‹ Le progrès par le christianisme (volume 5)Chapitre 3 sur 11 · I.A OIKSTION Dl PKOGUÈS · texte numérisé non relu

I.A OIKSTION Dl PKOGUÈS

slKS (t) : Jusqu'à ce que, faits à la mesure «le sa iiTandeur et do sa plénitude, nous arriAions a\ec lui à l'idéal do notre perfeotion, (-'est-à- <lire à l'homme parfait. In n'non perfcrlum.

i\) Kpli. IV. 13. !.•).

— e^T-^^ q-^St-»—

Mo>SEIG>tlR,

JNoiis avons essayé d'établir clans notre discours préliminaire l'importance d'une solution à la question du Proiïrès. jNous aAons dit : il importe de donner une direction sûre au nion- ^ementqui emporte les hommes \ers le Progrès; parce que leProp:rès, considéré dans son sens le plus large, est dans la nature humaine ce qu'il v a de j)lus légitime, de plus fort et d»'

plus séduisant. Cette direction est, au temps où nous sommes, d'autant plus nécessaire et d'autant plus urgente, que ce mot, le Progrès ^ résume tout le mouvement contemporain ; il exprime tout à la fois, l'idée, la passion, et la volonté dominante , c'est-à-dire tout ce qui donne à un siècle comme à un homme un caractère, une physionomie, une puissance.

Donc tout , et dans les instincts de la nature humaine, et dans les besoins de notre siècle , nous crie : Donnez une direction sûre au mouvement du Progrès ; ce qui peut nous sauver, ce n'est pas le mépris superbe, c'est la solution loyale des questions qu'il nous pose.

Messieurs, j'entreprends de vous montrer dans le christianisme la puissance de cette direction et le secret de cette solution. Je sens que ce n'est pas un petit dessein : comment ai-je osé l'entreprendre? J'ai cru au secours qui vient de la force de Dieu dans la faiblesse de l'homme : voilà pourquoi j'ai osé parler sur une chose si grande, si profonde et si délicate. Credidi , propler quod locutussum (1).

(1) Ps. cxv. 10.

Je commence avec la plus ^rrande défiance de ma pensée; mais a^ec une confiance sans bornes dans la doctrine que j'apporte, parce que je puis dire, en vous parlant de si haut et de choses si graves : Mea doctrrna non est mea^ sed ejus qui misit me (1). « Ma doctrine n'est pas mienne ; elle est tout entière de celui qui m'envoie. »

Il y a deux choses fondamentales sur lesquelles doit s'appuyer tout d'abord une vraie doctrine du Progrès : le principe et la fin, l'origine et la destinée ; le point de départ et le point d'arrivée. Tout Progrès accompli dans le temps est une marche entre ces deux termes , le terme d'où l'on part, et le terme où l'on arrive. Donc, toute philosophie ou toute théologie qui prétend à l'honneur de donner aux hommes une doctrine du Progrès, doit tout d'abord répondre à ces deux questions : D'où venonsnous? Où allons-nous? Quel est le point de départ, et quel est le terme du Progrès humain?

Ces deux questions préalables que pose à toute intelligence le bon sens populaire, les

(1) Joan. VII, 16.

pliilosophies purement humaines sont impuissantes à les résoudre. Les plus hardis théoriciens du Progrès ont confessé sur ces deux points l'impuissance de leurs théories, et l'inanité de leurs systèmes ; ils ont dit : « L'humanité marche entre deux mystères , le mystère de l'origine et le mystère de la fm. » Ce qu'ils nomment le Progrès humain , n'est qu'une agitation des hommes sans point de départ et sans but déterminé, problème insoluble posé entre deux inconnues. Le christianisme découvre et éclaire par la lumière de ses dogmes ces deux inconnues de la sagesse humaine, et par là il pose les deux premières assises de la doctrine du Progrès.

Donc, Messieurs, avant d'arriver aux questions plus pratiques que soulève le sujet, il faut appuyer sur ces deux grandes bases la vraie doctrine du Progrès ; dire quel en est le point de départ, dire quel en est le point d'arrivée : nous ne pouvons passer sans les résoudre, sur ces deux questions primordiales. Je me borne aujourd'hui à considérer le Progrès dans -Son origine ; et je dis que le christianisme, par trois doo-mes fondamentaux, met dans tout son

LE POINT DE DÉPART DU PKÛÔRfes. 7i

jour le point de (léi)art du Progrès Juunain ; tandis que toutes les pliilosophies . qui ne s'éclairent pas de sa lumière, laissent dans les ombres de l'erreur ou de l'ignorance ce point fondamental sans lequel le Progrès demeure nécessairement un jirohlème sans solution.

Et d abord le christianisme, par son doume de la création , illumine le point de départ du Progrès humain , parce que seul il dit clairement par où l'homme commence.

Pour essayer de résoudre philosoi)lii(piement la question de l'origine humaine, il n'y a que deux grandes voies : la a oie du j)antliéisme et la voie de la création.

Lhonnne est-il un être hbre, tiré du néant par la libre action de Dieu , et créé à part a^e(• un type déterminé ? ou bien lhonnne est-il un produit fatal de l'être qui se tlé\eloppe ? un degré nécessaire dans la série des évolutions

divines ? Telle est tout d'abord la question que le rationalisme remue autour du berceau de l'homme.

Ceux qui entreprennent de fonder une doctrine du Progrès rioom^eusement antichrétienne, repoussent la production libre de l'homme par la puissance de Dieu ; ils nient la création ex nihilo. Ils sont résolument panthéistes. Je ne discute pas actuellement leur doctrine qui est dans son fond le radicalisme de l'erreur rationaliste. Je mets cette doctrine, telle que je la trouve, en face de la question présente, et je lui dis : Vous promettez une théorie complète du Progrès humain ; dites d'oij vient l'homme? J^a doctrine répond : L'homme est divin ; il sort de Dieu, comme la plante de sa racine, comme la fleur de sa tige, comme le parfum de sa fleur. L'homme en effet, dans cette doctrine , est comme on voudra le nommer, une germination , un épanouissement, une floraison, une émanation de Dieu. Fruit fatal d'un Progrès nécessaire, éclos d'une végétation divine, dans une heure voilée à tout jamais aux reeards de la science. Le Progrès dans les

théories du panthéisme moderne, c'est Dieu qui se faitj, Dieu qui devient^ Dieu qui pousse hors de hii dans un mouvement sans commencement et sans fin, le flot de sa vie éternellement variable et éternellement changeante. Mouvement divin qui emporte tous les êtres dans une expansion toujours croissante ; mais mouvement de hasard , sans point de départ et sans point d'arrivée , sans origine assignable et sans direction déterminée.

De ces évolutions de l'être qui devient et de Dieu qui se développe , l'homme est sorti. Mais quand ? à quel point de la durée ? mystère. A quel rang de la hiérarchie des êtres se plaça d'abord celui qui, plus tard, devait se révéler si grand? Mystère. A quel degré dans l'ordre de la sensation, de l'instinct, du sentiment et de l'intelligence? Mystère. Sous quelle forme primitive l'homme, sorti de cette éclosion séculaire, fit-il dans la vie sa première apparition? dans quelle irradiation de force, de beauté, d'harmonie? Mystère, mystère encore, mystère toujours. Chose remarquable , cette philosophie si ambitieuse de la claire vision

nKlXlKME CONFERENCE.

