‹ Le progrès par le christianisme (volume 5)Chapitre 4 sur 11 · I.E POINT DE DLPAUT UL PKOCKLS · texte numérisé non relu

I.E POINT DE DLPAUT UL PKOCKLS

lui qui ^elè^e et restaure toutes choses ; lorsque vous poursuivez le Proi^rès loin de Jésus-Christ Dieu, votre marche n'est pas un Progrès, c'est une rechute ; tomhés une seconde fois de la vie de Dieu, eu vous séparant de Jésus-Christ, NOUS êtes ce qu'un auteur vous a hien nonnnés, les hommes de la seconde chute. Voulez-vous ne i)lus descendre ? voulez-vous monter , monter toujours ? Saluez en Jésus-Christ , restaurateur de la vie de Dieu dans l'homme, Fauteur et le consommateur de tout Proirrès chrétien ; connnenccz avec nous, pour finir avec nous ; posez sur la création, la chute et la rédemption, comme sur trois colonnes divines, cet édifice du Progrès de l'homme en Dieu, dont Jésus-Christ est le centre, le fondement et le sounnet : et vous serez avec nous les hommes du vrai Progrès.

M0.\SE1G.>EIR ,

Le christianisme seul peut fonder une doctrine du Progrès, parce que dans la lumière de trois dogmes fondamentaux, il en montre avec clarté le ^ rai point de départ. Par le dogme d'une création nettement définie, il nous dit comment l'hounne a commencé. 11 nous le montre sortant d'un seul jet de la puissance du Créateur, a\ec son type achevé, éle>é

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à l'état surnaturel, transfiguré ])ar la liruce ou la participation de la \ie de Dieu. Au contraire , la pliilosophie purement humaine ne peut dire comment l'homme commence : ou elle professe le panthéisme, et alors l'homme pour elle n'est cpiune végétation de l'Etre dh'in éclos à une heure mystérieuse sous une forme inconnue ; ou elle rejette le i)anthéisme , et alors même qu'elle admet la création , ignorant quel fut l'homme à son berceau, elle ne peut nier ni affirmer le Progrès. Au dogme de la création, le christianisme en ajoute un autre, la chute. O dogme radical, la philosopliie tantôt le dédaigne, tantôt le nie et tantôt l'interprète ; et par ses trois procédés également inefficaces, elle laisse l'homme ignorant du 1113 stère du mal ; et , par là même , impuissant à comprendre la loi du vrai Progrès. Le christianisme tranche résolunient ce grand proldème. Il dit : L'homme est tombé ; et par le contre-coup de sa chute le mal est entré dans la vie humaine. Par là, sont résolues toutes les questions radicales relati\es au Progrès humain, liberté du Proarès ou de la décadence, l'existence du mal dans la

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\\o Immaine, et comme conséquence pratique, la lutte contre soi-même, loi souNcraine du Protii'ès.

Enfin, le christianisme pose un troisième <loirme qui aclicxe la révélation du point de dé|)art du Pi'oiircs, la rcparaliun. Par le fait de sa |)ré\arication, l'iiomme séparé de Dieu niarclu! ^ers la décadence ; par le bieid'ait de la r(''|»aialioii, 1 Intunno rctrou\e sa ^ie diNine et renu»nte a ers sa perfection; tombé en Adam pré\aricateur, il se relève en Jésus-(-hrist réparateur. La [)liilosoplue rationaliste iixnore, a\or le mystère de la réparation divine, le secret du Prourès luunain. 1-^IIe demande à riiomme de réhabiliter l'iiomme, et à la force humaine tout le Protrrès de riiumanité; par là t'ile roule dans un cercle fatal, demandant à la blessure de i-iiérir la blessure, et à la ruine <le relever la ruine.

Ainsi le christianisme seul, par trois doiimes 'ré\élateurs, s'illuminant de leurs mutuelles clartés, met dansun jour complet le j)oint de départ du Pi'Oiirès humain. La science fhéoloi:i(pie <-rciise ])lus j)roh)ndéuicnt ces trois mystères de la \ic, dont le dé^eloppement total compose la

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théologie chrétienne ; mais cette courte exposition du dogme suffisait au hut que nous nous proposions dans le dernier discours , montrer dans la lumière de la foi chrétienne le point de départ du Progrès.

Maintenant , Messieurs , après avoir regardé au commencement ^ regardons à la fin. Comme il faut à tout Progrès un point de départ , il lui faut un point d'arrivée ; avec la donnée première et la solution initiale, il faut la donnée dernière et la solution finale.

Les sectateurs antichrétiens du Progrès, pour la plupart, laissent encore dans l'ombre ce point fondamental ; ils négligent ce rpi'ils nomment le mvstère de la fin, comme ils néolicent le mystère de l'origine. Ceux même qui entreprennent d'y toucher, presque jamais n'élèvent la question à sa légitime hauteur. Ils discutent entre eux , avec un très-grand bruit de paroles , la question de savoir si l'humanité sur la terre tend à réaliser un état de perfection humaine et sociale qu'on doi\e considérer comme le dernier , en sorte que cette condition une fois réalisée, la société s'immobilise ou recule fatalement. On de-

mande quel sera ^a^elli^ terrestre de notre humanité : et chacun, selon son système, nous prophétise un Éden ou une catastrophe, ou l'un et l'autre à la fois. Or, il est manifeste que la question ainsi posée ne \n pas assez loin et ne Aise pas assez haut. Fût-elle résolue dans le sens de la mérité, elle n'illuminerait pas tous les sommets de la ^ie. La forme sociale la plus acconq)lie, et la perfection humaine la plus élevée qu'on imaaine, ne réaliseront jamais le terme de la Aie. On peut, sous ce ra])j)ort, laisser les hommes et les sociétés poursuiAre de toutes leurs forces l'idéal de la vie humaine et l'idéal de la Aie sociale. Mais là n'est pas, là ne peut ])as être la question souAcraine que nous avons ici à poser et résoudre : plus tard, le cours de cette prédication nous amènera peut-être en face de ce prohlème : Quel est notre avenir sur la terre? La question, aujourd'hui, est plus radicale et plus élevée; il s'aiïit du l»ut suprême de la Aie, il s'agit du terme riiioureusement final. En un mot, la fin doiiirrc du Proi^rès humain, telle est, après la question du point de départ, la question que doit résoudre la vraie doctrine

du Progrès. Quiconque prétend construire une tliéoi'ie du Pro2:rès sans l'appuyer sur cette base, ressemble au û;éomètre qui veut construire une iîéoniétrie en dehors des axiomes qui portent la û;éométrie.

Cette question touche, par ses données premières , aux profondeurs oii doit creuser toute doctrine qui a eut se donner une base inébranlable, c'est-à-dire aux profondeurs mêmes de la métaphysique éclairée })ar la foi. Mais n'ayez pas peur ; comme l'Océan laisse voir au fond de ses abhnes les étoiles du firmament, la doctrine chrétienne a des profondeurs lucides où le ciel des idées se réfléchit avec éclat. Je voudrais m'y })longer sans me dérober à vos regards. Que Dieu me donne d'y rencontrer la ^ érité ])ure de toute erreur, et de vous la montrer simple mais lumineuse, rayonnant sur vos âmes dans une clarté populaire.

