‹ Le progrès par le christianisme (volume 4)Chapitre 3 sur 10 · SC · texte numérisé non relu

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risme, a pour résultat inévitable d'engendrer cette gangrène sociale qu'il prétend anéantir.

Vous le voyez, Messieurs^ l'accroissement indéfini de la production, fût-ce même du nécessaire, est impuissant par lui-même à nous guérir du paupérisme ; et l'accroissement indéfini du luxe le produit directement et parallèlement.

Qui donc enfin trouvera à ce mal souverain un remède suprême! Ahl ce suprême remède, le voici tel que l'invente une Économie désespérée. Ce moyen de nous arracher au mal du paupérisme est évoqué^ cette fois, non plus par le génie de la production, mais par le génie de la destruction. Des hommes avaient dit : 11 faut, pour anéantir le paupérisme, agrandir par une production toujours croissante l'ahment de l'humanité ; produire de plus en plus le nécessaire et le superflu. D'autres, cherchant la solution en sens inverse,

ont dit : Pour tuer lo paupérisme, il n'est pas nécessaire d'accroître toujours la production, il suffit de diminuer la consommation ; et pour diminuer la consommation, il faut diminuer le nombre des consommateurs. En un mot, modérer ou arrêter l'essor de la population, afin de le maintenir en équilibre parfait avec les moyens de consommation : voilà la grande solution. Tout à l'heure on nous demandait d'accroître le festin, afin qu'il y ait du pain pour tous ; maintenant, pour arriver à un résultat identique, on nous propose de diminuer le nombre des convives. Ainsi ce n'est plus le produit matériel qui doit croître, c'est la vie humaine qui doit décroître ; du moins doit-elle s'arrêter respectueusement à la barrière que cette Économie soi-disant prévoyante vient opposer au flot montant de notre vie.

Ce que pense d'une pareille doctrine le Christianisme, ai-je besoin de vous le dire, Messieurs? Non^ je vous l'ai dit un jour. Ange gardien de la vie, protecteur divin de la famille humaine^ le Christianisme, quoi qu'il advienne, dira à jamais anathème à cette ho-

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micide sagesse, qui ne rougirait pas de tuer en germe une moitié du genre humain, sous le prétexte grossier de mieux nourrir et alimenter le tout. Mais la morale? Que pense la plus vulgaire morale d'une doctrine qui propose de diminuer la race humaine^ pour accroître d'autant le bien-être populaire? Que dit tout bas la conscience humaine d'une Économie aveugle venant poser gravement, devant l'humanité qui l'écoute, ce problème que je ne crains pas de nommer un problème impertinent? Comment faire pour arrelc-r le développement de la race humaine, alors que ce développement, marchant en proportion géométrique, menace de rompre son équilibre avec la production marchant en proportion arithmétique?

A mon sens, devant la loi morale et devant la conscience humaine, le problème ne peut pas et ne doit pas être posé. Le seul fait de le soulever avec l'ambition d'en chercher la solution pratique, est, à la morale, à Dieu et à la conscience, une publique insulte.

Je le sais^ cette Économie, qui s'estime vertueuse, ne convient pas de son infraction à la

loi morale et de son attentat à la conscience humaine. J'entends parler de contrainte morale, de prudence paternelle et de prévoyance sociale. Sous ces mots adoucis et ces euphémismes trompeurs, on donne au peuple ce qu'on ose nommer des conseils de sagesse : conseils imprudents et coupables qui, pour la plupart de ceux qui les entendent, se traduisent en fait par le libertinage et l'immoralité. Pour aviser à bien trouver le point précis où la population s'harmonise avec la production, on imagine parfois des secrets innomés. Et puisse, ô mon Dieu ! la vertu seule entrer dans ces calculs; et fasse le ciel qu'il ne se rencontre dans leur fond aucun mystère de corruption! — Mais non, disent ici les disciples de ces doctrines malsaines, non, nous ne conseillons pas la corruption. — Et qu'importe, si vos théories, sans la conseiller positivement, y entraînent inévitablement, comme par une pente irrésistible, cette humanité faible instruite à votre école? Est-ce que d'ailleurs ces deux phénomènes se rencontrant et se développant parallèlement aujourd'hui sur la terre de France, le progrès de la corruption et

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la décroissance de la population, même dans nos campagnes, ne yous montrent pas avec une assez triste évidence, comment sont compris et comment sont pratiqués les conseils de votre prudence et de votre sagesse économique? Quel épouvantable retournement des idées et des choses ! Quoi ! de peur de déranger l'équilibre entre la quantité des produits et la quantité d'hommes appelés à les consommer, c'est sérieusement que vous venez demander à la race humaine de se hmiter elle-même? Mais, en vérité est-ce l'homme qui existe pour le produit, ou bien est-ce le produit qui existe pour l'homme? Et fallût-il, ce qui ne peut pas être, Timmolation de l'un ou de l'autre, serait-ce le progrès de la race humaine qu'il faudrait immoler au progrès de la richesse matérielle, ou bien le progrès de la richesse matérielle qu'il faudrait immoler au progrès de la vie humaine? Quoi! diminuer cette richesse incomparable, cet or sans égal, ce capital hors ligne qu'on appelle la vie humaine, et pourquoi? pour apporter au festin de ce genre humain diminué quelques jouissances de plus? Comme si, parmi toutes les richesses

