HAR LA FOI AV MYSTERE
tifiquc. V\\ mot eélôhreest évoqué parce siôcle, pour confondre lo Progrès par le Cliristianisine : la Science. Telle est la formidable évocation dont on essaye de nous faire peur. A tout ce que nous pouvons dire pour fonder le Progrès par le Christianisme, des hommes ont une réponse toujours prèle : Cela n'est pusscientifniuc. Nous disons : La révélation. — La ré- \élation n'est pas scientifique. Nous disons : Le miracle. — Le miracle n'est pas scientifique. Nous disons ; Le mystère ; et à ce mot •surtout le siècle répond : Le mystère est la négalîon de la science.
Ainsi l'antichristianisme , fidèle à ses traditions, aujourd'hui comme toujours, et aujourd'hui plus que jamais, prétend nous tuer par la science. Principe des ténèbres il nous menace de la lumière. Il se proclame lui-même la lumière. Gnosticisme nouveau, il nous oppose la gnose moderne, et il assure que nous n'y résisterons pas. Il va nous soumettre à l'action de son brûlant regard , et notre foi , sous son éclat, va s'évanouir comme un flocon de neige sous un rayon de soleif. Et, croyez-le bien, les modernes gnostiques qui nous font ces me-
naces ne siègent pas tous, tant s'en faut, dans les hautes régions de la science : il en est qui ne trônent qu'au salon, et n'enseignent qu'à l'estaminet; et ces Lucifers de second et de troisième ordre ne sont ni les moins fiers ni les moins menaçants.
Oserai-je tous en donner la preuve dans un souvenir que je retrouve au fond de ma mémoire? Un jour que j'annonçais la parole sainte dans une de nos bonnes villes de province, je reçus d'une illustration anonyme de l'endroit une lettre qui portait à peu près ces mots : « Vous avez beau faire, vous défendez une cause perdue. Fussiez- vous tous éloquents comme Bossuet, vous ne pourriez vaincre. Vous avez un ennemi qui triomphera de vous ; vous avez contre vous la science ! »
Depuis ce temps, Messieurs, peu s'en est fallu que la science ne devînt pour moi comme l'une de ces visions fantastiques dont on essaye de faire peur aux enfants. Cent fois depuis je me suis demandé : Quelle est-elle donc cette science terrible qui s'apprête à nous dévorer? Serait-ce la science mathématique? Mais nous avons, nous aussi, nos mathématiciens; et
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en quoi l'algèbre ou la géométrie, si puissantes qu'on les suppose, pourraient-elles nous faire peur? Serait-ce la physique? l'astronomie? la physiologie? la géologie? Mais nous comptons dans la catholicité des astronomes, des physiciens, des géologues, des physiologistes qui font quelque figure , qui ont leur place à l'Académie et leur nom dans l'histoire. Non, ce qui doit nous pulvériser, ce n'est pas cette science ou cette autre, c'est la science. Et pourquoi devons-nous périr par la science? pourquoi nous annonce-t on la fin du Christianisme par la science? Ecoutez, Messieurs; voici le point central de l'objection scientifique : nous devons périr par la science, parce que nous enseignons des mystères, et que les mystères chrétiens sont l'antagonisme radical de la science moderne.
C'est à faire tomber cette objection oià se heurtent encore beaucoup de savants de notre époque, que je consacre toute la prédication de cette année. Je veux montrer que les mystères de la foi, non-seulement ne sont pas en contradiction avec les données de la science, mais qu'ils sont pour elle des principes d'illu-
raination. Ils se justifient devant la raison qui les nie, et ils éclairent la science qui les admet.
Mais, avant de faire subir cette épreuve à nos principaux mystères, il faut établir d'une manière générale les rapports de la science et du mystère. Montrer comment la science est enchaînée au mystère, et comment le mystère est lié au progrès de la science : c'est tout l'objet de cette conférence.