«les clioses, quand elle essaie de soulever de sa main les voiles étendus par les siècles sur les origines de l'homme , ne découvre que des mystères ; elle vous les apporte enveloppés de poétiques images, couvrant des fleurs de sa littérature l'indigence de sa doctrine.

« La vie, dit-elle , n'était le lendemain de la dernière genèse qu'une vaste métempsycose qui poursuivait de forme en forme , de l'agrégation à la végétation , de la végétation à la sensibilité, de la sensibilité à l'instinct, de l'instinct à l'intelligence , un dernier type (pi 'elle n'avait pas encore atteint.

» L'heure du dernier mj'^stère était venue : la terre était dans l'attente ! l'homme paraît , tenant sa femme par la main, et portant à son front coomme une aube naissante la majesté de la pensée. Comment est -il né une première fois à la vie ? par quelle génération spontanée? par quelle mystérieuse incubation ? dans quelle larve ? sous quelle chrysalide a-t-il végété silencieusement enveloppé jusqu'au jour où il a pu marcher au soleil? Celui-là seul le sait qui a brisé le moule de la

LK POINT DE DtPAIlT DL PHiiGRÈS. 7i)

])remièiv création, «4 (jiii en a semé an loin les débris. »

Ainsi de iiou\eau\ Moïse racontent à lenr lonr a\ec la lienèse des choses, la fienèse de riionime. !Ne rions pas, Messieurs, de ces révélateurs (|iii estiment jjorter dans une métaphore hi puissance de détrôner la Bible et de ren\erser le Pentateu(jue ; mais })lai£ïnons «•es chutes de resj)rit hujuain réduit à cacher sous celte abondance de fleurs l'absence de la doctrine. Car onhn, à ([uoi alxuilissent. je \ous prie, ces eflorts d'imaifiuation, si ce n'est à ^oiler sous le luxe des images Fignorance des choses ? ou tout au })lus à susciter avec le doutf» la (piestiou même quil s aoit de résoudre ? par ipielle fjénéraiion spontanée? par quelle nujs- (('virnat' incubation ? sous quelle chrysalide J Qu'est-ce que tout cela, si ce n'est le scepticisme qtii doute , et lignorance qui ue sait |)as ? Littérairement, c'est bien risqué ; mais doctrinalement , qu'est-ce que cela pour celui (|ui veut fixer sa foi sur l'origine de riiomme. et le point de déjiart du Progrès? Cet homme sorti de sa chrysalide, est-ce un

animal transformé? Dès lors la question recule, elle ne se résout pas ; elle se déplace, elle ne s'éclaire pas. Cet animal transformé d'où vient-il ? Dans ce système de transformations, où faut-il s'arrêter? Comme l'homme sort de l'iyiimal , l'animal sort du véiiétal , le végétal du minéral , et le minéral , agrégation séculaire des éléments de la matière , est lui-même le résultat de transformations plus lointaines encore. Et il faut m'en aller, conduit par cette philosophie conjecturale, creuser de couches en couches les longues élaborations des siècles, traverser à la nage des cataclysmes et encore des cataclysmes , pour, de là , m'égarer dans une création fluidique où la matière s'évapore dans un océan de gaz , et où mon esprit s'évanouit dans le néant de la doctrine et dans le vide de la pensée.

Mais, Messieurs, je sais qu'une philosophie plus sérieuse se présente au dix-neuvième siècle, pour expliquer l'origine de l'homme et poser doctrinalement le point de départ du Progrès. Des philosophes disent : « Nous ne sommes pas chrétiens , c'est vrai ; mais nous ne

sommes pas non plus panthéistes ; nous nions l'évolution fatale et la chrysalide humaine; sans releAer de Moïse, nous connaissons l'origine, nous admettons la création. »

Je pourrais demander a^ec quelque laisou comment cette philosophie passe sans trébucher, entre l'erreur panthéiste et le dogme catholique. Je n'en ai pas besoin ; j'admets que cette philosophie établit sans hésitation et même sans erreur cette première assise de la doctrine, la création de l'homme. Mais, cela posé, nous n'avons pas fini : panthéistes ou non, du moment que, laissant de côté la donnée Mosaïque de l'origine humaine, aous formulez le Progrès, toujours cette inévitable question revient appelant une solution. Par où l'homme a-t-il commencé? Vous dites : « L'homme a grandi ; » le bon sens demande : Comment le savez- vous? L'avez-vous mesuré tel qu'il parut à son berceau?

Que fait ici le rationalisme, même le meilleur, celui qui ne veut être ni matérialiste, ni panthéiste, ni athée? Il hésite, il doute, il conjecture. Sur cette question capitale, il n'a point de symbole, point d'aflirmation ,

78 DELXlt.MK CONKI.RLNCE.

[(oini d'Jiistoire. Doiimatique sui* la question même, la p]iilosoj)liie rationaliste eommeiice par décider que l'humanité est dans le Progrès; et pour évoquer le passé en témoiiruage , elle elierclie , à travers des ombres flottantes, les origines de l'iiomme recvdaut derrière elle dans nu ^ague lointain. Elle aAaiîce avec le flambeau de sa raison , à travers la nuit des temps , jusque par delà les frontières des siècles historiques; et là, l'histoire absente, elle évoque l'hypothèse; ne pouvant raconter, elle suppose ; ne })ouvant <lémontrer, elle devine ; ne pouvant affirmer, elle doute ; ne pouvant dire ce qu'elle ne sait pas, elle dit ce qui lui semble ; n'osant pas dire : « Je crois, » elle dit : « Je soupçonne. » Face à face avec ce grand problème de l'origine humaine , dont les données premières s'enfoncent dans l'inconnu, elle dit, non ce ifu'elle a vu, mais ce qu'elle a imaginé; non ce qui fut, mais ce qui dut être. Elle dit et redit, par la voie de ses organes les plus autorisés : L'homme dut apparaître d'abord à tel ou tel état, à tel ou tel degré de perfection, <le développement, de beauté. Ici il dut être une

LE POl.M UE Dl.r.\RT DU PKOCnES. 79

jiririle ébauchée sur Ip iijpe du Titan; là, il dut être l'homme géant ou l'homme cyclopc ; ailleurs, l'homme primitif dut être un enfcnitj, audessus de ranimai par sa liberté, au-dessous de l'homme j)ar sa simplicité. Que sais-je, enfm? L'homme fui pasteur^ l'homme fut r/ia.s- .sour, l'homme fut félichislp^ l'homme fut cary//ro/r, l'homme fut horhivoro ; riiomme h\\ tout ce qu'il put être.