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que vous pouvez accumuler, ei parmi toutes les jouissances que vous pouvez prodiguer à cette humanité amoindrie, rien en soi pouvait jamais valoir ce que vaut l'homme lui-même! Encore, s'il en était réellement comme vous le supposez si gratuitement; si, en arrêtant la vie jaillissant de sa source, comme l'eau de vos fontaines, vous ouvriez en effet plus larges les sources du bien-être ; si contenir l'essor de notre race était vraiment accélérer l'essor de notre prospérité ; si, alors que vous avez moralement cent fois tort, vous aviez du moins une fois raison économiquement : peut-être le succès tel quel de ces théories dans l'ordre matériel pourrait-il diminuer leurs responsabilités devant la conscience morale. Mais non-, cette Économie, ici encore si inconséquente et si contradictoire, se ment à elle-même d'une manière éclatante. Comme toute science matérialiste, elle se heurte à la matière, et ce choc donne à sa pensée je ne sais quel vertige qui l'empêche de voir dans les choses les plus radieuses clartés, et dans les faits les plus palpables révélations. Assez aveugle encore, dans un siècle qui s'intitule des lumières, pour ne

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pas Yoir ce fait immense et séculaire, inondé des splendeurs de l'histoire entière, à savoir, que partout et toujours l'abaissement, nonseulement moral mais numérique, de la race humaine, est contemporain de l'abaissement du bien-être des hommes; que partout, dans l'antiquité comme dans les siècles nouveaux, la décroissance de la prospérité matérielle et la diminution de la vie humaine marchent parallèlement et d'un même pas à travers le vaste champ de notre histoire ; et que, selon la remarque d'un publiciste peu suspect, la société se développe simultanément en lichcsses et en hommes, et que ces deux choses sont l'une à l'autre effet et cause^ en vertu du même principe (1).

Et d'ailleurs, même en faisant une abstraction complète de l'immoralité profonde de ces conseils donnés par une sagesse en délire, à quoi sert, pensez-vous, dans la pratique, l'acceptation de ces théories honteuses? A une seule chose, à agrandir de plus en plus l'importance numérique des pauvres devant les

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possesseurs de la fortune. Chose étonnante au premier abord, etpourtant trop réelle^ ces conseils d'une science malavisée, qui, s'ils pouvaient être acceptés, devraient l'être davantage par les déshérités de la fortune, sont surtout acceptés par les possesseurs de la fortune; si bien que, tandis que l'humanité riche, dans presque tous ses rangs, va toujours se décimant et se diminuant elle-même, la misère, essentiellement prolifique, va multipliant sans cesse l'humanité misérable. Et le résultat certain de cette pratique, aussi absurde devant la science qu'immorale devant la conscience, est celui-ci : un plus petit nombre de riches devenant de plus en plus riches, et un plus grand nombre de misérables devenant de plus en plus misérables; les possesseurs de la terre et du capital diminuant en nombre en grandissant par la fortune, et les déshérités de la terre et du capital croissant simultanément et en nombre et en misère. Tel est le résultat inévitable de cette science soi-disant économique ou sociale; prudence du siècle inspirée par Satan pour la diminution de notre race et l'accélération de notre décadence!

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Et voilà l'aberration radicale, et, pourquoi ne le dirais-]e pas, le crime dont j'accuse ici l'Économie antichrétienne et matérialiste, prise en flagrant et public délit d'attentat contre la gloire de notre sang, contre l'honneur de notre conscience et contre l'une des plus grandes lois de l'économie elle-même. De peur que le festin qu'elle prépare de ses mains à rhumanité heureuse ne puisse suffire à tous, elle écarte les convives, elle les empêche de venir, elle leur ordonne de ne pas exister. Oui, c'est dans l'éclat de la publicité, et c'est au nom delà science, que nous l'avons entendue s'écrier : « Au banquet de la vie, nous accourons trop nombreux. » Parole vraiment impie, écho d'une autre non moins sacrilège^ dite un jour par un économiste célèbre, alors qu'il osait écrire : « Un homme qui naît dans une société déjà occupée, si la société n'a pas besoin de son travail, est vraiment de trop. Au grand banquet de la nature, il n'y a pas de couvert pour lui ; la nature lui commande de s'en aller, et ne tardera pas à mettre elle-même cet ordre à exécution. »

