DF. LA VALEUR DU PROGRÈS MATÉRIEL
sordre physique ; ainsi l'exagération d'un élénnent de la vie sociale se trahit elle-même par des signes qui révèlent à l'observateur une maladie dans la société. Quoi qu'il en soit de la difTiculté de savoir où elle commence, l'exagération du Progrès matériel étant supposée , il s'agit de reconnaître ce qui en doit résulter au point de vue du Progrès humain.
Or, je dis que cette exagération du développement matériel dans la vie de l'humanité est en opposition a^ec son ^rai Progrès, parce qu'elle est en antagonisme tlagrant avec les conditions de sa \éritahle croissance et de son légitime dé^eloppement.
La première condition du Progrès et le premier efYet d'une croissance heureuse, c'est Vélévalioti ; mouAcment de bas en haut par lequel l'être né progressif s'élève à sa ^raie mesure et atteint son sommet. Or, l'exagération du Progrès matériel produit comme résultat général dans la société Vabaissoncnt. ("e qui agrandit et élève les aines, c'est la grandeur et l'élévation des choses dont elles se préoccupent. Il y a dans le mystère de notre nature une puissance d'assimilation qui tend à
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nous faire à la ressemblance de ce que l'âme contemple, aime et recherche. Si vous regardez . si vous aimez , si vous recherchez habituellement ce qui est au-dessous de vousmême, la force des choses vous condamne à descendre. L'homme s'élève ou s'abaisse avec ses pensées, ses amours et ses ambitions. Que dis-je ? Ses seules contemplations donnent la mesure de ses élévations et de ses abaissements ; placé entre le monde inférieur qu il regarde d'en haut , et le monde supérieur qu'il regarde d'en bas , l'homme monte et descend en quelque sorte avec son propre regard. Les enthousiasmes les plus passionnés du Progrès matériel, et les chants les plus lyriques sur les conquêtes de la matière, ne changeront rien à cette loi qui s'appuie, comme sur un granit immuable , sur la nature des choses : l'iiomme se fait à limage de ce quil touche et à la mesure de ce qu'il recherche.
.Dès lors, rien ne peut arracher l'âme à la fatalité de l'abaissement, sous l'essor exagéré du déAeloppement matériel. En vain vous déroberiez aux profondeurs de la terre et aux profondeurs du ciel leurs plus intimes
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secrets; eu \aiii \otre pensée saurait la luesure (le toutes les sphères, et sui\rait dans les champs de l'espace leurs courses lointaines et leurs révolutions séculaires; en ^ain chaque étoile vous dirait sa distance, chaque soleil son momenient, chaque monde ses lois; en vain vous ^ erriez tomber sous \os regards tous les voiles qui <(iu\i'ent les mystères de la nature, et les bornes de l'empire ou^crt à vos conquêtes reculer de plus en plus; en ^ain, jour ])ar jour et heure ])ar heure, vous verriez sélarjzir ce que vous nommez scicntiliquement le cercle de AOtre savoir et de \os connaissances : prenez liarde, si votre ame s'arrête là, elle se borne à ce qui est })lus petit qu'elle ; car une seule de ses pensées, une seule de ses volontés , une seule de ses aspirations est plus grande que tout cela : cette étendue, si vaste qu'elle soit, est [)etite à ses ambitions; et, dans ce cercle de votre saNoir, si large qu'il de\iemie , elle est à l'étroit encore, L'uni\ers et tout cet espace où elle se i)roniène d'étoiles en étoiles, ou de soleils en soleils, sont pour elle connue une prison; j>rison froide et basse, d'oij il faut qu'elle s'échappe si elle
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veut monter à sa a éritable hauteur, et atteindre dans le sens de l'infini sa légitime croissance. Hommes du Proiirès matériel, ah! je vous en prie, n'abaissez pas à la mesure de \os ambitions l'ambition de l'âme humaine. Laissez, laissez cette captive emprisonnée dans la matière, prendre son essor vers la région de ses \ raies grandeurs; laissez-la monter en haut pour contempler l'éternel, l'immuable, l'infini ; guidée par la raison et la foi, portée sur les ailes de l'amour, laissez-la suivre ce aoI généreux qui la fait monter, en s'agrandissant elle-même, vers les grandeurs de Dieu. Si vous concentrez là ses ambitions, compter des nombres, calculer l'étendue et analyser la matière ; décomposer des corps ou 'm^ enter des machines ; peser des atomes ou peser des soleils ; mesurer un grain de sable ou mesurer un monde ; qu'importe ? Si grand que tout cela paraisse , si grand que tout cela soit ^ lame n'y trome pas sa a raie mesure, ni la science sa vraie mission. La science même la plus vaste, même la plus complète, en cet ordre de choses , n'est plus ce qu'elle doit être toujours , un agrandissement de
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rame. Ramenée tout entière à ce qui est du monde inférieur, la science la précipite au lieu de l'élever; et vous voyez dans la fascination des intellijïeiices éhlouies aux spectacles de leurs propres décou^ertes, se dé^elopper partout des tendances ravalées ; et par une contradiction dont le mystère ne nous p<'ut échapj)er, l'abaissement des âmes marcher parallèlement aAcc le proiîrès de la science- Tandis (pie cpiclques rares iiénies , comme des aigles soutemis par un souffle sublime, demeurent à ces hauteurs doù lintelliiience resarde rin\isible, l'éternel et l'infini; riutclligence des multitudes et la pensée uni^erselle descend autant qu'elle y peut descendre , au Jiiveau de ce qu'elle touche , c'est-àdire au niveau de la matière. Or, lorscpie la science elle-même t(unbe là, tout y tombe aNec elle. Alors aACc la science tout descend : les respects descendent, les goûts descendent, les ambitions descendent, les Aocations descendent, les carrières descendent, les littératures descendent, les arts dcsi-endent, les aristocraties descendent , les illustrations descendent ; tout descend du contemplatif au
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positif, de Tidéal au sensuel, de l'honneur au profit, de la grandeur à la fortune, de l'esprit à la matière. Tout enfin, dans cette chute iiénérale et cet aplatissement universel, proclame dans le Progrès de la matière et le perfectionnement des corps, l'abaissement des âmes et la dégradation de l'homme.
La seconde condition d'un Progrès véritable, et le second caractère d'une croissance heureuse, {:'e&iV('panoiiiss('in('nf. Le Progrès élè^e et dilate tout ensemble ; il domie la largeur avec la hauteur; il étend la sphère de l'être en même temps qu'il é\è\e son sommet. Aussi le vrai Progrès humain a-t-il pour résultat inévitable de produire l'expansion du cœur par l'amour, en même temps qu'il produit l'élévation de l'âme par la vérité. C'est le secret de l'éducation, qui est le commencement •et le type de tout vrai Progrès de l'humanité ; l'éducation n'étant autre que le Progrès de l'enfant se faisant peu à peu à la mesure de rhomme.
Or l'elîet inévitable de toute exagération dans la ^ie matérielle, c'est l'endurcissement <les cœurs et la diminution de l'amour.