Vous le voyez, ce n'est ni le dogme ni 1 histoire, ce n'est ni la doctrine ni la certitude ; c'est la conjecture et l'opinion, et dans la conjecture et l'opinion, une ^ariété indéfinie. Je me trompe; ces grands ex])lorateurs de l'origine semblent s'accorder sur un ])oint : ils <lisent : « Pour le moins, nous sa^ons que » l'homme fut d'abord sauvage. » La raison leur en paraît singulièrement démonstrati^e. Remontant d'âge en âge, avec la marche des nations, le courant des civilisations, derrière l'homme civilisé, ils découvrent l'homme l)arbare ; derrière l'homme barbare, ils aj)erçoivent, si loin qu'ils peuvent regarder, l'homme sauvage.... Dès lors, la démonstration est faite ; plus de doute : « Nous savons

>) que partout l'homme fut d'abord sauvage. » Vous savez? J'en demande pardon à votre philosopliie, mais vous ne savez rien du tout. ^'ous dites, qu'en regardant à travers les siècles reculés, vous avez découvert partout l'homme sauvage. Je puis le contester ; je n'en ai pas besoin. Je veux un instant vous l'accorder; vous avez partout rencontré l'homme sauvage ; mais derrière l'homme sauvage , avez-vous regardé? Le sauvage, est-ce un être perfectionné ou un être déchu ? Est-ce l'homme au point de départ, montant de siècle en siècle ? ou bien est-ce l'homme dégradé qui descend tous les jours ? Et derrière lui, êtesvous bien sûr qu'il n'y eut rien de plus haut? Si je vous dis sans preuve aucune : « La gran- » deur est au Commencement ; ce qui est plus » parfait, c'est ce qui est plus lointain ; ce qui >' est plus beau, c'est ce qui est plus antique, » qu'avez-vous à répondre? Rien, absolument rien. Je n'établis pas en ce moment qu'il en est ainsi , nous arriverons plus tard à la question historique ; mais je dis que, si je l'affirme, vous n'avez rien à répondre ; et l'affirmation pour le moins vaut la négation.

0 pliilosophes , souffrez qu'on vous le dise sans amertume, mais avec* une léiiitime franchise, quand votre dogmatisme, sans appui dans la doctrine et sans donnée dans l'histoire, <lit, en regardant notre passé : « J'ai vu le bei'- •).ceau de l'homme, je sais le point de départ •) du Progrès humain, »> votre sagesse vous aveugle, et ce que vous nommez votre savoir nest qu'un doute qui se déguise, et une ignorance qui se voile, avec l'orgueil de plus et la sincérité de moins.

Ainsi le rationalisme laisse enveloppé d'ombres impénétrables le berceau de l'homme c\ le point de départ du progrès humain ; il a beau sonder toutes les profondeurs do la nature et toutes les profondeurs de l'histoire, il ne triomphera pas de cette difficulté. Non, s'il n'accepte, dans sa simplicité doctrinale et sa clarté historique, la donnée chrétienne sur l'origine de l'homme , non , jamais il ne répondra à cette question, la première que soulève dans l'esprit humain le grand problème du Progrès : « Par où l'homme a-t-il •) commencé, et que fut l'homme à sa pre- » mière apparition sur la terre ? » Dès lors, il

ne pourra jamais nier ni affirmer le Progrès, parcequ 'ignorant son commencement, il sera toujours impuissant à mesurer la distance entre le point d'où l'iiomme est parti et le point où il est arrivé. Cette difficulté est vraiment radicale, et j'admire avec quelle aisance les hommes les plus graves et les philosophes les plus en renom passent devant elle sans faire semblant de s'apercevoir qu'il y a là, pour toute philosophie qui ne demande pas au christianisme le secret de l'origine, une difficulté à jamais insurmontable. La philosophie contemporaine, qui affecte dcAanl les peuples une horreur si fière de l'obscurité, un dédain si fastueux des ténèbres qui enveloppent le berceau des religions , accepte sur l'origine du Progrès, qui est sa religion et sa divinité , des mystères, des ombres et des obscurités, que ne supporte en aucun ordre de choses le plus vulgaire bon sens.

Ah ! Messieurs, le bon sens des peuples voit mieux ici que le génie des philosophes, il a oit clairement que le point de départ de l'humanité ne peut demeurer dans la question du Progrès un j)oint indéfini, indécis, obscur; et je crois

LE POINT bE DÉPART DL PROGUÈS. 83-

l'entendre (|ui ^oIls crie avec moi : Sortez de la terre du doute et de l'incertitude; et pour poser solidement la première base du Proorès, entrez dans la terre ferme de la foi et de la certitude chrétienne.

Le christianisme définit aACC une précision divine l'origine de l'homme , et pose avec une certitude qui ne permet pas l'hésitation, le point de départ du Progrès humain. La théologie chrétienne , je le sais , laisse derrière le berceau de l'homme, des ouvertures larges et des perspectives profondes, par où le génie de l'exploration, guidé par l'expérience, la raison et la foi, peut s'élancer d'un vol libre à la découverte des origines antérieures à la création de notre race. Les Pères de l'Église ont précédé dans cette ^oie vos plus hai'dis explorateurs. Là n'est pas la rpieslion : il s'agit de la création de Thounne et de la loi de sa vie. 11 s'agit de son commencement et de son premier i)as dans la carrière (pie lui om rit dans les siècles la volonté du Créateur. Or. le christianisme aflirme ici connue point de départ , la Crralion; mais une création nettement dogmatisée, la création seide vraiment pbi-

losophique et vraiment populaire : l'homme rréé du néant par l'action libre de Dieu.

De quelque manière que Dieu ait préparé à l'homme sa demeure splendide, l'homme y apparaît à un jour marqué, et dans une forme déterminée. Avec sa physionomie complète et son type ache\é, il sort d'un seul jet de la main et du souffle de Dieu ; de sa main qui lui construit un corps , de son souffle qui lui inspire une âme. Il pétrit de l'argile de la créalion ce corps harmonieux, oi^i il réunit toutes les beautés éparses dans les créations placées au-dessous de lui. Puis il crée, d'une respiration de lui-même, cette âme, où il imprime le cachet de sa ressemblance, et oiiil fait reluire tous les reflets de ses perfections; et cette âme, avec le corps qu'elle emporte dans son mouvement , il la ramène à lui-même, en lui donnant pour ressort de sa vie, l'aspiration de l'infini.

Ainsi Dieu l'a fait à son imase Secun-

dum imaginem suam fecit illum (1). Il l'a posé, dit l'Écriture, face à face devant lui-

(1) Eccli. XVII. 11-2.

LE POINT DE DKPaUT I)U 1'Ui)<;UÈ5. 8j

même, et il l'a marqué du sijïne de son ^isage; il l'a vêtu de sa force ; il lui a donné la puissance ; il a fait descendre de son front une terreur qui dompte les animaux ; il lui a donné le jugement et la parole , des yeux pour a oir, et des (►reilles pour entendie; il lui a fait inic intelliiience pour com[)rendre et un cœur pour aimer; il a mis dans l'iuîe la ])lénitude de la science, dans l'autre la j)léjiitude de l'amour; il lui a montré le bien et le mal, et entre les deux il a ]>lacé la liberté pour -clioisir l'un ou l'autre. Voilà l'homme tel (pie nous le réAÙle à sa première apparition un dogme clair et défini ; le voilà rayonnant , à son aurore , de cette beauté complète, oi!i ^iennent se mêler, sans se confondre, les ])eautés de la création et les reflets du Créateur, tous les dons de la nalure et tous les dons de la grâce, toute la })erfection humaine transfigurée par la vie de Dieu. Il ne sort pas d'une mystérieuse élaboration des forces de la nature ; il sort d'un seul jet de la toute-puissance du Créateur. 11 n'est ni géant, ni titan, ni cyclope, ni enfjint, ni fétichiste, ni sauvage, ni cainixitre, ni herbivDre,

8() DKIXIÈME CONFKRENCE.

il est Vhomme : Fliomiiie tout entier dans son type primitif et sa beauté idéale ; l'homme parfait : virum perfccium. Regardez, le ^oilà, tel que Dieu l'a fait : il se dresse sur ses deux pieds, il regarde le ciel en dominant la terre ; et l'on dirait qu'il cherche son créateur pour emporter a^ ec lui vers son centre di^ in la création qui se résume et resplendit en lui ! . . .

