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les ravins et les enfoncements, emporté par des écroulements soudains ; là, il tombe harassé, haletant, brisé, saris pouvoir retrouver la liberté de ses mouvements.il a voulu conquérir l'espace et la liberté; l'espace et la liberté ont conspiré contre lui. Voilà dans "ne image la jeunesse passionée qui n'a pas connu ou qui a rejeté le frein modérateur de l'obéissance et de l'autorité. Dominée par sa fougue, elle a voulu échapper à sa propre loi, et elle s'égare partons ses mouvements; elle s»' fatigue dans une agitation stérile et nue impétuosité dévorante ; et puis elle s'affaisse, elle tombe épuisée, languissante: si tant est qu'elle le meure dégoûtée d'elle-même et de (.oui, après avoir jeté au souille de ses désirs des trésors d'intelligence, d'amour et peut-être de génie.
Et si l'adolescent survit à ces mouvements s ans but et à ces emportements sans frein, que sera-t-il parvenue l'âge d'homme? Il a trente ^s ; c'est l'âge où les réalités se découvrent s ° Us les illusions qui tombent. Ah! c'est alors 'I" 'I sent la tromperie douloureuse <U- cette " ,|||(,;i| imi qui ['éleva dans l'indépendance et
pour l'indépendance. Il s'était dit: Lorsque j'aurai trente ans, à mon tour je commanderai. Il croyait, eu effet, qu'arrivé à la maturité de l'homme il n'aurait plus qu'à commander ; et la nécessité d'obéir l'étreint de toutes parts. Il espérait tout dominer et s'imposer à tout, tout le domine et s'impose à lui-même; et l'on dirai que tout conspire à lui donner des ordres, si ce n'est à lui donner des chaînes. Alors cet habitué de l'indépendance s'irrite de la nécessité d'obéir, de dépendre, de se soumettre. Jeune encore, déjà ses habitudes d'indépendance le rendaient misérable; qu'est-ce, lorsque, ses dépendances venant à se multiplier avec ses devoirs, ses charges et ses ambitions, il s'aperçoit que tout lui résiste ? Qu'est-ce, lorsque cet impatient de tout joug et de tout fardeau vient à se sentir, selon le mot d'un écrivain, comme écrasé du poids de cet unir- " vers qu'il pensait mouvoir à son gré ? Bientôt lu lave brûlante des haines sociales et des cupidités fratricides bouillonne dans son cœur.
Toute la société lui paraît à réformer, à bouleverser, à refaire, jusqu'à ,ce qu'il ait assouvi sa passion de commander et apaisé dans son âme
l'AK l'oisiïissance chaétiemne.
sou horreur d'obéir. Et si cette homme, déjà armé par son éducation contre la société, est ainsi constitué : s'il a beaucoup d'imagination et peu de sens commun ; s'il a une tête ardente et un cœur mal fait ; si avec tout cela il est cupide, orgueilleux et jaloux, alors, Messieurs, ce que deviendra cet homme ? Vous le devinez sans que je le dise. Son éducation fondée sur l'indépendance a menti à la loi de sa vie ; lui-même a conspiré à violer avec son instituteur la première loi de son éducation : c'est un mal-élevé; il a le cerveau troublé, le cœur corrompu, la volonté pervertie; il ne sait pas obéir: il est digne d'être un grand révolutionnaire ! Si le flot de l'événement l'élève assez haut et le porte assez loin, il s'en ira arracher les royaumes au repos et les peuples à l'obéissance ; et, proclamant la révolte comme le plus saint des devoirs, il ne laissera derrière lui que des populations soulevées comme les vagues d'une mer prête à franchir toutes ses rives, au risque d'inonder la terre d'un cataclysme nouveau.
Ainsi l'éducation de l'indépendance pervertit 1;l volonté humaine et fait avec la dégrada-
LE tROGBÊS DANS L'ÉDUCATION
lion de l'homme le fléau de l'humanité. H reste à montrer directement comment l'éducation de l'obéissance perfectionne la volonté, et l'ait avec le progrès de l'homme le progrès de l'humanité.