Quel est le terme final du Progrès humain ? Telle est la question supérieure qui se pose

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iné^itabIement de\ant l'intelligence qui veut fonder sur une Jjase solide la doctrine du ProliTès; car ici, plus que partout ailleurs, il faut <lire à riionune : « En toute cliose, regarde la fin. »

Je pourrais, sur ce second point fondamenlal de la doctrine du Progrès, aous inonder, rouHue je l'ai fail j)our le premier, les incertitudes, les doutes et les ignorances des piiilosopliies les plus fières et les plus sures d'eliesinèines. Mais j'ai à a ous signaler, dans une j)liiioso|)liie contemporaine dont il est queicpie liniit, un pi'océdé singulier, tout à la fois le [►lus contradictoire et le })lus séduisant.

A cette (juestion souveraine : « Où est le lerme final du Progrès humain? » cette philosoj)liie des sommets de sa mél;i|)lnsique sourit et répond : « lk)jnmes sinq^les que nous êtes, vous demandez où est le terme du Progrès? mais le Icnnc n'existe jhis. » Pour <-onstituer le second élément doctrinal du Progi'ès, elle fait exactement l'ojiposé de ce (pie nous faisons ; au lieu de poser la lin . elle la supprime. JClle nous dérobe le hut, et n«»us juontrant du doiiit devant nous des ouAertures

infinies , elle dit à tout homme , comme à rhumanité entière : « Va de siècle en siècle, » de transformation en transformation, pour- » suivre dans le lointain de ton avenir, les ') marches éternelles de ton Progrès indéfini. » Vindéfini, pris dans son sens le plus rigoureux et le plus métaphysique, tel est , dans cette théorie nouvelle du Progrès, le mot sacramentel. C'est aujourd'hui la grande stratégie, et tout ensemble la grande fascination de nos cireurs. Voilà pourcpioi , avant de vous exposer dans son ensemble cette philosophie artificieuse et séduisante, je crois devoir caractériser ce mot qui en est la plus grande puissance. Vindéfini.

Des penseurs de ce temps l'ont remarqué a^ ec nous. L'indéfini, c'est-à-dire l'absence ou la négation du défini, quand on y regarde de près, apparaît comme le caractère essentiel de toute doctrine antichrétienne ; c'est le signe contradictoire de la vérité et de Dieu. Dieu, qui sait tout, définit tout; il parle, et en parlant, il définit tout ce qu'il parle, sans en excepter lui-même. Car il a dit en se définissant divinement : Ego sum qui sum. La science de Dieu

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affirme et délmit, parce qu'elle est la vérité. La définition est le jet do la lumière nous découvrant une ^érité, comme le rayon du soleil nous découvre un corps. Toute parole \raie est mie définition ; elle délimite la pensée qu'elle exprime. Plus on approche de la Aérité. plus on touche au Verhe de Dieu, plus on aime à définir comme Dieu et l.i \érité.

Aussi, chose remarquable, l'institution qui ])erpétue sur la terre la Aie du Aerhe et la fonction de Dieu, l'Edise cathoHque, a seule montré, dans tous les siècles, la passion de définir, [.a définition est le tiVane avec lequel elle gairne , contre toutes les erreurs, les Jurandes batailles de la doctrine. Elle est le tranchant de la Aérité; l'erreur n'y peut toucher sans se l)lesser à mort. Eorsipraprès avoir demandé à l'erreur de se nonnner et de se définir, l'erreur continue de chercher dans Tindélini un rem^jart contre la vérité, alors la >éritése pose, se nomme et se définit elle-même ; elle dit, en se j)aHaut et en se défhiissnnt par son ^'erbe infaillible : « Me voici ; » et la bataille est gai^née ; et

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l'eiTeiir est tuée à jamais clans les intelliiïences. Ainsi fait l'Ei^lise catholique; et elle fait ainsi parce qu'elle est la science divine dans l'humanité : et que le hesoin et le caractère de la science divine, c'est de définir.

La science satanique doit avoir, et a réellement le caractère opposé : elle affecte 1'///- (l('fhii ; elle s'en enveloppe comme d'un manteau de ténèhres pour échapper à la vérité, et errer insaisissable dans le ^ague de l'erreur. Le 2;énie de Terreur est marqué à ce siiïne. Partout et toujours il a porté dans l'humanité ce caractère indélébile. Erreur philosophique, erreur théologique , erreur sociale, toutes les erreurs ont pour se nommer et se définir une répulsion pareille : elles ont horreur de la définition comme les ténèbres ont horreur de la lumière. C'est qu'en effet, pour elles, se nommer, c'est mourir; se définir, est le suicide de l'erreur; toute doctrine erronée se tue par sa définition. Le jour où les ennemis de la vérité définissent leurs doctrines, et où les peuples les nomment, leur prestige s'évanouit, et c'est fini d'elles à jamais.

0 vous tous, qui que vous soyez, qui conti-

nuez, après dix-huit siècles, d'élever l.i confusion de vos systèmes devant les définitions divines de la Aérité; aous surtout qui, parlant toujours de projj^rès, ne consentez Jamais à nous dire ce qu'il est, où il conunence, cl où il finit, au nom de la Aérité, osez une fois Nons définir. Mais non, \ousne le \ouk'z pas. \ ons sentez que si a ons ^ ous définissiez, \ ons tcuiiheriez sous le coup de la lof^M(jue et de la définition : et, comme tous les sectaires et tons les ennemis de la A érité, vous craignez la lo<iiqne et la définition, La première est un maiteau qui vous écrase, la seconde un ttlaive qui ^ous transperce. \'oilà pourquoi, a[)rès tant de décej)ti()ns, a ous essayez encore, et plus que jamais , d'un prestii^e toujours ancien et toujoiu's nouveau. A ce juot Proyrlw, dont j'ai dit la séduction puissante, a ons Joignez cet autre mot, signe authenticpic du génie .satanique : Indéfini. Et a oilà aussi pourquoi nous, disciples du dogme (jui se définit, et de la vérité qui se nonune, nons dénonçons du haut de cette trihnne de\ant la raison et le hon sens, ia grande moquerie conlenq)oraine du Proyr'es i mil' fini.

Ce qui caractérise, en efYet, dans leurs tendances les plus universelles, les théories nouvelles du Procrès en tout ordre de choses, c'est dedonner r indéfini comme le signe delà science, comme la science elle-même : encyclopédie nou^elle ({ui veut absorher dans son unité confuse tous les dogmes définis. Je parle pour les honnnes qui sont de leur temps, et <lont la pensée a respiré l'atmosphère de ce siècle. Ecoutez les discours, lisez les livres, faites parler les âmes , partout vous rencontrez ce mot, qui déhorde de tous côtés : Indéfini. Vous ne lisez, ^ous n'entendez que transformations indéfinies, que perfectibilité indéfinie, que Progrès indéfinis. C'est le développement indéfini de la science ; c'est l'épanouissement indéfini de l'art ; c'est l'amélioration indéfinie de l'homme ; c'est l'expansion indéfinie de la fraternité. Et puis, diminution des guerres et ])acification des peujjles. indéfinies; abolition de la misère et du prolétariat indéfinie ; ascension du capital et de la richesse indéfinie ; essor de l'industrie, du commerce et de l'agriculture indéfini ; règne social de l'Évangile, et paradis de la terre indéfini.