Ainsi le christianisme, par son dogme de la création, éclaire au berceau de l'humanité le mystère de l'origine.

Mais cette première donnée du dogme catholique ne suffit pas à mettre dans tout son jour le point de départ du progrès. Face à face avec cette grandeur passée, et notre misère présente, je me demande comment est descendu si bas l'homme parti de si haut? Pourquoi , après cette grandeur du point de départ, cet abaissement séculaire ? Entre cette perfection évanouie au commencement , et cette misère qui se renouvelle avec les siècles, com-

i.K POINT ni: 1)1 l'AiiT 1)1 rnoGiîKs. 87

iiienl placer hi loi et la réalité du [)roiiiès humain? EAidennueut , si nu aiitie dciiiuie ue complète la doctrine, la niarclie de l'homme dans le ])assé et sa condition dans le présent sont inconciliahles avec la splendeui' de l'Edeu attestée j)ar tonte l'histoire; et le Proizrès doit demeurer une éuiiiuie incomprise.

Aussi, pour adiCNcr la réAélation du mystère de l'oriiiine, le christianisme, à ce mot rréalion , joint un autre mot : la chulc ; niftt révélateur sans lequel vous n'entendrez jamais rien, ni à la doctrine, ni à la loi, ni aux conditions, ni à l'histoire du Proifrès ; la chute de l'homme, mystère qui seul e\})lique tant de mystères, point obscur^ sans lequel , selon le mot ingénieux: d'un écri\ain, la lumière n'est nulle part..

A (»ilà pounpioi tous les théoriciens du Progrès antichrétien, sceptiques, rationalistes, [)anthéistes ou athées, foui autour de ce mot nu hruit (pi ils ne font autour d'aucun autre mot. In instinct qui ne les trompe j)as, leur ré^èle qu'au fond de ce mot la (piestion du Progrès se remue tout entière , et leur cjénie s'éinùse à imaginer, sans ce dogme capital.

88 DEUXIÈME CONFKHEXCE.

(les théories du Proi>rès qui mentent à l'Jiistoire en se mentant à elles-mêmes.

ï^a philosophie rationaliste aspirant à l'honneur de fonder une théorie du Progrès en dehors du christianisme, suit, par rapport à la question de la chute, trois procédés principaux que je vais signaler rapidement.

Le premier consiste à nier, au point de "\ ne du Progrès, l'importance de ce point fondamental :

<i Qu'importe, dit-on, qu'Adam soit ou non tombé dans un lieu que la Genèse ap})elle rÉden ? Du moment qu'à un jour donné l'homme a été misérable , et que pour échapper à la misère il a pris le })arti du Progrès, la philosophie ne a a pas chercher s'il est né ou devenu misérable. S'il y a progrès , que fait à l'humanité qu'il ait commencé avant ou après l'Éden ?... Vous mettez le point de départ après, nous le mettons avant; mais, en définitive, c'est toujours le même point de départ. Entre vous et nous il n'y a qu'une question de date , la distance du jour au lendemain. »

Ainsi traitent la question de la chute des écrivains qui parlent de Progrès. Je le dis avec

LE POINT DE DÉFAUT Dl PRÛORKS. 89

une profonde tristesse , je niiiiaiziiiius pas qu'on pût toucher de notre temps, avec une légèreté digne d'un autre siècle, une question qui a énui, dans tous les temps, les génies du premier ordre, ^i Qu'importe, dites-vous, qu'Adam soit » ou non tombé dans un endroit qu'on ap])elle » l'Kden? » De Maistre vous répondrait dans sa langue : Mais il importe très-fort. Au fond de cette chute, il } a toutes les questions radicales qui importent à la solution des problèmes que soulè^e le Progrès ; question du mal un irai, question de liberté humaine , question de l'expansion libre ou de la ré})ression obligatoire des instincts et des i)assions; en un mot, toutes les questions relatives aux conditions et aux lois actuelles de tout progrès véritable. Selon que l'homme est tombé ou n'est pas tombé, la loi et les conditions du Progrès seront fort différentes; et c'est se moquer tout à la fois du genre humain, de la science et de la question qu'il s'agit de résoudre, de passer devant ce problème de la eluite qui en renferme tant d'autres, en disant : « Qu'importe? Du moment , dites-vous , que Thounne a pris le })ai'ti du Pi'ogrès, qu "importe de sa\oir où ce

90 DKLXIK.ME CONFl-UEXCE.

Progrès commeiice ? » 0 logicien! Mais là est la question. L'homme a-t-il pris, l'homme a-t-il pu prendre })ai' lui-même le parti du Progrès ? Entre vous et nous, c'est la question même. 11 s'agit de savoir, en déterminant le point d'oii l'homme part, s'il est monté ou s'il est descendu, et par là de constater le progrès ou la décadence ; et ^ ous commencez par poser en fait l'existence du Progrès, pour conclure de cette hypothèse qu'il est inutile de saAoir d'où il part?... Vraiment, je a ous admire : jamais rien de pareil ne se \it dans la science ; la science tire la lumière de la lumière, elle marclie jetant sur ses conclusions la clarté des priucijies; \()tre philosophie suit un procédé contraire : elle cache dans l'omhre le point de départ de l'homme pour mieux illuminer sa route ; elle prétend faire jaillir la lumière des ténèhres, et elle demande à la nuit de nous donner le jour. Quoi que tous en disiez, la chute vous inn)ortune , le péché originel a ous offusque. Cette affectation de dédain n'est qu'une tactique, et l'indifférence que vous montrez par rapport à cette question n'est qu'un masque. Aussi, lorsque votre philoso})hie marche à

visaiic décou^e^t, elle n'est plus que ce quelle est toujours en face de la vérité, une négalîoii; elle (lit résolument : « Je nie la chute priniiti^e, je nie le péché originel, je nie la déchéance humaine, je nie le mal dans l'homme. » <'/est le second procédé que suit la philoso- ])lne du Progrès que nous combattons en ce moment ; elle nie avec la chute de l'honnne le mal dans l'humanité. Pour elle le mal n'existe pas ; si elle en garde le nom, ce n'est que pour exprimer une simple relation. Le hien et le mal, ]»ar rapport à chaque chose, est relatif à sa place et à son heure dans l'histoire du Progrès, (^e qui est un bien par ra})jtoii au fait qui précède, devient un mal par i'a[)j)ort au fail (pii doit sui^re ; et ainsi , connue on jie craint pas de le dire ingénieusement : « Le Progrès est comme Janus, il a deux faces, l'une regardant l'avenir, l'autre regardant le passé. •» Au du coté du passé, il est le bien, car il est supérieur à ce qui Ta précédé ; A u du côté de l'aA enir , il est le mal , car il est inférieur à ce (|ui doit le suivre.