Que l'obéissance soit le perfectionnement et la grandeur de l'humaine volonté, c'est ce qui apparaît tout d'abord comme une contradiction. Il semble, au premier aspect des choses, que la volonté n'étant autre que la faculté de vouloir, plus l'homme veut et fait sa volonté, plus celle volonté s'agrandit et se perfectionne par son propre exercice. C'est la naturelle illusion de l'homme avide d'indépendance; c'est surtout la séduction de sa jeunesse: faire son propre vouloir, ne reconnaître aucune volonté supérieure à la sienne, se sentir soi-même la seule raison de tout ce que l'on fait, pouvoir mettre à chaque action de sa vie celle signature de souverain] « Moi. j'ai agi parce que
l'Ail l'obéissance chrétienne. 191
j'ai voulu : » c'est là ce que l'adolescent volontiers estime sa grandeur; et sous ce rapport, que d'hommes ne sont que des enfants, mettant une gloire puérile à commander toujours et à n'obéir jamais ! Faire ce que l'on veut, tout ce que l'on veut, rien que ce que l'on veut : tel est leur secret pour créer des volontés puissantes et de mâles caractères.
Ce qu'il y a de vraiment viril dans le volontaire abaissement devant une volonté supérieure, leur échoppe; l'obéissance leur apparaît comme une sorte de suicide moral; ceux qui en font le serinent et en pratiquent l'héroïsme, ils les nomment cadavres :
perindè ac cadaver; profanant ainsi la langue des saints, et prenant à rebours la métaphore célèbre employée dans leurs discours pour exprimer l'holocauste de la volonté consommé par elle-même.
C'est exactement le contraire qui est la Vérité. Jamais la volonté de l'homme n'est plus progressive, jamais sa vitalité n'est plus grande, que quand elle se soumet elle-même avec intelligence et liberté à une volonté supérieure. Et si i-es grands apôtres de l'indépen-
LE PROGRÈS DANS l'ÉHUCAïION
dauce étaient ici, je leur dirais : Sachez qu'il n'y a rien de plus vivant, rien de plus agissant, rien de plus fécond, que ces cadavres, où vous ne soupçonnez que la stérilité, la mort et l'immobilité. Sachez que la vie, la perfection et la grandeur de la volonté sont dans son obéissance même.
Le christianisme qui interprète si divinement la nature en proclamant l'obéissance comme la grande loi de la volonté, la comprend plus divinement encore en posant l'obéissance comme la loi de son éducation et comme le ressort de son progrès. Chose remarquable, le Christ, qui s'est constitué dans l'humanité le rentre et le principe de toute autorité, s'est posé lui-même comme le type et l'idéal de l'obéissance. L'obéissance et l'autorité se rencontrent et s'unissent dans tout le mystère de sa vie. Toutes les manifestations de cette vie sont des actes d'obéissance encore [dus que des actes d'autorité. Sa vie de Nazareth, surtout, n'est qu'une obéissance ; un seul mot y abrège son histoire de trente ans : Erat subdilus Mis ; lui, le Créateur, obéissait à sa créatare; lui, enfant-Dieu, obéissait à une humble
PAB L'OBÉISSANCE CHRÉTIENNE.
femme et à un homme plus humble encore ; et cette obéissance, c'est son progrès luimême. Ainsi, il croissait en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes. Plus tard, quand il monta sur la croix pour y mourir, il obéissait encore : Factus est obediens usque ad morlem, mortem autem crucis . L'exaltation finale de sa royauté ne fut que le couronnement de son obéissance : et si cette royauté put voir tout genou fléchir devant elle au ciel, sur la terre et dans les enfers ; si tout, dans ce triple empire, a reconnu son sceptre, l'Écriture nous révèle le secret de ce progrès qui aboutit à l'éternelle glorification du Christ : il avait obéi. Tout était tombé par la désobéissance d'un homme, tout se relevait par l'obéissance d'un Dieu.
Pour le chrétien cherchant sur les vestiges de Jésus-Christ la route du progrés, tout est contenu dans son divin abrégé : l'homme, comme Jésus-Christ lui-même, ne retrouve toute sa grandeur et toute sa puissance qu'à force d'obéir ; les volontaires abaissements de son obéissance préludent à toutes les glorifications de sa vraie royauté. Mais il n'est pas
donné à tous de comprendre le sens divin de ces mots qui abrègent tout dans le christianisme ; il faut donc ici encore creuser les mystères de notre nature humaine, pour en découvrir les harmonies profondes avec la loi du Christ; il faut vous montrer comment le christianisme, en mettant dans l'obéissance le progrès de l'homme et la grandeur de sa volonté, est l'infaillible interprète de notre nature, et comment le secret de la glorification du Christ est partout et toujours le secret de l'élévation de l'homme.