Messieurs, comment commencer cette nouvelle station de mon apostolat sans évoquer une chère et vénérée mémoire présente à tous vos cœurs ? Ce n'est pas sans une profonde émotion que, pour la deuxième fois du haut de cette chaire, en regardant devant moi, je rencontre une place vide, et cherche en vain une paternité absente! 11 est trop vrai. Messieurs, il n'est plus là le père de cette grande famille ; une fois encore le Ciel nous a faits orphelins! Qui eut pu penser en le voyant l'année dernière porter encore dans cet auditoire l'éclat de sa présence, qu'il dût sitôt manquer à vos cœurs et au mien? Ah ! Bossuet avait bien raison : La mort estpromple à remplir ses places. Cette fois encore elle s'est trop hâtée. Tant d'honneurs
i'\u i.A im M mvsti;ki;. 'j
accumulés sur une iHe ne l'ont pas Oinuc ; lanl de bienfaits accumulés dans une \ic ne l'ont })as arrêtée!...
Je ne referai pas un éloge qui naguère retentissaitavoc éclat dans cette enceinte par une bouche éloquente ( I ) . A quoi bon ? son image est debout dans vos cœurs, vous rappelant sa belle \'ie, et brillant de la nouvelle auréole que lui a donnée sa mort. Cette mort qui fait évanouir tant de grandeurs, n'a fait que mieux paraître la sienne. l"]n décbirant le voile d'humilité sous lequel il portait tant de vertus, elle l'a grandi dans vos respects, et l'a révélé à ceux qui l'avaient peut-être trop ignoré; et sa mémoire demeure pour tous embaumée de ce parfum que respire l'agonie des saints.
C'était le besoin de mon cœur de déposer devant cette tombe récente le fdial hommage de l'amour, de la douleur et de la reconnaissance; heureux de croire que n'étant plus là pour étendre sur moi et sur vous cette main qui tant de fois nous couvrit de sa bénédiction
(1) M. l'abbé Freppol, professeur d'éloquence sacrée ii la Sorbonne, a fait l'éloge riinèl)re ilo Mgr Morlol, le \2 février 18(13.
sur la terre, il nous regarde et nous bénit en< core du haut du ciel.
Ce qui me frappe tout d'abord dans le mystère considéré en face de la science, c'est le lien intime, et la parenté profonde qui rattache Tune à l'autre. Mais avant de montrer comment la science est enchaînée au mystère, il faut dire ce que signiûe ce mot : mystère. Il n'y a pas de mot dans notre langue qui ait subi des interprétations plus radicalement fausses, et plus manifestement injustes. Il est curieux, et plus triste encore que curieux, d'entendre les définitions que donne de nos mystères la science antichrétienne. Admettez, dit-elle, que trois font un, ou que un fait trois : vous avez, en dépit de l'arithmétique, le mystère de la Trinité. Admettez que la Divinité s'anéantit dans l'humanité, ou que la nature divine vient se confondre dans un même être avec la nature humaine : vous avez^ en dépit de la philosophie, le mystère de l'Incarnation. Admettez que tous avant de naître vous avez péché par la
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volonté d'un antre, et que vous naissez naturellement corrompus et voués à un feu éternel, pour un crime que vous n'avez pu même commettre : et voilà, en dépit de la morale et du bon sens, le mystère du péché originel. Admettez que l'elre se fait lui-même de rien, ou que le rien devient quelque chose : et voilà, en dépit de toute logique et de toute métaphysique, le mystère de la création. Ainsi, l'antichrislianisme dénature nos mystères. Il en change les termes, les rapports, l'essence ; il y crée à sa fantaisie l'absurdité et la contradiction, et il dit aux intelligences trompées : Vous le voyez bien, le mystère est la négation du sens commun ; la science le repousse, la science le condamne; elle lui dit : Anathème!
Ah ! vous avez raison ; si le mystère chrétien est ce que vous le proclamez, il faut au nom de la science lui jeter l'anathème. Rien n'est antipathique à la science comme l'absurde et le contradictoire. Mais, gloire à la vérité, tel n'est pas en effet le mystère dans le Christianisme. S'il en était ainsi, il vous resterait à exphquer le plus inexplicable de tous les mystères : comment depuis bientôt deux mille ans,
tant d'intelligences supérieures et tant de rares génies ont embrassé nos mystères sans se croire obligés de répudier la science et d'abdiquer la raison. Vous avez beau parler de la science moderne, de l'esprit moderne, du génie moderne : il y eut des savants a\ant 89. Si nos mystères sont si manifestement contradictoires, comment tant de vastes génies ne s'en sont-ils pas doutés? Évidemment, il y a ici, comme sur d'autres points^ entre la doctrine chrétienne et la science anlichrétienne, quelque fâcheux malentendu ; il y a quelque préjugé malheureux ; et ce préjugé et ce malentendu ne peuvent s'évanouir que devant la vraie notion du mystère, tel que le professe notre raison d'accord avec notre foi.