Allez à l'orient et à l'occident, au midi et au .septentrion, vous ne pouvez échapper à ce anirage des iirandes erreurs contemporaines. Je ne discute pas la cpiestion de savoir si "•ce mot indéfini n'a dans aucun ordre de choses • un sens légitime. Je ne recherche pas s'il y a ou non pour l'humanité une aj^gée scientifique, httéraire. morale, industrielle, sociale. •On ne peut tout dire à la fois, et en ce moment •«ous avons à résoudre une question supérieure. Assurément, l'application uniforme à tant de choses disparates d'un mot qui sourit à tous les instincts d'orgueil et de cupidité, est dans la société un mal immense; c'est le siene évident d'une maladie des intelligences. Mais Aoici un mal qui \ient de plus haut et qui ^a plus loin : la suprême tromperie de la philosophie au dix-neiivicme siècle, et le grand scandale des intelligences en ce moment, c'est que ce mot, in(h'fiiù\ vient se poser, au nom de la ^science, là même où le défini est de l'essence des choses, c'est-à-dire au terme même de la \ie. Ici il ne s'agit plus seulement de la marche terrestre de l'homme, et de son passage dans la vie; il s'agit de la limite qui

ffl

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doit être au bout de tous les mouvements et de toutes les marches de la vie. Il s'agit du terme éternel de tous les Progrès que nous pouvons accomplir dans le temps. C'est là, c'est à ce point culminant des choses, qu'une métaphysique audacieuse plante hardiment le drapeau de V indéfini.

La grande donnée de cette philosophie peut se résumer dans ces mots : L indéfini en tout sens et dans toutes les direetions. Des hauteurs où elle s'élève pour découvrir à tous les liorizons les mystères de la vie humaine, elle regarde, et dans toutes les directions son regard ébloui par le vague des perspectives, découvre invariablement une même chose : l'indéfini.

Et d'abord , regardant derrière elle pour embrasser la durée des siècles écoulés et des Progrès accomphs , elle dit : Indéfini. « Le monde n'a pas de raison pour commencer dans un instant plutôt que dans un autre : et il a une raison décisive pour exister indéfiniment. Si l'univers a un commencement, c'est un commencement situé à Fin fini. » Cet indéfini, dans la naissance du monde, elle l'applique à la naissance de l'âme humaine.

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« L ame a dû être créée dans l'état le moins éle^ é, mais son commencement est indéfini. » Tel est l'oracle rétrospectif que rend cette philosophie en reiiardant derrière elle.

Elle regarde ensuite autour d'elle pour mesurer l'étendue, et elle dit encore : Indrfim. <" L'univers est sans hornes : si la ciéation a une raison pour exister dans un lieu, elle a la même raison pour exister dans tous les autres lieux. Au delà des derniers soleils que nous apercevons, il y a encore des soleils, et toujours , d'ahîme en ahînie , des soleils et des soleils. Les hornes ne sont pas dans l'univers ; elles ne sont qu'en nous : runi\ers a une étendue indéfinie. »

Ainsi, l indéfini dans la durée des siècles, l'indéfini dans l'étendue de l'univers, tels sont les deux premiers oracles. Ces deux points sont les deux hases sur lesquelles la i)hilosophie de lindéfini construit tout le système des mondes, et toute la science du Progrès. « Ces deux infinités, ou plutôt ces deux indéfinis ressemhlent à deux piliers qui se fortifiant mutuellement, élè^ent l'univers au-dessus de nos sens et le font monter jusqu'à Dieu. »

Pour couronner l'édifice é\e\é sur ces deux indéfinis, il y en a un troisième : V indéfini de l'avenir y champ illimité de la durée future où la vie doit monter éternellement dans une course sans point d'arrêt : « Allez, nous dit ici la science divinatoire, en montrant devant nous ce champ de l'indéfini ; allez toujours ; votre Progrès est une marche sans but et un voyage sans terme ; c'est une gravitation éternelle de votre vie ^ers un centre qu'elle doit toujours poursuivre sans l'atteindre jamais. »

Là est le plus haut sommet où la philosophie de l'indéfini se pose, pour dire les lois du Progrès et les marches de l'homme, comme elle dit les lois des mondes et les marches .des soleils. Arrivée là, regardant la théorie qu'elle vient de construire par sa pensée, comme Nabuchodonosor regarda Babylone, cité de la confusion édifiée par ses mains, cette philosophie superbe se sent monter au cœur un orgueil immense : face à face avec ces trois indéfinis qu'elle vient d'élever les uns sur les autres, elle est saisie d'un éblouissement, pour ne pas dire d'un vertige suprême ; et elle se prend au nom de la raison à déraisonner à l'infini. Du fond

de sa confusion, elle méprise tout ce qui est clair ; du haut de ces trois indéfinis, elle insulte à tout ce qui est défini. Elle raille notre paradis, parce que le paradis est un ])onheur défini ; elle blasphème notre enfer, parce que l'enfer est le malheur défini, sans purification ni réhabilitation indéfinie ; elle méprise la théologie sous le nom de scholastique, et le catholicisme sous le nom de moyen iVe. Et après avoir insulté tout ce qui la condamne elle-même, c'est-à-dire tout ce qui se pose avec un terme, une limite et une définition, elle se met comme une folle à arracher toutes les bornes qui séparent les choses des choses, les natures des natures et les essences de essences. Alors, devant ses rejrards troublés et son imagination en délire, tout se mêle, se confond et se heurte dans le chaos de ses dogmes confus. Elle croit voir le bien et le mal, séparés par d'éternels abîmes, aller se rapprochant de plus en plus , et venir après des siècles converger au même point, pour poursuivre dans une identité impossible leur imaginaire voyai?e dans des routes infinies. Les barrières qui, dans la pensée de toutes les philosophies et de toutes

les théologies, séparaient jusqu'ici le temps de l'éternité, tombent sous son regard ; le temps n'est plus qu'un épisode de son éternité factice, ou plutôt la durée dans cette philosophie contradictoire, n'est qu'un temps éternel. La nature humaine et la nature angélique, toujours distinctes dans l'idée théologique, comme dans le symbole de tous les peuples, s'identifient tout à coup : l'ange devient un homme perfectionné ; l'homme un ange imparfait ; et vous voyez, sans différence aucune, animées d'un même souffle et pétries d'une même matière, se confondre ces deux natures aussi séparées entre elles que la terre est séparée du ciel. Que dis-je?le ciel et la terre, eux-mêmes, participent îi l'universelle confusion ; ils se pénètrent et se renferment l'un l'autre : Ciel et Terre j ne sont plus deux choses, mais une seule chose ; la terre que nous foulons sous nos « pieds, roule dans le ciel, et est un élé- » ment de notre ciel : » et le ciel lui-même, salué par tous les peuples, comme le rendezvous des voyageurs du temps, le ciel n'est plus une demeure, c'est un chemin encore : chemin éternellement ouvert, grande route

sans fin dans laquelle les âmes emportées dans une pérégrination indéfinie , doi^ eut passer toujours ])our n'arriver jamais. La pliiIosoj)hie de rindélini, des hauteurs d où elle regarde, vous montre les âmes humaines passant par des transformations successives , sur cette route qui ne peut altoutir, ou se construisant à elles-mêmes un organisme de j)lus eu })lus parfait ; allaut par je ne sais quelle mystérieuse puissance, d'un « habitacle à un habitacle, d'un monde à un monde; et poursuivant au rayonnement des soleils, de métamorphoses en métamorphoses, le cours di^ersiflé de leur immortalité perpétuellement changeante. »