Que doit donner à la volonté de l'homme une éducation vraiment virile ? Elle doit pardessus tout lui donner ces trois choses : la liberté, la rectitude, la force. Une liberté souveraine, une rectitude inflexible, une force féconde : voilà la volonté parfaite.
Le premier attribut de la volonté humaine, c'est d'être libre et souveraine, et de trouver dans sa souveraineté libre sa vraie dignité. Et voilà tout d'abord ce que produit l'obéissance. Ceux qui ignorent le secret des grandeurs de l'homme estiment que toute soumission est une abdication, toute obéissance une ser-
vitude; pour eux se soumettre, c'est déchoir; obéir, c'est s'avilir. Au nom de la dignité humaine, je proteste contre un principe qui consacre sous le nom de liberté la dégradalion de l'homme.
Ce qui caractérise tout d'abord l'éducation qui se fait par l'obéissance, c'est qu'elle est un affranchissement. Pour un homme comme pour une société, et pour un enfant comme pour un homme, la liberté n'est que dans l'ordre, et l'ordre n'est que dans l'obéissance à l'autorité légitime. L'enfant qui sous l'ascendant d'une éducation vraiment libérale grandit dans l'habitude d'obéir, s'affranchit chaque jour de toutes les servitudes qu'enfante la révolte. Car, bon gré mal gré, il faut qu'il obéisse ; il n'a que le choix entre une dépendance et une dépendance : dépendre d'une puissance légitime ou dépendre d'une puissance illégitime. S'il ne se fait obéissant, il faut qu'il se fasse esclave, e t se condamne lui-même à toutes les servitudes. Sa volonté ne veut pas de maître et elle Multiplie ses tyrans. Il veut être libre, pour enquérir sa liberté il court à l'indépendance : et toutes les tyrannies l'attendent au chemin
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196 LE l'ROGBÈS DANS L'ÉDUCATION
pour confisquer sa liberté. Au contraire, l'en-
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fant qui obéit à un père et à une mère ; l'en-
fant qui obéit à un maître portant au front un reflet de l'autorité paternelle et mater-
nelle; l'enfant chrétien surtout à qui sa foi révèle le Christ dans son père, le Christ dans
sa mère, le Christ dans son maître : l'enfant enfin qui obéit à Dieu en s'inclinant devant
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l'homme ; ah ! cet enfant est libre ; il est, par l'acte même qui le fait obéir, affranchi
de tout ce qui n'a pas le droit de lui commander, et il fait de son obéissance même la pro-
tectrice de sa liberté : il est libre du caprice,
libre de l'impression, libre de la fantaisie, libre
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de son orgueil, libre de sa paresse, libre de
toutes ses passions ; libre, en un mot, de toutes
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les dominations qui, tôt ou tard, finissent par
asservir les révoltés, quels qu'ils soient, peuples, hommes ou enfants.
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Il est libre, le fils de l'obéissance ; ce n'est pas assez dire, il est souverain : l'obéissance
n'est pas seulement l'exercice de la plus généreuse de toutes ses libertés, elle est l'exercice
de sa plus haute souveraineté. L'homme est
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souverain quand il commande à la nature, p' llS
fAR L OBlilSSANCE CHRETIENNE.
souverain quand il commande aux hommes :
mais le suprême degré de sa souveraineté, c'est de se commander à lui-même. C'est ce qu'il fait par l'obéissance. L'homme est roi dans la création ; la volonté est reine dans l'homme ; et quand elle obéit, c'est la souveraineté exerçant sur elle-même le plus sublime empire. L'enfant qui obéit sachant ce qu'il fait, est une volonté qui se commande du plus viril et du plus glorieux de tous les commandements : l'habitude de ce noble exercice, bien loin de l'avilir et de le ravaler, lui donne avec toute la dignité de l'homme je ne sais quoi de royal qui annonce le souverain et l'appelle au commandement. L'homme n'apprend jamais mieux à commander qu'en apprenant à obéir; la raison qui fait repousser l'obéissance est la même raison qui fait abuser du commandement. Ne dites donc pas : « L'obéissance fait des esclaves, » je vous dis, moi, Qu'elle fait des souverains. Que parlez-vous de la servitude de l'obéissance? de l'avilissement
(, e l'obéissance ? Vous oubliez que cette
obéissance intelligente et généreuse, celle que doit pratiquer l'enfant pour monter à sa hau-
teur, n'est pas un prosterneraent devant l'homme, mais un prosternement devant Dieu.