0 grands philanthropes, ainsi vous faites

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bon marché de la valeur de notre vie! Vous calculez, avec une précision cruelle, combien d'hommes peut porter la surface de celte planète ; et à celui qui vous paraît surnuméraire, vous dites froidement : Va-t'en, rentre dans ton néant ; la terre n'a pas de quoi nourrir un homme de plus. — 0 homme, ô mon frère d'origine et de sang, non, ne t'en va pas; reste, reste avec nous ; ton travail joint à notre travail fera, pour chacun et pour tous, croître la fécondité de la terre, et tu auras ta place légitime à ce festin du bien-être agrandi par toimême. Un homme de plus, c'est un travailleur de plus ; et un travailleur de plus, c'est une unité de plus ajoutée à la somme des produits accumulés par le travail de notre humanité. Ce qui nous manque, ah 1 ce n'est pas la sève de la terre pour nourrir des hommes, ce sont des hommes pour féconder la sève de la terre. Mais cette science inhumaine a d'autres idées ; et, tandis que nous crions à la vie : « Viens, » elle s'obstine à lui crier : « Non, ne viens pas. »

Messieurs, au nom de Dieu créateur et de son Christ notre Seigneur et Maître; au nom

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de la dignité de notre sang et de la gloire de notre race ; au nom de la science elle-même, je Yous adjure de rejeter ces conseils perfides; ils ne sont pas seulement un outrage à la Pro- \idence, ils sont la trahison de notre humanité. Oh ! n'ayez pas peur que la place vous manque au rayonnement du soleil et à la surface de la terre. L'humanité n'a pas encore accompli avec -cette parole sa vocation entière : Crescite et multiplicamini, et replète terram. Ah! si la l'oule humaine obstruait tous les chemins par où l'homme peut passer; si chaque motte de terre portait un homme : oh ! alors, peut-être pourriez-vous, avec une raison apparente, vous écrier : — Faites-moi place : Fac mihi spatium; il y a trop d'hommes et pas assez de terre : au banquet de la vie nous venons trop nombreux. — Mais, au nom du ciel, est-ce que vous êtes menacés d'une situation pareille? Est-ce que déjà le monde est trop petit et notre globe trop étroit ? Est-ce que la terre est remplie et bientôt impuissante à porter l'excès de notre vie humaine? La terre? Mais elle est couverte de déserts ; et, sous ces surfaces que notre pied n'a pas encore touchées^ elle on-

ferme au fond de ses solitudes des miracles de fécondité, qui attendent, pour éclater au soleil, une goutte de votre sueur ou peut-être de votre sang ! Donc, si parmi vous la vie abonde et surabonde ; si entre vos étroites frontières vous ne trouvez pas assez abondants, pour entretenir votre vitalité, l'air du ciel et la substance de la terre : eli bien, allez; continuez votre ouvrage; fécondez les déserts. Imitez la petite mais féconde Irlande, qui, affamée sur son propre champ par des cupidités étrangères et des égoïsmes despotiques, s'en va semer sur tous les rivages sa graine généreuse. Au lieu de fermer ou de tarir vous-mêmes la source de votre vie, faites refluer sur les déserts le trop-plein de cette vie. Oui, mettez des hommes là oi!i il n'y a pas d'hommes, sûrs que là, comme pnrtout, la terre tressaillira et germera sous leurs pas.

Messieurs, le progrès de la race humaine, mais de la race humaine perfectionnée et croissant en vertu à mesure qu'elle croît en nombre, voulez-vous savoir ce que ce serait? Ah! je vais vous le dire, ou plutôt vous le montrer dans une gracieuse image que je ren-

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contre au sein de l'austère histoire : ce serait, dans l'univers entier, la réalisation de cette félicité et de ce bien-être populaire qu'on vit un jour paraître en Israël. La population, au dire de l'Écriture, y était innombrable comme le sable de la mer, et la prospérité, l'abondance et la joie étaient à la mesure même de la population : Jucla et Israël innumerahiles^ sicut arena maris in miiltitudine, comedentes et bibentes atque lœtanles. Là, au sein d'Israël, chacun sans crainte aucune reposait sous sa vigne et sous son figuier : Habitabatque Israël absque timoré nullo^ umisquisque sub vite sua et sub ficu sua (1).

Au sein de cette population si pressée et si nombreuse entre ses étroites frontières, sous ces ombres de la vigne et du figuier où se repose, dans une prospérité modeste, cette humanité rassasiée et tranquille, allez chercher le hideux spectre du paupérisme qui épouvante nos sociétés modernes, toujours menacées dans leurs magnificences d'aujourd'hui des catastrophes du lendemain; vous ne le

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trouverez pas. Loin d'être produit directement par l'accroissement de notre race, il fuit devant le souffle puissant de notre vie agrandie ; et vous ne trouverez là que ce qui doit être l'idéal de toute économie intelligente de sa vocation, une humanité croissant en bonheur et en gloire, à mesure qu'elle croît en nombre et en perfection, et se béatifiant elle-même de plus en plus par l'accomplissement de sa loi. Ah ! faites ainsi ; et, en agrandissant de toute manière notre race humaine, vous créerez la vraie richesse du monde ; vous ferez la volonté de Dieu et le progrès de notre humanité.

QUATRIEME CONFERENCE

QUATRIÈME CONFÉRENCE

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