Voilà la science nou\elle qui se pose devant ^ous pour expliquer le mystère de notre destinée. Je me trompe ; voilà, sous son manteau rajeuni, cette philosophie contemporaine trop ^ieille de trois mille ans. Métempsycose renouvelée des anciens, renforcée de mathématiques, de physique et d'astronomie, elle \ient, au nom de quchjues hommes ignorés hier, nous demander de réviser notre dogme dix-huit fois séculaire ; elle vient, enveloppée de mystères, tels

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qu'aucune religion n'en apporta jamais, vousdemander la répudiation de nos mystères. Et ce qui est encore plus incompréhensible , elle vient , au nom de l'indéfini posé partout comme son dogme souverain, demander à votre symbole de se mieux définir ; et elle nous somme de lui dire ce que nous entendons par cette parole q-ui clôt notre Credo catholique : Et citcuu œternam.

Messieurs, cette philosophie im2)érative, qui se constitue elle-même juge des définitions divines , il faut la juger à son tour ; et pour la juger irrévocablement, je lui donne un arbitre, que nul parmi nous n'oserait récuser, je la dénonce au tribunal du bon sens populaire.

Il y a une puissance invincible dont nous arma la Providence pour défendre les vérités conservatrices contre le prestige des pliilosophies menteuses, et l'agression des génies malfaisants ; le bon sens; sagesse antérieure à toutephilosophie et survivant à tous les systèmes ;.

LE TERME FINAL DU PROGRÉS. lit

le î)on sens, commune patrie des intelligences s'illuminant à un même soleil; le bon sens, qu'un homme a bien nommé, « le génie de » l'humanité ; » génie qui ne nous trompe jamais, parce qu'il n'y a rien qui ressemble plus à l'intelligence de Dieu, que le bon sens dans l'homme. Donc, hommes du bon sens, disciples de cette philosophie universelle qui nous tient tous unis dans la ccHumunaulé et la iValernité du A rai, c'est à vous que j'en appelle ; je vous fais juges de cette sagesse superbe qui s'estime assez clairvoyante pour réviser nos mystères, et assez souveraine pour juger notre do2;me.

Or, que proclame ici le bon sens? que disent sur cette question, et le peuple et les rois de l'intelligence, alors que l'orgueil du système préconçu et le fanatisme de l'idée personnelle ne les ont pas aveuglés? ils disent : l'existence d'un terme fmal au Progrès humain est d'une nécessité absolue. Cette nécessité est si radicale, elle tient si intimement à la nature et à l'essence de tout, que ce terme final une fois supprimé, la contradiction est partout,

1 i2 TROISIÈME CONFÉRENCE.

partout dans les choses, dans Dieu et dans l'humanité.

Une métaphysique et une pliilosophie fondamentale se cachent dans les mots que l'homme parle ; en sorte que la contradiction ne peut être au fond des choses sans se traduire dans ces mots qui sont le verbe partout intelligible du bon sens du genre humain. Creusez un moment ce mot Prof/rcs, et vous allez voir qu'il exige, pouravoir un sens, la nécessité d'un but absolu.

Le mot Progrès^ nous l'avons remarqué, vient des mots latins progrediy progrcssus; il signifie une marche , non une marche quelconque, en arrière ou en dehors, mais une marche en avant : c'est le sens radical. Mais si le Progrès simiifie une marche en avant, il n'est pas difficile de décider ce que c'est qu'une marche en avant. Une marche en avant, c'est une marche vers le but ; comme une marche en arrière est une marche qui fuit le but. D'oii il résulte que pour décider si l'on avance ou si l'on recule, si l'on fait un pas en avant ou un pas en arrière ; en d'autres termes, pour

lE TERME FIXAT. DU PROGRKS. 143

décider s'il y a projîrès ou s'il y a décadence, il faut savoir où est le but. Rien ne se meut pour se mouvoir, mais pour arriver, dit saint Thomas d'Aquin. Donc puisqu'il s'ajzit de la vie humaine et du Progrès humain , il faut savoir quel est le but final de la vie et le terme suprême du Progrès. La })hilosophie des mots le proclame avec la philosophie des choses. Pour savoir si l'homme a^ance, il faut savoir quel est son but, non son but secondaire, non son terme inteiTnédiaire, mais son but suprême, son terme définitif. L'humanité entière vous le crie comme un seul homme : « Dites-moi où est mon but , je a ous dirai si j'a\ance. Mon Progrès, c'est une marche vers ma destinée. Quelle est pour moi la destinée? Mon Progrès, c'est l'essor de ma vie vers son propre idéal; où est mon idéal? Mon Progrès est un pas vers mon terme ; où est pour moi le terme ? Si vous ne répondez sans détour h cette question qui sort d'elle-même des profondeurs de ma pensée , ne me dites plus Progrès; je ne vous comprends pas. Je sais que je vis, je sais que je mar-

i il TROISIÈME CONFLREN'CE.

clie, je sais que je m'agite ; mais cette vie, est-ce un Progrès ou une décadence? Cette marche, est-ce un pas en ayant ou un pas en arrière ? Cette agitation, est-ce la rotation stérile d'une vie qui se consume en tournant sur elle-même ? ou bien est-ce le mouvement fécond d'une vie qui produit en marchant à sa destinée? Encore une fois, dites-moi où je vais, et je vous dirai si j'avance. »

Et certes, quand l'humanité entière, par la voix du bon sens, appelle cette solution, elle a cent fois raison. Sans ce flambeau, placé au terme du Progrès pour éclairer toute la route , elle se voit sur la terre pareille à un voyageur égaré dans la nuit, ayant perdu son orientation. Elle ne sait où elle va ; et ne sachant où elle va, elle ionore si elle avance ou si elle recule ; elle ne sait si elle s'égare ou si elle est au chemin. Des philosophes lui crient dans les ténèbres : « Marche; ta loi c'est de marcher, car la vie est un Progrès. » Elle répond : « A quoi bon marcher, si j'ignore ma route? Pourquoi marcher? peut-être pour m'en aller sans raison rouler dans un mouve-

LE TERME FINAL DU mOGRÉS. 145

ment sans but? j'aime mieux m'arrôter.