Qu'est-ce qu'un mystère? Une chose impossible? non. Une chose contradictoire? non. Une chose opposée à la raison ? non. Une chose inintelligible? non. Une chose qu'on croit sans aucune raison de la croire? non, Messieurs, mille fois non : ce n'est pas là ce que nous appelons mystère. Le mystère est une vérité . Mais il y a deux ordres de vérités profondément distinctes, et d'une certitude pareille. Il
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y a la N c rilû visible, j'entends la vérité que vous découvrez en elle-même et dans son rayon direct; et il y a la vérité invisible, j'entends la vérité que vous ne pouvez voir eu elle-même, et que vous n'apercevez que dans son rayon rélléchi. Il y a la vérité connue par l'évidence qui la manifeste, et il y a la vérité connue par le témoignage qui l'anirme. Il y a la vérité qui se découvre à la surface, et il y a la vérité qui se cache au fond des choses. En deux mots, il y a la vérité phénoménale, et il y a la vérité substantielle. Quiconque ne reconnaît ce double empire du vrai, renonce à toute philosophie, abdique le sens commun^ et répudie la science.
Or, le mystère dans sa notion générale est une vérité du second ordre : c'est une vérité cachée; une vérité manifestée par un témoignage irrécusable, mais qui nous demeure, en son essence, invisible et voilée. Or, une vérité peut être cachée dans Dieu, ou dans la créalion, ou dans la nature humaine. Voilà pourquoi il y a les mystères de Dieu, les mystères du monde, et les mystères de l'homme.
Telle est la notion générale du mystère : et cette notion s'applique aux mystères de la religion
comme aux mystères de la nature; avec cette différence, que le mystère religieux étant une vérité prise dans l'infini de Dieu, nous offre d'ordinaire une apparence de contradiction et un caractère spécial d'incompréhensibilité qui semble comme un défi porté à la raison.
Je le demande. Messieurs, qu'y a-t-il dans le mystère ainsi conçu qui répugne à la science? S'il y avait dans ce monde qui se découvre à vos regards, des forces se manifestant à vous dans l'éclat des phénomènes, tout en vous demeurant elles-mêmes directement insaisissables : est-ce qu'au nom de la science vous essayeriez de prendre la nature en flagrant délit de contradiction? est-ce qu'appuyant sur l'invisible une négation insensée", vous nieriez devant l'effet qui se montre la cause qui se cache? Non, Messieurs, non; dans la splendeur du fait attestant la réalité de la force, vous diriez : Il n'y a là rien de contradictoire, rien d'impossible et d'absurde ; il y a un mystère du monde. Et s'il vous était démontré que vousmêmes vous portez au plus intime de votre être une force dont vous sentiriez l'action sans en pouvoir sonder le fond, et qui se déroberait à
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VOS investigations, tout en vous imposant l'invincible témoignage de son énergie : est-ce qu'au nom île la science, vous viendriez déclarer riiomme une vivante absurdité, parce qu'il vous apparaîtrait comme un vivant mystère? Et si je vous disais, appuyé sur ce fait intime : Vous admettez en vous une force qui vous meut, en vous demeurant une énigme; vous êtes absurde ; vous n'êtes pas scientifique ! Ah ! je sais bien ce que vous me répondriez ; vous me diriez avec une haute raison : Il n'y a là rien d'absurde ou de contradictoire à la science; il y a une force attestée par la lumière du phénomène, mais insaisissable dans le secret de son essence. C'est un mystère de l'homme.