Pourquoi l'enfantàqui je commande, non pour le dégrader, mais pour l'élever, s'arrêterait-il au visage de l'homme? Mon enfant, regardez plus haut. Je suis un homme, il est vrai, mai* quand je viens pour vous donner un ordre, le reflet de Dieu me couvre, et c'est à lui que vous obéissez. N'écoutez pas ceux qui vous parlent d'avilissement et de dégradation ; Dieu apparemment est assez grand pour vous donner des ordres sans vous deshonorer. Fils de l'obéissance, disciple de l'éducation qui fait les grands hommes et les chrétiens illustres, continuez d'obéir à Dieu qui vous commande dans l'homme : en obéissant à un tel maître, votre volonté ne s'asservit pas, elle s'affranchit ; elle ne s'abdique pas, elle se domine; elle ne s'abandonne pas, elle possède ; elle ne s'abaisse pas, elle s'élève, et bien loin de s'avilir et de se déshonorer, elle emporte le plus grand honneur qu'une volonté humaine puisse conquérir : l'honneur suprêni'' est vraiment souverain de se commander à soimême.
Que doit donner encore l'éducation à la volonté humaine ? Avec la liberté et le souveraineté, elle doit lui donner la rectitude et l'inflexibilité : être souverainement libre est la première condition ; être invariablement droite, c'est la seconde. C'est à la volonté qu'il appartient de toucher au terme et de conquérir la destinée : donc il faut qu'elle marche droit au bien, droit à la justice, droit à la vérité, droit à Dieu : donc il lui faut ce je ne sais quoi qui empêche de dévier, de se détourner, de s'égarer : la rectitude. Et parce qu'il ne suffit pas de tendre à la destinée, mais qu'il faut la conquérir ; et parce que commencer ne suffit pas, mais qu'il faut finir; qu'avancer ne suffit pas, mais qu'il faut arriver : la volonté humaine, pour réaliser son idéal et avoir toute sa grandeur, doit joindre à la rectitude dans ses tendances la fixité dans ses résolutions et la constance dans ses exécutions. Ah! multipliez dans l'humanité ces volontés simples, dont la rectitude inflexible ne connaît ni les détournements du mensonge, ni les masques de l'hypocrisie, ni «S sentiers tortueux du mauvais vouloir, vo-
lontës qui vont frapper au bien, comme la flèche va frapper au but ; et puis mettez dans ces volontés si parfaitement droites une résolution que rien n'ébranle, une constance que rien ne lasse, une fermeté que rien ne déconcerte : alors vous aurez des hommes , et l'humanité rehaussée par leur grandeur montera ; car ce qui fait le progrès du monde, c'est, du côté des volontés, la marche dans la droiture et la persévérance dans la marche.
Or ce qui donne à la volonté ces deux prérogatives qui s'appellent et se complètent l'une et l'autre, rien n'est plus certain, c'est dans l'éducation la pratique de l'obéissance ; c'est l'action clans la règle. Ici la vérité des choses éclate dans la simplicité des mots. L'obéissance est une équation librement établie entre une volonté et une règle ; et la règle, c'est ce qui est droit, c'est ce qui est juste, c'est ce qui est exacte, c'est la rectitude même. Une règle, une loi, un commandement sont supposés une expression de la vérité, de ta justice et de l'ordre : c'est un rayon du vrai, un rayon du bien, un rayon de Dieu même mon-
PAR l'obéissance chrétienne. ?01
trant la route à la volonté dans les droits chemins de sa destinée. Donc obéir à la règle, à la loi, à l'autorité légitime qui commande, c'est se faire jour par jour, heure par heure, droit comme la règle elle-même ; c'est pratiquer Je juste ; c'est faire en soi la rectitude. Aussi, Messieurs, lorsqu'un enfant a grandi dans l'habitude d'obéir, la droiture lui devient comme naturelle : il lui faut un effort pour deviner ce qui est tortueux; l'humanité mal élevée recèle dans son cœur des mensonges et dans sa pensée des détours qu'il ne sait pas même soupçonner, et que le contact du mal lui révélera trop tôt; il aime le bien comme son regard la lumière ; il le cherche comme sa poitrine respire ; il se tourne tout droit vers lui comme l'aimant vers son pôle, et il dit : Allons le conquérir.