Mieux \autpour moi une halte sans dancer qu une marche incomprise. «

En ^ain vous essaieriez de dérober l'humanité en masse aux conséquences lo^riques de \ otre Progrès sans terme ; il faudrait la dérober aux lois de sa propre inteUigence ; et c'est ce que vous ne ferez jamais dans Tlunnanité ; c'est ce que a ous ne ferez pas même en vous. Vous pouvez commander aux lois de la nature physique de reconnaître votre empire, mais il faut que \ous acceptiez vous-même l'empire éternel de la logique des choses; puissance in^incible qui condamne à la contradiction toute philosophie assez mal avisée poui" enseigner un Progrès sans terme final, c'est-àdire le Progrès sans la condition, sans l'essence même du Progrès. Oui, Messieurs , le Progrès sans terme et sans but défini, c'est la contradiction même ; ce sont les mots retournés et les idées renversées ; Progrès qui ii'a\aiice pas, marche qui ne va nulle part, terme qui ne termine pas, destinée qui ne fixe pas. 'N'oilà pour les mots. Et dans les choses, l'absence de l'ab-

solu, la contingence éternelle, la variabilité à l'infini, en un mot, tout ce qui est contradictoire, absurde, incoliérent ; la métapbysique elle-même secouée sur ses bases, et s'évanouissant dans ce vide, où l'intelligence ne saisit plus rien, pas même un mot auquel elle puisse se rattacher comme à un dernier appui dans la ruine des idées.

Jusqu'ici nous n'avons vu dans le Progrès sans but défini, que la contradiction en soi. Nous avons fait abstraction et des exigences de la nature divine et des exigences de l'ame humaine. Mais montez à Dieu, et descendez dans l'homme, vous trouvez, dans le Progrès rigoureusement indéfini, la contradiction divine , multipliée par la contradiction humaine.

Essayez de comprendre Dieu faisant à l'homme la loi d'une marche progressive, sans lui assiiîner un but fixe et un terme défini, vous n'y parviendrez pas. Représentez -vous l'homme entrant dans sa carrière : Dieu vient de la créer selon un plan tracé dans des lignes éternelles ; il l'a créée l'œil ouvert, le cœur ha-

LE TERME FlXAL DU PROGRÈS. 147

letant, le pied le^ é ; et lui livrant l'espace et le temps, comme le double champ oi!i doit marcher sa vie, il lui a dit : « Va. »

Je le demande , est-ce que vous concevez cette parole de Dieu et cette mission de l'homme sans un but déterminé? est-ce que cet œil ouvert n'est ouvert que sur l'indéfini ? est-ce que ce cœur haletant n'est haletant que vers l'indéfini ? est-ce que ce pied levé ne va prendre sa course que pour atteindre l'indéfini? Lorsque Dieu au commencement a dit à l'homme en le lançant sur le chemin de ses destinées : Va; Dieu ne savait-il où il voulait faire arri^er cet envové de son amour? et quand il lui dit cette parole qui lui donnait l'empire de l'espace et du temps, si l'homme aAait dit à Dieu : « Seigneur, oii irai-je ? » Dieu lui aurait-il répondu : « Nulle part?» ou bien, lui dérobant le terme d'une main, tandis qu'il lui ouvrait la route de l'autre, Dieu lui aurait-il dit : « Va toujours, qu'importe où tu arrives, qu'importe même si tu arri^es? ^a toujours, et ne t'arrête jamais :\a, suis ta loi, et remplis ta destinée; ma ^olonté te fait la \ocation de marcher éternellement. » Dites-moi, est-ce que ces

deux mots, va et nulle part auraient dans la pensée divine un accord mystérieux qui ne peut même trouver place dans la pensée humaine? Quoi ! Dieu qui trace de son doip;t à toutmou- \ement sa ligne^, à toute vie son chemin, à tout astre son orbite, Dieu aurait laissé sans but déterminé cet être dont la première pensée est un rei2;ard de l'intelligence qui s'ouvre pour chercher son but? Quoi! l'homme qui est le centre autour duquel notre monde gravite pour arriver par lui à sa fin dernière, l'homme qui doit, pour accomplir sa vocation, marcher à la tête des étoiles, des soleils et de toutes les sphères, pour emporter dans son mouvement, à une destinée suprême, la création qui s'abrège et se résume en lui , l'homme serait lui-même sans but, égaré comme une vivante planète au milieu de tous ces mondes qu'il doit lui-même ramener au but, en criant par la voix de leurs concerts : A la plus grande gloire de Dieu : Ad majorem Dei gloriam ? Quoi ! vous donnez à Dieu une intelligence et une intelliiience infinie, et vous feriez de son œuvre elle-même cette insulte solennelle à son intelligence ? Ah, si vous

LE TERME Fl.VAL DU PROGRÈS. f^g

mettez au centre et au sommet de tout une force aveugle et fatale, je comprends dans l'absence de l'intellirrence l'absence du but ; dans une œuvre de hasard le chaos me paraît Ionique. Mais dire : Voilà Dieu, Dieu intelliirenl et libre, Dieu faisant dans l'homme son œuvre éminente, son chef-d'œuvre enfin; et puis dire : Aoilà Dieu envoyant, par sa volonté, ce chef-d'œuvre sorti de lui dans un dieniin qui ne se termine pas, dans un })lan qui ne converge pas: Ah ! c'est prendre l'œuAre de Dieu pour anéantir les attributs de Dieu ; c'est prêter à la sagesse di\ine une folie dont n'est pas même capable l'intelligence d'un homme. Quoi! vous ne pouvez su])porter dans l'homme un discours qui ne conclut pas, un poënieqiii ne se dénoue pas , une anivrequi Ji'aboutit pas ; et cette contradiction dans le travail de l'hoimne vous apparaîtrait une harmonie dans la création qui est l'œuvre, le discours et le poème de Dieu? Et ce discours divin qui exprime dans l'espace et la durée, la sagesse, la bonté, la puissance, toutes les perfections de Dieu, n'aurait pas sa conclusion? Et ce poème divin qui raconte l'action

l'50 TROISIÈME COXFÉUENCE.

du Créateur au sein de la création, n'aurait pas son dénoûment? et cette œuvre n'aurait pas sa destinée finale? Non; non, il n'en peut être ainsi. Moi, homme, si je puis parler sans trouver une conclusion à mon discours ; si je puis agir sans fixer un terme à mon action, ce qui pourtant me répugne invinciblement, Dieu, je le sais, ne peut tondjer dans cette folie.

Je vous le dis avec le bon sens de l'humanité , si vous ne voulez que Dieu lui-même tombe dans une contradiction infinie , donnez à son œuvre un but définitif; donnez au Progrès de lliomme, chef-d'œuvre de la création, un terme final nettement formulé. Oui, donnez-le : car sans ce but défini, l'homme lui-même se sent broyé dans une contradiction douloureuse.

