‹ Le Progrès par le ChristianismeChapitre 30 sur 33 · M EE · texte numérisé non relu

M EE

NJ =

cœur de cette vie encore jeune, ronge ses fibres les plus intimes et tue l'homme dans sa fleur. Un mot célèbre a été prononcé à propos de l'éducation, et ce mot a eu dans une polémique sincère en ses ardeurs un retentissement qui ne fut ni sans intérêt ni sans fruit ; on a dit : le ver rongeur de V éducation. Je n'ai pas à m'occuper ici de l'idée qu'exprimait alors ce mot ; je prends le mot lui-même ; et y mettant une vérité qui doit rallier des points les plus extrêmes du monde moral toutes les convictions désintéressées, je dis qu'il y a un ver rongeur de l'éducation de l'hdmme. Ce ver rongeur est le vice qui porte la honte dans son nom ; comme la sève la plus féconde de l'éducation de l'homme est cette vertu dont le nom resplendit d'honneur, la pureté. Pour bien établir cette importante vérité, il nous suffit de revenir sur nos pas dans la carrière déjà parcourue, et de montrer à la lumière des choses et au flambeau de l'expérience, comment les grands éléments d'éducation, qui reçoivent de la pureté leur nécessaire complément, sont dévorés par le vice contraire. Vous allez voir toute cette magnifique croissance de la vie

n = 3 iE

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co — =

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représentée par cet arbre splendide, dévorée

Cn — E=

par ce ver rongeur de toute éducation ; et la

cr-, — =

volupté multipliant les ruines, même au printemps de la vie, défaire au lieu de l'achever

le chef-d'œuvre de Dieu, et anéantir au lieu de les seconder dans l'éducation de l'enfant tous

co — =

les efforts de l'homme.

Et d'abord, Messieurs, voici dans l'éducation

KO —

de l'enfant une inévitable ruine : plus de pureté, plus de religion ; plus de chasteté, plus

de piété. Nous l'avons remarqué dans notre première conférence, la religion est la source

divine de l'éducation de l'homme; c'est sa sève,

c'est sa vie, c'est son arôme. Le jour où la

NJ^^

piété s'éteint et où la religion meurt dans un

enfant, l'éducation ne peut plus être.

co =

Or, ce qui sauvegarde le plus la religion et

la piété dans un enfant, c'est la pureté. Le

vice qui entre dans un cœur d'enfant pour en

flétrir la fleur et y tuer la pureté, y flétrit et

yj i —

tue du même coup la piété et la religion.

Quand ce monstre l'a touché, quand ce ver l'a piqué à l'intime de la vie, la piété s'enfuit de

lui, et d'élevée qu'était cette jeune âme vers

ID

ro =

NJ =

[\0 = NJ =

les plus célestes choses, elle s'incline et

cm

= CM

= CM

= i— 1 = CM

= O = CM

penche. pères, ô mères, regardez alors

votre enfant : hier encore il cherchait Dieu

— CO

par tout son être ; aujourd'hui vous diriez qu'il

ne peut plus regarder le ciel. Le monde du

surnaturel s'est fermé sur sa tête ; il ne sait

= CD

plus joindre ses mains ni fléchir ses genoux

pour dire à Dieu : « Notre père. » Ni ses

= LT

lèvres ne savent murmurer une prière ; ni

son cœur ne sait pousser un soupir vers ce

= "sT

Dieu devenu pour lui comme un étranger;

il est indifférent à Dieu, insensible à Dieu,

= CO — , — 1

sourd à Dieu, dégoûté de Dieu, ennuyé de

Dieu. Oui, à la lettre, Dieu l'ennuie, et tout

= CM

ce qui vient de Lui, tout ce qui parle de Lui,

la fatigue et l'importune. En vain la parole

sacrée fait retentir son nom ; en vain les har-

monies le chantent ; en vain l'encens montant

au ciel sollicite son âme à monter avec lui ;

en vain le prêtre crie aux chrétiens assemblés :

= — CT

« Sursùm corda : En haut les cœurs, en haut les

—— — CO

pensées, en haut les désirs, en haut les âmes : »

en lui tout est en bas, et, comme dirait Bossuet, .. 1

tout est à terre, tout est corps ; rien en lui ne

sait plus monter. La piété cherche le ciel,

= — CD

toujours le ciel; la volupté cherche la terre,

^— LT

= — ^r = — co = — CM = — i— i

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co — 3

• ."i /f\ TV DBAfOÙO n 1 Mil T'rin nr ..

