‹ Le Progrès par le ChristianismeChapitre 14 sur 33 · E CO · texte numérisé non relu

E CO

moi par mon père ou parlez-moi par ma

mère ; parlez-moi par mon prêtre ou parlez-

moi par mon pontife ; parlez-moi par mon

maître ou parlez-moi par mon roi : je veux

obéir, c'est ma résolution constante. Et si en

moi tout peut changer, parce que je suis

faible, rien ne changera cette immuable vo-

lonté, qui est le gage de ma rectitude et de

ma liberté, et qui me garantit avec elles la

force et la fécondité.

La force 1 la force féconde et créatrice, voilà

la troisième chose que l'éducation doit donner

à la volonté de l'enfant. De quoi s'agit-il par-

dessus tout dans la formation de l'homme ? Il

s'agit de faire un être fort. La force est la

grande prérogative de l'homme : la force est

le signe de sa royauté et le sceau de sa des-

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tinée : la force entre si profondément dans le

caractère de l'homme, qu'elle lui a donné

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son nom : vir, un homme, cela veut dire la

force, l'énergie, le courage, la puissance.

Otez de la vie humaine le ressort de la force

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morale; vous avez encore le semblant d'un

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homme, le simulacre d'un homme, mais vous n'avez plus l'homme; vous avez un être avorté; un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans la langue des peuples, parce qu'il n'a plus de rang dans la hiérarchie des êtres.

Et voilà, Messieurs, je le dis sans amertume et sans dédain, voilà la grande misère morale de notre temps : les hommes manquent à la société parce que la force manque aux hommes ; et la force manque aux hommes parce que l'obéissance a manqué aux enfants.

Qu'est-ce, en effet, qui crée des volontés fortes, de mâles caractères, des hommes enfin ? C'est l'habitude virile d'une généreuse et libre obéissance. L'indépendance prématurée ne fait pas l'homme, elle le défait. Fiers d'une souveraineté précoce, nous voulons être hommes avant l'âge : nous sommes enfants dans la saison de l'homme. Ainsi la nature châtie notre folie et venge la Providence. Hommes à quinze ans, mais enfants à quarante ; vieux enfants et petits hommes : voilà le fruit de cette éducation soi-disant libérale, qui met la virilité dans l'indépendance, c'est-à-dire la force dans la

PAR L'OBÉrSSANCE CHRÉTIENNE.

faiblesse même : ce n'est pas un enfantement, c'est un avortement.

Ah! l'homme fort, celui qu'il faut, pour le bien nommer, appeler véritablement un homme, ce n'est pas celui qui a brisé avant l'heure, pour trouver une liberté sauvage, le joug de toute autorité : c'est celui qui a donné à sa vie encore jeune le volontaire ressort de son obéissance. Le ressort! voilà, Messieurs, le mot qui explique tout ce mystère de la force et de la virilité. L'obéissance est la force, parce qu'elle est un ressort : ressort intelligent et libre, qui se comprime volontairement, et par cette libre compression se donne à luimême la force de l'expansion. Dans le monde matériel, toute expansion est égale à la compression; et, sauf la liberté qui distingue la force humaine, cette formule qui exprime la force physique dans la nature, exprime avec la même exactitude la force morale dans l'homme. L'obéissance refoule, l'obéissance comprime; mais elle refoule volontairement, elle comprime librement : compression virile, refoulement courageux, qui suppose la force el la multiplie on l'exerçant.

Ah! faites ainsi, Messieurs; sous l'action suave, mais forte, de la plus légitime des autorités, assouplissez par un commandement qui sait se faire obéir la volonté de vos enfants; comprimez-la doucement non pour la briser, mais pour la fortifier; pliez-la non pour l'amollir, mais pour l'assouplir ; domptez-la, s'il le faut, comme un coursier qui frémit, par l'ascendant de votre caractère, le calme de votre force et la fermeté de votre attitude ; que cette gymnastique morale se répète chaque jour et dure de longs jours : cette enfance prolongée, cette lente mais vigoureuse croissance est le pronostic d'une virilité puissante et d'une maturité féconde. Et quand l'heure aura sonné de lui diminuer ou de lui ôter tout à fait le frein de l'obéissance, pour le livrer tout entier au gouvernement de lui-même; quand la Providence vous aura fait signe d'ouvrir la carrière à cette volonté déjà ambitieuse de se créer dans sa sphère un légitime empire, oh I alors vous verrez ce que c'est que d'avoir obéi pour apprendre à commander aux hommes et à gouverner les choses.

Alors cette force qui s'est longuement et

PAR L'OBÉISSANCE CnRÉTIlîNNE.

fortement trempée elle-même au dedans par l'énergie de ses luttes, éclatera au dehors dans la grandeur et la beauté de ses œuvres ; elle se révélera puissante et féconde. Le monde, ému au spectacle d'une force qui prend tout à coup et avec tant d'aisance son rôle dans la société et son ascendant sur les hommes, contemplera avec admiration la puissance que donne une volonté assouplie par le ressort de l'obéissance. Alors ceux qui n'ont Pas le sens de ce mystère diront avec surprise en le voyant venir: Quis estiste ? Quel est ce Jeune homme, qui hier encore ne savait qu'obéir et paraissait la faiblesse même, et qui aujourd'hui semble fait tout exprès pour commander? Quel est cet enfant, qui, à vingt ans, sans prétention et sans arrogance, se présente dans l'attitude de la virilité consommée ? Quis es t iste qui venit ? Quel est cet homme de car actère, cet homme d'initiative, cet homme de résolution, cet homme d'action, cet homme de courage, ce héros, ce géant qui marche et s avance si majestueux et si prompt dans la Wenitude de sa force, gradiens in multitudine ' 0r tiiudinis suœ ? Alors ceux qui l'auront vu,

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