Ortes, la «piestioii du bien et du mal, tran-

92 DEIXIÈME CONFÉRENCE.

chée de cette manière, c'est hardi, et, à notre a\is, c'est très-absurde et très-naïf tout ensemble ; mais c'est au moins très-sincère et trèsintelligiljle. Tout à l'heure, la question de la chute n'était qu'une question de date ; maintenant, la question du mal est une question (loptique, nos adversaires le déchirent. Quant au mal en lui-même, ils disent : « Nous le nions, le mal est le terme de l'être fini, il n'y en a pas d'autre. » Ainsi, ce fier dédain affecté devant la question de la chute primitive et du mal dans l'homme, ce n'était qu'une hypocrisie. La chute disparaît sous une négation absolue ; et le mal dans l'humanité, éternel obstacle à la marche du Progrès, s'épanouit comme lerê\e des générations et des siècles, sous la marche d'un progrès fatal qui passe en dévorant toutes les vertus et en consacrant tous les crimes ; car dans ce système où la brutalité le dispute à l'absurde, le Progrès c'est tout ce qui renverse l'obstacle du présent pour régner dans l'avenir ; le Progrès, c'est tout ce qui réussit et tout ce qui triomphe ; le Progrès, c'est toute victoire de ce qui est plus fort sur ce qui est plus faible, c'est

LE POINT DE Dl'.PAUT I)L PROCHES. 93=

la déification de la force, c'est rapolliéosc du succès. Tel est le proiçrès que consacre dansl'humanité lanéjj;ation de la chute.

Mais cette néi^ation d'une chute, dont tous les siècles et tous les peuples ont consii^né dans leurs annales et leurs rites l'universel retentissement, a paru insolente même à nos acKersaires. Des i^énies s'estimant jdns délicats, ont pris devant le fait de la chute une altitude toute différente : n'osant nier résolument un fait écrit partout sur des monuments placés sous la iiarde des siècles et devant le rei^ard des peuples, ils se sont mis à linlerprclcr ; et pour rendre le sens réel du dogme et de l'histoire, ils ont é^oqué je ne sais quelle mystérieuse puissance qui explique tous les dogmes et interprète tous les faits, on plutôt dévore à la fois tous les dogmes de la religion et tous les faits de l'histoire. Quoi donc? le Mythe.

Qu'est-ce que le mythe? Qu'est-ce que cet oracle nouveau à qui le siècle demande, non plus seulement le sens de la fahle, mais le sens de l'histoire? Quel est cet être mystérieux qui explique taut d'énigmes, résout tant de pio-

•94 DEIXIÈME CONFÉRENCE.

])lèmes, dissipe tant de ténèbres ? Défini dans le sens des ad^el'sail'es, le mythe est nne idée •cachée sons nn fait, on nn fait servant de voile à nne idée. Voilà le mythe. Voilà le grand oracle de l'interprétation moderne ; les philoso])hes l'ont évocpié ponr interpréter le dogme et le fait de la chnte ; et, se posant en face de l'Église, appnyée snr ses denx bases, ils ont tenn à pen près ce diseonrs : « Vons nons accnsez de nier le récit de Moïse et d'anéantir le faitdel'Kden : nons Fadmettons; mais nons l'explirpions. Ce récit n'est pas nne histoire : c'est nn mythe : C'est nne idée ca- <'hée sous nn symbole. » Et cpielle est, pensez-Aons, celle idée voilée sous le [ail liisiorinueJ Sansdonte, l'idée d'nnechute, d'unedéchéance, d'un désastre? Pas le moins du monde. Adorateurs de l'invention et du génie moderne, écoulez de notre génie une admirable découverte. L'homme, dit cette philosophie, est d'abord instinct : la nature est pour lui un paradis de délices et d'ignorance; c'est l'âge d'or de l'enfance de l'humanité, paradis de Finnocence et de la félicité négative, qui n'est autre que l'impuissance de faire le mal et de com-

jtteiidre l;i (loiilciir. Admettez, sans |)i-eu\e, ve [nnni de départ de la nature humaine, car il n'y en a pas de preuve. La doctrine interprétati^e du mythe de la chute le déclare; il vu (fui ('Ire ainsi au commencement. Mais Noici ^ellir l'heure où la nature humaine, à léti-oit, \a rompre, par sa propre croissance, les langes de l'instinct qui semhleut l'élicindre et rélouiîer. L'aurore de la l'aisou perce l'omhre de la pensée j)ni'eincnt instincti^e : l'honnue s'élève à l'intelliiience dn l)ien et du mal ; il arrive par ce propres à la [)Ossession de la liberté; de l'usaiie de la liberté, naît la possibilité de la ])ré\arication ; et de la })Ossil>ilité de la piéAarication à la prévarication même, il n'y a (jue l'inter- UH^diaire d'un acte de la \olonlé. L'homme intelliiient connaît la loi morale ; libre, il la \iole, et par sa prévarication, il se déshérite lui-même de son paradis d'ignorance et de [)ai\ pour entrer dans la ^\e orageuse de linfelligence et de la liberté.

Messieurs, voilà la chnle originelle, «Inile mer\eilleuse, qui n'est autre qu'un nu)nAenieut progressif, ])uis(jn'elle est le ])assage

06 DEUXIÈME CONFÉREXCE.

de la \ie instiiicti\e à la ^ie morale, de la sensibilité à l'intelligence, de l'ignorance au savoir, de la fatalité à la liberté, du moins parfait au plus parfait; c'est-à-dire le plus grand pas cpie l'homme ait jamais fait dans la ^oie du Progrès. Si bien que, par un ])rocédé dont Aous aurez quelque peine à surprendre le secret , l'humanité en masse a pris , pour exprimer une idée, un fait radicalement contradictoire à cette idée, c'est-à-dire le fait de la chute de l'homme comme siiïne du progrès humain.

Vous le A oyez, })our être lui peu moins inhabile que la philosophie du dix-huitième siècle, le rationalisme du dix-neuAième n'est pas encore d'une habileté tout à fait consommée. Son invention, même à son point de vue, n'est rien moins qu'ingénieuse ; elle ment à la notion du mythe que lui-même a donnée, à savoir : une idée cachée sous un fait y elle n'a pas même le très-jjctit mérite d'être fidèle à son principe, et de s'accorder avec elle-même. Car enfin, quoi que a ous admettiez sur la réalité historique de l'Éden , de l'aveu même de l'interprétation mythique, ce fut dans le monde

LE rot.VT i)i; dkpaut du ruuGUKS. 97

r<nénement du mal moral; donc quelque clio^o (le terrible et de désastreux. Donner ce désastre comme un projrrès de l'Iiumanité, et, ce qui est encore plus singulier, clioisir, pour symboliser ce progrès, le mythe d'une déchéance, ce n'est pas seulement outrager ensemble et le dogme et .l'histoire, c'est mettre la contradiction dans les choses et la contradiction dans sa jtropre pensée. Je me demande a^ec surprise comment tous les peuples à la fois eurent l'étrange idée tle figurer leur plus grand progrès sous le mythe de leur plus grande chute ; et ma l'aison demeure stupéfaite devant une explication ([ui n'c\[)li([ue rien, et de\ant une interprétation où la naneté le dispute à l'inconséquence. Et dans la hnnière qui jaillit de l'erreur pour glorifier la \érité;, je me réjouis trois fois de ne trouver ici, contre le dogme chrétien, que des dédains qui riionorent , des négations qui l'affermissent et des contradictions qui en relèvent de plus en plus les di> ines harmonies.