Oi,o LU l'KUttiUii! DANS L EDUCATION

toujours la terre. Dieu et la chair, la religion

Cn — — 1

et la volupté sont, les deux pôles qui se re-

poussent éternellement; et ces appétits qui ne poursuivent que la chair et ne remuent que

fange, n'ont rien de commum avec ces aspirations sublimes qui poursuivent l'invisible et

co — 3

cherchent l'infini. C'est que dans un seul

homme, il y a deux hommes perpétuellement

kO — 3

aux prises, l'homme du ciel et l'homme de la terre; quand la volupté a vaincu, l'homme

de la terre triomphe, et l'homme du ciel

succombe. Alors, Messieurs, l'œuvre de l'édu-

cation est atteinte dans son fond, parce que

l'enfant est blessé au plus intime de sa vie :

avec la piété il perd ces aspirations qui élèvent

par leur cours naturel, et vont d'elles-mêmes

co 3

de l'homme à Dieu, de la terre au ciel. Porté

de bas en haut par la piété, il retombe de haut

en bas par la volupté. La première relevait, la

Cn =1

seconde le dégrade.

Ainsi le ver rongeur de l'éducation en dé-

vorant la piété ôte à la vie le premier principe de son élévation. Et tandis qu'il la découronne

par son sommet, il la mine par son fonde-

kO 3

ment; car l'enfant avec sa piété ne tarde pas

à perdre sa foi, et à ébranler sous lui la base de sa propre vie*

Qu'est-ce, pensez-vous, qui d'ordinaire détruit la foi dans une jeune âme ? Règle générale, c'est la volupté qui atteint un jeune cœur. Lorsque le cœur d'un enfant est pur comme à son premier jour; lorsqu'il n'a connu que les joies de l'innocence, les attendrissements de la famille et les douces émotions de l'amitié ; lorsque sa vie ressemble encore à un lac tranquille, à un miroir sans tache, à im pur cristal ; oh ! alors la vérité entre en lui sans effort et y demeure comme en son lieu natal ; la splendeur de notre dogme y brille et s'y réfléchit avec un facile et doux éclat, comme la lumière du soleil se réfléchit sur le poli du miroir, sur la surface du lac et dans la blancheur du cristal : entre cette âme d'enfant et la doctrine de l'Église il y a des harmonies intimes, je ne sajs quelle correspondance secrète et quelle facile entente; la vérité naturelle brillant comme un flambeau allumé dans son intelligence, se rencontre là avec la vérité surnaturelle qui lui vient dans la parole de l'Église, autre flambeau qui l'illumine des

n = 3 JE

Cn^^

clartés de Dieu ; et ces deux" vérités au milieu de ce cœur d'ange, se reconnaissant comme

cr-, — =

deux filles du ciel, s'embrassent dans le mystère d'une virginale pureté.

L'enfant demeuré pur ne comprend même pas que l'Église qui lui parle, et la doctrine

co — =

qu'elle enseigne, trouvent des contradicteurs ; tout ce qu'elle lui dit a dans son âme de si

KO —

faciles échos, et les vérités qu'elle proclame comme des dogmes lui semblent si bien faites

pour ,son intelligence, qu'il n'a pas plus de peine à en recevoir la lumière dans son âme,

qu'il n'a de peine à recevoir dans un œil sain

le rayonnement du soleil. Mais une heure vient

où cette vérité qui entrait comme chez elle au

plus intime sanctuaire de sa vie, y rencontre

co —

tout à coup une opposition profonde. Ce pur

flambeau de la foi, qui toujours a brillé devant

lui et au milieu de lui-même d'une clarté si

h- 1 = Cn =

tranquille et d'une splendeur si douce, ne lui

jette plus désormais qu'une lumière importune.