Et l'obéissance qui donne à la volonté de l'enfant cette rectitude qui ne fléchit ni à droite ni à gauche, est en même temps ce qui lui donne cette fixité que rien n'ébranle et celle constance que rien ne lasse. La volonté qui obéit au caprice, à la fantaisie, à l'impression, n'a pas de raison pour se perpétuer :
comme le caprice, comme la fantaisie, comme l'impression, elle change avec le souffle qui passe; elle se dément, elle se contredit, elle se détruit elle-même à toute heure avec une volubilité, une légèreté et une incertitude qui ne permet plus même de fonder sur elle une résolution, un dessein, une exécution quelconque; parce que rien, absolument rien ne peut plus garantir que la volonté d'hier est la volonté d'aujourd'hui, et que la volonté d'aujourd'hui sera encore la volonté de demain : volonté fébrile qui va et vient d'une résolution à une résolution; qui veut et qui ne veut plus ; qui avance et qui recule ; qui se précipite par bonds d'une extrémité à l'autre sans pouvoir s'arrêter à un point fixe, et marcher avec constance à un bût déterminé :
volonté d'enfant, qui veut ce qu'il n'a pas, rejette ce qu'il a voulu, et redemande avec cris ce qu'il a rejeté.
Au contraire, l'enfant qui ne veut qu'obéir a une raison décisive de vouloir aujourd'hui ce qu'il voulut hier, et de vouloir encore demain ce qu'il veut aujourd'hui. Ce qu'il veut, c'est ce que commande la règle, et la règle est
fixe ; elle emprunte à la justice et à Dieu dont elle émane quelque chose d'immuable. Les passions changent, les caprices changent, les impressions changent; la règle ne change pas, et la volonté qui lui obéit participe à son invariabilité. La règle d'ailleurs vîntelle à se modifier sous une autre autorité et un autre commandement, il y a une chose qui dans l'enfant obéissant demeure et ne change pas : la volonté d'obéir ; là est sa détermination absolue, sa résolution constante, sa volonté fixe; dans la variété des actions qu'il pose, il n'apporte qu'une volonté toujours identique et égale à elle-même, la volonté de faire la règle. Là est dans sa rectitude son inébranlable constance, et dans la multiplicité de ses actions l'invariable unité de son vouloir.
Ah ! sans doute même dans cette vie de l'obéissance, il y a une région. d'inévitables changements; là comme en toute vie humaine, la lumière et l'ombre, le soleil elles nuages, le calme et la tempête, passent et repassent, se succèdent et varient comme les phénomènes du monde matériel : mais plus
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haut que cette région des changements, il y a
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un lieu serein où le changement ne monte pas ; le lieu où la volonté habite, et d'où, do-
minant toutes les agitations et tous les soulè-
vements de son royaume inférieur, elle dit dans l'inaltérable majesté de son calme et l'in-
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variable détermination de son vouloir : Je veux obéir. Il est vrai, Forage n'est pas loin, et,
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sous le sceptre de ma volonté royale, j'entends mes passions qui crient : « Nous n'obéi-
rons pas : Non serviam : l'autorité nous pèse ; le commandement nous importune ; la règle
avec son immobilité nous fatigue et nous tue. A
nous la liberté ; à nous l'indépendance ; à nous
le changement ; à nous le règne du caprice et
de la fantaisie. » Oui, le fils de l'obéissance,
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même le plus fidèle, entend au fond de sa vie
la voix de ces révoltes qui appellent le change-
ment; mais il regarde le ciel d'où le comman-
dement lui vient dans la parole d'un maître
ou dans la formule d'une règle, et il dit aux
passions agitées dans son cœur comme les flots de la mer : « Vous pouvez vous remuer
et vous remuer encore ; vous pouvez changer
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sous chaque vent qui vous touche ; moi je ne
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PAR L'OBÉISSANCE CHRÉTIENNE. 50a
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changerai pas: la règle, et c'est assez; je
veux obéir. Parlez Seigneur, parlez ; parlez-