Voulez-vous apaiser dans mon âme ce murmure de ia contradiction ? définissez ma destinée, et dites en me la montrant : La voilà. Car ce que j'ambitionne comme le but de ma vie, ce n'est pas un fantôme que j'aie la vocation de poursuivre sans pouvoir l'atteindre, ce fantôme fût-il di^in, fût-il l'ombre de l'infini. Ce que je poursuis par mes dé-

LE TERME FINAL DU rROO'.u'.S. loi

sirs, ce n'est pas une perspective éternellement trompeuse dans laquelle cet infini que j'aurais entrevu de loin se déroberait toujours Sans se laisser saisir jamais ; ce que je rêve avec tous les siècles, ce n'est j)as un ^oyai!;e éternel à travers des mondes perpétuellement changeants ; ce que j'appelle enfin avec l'humanité entière, ce n'est pas une gravitation de mon ame vers un centre qui recule éternellement devant moi. Ce qu'il faut à mon ambition, à mes désirs et à toutes mes poursuites du temps, ah ! je vais vous le dire : c'est le terme où Ton s'arrête pour ne plus voyager ; le centre où l'on se repose pour ne plus s'agiter; l'union où l'on s'embrasse pour ne plus se séparer.

Ma vie est un voyhge ; oui, mais voyageur du temps, je porte au chemin l'ambition d'arriver un jour à un terme à jamais stable et définitif. Ma vie est une agitation; oui, mais je porte au fond de cette agitation le besoin du rei)Os ; et telle est mon ame soulevée par tant de souffles et remuée par tant de secousses, qu'elle garde dans ses jours si agités de la terre, l'attente d'un jour éternellement tran-

1Ô2 TROISIÈME COXFKnE.NCE.

quille. Ma \ie est une séparation, chacun de mes pas est pour moi comme un adieu , et mes Proerès eux-mêmes sont des décliirements: et cependant au milieu des inévitables séparations qui sont les blessures de toute ma vie, j'éprouve un je ne sais quoi qui me crie du fond même de mes blessures : L'union doit venir que rien ne brisera plus ; l'heure doit sonner oii l'homme dans son indissoluble hymen avec la destinée, s'écriera :« C'est la fin, c'est le terme, c'est le repos, c'est l'union ; arrêtons-nous, reposons-nous, embrassons-nous, et que ce soit à jamais. »

Donc loin, bien loin de moi, ce qui ne donne pas à ma vie un but digne de ces aspirations ; l'indéfini dans ma carriète, à la bonne heure; l'indéfini dans la destinée, jamais ! J'ai horreur d'un voyage indéfini ; j'ai horreur d'une agitation indéfinie ; j'ai horreur d'une séparation indéfinie ; j'ai horreur enfin de votre Progrès éternellement et fatalement indéfini. Taisez-vous, philosophes, et ne me parlez plus : car ce Progrès qui ne se termine pas est pour moi pire que la décadence ; cette vie qui n'abou-

LE TF.RME FIVAL DU PROGRKS. I5Î

lit pas est pour moi comme la mort ; et celte espérance qui ne possédera pas est pour moi le désespoir.

Vous le voyez, le Progrès sans un terme final, le Propjrès riiïoureusemeiit indéfini, c'est la contradiction et la confusion partout. Qui jettera la lumière dans l'universelle confusion? qui mettra riiarmonie dans l'universelle contradiction? qui fera surtout cesser ce gémissement de l'âme réduite à une recherche désespérée (](' ce qu'elle ne doit jamais t^(»u^e^, condamnée qu'elle était par une doctrine aussi cruelle qu'elle est contradictoire, à aspirer son bonheur et à n'embrasser que ses désirs?

Ah ! Messieiu*s, que le christianisme est admirable! comme il résout avec une simplicité di\ine ces questions ])rini(»rdiales où l'erreur jette Dieu et les choses dans une confusion inq)ie , et Tàme humaine dans des contradictions douloureuses. A ous \enez de voir le bon sens et les philosoi)hes dans un désac-

loi TROISIKME CONFÉRENCE.

cord profond : il y a une philosophie qui ne hrise jamais avec votre bon sens, la philosophie du christianisme, qui n'est autre que la sagesse éternelle du Verbe. Chose remarquable , il n'y a pas une doctrine venant de r homme seul qui puisse parler et enseigner un demi-siècle sans rompre plus ou moins avec le bon sens des peuples. Le christianisme garde avec lui un accord inaltérable ; et c'est, pour qui sait voir au fond des choses, une démonstration de sa di\inité. Ecoutez encore ici cette doctrine profonde et populaire dont je ne démontre pas la vérité, mais dont je me contente d'exposer avec ses dogmes définis les di^ines harmonies.

L'homme, créé de Dieu, doit retourner à Dieu; il doit le poursuivre, mais il doit l'atteindre; car Dieli seul est sa fin, comme il est son principe, et parce qu'il est son principe. Dieu créant l'homme d'un acte libre et lui disant : Va ., c'est la carrière qui s'ouvre, c'est l'Alpha du Progrès. L'homme qui atteint Dieu, et l'embrasse dans tui éternel ravissement en s'écriant : Je l'ai trouvé ^ c'est la carrière qui se ferme, c'est l'Oméga du Progrès. Le Pro-

grès, qui commence par l'action libre de Dieu créant dans lliomme une capacité de l'infini; le Progrès qui se complète par le don que l'infini fait de lui-même à l'homme, comblant lui seul la capacité que lui seul a pu créer : tels sont les deux termes qui se répondent et se soutiennent l'un l'autre, comme les deux arcsboutants de l'édifice du Progrès.

Dieu, du fond de son ciel et de son éternité, appelle à lui l'homme qu'il n'a pu créer que pour lui ; il entrouvre devant lui son sein qui est le sein même de l'infini ; il lui montre là au centre de iiii-mème le Heu éternel de sa félicité; et le rattachant à lui comme par trois chaînes di^ines, par la Foi. 1 Espérance et la Charité, il lattiiv et l'attire encore, et il lui dit, en l'attirant : « V('m\ Viens à moi, je suis l'Alpha et l'Oméga : Erjo smn alpha et oméga. Viens , connue je suis ton principe ^ je suis ta fin : Priiicij)ium et finis. Mens, et de progrès en. progrès, arrive jusqu'à ton terme suprême; car ton progrès, parti de moi, ne peut se terminer qu'à moi-même. Je suis le premier et je suis le dernier : Priants

iS6 TROISIEME CONFÉRENCE.

et novissitmis (1); et après moi, il n'y en a plus d'autres. Moi seul, ton créateur, je serai ton rémunérateur : Ego ero merces tua. Donc, \iens à moi : Veni. Marche, non pour marcher toujours, marche pour arriver, et pour arriver à l'infini ; cherche, non pour chercher sans cesse, mais pour posséder un jour, et posséder l'infini ; monte, non pour monter toujours Aers un idéal qui se dérobe éternellement, monte pour atteindre l'idéal infini qui est en moi , et que je suis moi-même. Oui , moi-même , mon fils , couromiement éternel de tes progrès du temps , moi-même je t'attends. Aujourd'hui tu ne peux que m'entres oir par ta foi, m'appeler par ton espérance, me poursuivre par ton amour ; mais, courage, marche dans l'ombre de ta foi, et mérite, à force de croire, le bonheur de me voir ; marche sur l'appui de ma promesse et de ton espérance, et mérite, à force de me désirer , le bonheur de me posséder ; marche en t'épurant d'épreuve en épreuve au feu sacré

^1) Apoc. XXII, 13.