Comme un œil malade fuit la clarté qui le réjouissait naguère; ainsi cette jeune intelligence

éprouve le besoin d'échapper à ce flambeau

h- 1 = co —

catholique, qui jusque-là avait éclairé dans

ID

ro = o =

NJ =

ro =

en

= CM

= i— 1 = CM

= O = CM

son âme de si belles visions. Alors l'adoles-

^z CO

cent, le cœur obscurci par ce démon ténébreux,

fuit la parole catholique, les livres catholiques,

et tous les enseignements de la doctrine catho-

lique. Pourquoi ce changement? que s'est-il

= CD

passé dans l'intelligence de cet enfant ? A-t-il

à l'horizon agrandi de sa pensée découvert un

= LT

soleil plus pur, un astre plus radieux? S'est-il

aperçu; en se levant un matin, que tout l'en-

seignement de sa première enfance n'était

qu'une religieuse séduction de son intelligence,

= CO = i— 1

un poétique enchantement de son imagination,

une douce illusion de son cœur, en un mot,

= CM = i— 1

une tromperie de sa pensée? Non, rien de

pareil ne s'est passé dans l'âme de cet enfant ;

un nouvel astre ne lui est pas venu ; un nou-

veau soleil ne s'est pas levé ; une nouvelle lu-

mière n'a pas lui sur son intelligence. Qu'est-

= — en

il donc arrivé ? Quelque chose de nouveau

s'est posé dans sa vie : la volupté, par je ne

sais quels sentiers obscurs, est arrivée jusqu'à

son cœur ; elle est entrée dans son âme ; elle

y règne ; et son premier besoin est d J en chas-

ser la vérité et d'y éteindre la lumière. Hier

= — CD

innocent encore, l'enfant avec amour souriait

^— LT

= — ^r = — co

= Oxl

ex

co — =

Cn^^

à cette lumière ; il tressaillait de bonheur au soleil de la vérité: aujourd'hui devenu charnel,

il ne sait plus en supporter l'éclat, et il dit à la vérité: Laisse-moi et va-t'en. « L'homme

charnel, dit saint Jean Damascène, ne peut

supporter la lumière de la vérité: Carnalis

homu veritatis lumen prospicere nequit. »

Tel est l'enfant dont le cœur a senti le coup

KO —

qui détruit sa pureté. Il a quinze ans ; il n'est

1 — i rz

pas achevé : son éducation n'est pas faite en-

core ; il dit qu'il ne peut plus croire. Ce qu'ont

cru saint Augustin, saint Thomas d'Aquin,

Bossuet, et avec eux cette grande armée d'in-

telligences portant à travers dix-huit siècles

NJ =

la couronne de la vertu rehaussée par l'éclat

du génie, lui ne peut plus le croire ; il a contre

CJ

la religion de sa mère des raisons profondes

qu'il ne lui dira pas, parce qu'il est trop bon fils pour contrister sa mère. Qu'a-t-il donc

h- 1 = Cn =

contre sa foi, le philosophe de quinze ans ?

Qu'a donc contre le christianisme ce jeune

illuminé ? Pour n'être plus chrétien il a l'argument du paganisme : il a contre l'esprit la

raison du corps. Sa chair veut avoir raison;

h- 1 = CO —

h- 1 = ID =

ro = o =

NJ =

ro =

l'Église doit avoir tort, et il dit qu'elle a tort ;

cm :

il n'est plus croyant parce qu'il n'est plus pur. C'est toute la philosophie qu'oppose au christianisme le philosophe de quinze ans: et que j'ai vu dans ma vie de philosophes de quarante ans, voire même de soixante, qui n'en avaient pas d'autres !