Vh ! Messieurs, ici encore je me sens a^ec bonheur disci[)le de la vérité et fds de la lumière; et devant ces ténèbres que l'ei-i'cur

98 DELMÈME CONFKREN'CE.

amasse autour de ma pensée, j'éprome le hesoin de m'écrier : Que la lumière soit : Fiai lux. Je demandais tout à l'heure , commeni riiomme, créé si grand, apparait-il si petit ? Ma doctrine me répond : « L'homme est tombé. » Ici encore le christianisme est clair, affîrmatif, historique. Après six mille ans, placé, pour les relever, au milieu des générations portant encore sur elles les a estiges de ce désastre primitif, il crie d'une ^ oix qui ne se taira jamais : « L'homme est tombé; » et il est tombé parce qu'il l'a Youhi. Ele^é si haut par le bienfait d'un Dieu en\ ers lui deux fois libéral, il a a oulu monter encore plus haut , et il est tombé sous le coup d'un châtiment doublement mérité. Par cette porte ouverte d'une prévarication unique mais solidaire , le mal est entré dans la nature humaine. « Par un seul homme, » dit saint Paul, le péché est entré d;uis ce » monde, eta^ec le péché la mort. » Pcr uinon homincm pcccahnn in hjinc mundum intra- /'//, cl per pcccatum mors; cl ila in omnrs honiincs mors pcrlransiit {\).

(\) Rom. Y. 12.

LE l'Ol.NT DE DKPAKT I)L' PROGRÈS. 09-

Ainsi, le germe de la mort fut inoeiiK' à la race humaine tont eut ièi'e, et aA ec le germe de la mort, leprin('ii)ede tontes les décadences. Sous le contre-coup de sa diute , la concupiscrua', c'est-à-dire toutes les passions retonrnées contre lenr bnt, se déchaîna dans l'honnne: force redoutable, nne et collective tout ensemble, qui allait conspirer dans riiomme contre riiomme pour l'entraîner à sa ruine. Sons l'impulsion de cette force ennemie qui a pris place au centre même de sa Aie, l'homme est soumis aux entraînements et aux séduclions de ses passions déchainées contre lui-même. rnus(iuisqup tcntahir à connipiscentiâ sud abstraclus cl illnius (1); cette concupiscence engendre le péché, et le péché la mort : Conriipisccnlia parit prrratuw, ppccatum rrro chm conmmmatum furril, (jrnrraf mortrm (2) Entre ces deux termes, la Aie d'où l'homme est tombé, et la mort où le péché l'entraîne, il y a le penchant formidable vers tonte décadence. Créé, dansle premier ])Ian de la Providence ponrmonter jusqu'à la possession de l'infini, l'bomme

([] Jacob. I. 14.

(-2^ Um). Vi.

100 DEUXIÈME CONFKRENf.E.

pourra, si rien ne rcirrête, rouler de ehnie en chute jusqu'à réternelle séparation de rinlini. Tel est le second dogme que le christianisme pose au lierceau de l'homme pour éclairer le point de départ du Progrès humain. A^ec ce mot, la chute primitive, la déchéance humaine, et, pour parler connue l'Eglise, \e. péché <tvi(jinel y il tranche tous les grands prohlèmes qui se rattachent à la doctrine du Pi'ogrès. Ce dogme, une fois placé au herceau de l'homme, la théorie du Progrès fatal s'é\anouit comme une ondjre de^aut le rayon du jour. Même dans l'état de justice, sous le jeu facile de ses puissances fonctionnant dans l'ordre, l'homme n'a pas marché fatalement dans la voie du Progrès. Vivant de la ^ie surnaturelle, participant par la grâce à la vie même de Dieu, l'homme a pu tond)er ; il est tomhé, en effet, de la vie di\ine; ])ar une chute libre et consentie, il s'est jeté lui-même, au penchant de la décadence. Comment, sous le contre-coup de sa chute, et sous le poids dont lui-même s'est accablé, porterait-il la loi d'un Progrès fatal et d'un perfectionnement nécessaire ? périsse à jamais la doctrine du Pro-

grès fatal ; cette philosophie qui aboutit dans l'histoire à consacrer toutes les défaites et à diviniser tous les succès, le dogme de la chute l'a blessée à mort ; elle ne se relèvera jamais que pour retomber aussitôt sous l'anathème des peuples et sous la foudre de l'Église , c'està-dire sous le coup vengeur de la vérité même. Le dogme catholique, en se posant dans sa simplicité divine, frapi)e au cœur les systèmes qui altèrent ou renversent la notion du Progrès humain, parce qu'ils méconnaissent avec la chute de l'homme les vraies lois de l'humanité. Devant la liberté de la chute, la fatalité du Progrès ne peut tenir.

Et avec ce dogme doublement révélateur, la question du mal moral, et de son rôle dans la vie humaine, a trouvé elle aussi sa solution totale. Le mal qui est dans l'humanité n'est pas un mal relatif ; c'est un mal en soi , c'est la déviation de la fin , c'est la vie retournée, c'est l'antagonisme du Progrès. Ce mal qui vit dans la société et qu'on respire dans l'air , il n'est pas en dehors de l'homme seulement, dans les institutions, dans la société , il est dans l'homme même ; il est dans

son cœur surtout, foyer ardent d'où le mal fait dans l'humanité ses explosions périodiques.

Dès lors la loi souveraine du véritable Progrès se dégage avec éclat du désastre primitif: la lutte contre soi , l'effort contre l'antagonisme des passions qui le poussent à la décadence, telle sera à tout jamais pour l'homme tombé la condition du ^rai Progrès. Ce Progrès, même après la chute, Dieu le veut encore, mais il le veut à la condition de l'effort et au prix de la lutte.

Que des hommes viennent redire de siècle en siècle aux époques des grandes aberrations : «Tous les instincts sont légitimes, toutes les passions sont saintes ; le Progrès n'est que leur libre expansion, leur jeu sans entrave, leur mouvement sans répression. » Ces doctrines sont condamnées d'avance par le dogme de la chute. Sous la sauvegarde de ce dogme à jamais protecteur , l'humanité se défendra contre la folie des doctrines qui mettent le Progrès de l'homme et des sociétés dans la satisfaction des instincts, affranchis de toute contrainte ; c'est à-dire le Progrès dans la dégradation même. La vie humaine , vue

LE POIXT DE DKPART DU PROGRÈS. 103

dans la lumière du dogme de la du île, est ce qu'elle est, un combat coulre l'ohstaclc au bien, un effort contre le mal, une milice enfin : Militia est rita hominis super (erram (1). Oui, lutter et lutter encore, même dans la fatigue et la douleur contre les instincts pervers suscités dans la ^ie j)ar la perturbation de la cluite, telle est la loi du Progrès écrite dans la nature humaine et proclamée par toute l'histoire. Pour en donner à l'homme lecourageet l'énergie, le christianisme fait apparaître à ses yeux, comme signe d'espérance, l'étendard sanglant de la Réparation.

La Réparation , tel est le troisième mot révélateur par lequel notre doctrine explique divinement le point de départ du progrès humain.

Des hommes, dans ces derniers temps, nous ont sommé de choisir entre le dogme de la

(1) Job. VII. 1.

chute et la doctrine du Progrès; ils ont dit : « Entre le péché originel et le progrès originel , l'heure est \enue de choisir ; sur l'une ou l'autre croyance, il faut bâtir sa foi. » Messieurs, nous n'acceptons pas cette alternative ; avec le dogme du péché originel, nous embrassons la doctrine du Progrès, parce que avec la chute nous admettons la réparation ; la chute adamique , cause de toute décadence humaine, la réparation chrétienne, cause de tout progrès humain. Voilà la plénitude de notre doctrine, la seule qui donne dogmatiquement la raison du Progrès.