LE TF.RMF. FINAL DC PROr.RKS. 157

de ton amour, et mérite, à force de te sacrifier avec moi, le Ijonlieur de jouir de luoi. ^ oici que je Aiens pour te récompenser, et la récompense que je t'ap})orteestaAec moi : Erre rcnlorllo, cl mcrccs mca mccum nst (1) ; car cette récompense, mon fils, c'est moi, oui, moi seul, moi tout entier, moi toujours, je serai ta récompense, ta récompense surabondante, iuiiueuse. infinie : Ef/o mcrci's hni iiKif/na iiiinis ('2). »

Ainsi, Messieurs, Dieu ^udaus uu étemel face à face, Dieu aimé d'un étemel amour. Dieu possédé dans une éternelle joie ; \isiou iutuitive de l'iidini, avant ])our mesure daus le ciel notre foi de la terre: amour héatiTupie de liufiui. a\;mt pour mesure daus le ciel notre esj)érance de la tei're; j)OSsessiou euiMcc de l'infini, avant [)our mesure dans le ciel nos saciifices de la terre ; Dieu enfin dans le ciel infiniment donné à tous, dans la Aision, l'amour et la possession de lui-même, et donné à chacun dans la mesure relatiAC de sa foi, de sou espérance et de sa charité, c'est le paradis! paradis

(1) Apoc. XXII. 12.

(2) Gen. xv. 1.

l^ TROISIÈME CONFÉRENCE.

(létenniné, avec la hiérarchie ascendante, mais définie de ses féhcités ; c'est la solution catholique et à jamais populaire. L'Éi^lise et le peuple se rencontrant dans une même foi et une même espérance, ne salueront jamais d'autre paradis que ce paradis; et ne chercheront d'autre terme que ce terme aux Progrès de l'homme et aux mouvements de sa vie.

Tel est, Messieurs, le point d'arrivée du Progrès ; le voilà défini, fixé, dogmatisé par la doctrine catholique ; le voilà comme un phare lumineux placé par la main de Dieu même aux plus hauts sommets de la vie, pour en éclairer toute la marche et en guider tous les Progrès. Devant cette admirable lumière , ne voyezvous pas s'évanouir, avec leurs savantes chimères, tous les fantômes de V indéfini? Dans cette possession de Dieu, se donnant à tous pour une éternité, et dans une mesure déterminée , où sont les déplacements indéfinis, les évolutions indéfinies , les pérégrinations indéfinies? marche contradictoire et progrès impossible, oii la ^ie se fuyant elle-même, .s'en va d'étapes en étapes, poursuivre, dans «ne durée qui n'est ni le temps ni l'éternité,

une fin qui ne peut pas ^enil^ une conelu.sion qui ne peut pas être? Tout est défini; Dieu lui-même se pose, dans son infinité , comme la plénitude et le bonheur de Tliomme ; il est la conclusion infinie qui se résout dans son principe. L homme ne poursuit plus Dieu, il 1 atteint; l'homme ne £i•ra^ite plus ^ers un centre (pii fuit, il se repose au centre qu'il a touché. Il s'arrête là, il se })longe éternellement en Dieu, et, dans la plénitude qui se fait en lui, il sent, comme complément de sa félicité, l'impossihilité heureuse de tendre plus loin et d'aspirer au delà. Car, qu'y a-t-il plus loin que l'éternel ? et qu'aspirer au delà^ quand on possède l'infini ?

Dans la clarté qui descend sur toutes choses de cette irrande lumière de la fin , je vois reparaître les frontières qui les séparent, et que la philosophie de l'indéfini en\eloi)pait, dans ces dogmes oi)scurs; à peu près comme on voit les cimes des hautes nututaiines , confondues dans les ténèJires, se dessiner a^ec leurs formes distinctes quand le soleil ramène le jour. Là, le bien et le mal ne ^iendront pas se réunir dans un hymen mons-

100 TROISIÈME COXFÉRKNCE.

triieux et une identification sacrilège. De deux choses l'une est nécessaire et à jamais fixée : ou bien Thomme a saisi le terme, il l'a saisi parce qu'il Ta voulu, et il lui demeure éternellement uni ; ou bien l'homme s'est éloigné de son terme, il s'en est éloigné parce qu'il Ta voulu, et il en demeure éternellement séparé. Le mal n'embrassera jamais le bien; il sera devant lui un schismatique éternel. 11 y a un paradis, Dieu éternellement embrassé ; il y a un enfer, Dieu éternellement re])oussé. Cela est défini, cela est fixé ; la philosophie de l'indéhni ne ren^ ersera pas ces frontières immuables.

Ce dogme une fois posé, tout se dégage et tout sort de cette confusion métaphysique où TinteUigencene saisit plus rien, parce que tout s'identifie à tout. Le ciel n'est plus sur la terre, et la terre n'est plus dans le ciel. Le temps n'est plus dans l'éternité, ni l'éternité dans le temps. Il y a un ciel, et ce ciel est hors de la terre. Il y a un terme, et ce terme est hors du temps. Il y a un paradis , et ce paradis est hors de la nature ; il est au sein profond de l'auteur de la nature. Il y a une destinée,

LE TERME FINAL DU PROGRtS. 161

une destinée dernière, et cette destinée elle est hors du fini ; elle est Tinfini lui-même, Tinfini ^u d'un éternel rei^ard , endirassé i)ar un éternel amour , possédé dans une éternelle joie. Quand riionuue l'aura saisi , quand il sentira ce triple tressaillement de linlini qui l'aura touché, il dira : « La destinée est faite, et Aoici (jue tout le Protrrùs de ma Aie se consomme et se complète dans la Aision, l'amour et la possession de 1 infini. »

Tel est, Messieurs, d'après la solution catholique , le couronnement splendide de tous les Proiïrès de la ^ie, montant par ses sentiers léfi;itimes jusqu'à la possession même de cet infini qui se découvre, se donne et se a erse dans riionune, selon la mesure même des Progrès et des perfections de toute sa \ie.

Je le demande, à cette soluti(»n donnée au 'jîi'imd prohlème de la foi catholique, que })eu- \eni opposer de loyal la philosophie et la raison humaine? Pour éhranler cette doctrine, dirat-on, ce que des honunes de notre temps osent dire en effet, « Qu'il faut à l'homme, pour l'accomplissement de sa vraie destinée, une foi

162 TUOISIKME COXFÉaENCE.

éternelle, une espérance éternelle, un mou- \ement sans fin clans une \ie éternelle ? »

« Oui, disent-ils, il faut, jiour la destinée humaine, une foi éternelle par laquelle Thomme adhère, sans le voir jamais face à face, à son propre idéal : car cet éternel regard jeté sur l'idéal, que serait-ce, si ce n'est une mort de notre intellic-ence? »

Ainsi les mêmes hommes qui ne peuvent croire dans cette Aie à des mystères qu'ils ne comprennent pas , nous demandent de croire éternellement dans l'autre \ie à un idéal que nous ne verrons jamais ! Quoi ! vous ne supportez pas dans le temps les ombres de notre foi, et c'est vous qui demandez pour l'homme une foi éternelle? Vous qui appelez, même sur cette terre, la claire vision de toutes choses ; vous qui voudriez déchirer de vos mains tous les voiles qui vous dérobent le fond de nos mystères ; quoi ! c'est vous-mêmes qui demandez pour nous l'éternité de la foi au plus insondable de tous les mystères, et qui niez dans notre ciel la claire vision de l'infini et le face à face de Dieu ? Ah ! la foi sur la

LE TERME FINAL DU PROGRKS. i 63^

terre, l'ombre dans la roule, je la compronrls, et je la puis supporter : j'ajourne au ternie le ravissement de la \ision que je rêve, et dont je porte jusque dans l'ombre de ma foi l'ambition im incible. Mais au ciel, que me parlez-vous de foi quand j'ai Iiounc la vision? Là mon soleil s'est lev é , l'ond^re n'est plus ; je reiiarde mou Dieu, mon Dieu me rep;arde ; et je ])uise le principe et l'essence de ma béatitude dans cet éternel regard !