Mais^ si le mystère peut avoir dans la nature et dans l'homme sa raison d'être reconnue et consacrée par la science, pourquoi le mystère religieux impliquerait-il essentiellement et l'absurde et le contradictoire? Qu'est-ce que le mystère religieux? c'est la vérité qui se cache dans l'infini de Dieu, et se révèle à nous dans l'infaillibilité de sa parole. Cette vérité, je ne la puis voir dans son essence, ni la saisir dans son fond qui est Dieu. Mais qu'importe, si je la
puis saisir dans le témoignage qui me l'affirme et qui est le Verbe de Dieu même? Pourquoi douter? Ce témoignage, qui se rend palpable par le dehors, me garantit la vérité qui se dérobe au dedans : il est pour moi dans l'ordre religieux comme" l'expérience dans l'ordre matériel : il est un fait visible constatant une chose invisi ble : il m'atteste un mystère de Dieu . Je ne veux pas insister davantage, pour vous montrer que le mystère n'implique rien de contradictoire avec la science? Ce serait pousser trop loin les condescendances de la vérité, et trop ménager les susceptibilités de l'erreur. A quoi bon vous démontrer dans la lumière métaphysique^ que la science peut se concilier avec le mystère, alors que toutes les réalités de la création démontrent avec éclat que le mystère s'imp(^e à la science. Vous demandez qu'on vous montre discrètement que la science, à la rigueur, peut admettre le mystère : je vous dis résolument qu'elle n'y peut échapper. Lemystèreestla fatalité delà science. Ici nous n'avons d'autre embarras que celui de choisir, d'autre difficulté que celle de nous borner.
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l']l d'abord, regardez dans le monde purement matériel, depuis le plus petit des atomes jusqu'au })lus vaste des soleils. Là, si vous essayez de rassembler dans l'unité d'une même loi tous les corps et tous leurs mouvements; si vous cherchez le mot qui explique, dans le vaste panorama du monde, cette harmonie prodigieuse où tout semble obéir à l'empire d'une même force : vous prononcez une parole qui se donne pour la révélation même de cette force, une parole devenue dans la science moderne une parole illustie, tant elle a fait de bruit et tant elle jette de lumière. Vous avez dit : Attraction!... Oui, l'attraction, tel est, dans un seul mot, le sublime abrégé de la science des corps. Vous dites que les soleils à travers l'espace se reconnaissent et s'attirent ; vous dites qu'ils s'attirent dans la proportion de la masse et en raison inverse du carré de la distance. Et, en effet, jusqu'ici rien n'a démenti, et tout a confirmé cette formule qui règne maintenant en souveraine dans l'empire de l'hypothèse^ et désormais semble avoir conquis dans la pensée de tous la gloire d'une invincible certitude.
Messieurs^ je rends de toute mon âme mes hommaiïes scientifiques à la souveraineté de l'attraction. Ce n'est pas moi qui voudrais essayer d'obscurcir dans le monde des corps une clarté qui rejaillit sur le monde des esprits. Donc l'empire de l'attraction est palpable ; il est souverain ; il s'impose comme Tévidence. Oui, mais qu'est-ce que c'est que l'attraction ? qui a vu l'attraction ? qui a rencontré l'attraction? qui a touché l'attraction ? Comment ces corps muets, inintelligents, insensibles, exercent-ils à leur insu les uns sur les autres cette réciprocité d'action et de réaction qui les tient dans un équilibre commun, et dans un accord unanime? Cette force qui attire un soleil vers un soleil, un atome vers un atome, est-ce un médiateur invisible qui va de l'un à l'autre? et dans ce cas, qu'est-ce que ce médiateur? d'où lui vient à lui-même cette puissance d'étreinte, à laquelle le soleil ne se dérobe pas plus que l'atome, ni l'atome plus que le soleil ? Cette force au contraire n'est-elle autre que les éléments qui s'attirent? Mais alors comment ces atomes et ces soleils qui ont des limites tracées par le doigt de Dieu, franchissent-ils
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leurs frontières pour aller à travers la distance embrasser d'autres corps dans une sorte d'embrassomcnl fraternel? aurez-vous recours à l'action des esprits pour expliquer ces mouvements des corps ? Mais alors par quels contacts insaisissables, et par quelles relations incomprébensibles des corps reçoivent-ils l'impulsion des esprits : Mystère ! mystère !