L'œu\re de Dieu est brisée, son premier plan est renversé ; mais le plan divin sera repris , Dieu réparera son œuvre. A peine l'homme avait vu tomber la malédiction sur son crime, qu'une bénédiction descendait sur son malheur. Satan a vaincu ; il triomphe dans la chute qui vient de s'accomplir et dans la décadence qui déjà prend son cours. Adam et Eve penchent avec toute la race humaine , emportée par cette chute, vers une décadence qui menace d'aboutir à la ruine. Satan à son tour sera vaincu. Un nouvel Adam et une nou-

velle Eve arrêteront rhumanité qui penche ; et par une force divine, la feront remonter vers cette destinée perdue dont Dieu leur rend l'espoir et leur fait la promesse. La tête du serpent sera brisée, la force ennemie sera réprimée, l'humanité sera restaurée. Le réparateur viendra. La prévarication d'un seul a précipité l'humanité; le mérite d'un seul la relèvera. Comme le péché a régné pour donner la mort et pour pousser à la décadence , la grâce régnera par la justice , et restaurera dans l'homme, avec la vie éternelle, son progrès du temps par Jésus-Christ notre Seigneur. Ut sicut regnavit peccatwn in mortem ; ita et (jratia regnet per justitiam in vitam cetcrnanij, per Jesum Chnstum Domininn nostnnn (1). Ainsi la vie de Dieu, restaurée dans l'homme par l'Homme-Dieu, médiateur entre l'un et l'autre , et réparateur du désastre primitif, tel est le point de départ définitif que le christianisme pose au vrai Progrès de l'humanité. Son terme sera dans l'éternité, mais sa marche sera

(1) Rom. V. 21.

dans le temps ; et Jésus-Christ sera sa \oie, sa \érité et sa\ie.

Je ne démontre pas ce doc;me chrétien , je le pose dans sa mérité profonde, devant la question du Proiïrès, et je vous dis : Voilà le point d'où toute humanité doit partir pour remonter vers Dieu sur la route des siècles. Au jour même de la chute, la loi première du Proii;rès , Aiolée par la liherté de l'homme , est rétahlie par la bonté de Dieu. Même après la déchéance, le Progrès peut être encore ; Progrès difficile, Progrès douloureux, condamné à reconquérir par la souffrance cette grandeur qui fut perdue par le plaisir.

Aussi depuis cette parole, une seconde fois créatrice, qui rétablissait par l'amour l'ordre brisé par l'égoïsme, et replaçait l'humanité sur la route du Progrès, l'homme, à travers les siècles, n'a pas cessé un seul jour de regarder les sommets splendides d'où luimême s'était précipité; et du fond de ses ténèbres, il a cherché toujours du côté de l'avenir cet astre de l'espérance que Dieu lui avait montré à un lointain horizon. Du pen-

LE POINT DE Ul'PAUT DU PROGRÈS. 107

chant de toutes ses décadences, où le mal menaçait de remporter à toutes les ruines, il avait entrevu le divin Iléparateur qui étendait les deux bras de l'amour crucifié pour le ProG;rès du monde, et lui criait du centre des siècles : « Viens à moi, je suis le nouvel Adam ; tombé de Dieu avec le premier homme , monte jusqu'à moi ; et que , par moi et en moi, ta race réhaljilitée et une seconde fois progressive, remonte jusqu'à Dieu. Du fond de cette ruine où Adam t'a jjrécipité , je te relèverai, et j'emporterai aux profondeurs de Dieu ta postérité restaurée en moi. Je suis le Christ, et c'est le dessein de Dieu de restaurer en son Christ tout ce qui est dans les cieux et tout ce qui est sur la terre. Instaurare omnia in Christo^ quœ in cœlis^ et quœ in lerrâ sunt {\). Adam, c'était la chute; je suis la restauration; Adam, ce l'ut la décadence; le Progrès, c'est moi. »

Telle est la loi divine du Progrès dans ce troisièmeplan de la viehumaine. Réaliser le Progrès dans notre état actuel, c est remonter vers le

(1) Epb. I. 10.

sommet où l'homme fut placé dans la première création. Or, ce qui élevait l'homme ù ce sommet sublime, c'était un principe surnaturel, c'était la \ie de Dieu dans l'homme, communiquée par la grâce. Pour faire remonter l'homme vers sa grandeur première, et pour lui faire reprendre vers ce but sa marche progressive, il faut que la vie de Dieu revienne dans la vie humaine. C'est le mystère qui commence à Bethléhem, se consomme au Calvaire et se perpétue dans le christianisme pour accomplir dans les siècles la réhabilitation de l'humanité. Voilà pourquoi la crèche de Bethléhem, qui est le berceau du christianisme, est saluée par les chrétiens comme le berceau du Progrès. C'est que là, dans ce berceau, où le Réparateur vient de naître, Dieu et l'homme se rencontrent, et l'énergie divine rentre dans la nature humaine. Le jour où il fut dit : Emmanuel : « Dieu avec nous ; » ce jour-là, le Progrès put reprendre, dans les siècles, sa marche interrompue. Emmanuel^ Dieu est dans l'humanité ; l'homme peut se relever, l'homme peut grandir.

Oui, Messieurs, le Progrès nouveau naquit

dans la crèche de Bethléhem, et il reoiit au Calvaire, avec le baptême du sang, la consécration de la douleur. Là, le progrès commence, parce que là, la réhabilitation se fait. C'est de là qu'il va s'élancer sous l'impulsion de sa force divine, pour s'étendre de siècle en siècle et de frontière en frontière dans le double champ de l'espace et de la durée. Jésus-Christ, restaurateur, du haut de sa croix, élevé au milieu de l'univers et du temps, est le centre de toute harmonie qui se rétablit, de toute beauté qui se restaure, de toute grandeur qui remonte, en un mot, de tout Progrès qui se fait dans l'humanité. Tout ce qu'il y a de plus vrai, tout ce qu'il y a de plus saint, tout ce qu'il y a de plus parfait sortira de lui pour retourner à lui ; car il est le commencement et la fin. et il est la route qui mène de l'un à l'autre.

Telle sera désormais la grande loi des sociétés. Tout peuple qui marchera vers lui, montera; il ira de progrès en progrès. Tout peuple qui s'éloignera de lui, descendra ; il ira de décadence en décadence ; et si vous voulez juger dans les siècles nouveaux le progrès et la per-

110 DEUXIÈME COXFlRT'Nf.E.

fection d'un peuple, je n'ai qu'une règle à vous donner ; mais elle est infaillible ; je vous dis : Entre ce peuple et Jésus-Christ, mesurez la distance. C'est le critérium divin du progrès <ies nations.

