvait atteindre encore ce qu'il avait voulu d'une volonté antérieure à toute prévarication, qui ne voit qu'il était infiniment convenable que Dieu le fît? Pour peu qu'on se souvienne que Dieu est amour et bonté, comment ne pas concevoir qu'il y avait à celte œuvre restauratrice une souveraine convenance? Et puisque l'homme, dépouillé de la vie divine et déchu de Dieu, était radicalement impuissant à remonter luimême au faîte d'où il était tombé ; ne jugezvous pas qu'il y avait une condescendance infiniment diiïne de la bonté de Dieu, à venir luimême nous rendre le don de sa vie, et à nous a])porter, avec une nature humaine capable de souffrir réellement, et avec une personnalité

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