Oui, Messieurs, l'attraction qui resplendit avec éclat dans tout le monde matériel, elle vous demeure dans son fond un insondable mystère. Le mot qui la désigne ne vous la montre pas, il ne fait que la constater ; c'est la formule d'une force qui se révèle dans la lumière de ses propres effets, et qui se voile à la science en se retirant elle-même dans l'abîme de son mystère. Eh bien! à cause de son mystère, nieriez-vous sa réalité qui vous touche, et sa domination qui vous subjugue? Essayez de la nier, cette attraction mystérieuse ; diteslui, comme *le philosophe disait à la souffrance : Attraction, tan es qiiun mot ! Quittez la terre et montez au ciel!... vous sentez sa tyrannie ; elle vous retient et elle vous fait captifs ; elle s'impose à vous sans se révéler à
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\ous ; elle est pour vous tout ensemble évidente et mystérieuse, invisible et palpable, obscure et rayonnante.
Montez plus haut dans la série des êtres : ici le monde vivant commence. Dans ce monde une force se déploie qui multiplie partout les spectacles de la vie , et partout , comme une puissance créatrice répandue dans l'univers^ fait germer toute plante, épanouir toute fleur et mûrir tout fruit. Cette force vous la nommez d'un nom magique, tant il renferme de merveilles; mais aussi d'un nom mystérieux, tant il renferme d'énigmes. Que d'énisrmes , en effet , se dressent devant la science qui interroge, du fond de ce monde où la vie éclate avec magnificence ! Comment du sein de ce grain qui se corrompt, surgit ce germe qui croît silencieusement dans la terre, et semble dans un travail divin faire sortir la vie de la mort même? Comment du milieu de ce germe cette tige qui s'élance à travers la surface, et contrairement à la loi de l'attraction, se pousse elle-même de bas en haut et de la terre au ciel en regardant le soleil? Comment sur cette tige qui monte ces nœuds si artis-
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lenient sculptés et si sagement disposés, pour lui donner lu iorce à mesure qu'elle s'élève, et rempecher de nécliir sous les souffles qui passent? Comment au bout de la tige cette fleur charmante qui vient d'elle-même la couronner comme une reine, et montre toute sa beauté en vous donnant tout son parfum ? Et sous la fleur qui se dessèche et tombe, pourquoi ce fruit vivant, qui va devenir votre nourriture et votre substance, après avoir été votre charme et votre spectacle?... A toutes questions pareilles, un seul mot répond : vous dites : C'est le miracle de la végétation! Oui, mais qu'est-ce que la végétation? Si vous ne pouvez ni voir^ ni entendre, ni toucher, ni définir l'attraction, vous est-il plus facile de voir, d'entendre, de toucher, de définir la végétation ? Ce mouvement qui fait marcher lentement, mais sûrement, tous ces êtres à leur développement , l'avez-vous vu seulement? et le bruit profond qu'il fait dans la nature, avez-vous pu l'entendre? Est-ce que vous ne voyez pas que, tandis que la végétation vous étonne par ses miracles, elle vous confond par ses mystères ?
Voulez-vous monter plus haut encore sur l'échelle des êtres? le mystère grandit à mesure que vous yous élevez. Voici la vie dans une plus grande apparition; non plus seulement la vie qui monte de bas en haut, et s'épand du centre dans sa sphère, mais la vie qui se meut, qui se déplace, qui se transporte elle-même et par elle-même d'un lieu à un lieu ; non plus seulement la vie qui végète, mais la vie qui sent; la vie animale enfin. Là, c'est la force encore qui se révèle dans des manifestations éclatantes. Quelles forces? Force motrice, force sensitive^ force iusiinciive. Mais quand vous avez dit ces mots, qu'avez-vous fait encore une fois, si ce n'estdénommer le mystérieux et formuler l'inconnu? Oij donc réside-t-elle cette force qu'on ne voit nulle part, et qui se révèle partout; force harmonieuse et vivante, en vertu de laquelle le léopard;, mieux que ne pourrait le faire tout le génie de la mécanique, se-meut, se déploie, va, vient, bondit et ressaute, avec une agihté, une souplesse et une grâce que l'art ne peut imiter, et dont l'œil même de la science ne parvient pas à saisir tous les ressorts cachés?