Et ce que je dis d'un peui)le, je le dis en- <^,ore plus d'un homme, d'autant plus parfait et d'autant plus progressif qu'il s'unira davantage cà Jésus-Christ, et que devenant de plus en plus Jésus-Christ lui-même, il réalisera mieux cet idéal du christianisme montré par les saints Pères : « Le chrétien estun autre Christ : Chri- ^tianus alter Christus. » Telle est ma conviction inébranlable, telle est ma foi invincible : je suis chrétien, et ma perfection, c'est de devenir de plus en plus Jésus-Christ : je suis chrétien, mon progrès est tout ensemble une diminution et un accroissement : une diminution de moimême en Jésus-Christ, et un accroissement de Jésus-Christ en moi. Et en voyant venir €e divin Restaurateur, qui se pose devant moi pour me refaire à l'image de sa propre grandeur, j'éprouve le besoin de m'écrier avec le saint Précurseur : il faut qu'il

LE POINT DE DÉPART DU PKOGKliS. 1 1 1

croisse et que je diminue : Illum oportet creacere, me autcm minui (1). Oui, ma décroissance progressive, jusqu'à l'anéantissement de moi-même en lui ; sa croissance progressi\e jusqu'à la plénitude de lui-même en moi : c'est la loi de ma Aie : Je le crois : credo; je le proclame devant vous : c'est mon credo du progrès ; c'est ma profession de foi au dix-neu- Aième siècle. Que ceux qui en ont une autre, osent la proclamer aujourd'hui ; ils seront vaincus demain.

Ah ! je le sais, cette foi que nous professons, aujourd'hui tous ne la professent plus : ce €redo du progrès que nous disons hardiment devant aous, tous ne le disent plus avec nous. 11 y en a qui rê\ent de fonder le progrès sur une autre foi, et un autre Credo. A entendre parler les croyants d'un symhole inconnu et les sectateurs d'un progrès inouï dans l'histoire, nous autres chrétiens, partis avec Jésus-Christ, il y a dix-huit siècles, de Bethléhem et du Calvaire , nous serions occupés à descendre et à entraîner a\ec nous

(1) Joan. m. 30.

riiumanité dans une perpétuelle décadence. Nous demandions le progrès de l'homme à un principe divin , nous demandions à ce qui est en haut de relever ce qui est en bas ; nous cherchions au-dessus de l'homme le ressort du Progrès humain : c'était une erreur ; le rationalisme nous apprend que nous nous sommes trompés. Lui, demande à l'homme de relever l'homme ; il demande à la nature de restaurer la nature. Et si vous voulez entendre le secret profond du Progrès rationaliste , le voici dans un résumé court mais fidèle.

Quelle que soit l'origine de l'homme et la genèse des choses ; quelle que soit la raison mystérieuse de la lutte de tout contre l'homme et de l'homme contre tout, cette lutte existe. Combattre cet antagonisme par une énergie persévérante , et vaincre par ses propres forces les forces qui lui font obstacle , c'est la loi de son Progrès. Pour réaliser ce Progrès, l'homme n'a besoin que de lui-même ; car ce Progrès, c'est la victoire perpétuelle de l'homme sur tout ce qui n'est pas l'homme ; ou pour parler la langue des penseurs de ce temps, le triomphe progressif du moi sur le non-

moi : l'homme se rachetant lui-même, par sa force personnelle, des servitudes étrangères; en un mot, l'homme rédempteur de l'homme. . . Voilà la théorie franchement rationaliste ; c'est le Progrès antichrétien. C'est le moi, rien que le moi ; lé moi avec toutes ses puissances et toutes ses facultés ; le moi avec son orgueil et sa suffisance ; le moi partant de lui-même pour ahoutir à lui-même ; le moi qui se pose comme le commencement, la fin et le moyen de tout, c'est-à-dire la contradiction absolue du Progrès chrétien, où le moi semble s'évanouir en s'écriant avec saint Paul : « Je ») vis, moi ; mais non, le moi n'existe plus, )) le moi ne vit plus , c'est Jésus-Christ qui » vit en moi : Vivo autem , jam non ego , vivit ») verb in me Christus (1). »

Vous le voyez. Messieurs, devant l'erreur contemporaine je pose résolument notre dogme de dix-huit siècles, et je vous montre sans hésiter l'abhne qui sépare , au point de vue où nous sommes, le christianisme séculaire et le rationalisme moderne ; à travers cet

(1) Gai. II. 20.

ni DEUXIÈME CO^•FÉRE^'CE.

abîme, au nom de l'Église, ma mère, je tends à tout ce qui se sépare de nous une main fraternelle; mais je n'en dis pas moins, l'abîme est là : Là est le point profond qui nous sépare. Le rationaliste croit au Progrès bumain par l'action exclusi^ e de l'bomme ; le cbristianisme croit au Progrès de l'homme par l'action de Dieu dans notre humanité. L'un demande tout le Progrès intellectuel de l'homme à la puissance de la raison humaine ; tout le Progrès moral de l'homme à l'énergie de la volonté humaine ; tout le Progrès social de l'homme à Texpansion de la fraternité humaine ; tout le Progrès matériel de l'homme à la puissance de l'inAention humaine; en un mot, tous les Progrès partant de l'homme pour aboutir à la glorification de l'homme. L'autre, sans anéantir ni la raison, ni la volonté, ni la fraternité humaine, ni le développemenl. matériel, demande le Progrès de l'intelligence humaine par la lumière de la foi divine ; le Progrès moral de l'homme par l'énergie de la grâce divine; le Progrès social de l'homme par la fécondité de la charité divine ; le Progrès matériel dirigé et contenu par la morale chrétienne. En un mot, tous les Progrès

LE POINT DE DKPAHT UU PHOGUÈS. Ho

de riiomme, dirigés par la lumière et la grâce divine, pour aboutir à une suprême glorification de Dieu. Qui que vous soyez, rationalistes, panthéistes, socialistes, matérialistes ou spiritualistes, si vous ne fondez le Progrès sur Jésus- Christ réparateur, entre vous et nous, telle est la différence ; différence profonde, séparation radicale, où notre amour pour les hommes ne peut rien pour anéantir rantagonismc des. choses. Non, entre vous et nous, ce n'est pas, comme on l'a dit, une question de dale, c'est une question de doctrine ; et ce qui nous sépare, ce n'est pas la distance du jour au lendemain, c'est la distance de l'erreur à la vérité , et du ciel ùla terre; c'est la distance de l'homme à Dieu. Car, pour résumer en un mot cette séparation doctrinale qui ne peut rien, je le sens, pour briser de nous à vous l'attraction des cœurs, vous ^oulez le Progrès de l'homme par l'homme; nous voulons en Jésus-Christ le- Progrès de l'homme i)ar Dieu.

Messieurs , loin de nous cet antagonisme des intelligences dans une question qui se résout si di\inement au conir de Jésus-Christ, assez large pour tout endjrasser, assez haut pour

tout relever. Ah ! si tous les hommes qui demandent à leur propre énergie le secret du Progrès humain, étaient ici, je leur dirais, non avec colère , mais avec amour : Vous qui ne cherchez pas avec nous, là où il se trouve , le secret divin du Progrès , je vous demande de vous connaître, de vous interroger, de vous juger. Dites, vous sentez-vous assez forts pour consolider tout ce qui est faible ? assez hauts pour relever tout ce qui penche ? assez radieux pour éclairer tout ce qui est obscur? assez naturellement parfaits et progressifs pour demander à votre raison , à votre force, à votre génie, le Progrès du monde et le vôtre ? Vous sentez-vous assez puissants enfin pour résoudre par vous-mêmes cette grande énigme du siècle?

Quoi ! comme nous déchus et déshérités, c'est à vous-mêmes que vous voulez demander la richesse et la grandeur ? Quoi ! comme nous faibles et ravagés, c'est à vous-mêmes que vous demandez la force et la restauration de tout ? Vous ne voyez pas que c'est demander la création à la ruine, et le Progrès à la décadence? Ah ! laissez-moi vous le crier, en vous rappelant à ce-

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