\ous dites : « Il faut à l'iiomme une éternelle espérance ? » — « Tant que l'ame subsiste, dites-vous, il faut que l'espérance y rayonne ; et lui ôter l'espérance c'est lui ôter le zèle de l'inmiortalité. •» Si la destinée n'est qu'un ('(rrncl voyage; peut-être! Et encore, qu'est-ce qu'une espérance que l'on emporte en soi, avec la certitude de ne posséder pas ? Cette espérance qui verra fuir toujours ce (juclie n'atteindra jamais, est-ce encore une espérance? et n'est-ce pas plutôt un suprême désespoir? L'espérance a une })romesse pour s'appuyer, elle a un regard pour se guider, un ressort pour se mouvoir : la votre n'est appuyée que sur un

i64 TROISIÈME r.OXFliREXCE.

rê^e, elle ne regarde que le ^ide; et le ressort lui manque, parce que son but la fuit par une fatalité qui désespère. 11 aous faut, dites-^ous à riiomme, une éternelle espérance? Contre la fausseté de vos doctrines , j'appelle en témoigna c;e la voix de vos âmes et le mouvement de vos cœurs. Dites-moi, je vous prie, même sur cette terre , où l'espérance est si ]}ien en son lieu pour nous consoler de la féli- (àté absente, est-ce que c'est assez pour a ous d'espérer sans cesse, et de ne posséder jamais? Lorsque ^ ous avez pu aimer quelque chose icibas ; et que votre cœur s'est pris de ce trans- ])ort qui le pi'écipite vers ce qu'il aime en lui criant : Viena; Est-ce que, satisfaits d'un espoir indéfini, ^ous \ous sentez assez heureux de désirer toujours ? Ah ! j'en jure sur tous vos cœurs que je sens émus sous cette parole , ot qui font à la vérité un écho sympathique ; non, non , quand nous avons su véritablement aimer, ce n'est pas assez pour nous d'une perpétuelle espérance; non, non, au ciel, il ne me faut plus d'espérance, parce que là j'aurai trouA é tout ce que je pouvais espérer. Qu'at-

tendrai-je en effet lorsque lamoiir infini me prenant dans ses Ijrascomnie un père son enfant, me dira : « Me voici, et c'est pour réternité. » Vous dites : « Mais que faire au ciel dans ce loisir ctrrnel? La ^ie veut être, elle veut être le plus possible; et la vie c'est le mouvement ; où sera le mouvement de la ^ie arrêtée à son centre immobile? » Quoi î vous le demanrlez ? Je a ous demande à mon tour : Dieu qui ne peut tendre par delà lui-même, puisqu'il est l'infini et se suffit à lui seul, Dieu est-il condamné par sa nature à une immobilité nécessaire? et sa vie ne nous paraît-elle que l'éternité de la mort? Quoi ! parce que le Proiïrès a un terme, et parce qu'à ce terme il reçoit son complément infini, vous croyez que la \ie est absente, et que le muuNoment iTy \\qu\ plus être? Vous calomniez notre dojrme ; vous ii^norez le mystère de l'amour qui se repose, de lamour qui possède, de l'amour qui s'unit. Il v a le mouvement de la ^ie qui cherche, de la \ie indigente, de la ^ie affamée, c'est celui que nous connaissons tous dans notre exil du temps; mais il y a le mouvement de la ^ie qui pos-

Î06 TROISIÈME CONFliRENCE,

sède, de la vie qui sent sa plénitude et son rassasiement , et c'est celui qui nous demeure dans la patrie. Le cerf poursuit la fontaine, il est haletant, altéré, fatigué ; c'est le mouvement de la vie qui cherche et qui désire : le cerf a trouvé la fontaine, il y boit à longs traits ; c'est le mouvement de la vie qui possède et jouit. \ ous poursuiviez ce que vous aimiez , c'était le mouvement de la v ie inquiète, le mouAement douloureux; vous avez saisi ce que A ous poursuiviez, vous dites en l'embrassant : <t Je le tiens, je ne l'abandonnerai plus; » Et ceci vous })araît l'immobilité? et ceci vous paraît la mort?... Vous vous nommez philosophes; vous ne savez pas la grande philosophie des choses !

Ah ! dans cette possession finale , mais vivante de mon terme , que me parlez-vous de mort et d'immobilité , lorsque cette possession est le suprême mouvement de l'être et le plus profond tressaillement de la vie? Oui là c'est la vie, la vie conq)lète, et avec elle le mouvement le plus parfait : c'est que là c'est l'océan de l'être et de la béatitude ; l'homme s'y plonge

LE TERMF FIXAT, DU PRO(;RfeS. 167

a\ec un bonheur toujours re^ou^elt'' : c'est l'océan de la Nérité ; 1 lioinme y marche de clartés en chirtés; mais cette chirté c'est Dieu, encore Dieu : c'est l'océan de I amour; riiomme y a a de transports en transports; mais cet anioui', c'est Dieu, eiicorc Dieu : c'est l'océan de la joie ; l'homme \ Na deni\ renient en enivrement ; mais cet eni\ rement c est Dieu, encore Dieu, toujours Dieu ! l*ar delà il n'v a plus rien : là est tout ce qu'on peut \(»ir, aimer, posséder ; l'homme s'y arrête et s'y meut Utiii ensemble ; c'est que là il \ a ce (pie lo chemin de la vie ne connaît pas, et ne p»'ut ]>as connaître , l'hymen mystérieux entre le mou- ^ement et le repos, entre le Projiivs et le terme : terme infini (pii ne limite le Proiirès (pi en lui donnant sa plénitude; terme à jamais b(*atilique (pii arrête l'homme en Dieu, comme l'océan arrête le p(»iss(tii dans l'eau, pour lui donner avec une effusion toujours nouNclle de l'infini, un bonheur qui se rajeunit éternellc^ment.

^oilà, Messieurs, ^oilà le terme : tout cecpii en dcNie est un écart, tout ce (jui s en éloi«j;ne

est une décadence. Allons-y tous ensemble ; et puissions-nous un jour, parvenus à ce terme final de nos Progrès du temps , nous écrier dans un ravissement éternel ! « C'est fini : nous sommes arrivés, notre Progrès est consommé. »

QUATRIÈME CONFEUENCE.

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