Ahl Messieurs, voilà la grande douleur de ceux qui ont reçu sur la terre la mission de défendre et de propager la vérité : c'est de voir qu'un exemple, une parole, un souffle de volupté est plus fort dans l'âme d'un adolescent que ces démonstrations qui ont convaincu les plus grands hommes, et dont leur génie a fait resplendir le divin éclat dans des chefs-d'œuvre immortels. Les preuves les plus invincibles et les plus irrésistibles éloquences sont moins puissantes pour lui persuader la vérité, que les émotions de la chair et l'ardeur de la convoitise pour lui persuader l'erreur ; la doctrine succombe sous la concupiscence ; la lumière disparaît ; elle fuit devant ces instincts grossiers, qui ne sont à l'aise que dans les ténèbres et ne triomphent qu'à force d'oubli, de doute et d'ignorance. Dix ans d'étude n'ont pas tenu devant une heure de plaisir. La pas-

n = 3 iE

co — =

Cn^=E

siondans l'enfant s'est trouvée plus forte que la science; sa volupté a vaincu sa foi.

cr-, — =

Telles sont les deux premières ruines que fait • la volupté dans un enfant, ruine de la foi et de

la piété ; deux ruines qui se tiennent et sou-

vent n'en font qu'une. Une troisième les suit

co — =

infailliblement, la ruine du respect sans lequel l'éducation ne peut être et l'homme ne peut

KO —

s'élever. Pour sauvegarder le respect des autres

| — i zz

et le respect de soi-même, condition nécessaire

o zz

de toute éducation, il faut regarder dans les

hommes et dans les choses les côtés élevés et

h- 1 ZZ

radieux, et il faut, autant qu'il se peut, laisser

dans l'ombre les infimes régions de la vie. La

bassesse dans l'humanité touche de si près à

la grandeur, que la faculté de respecter ne

CO zz

nous demeure qu'à cette condition. Les âmes,

nous l'avons dit, apprennent à s'élever en apprenant à respecter; et elles apprennent à res-

h- 1 = Cn =

pecter en contemplant la grandeur; à force de

regarder en haut pour saluer ce qui est grand,

elles grandissent en respect et s'élèvent en respectant.

Or, l'enfant atteint de bonne heure par le

h- 1 = co —

ID

ro =

o zz NJ =

ro =

vice destructeur de sa vie et de son éducation,

l'AR LA PUHETÉ CUHÉTtENNE.

fait exactement le contraire ; il se plaît à voir dans les hommes comme dans les choses, non ce qui est en haut, mais ce qui est en bas. Dans lui-même comme dans les autres il dédaigne de regarder les faces sublimes de la vie ; il oublie la majesté qui se déploie sur son front, l'intelligence qui étincelle dans ses yeux, tous les reflets de grandeur qui illuminent son visage, et. toutes ces aspirations sublimes qui soulèvent son cœur; il néglige surtout ces élévations de l'esprit et ces élancements de l'âme qui montent à Dieu malgré l'attraction des sens et malgré le poids de la chair. Oui, il oublie tout cela; et pourquoi? Pour voir l'homme de ses pensées, l'homme de ses imaginations, l'homme de ses désirs, l'homme de ses rêves ; c'est-à-dire l'homme qui est chair, rien que chair.

Aussi peu à peu la dignité humaine baisse dans sa pensée. Dans la balance où il mesure la valeur de l'homme, l'animal seul semble peser quelque chose ; et il trouve que l'homme bien considéré ne vaut pas ce qu'on l'estime, ni ce qu'il a la prétention de s'estimer luimême. Je le crois bien, il ne voit plus de

PBBSJ^I

co — =

336 LR PR0GHÈ3 DANS L'ÉDUCATION

Cn^^

l'homme que ce qui touche à la matière; l'homme, pour lui, est découronné de sa

cr-, — =

majesté et dépouillé de sa gloire. Dès lors

comment le respecterait-il? comment l'esti-

merait-il, lui qui ne peut plus ni s'estimer ni se respecter lui-même; lui qui, quoi

co — =

qu'il fasse ou quoi qu'il dise pour envelopper sa honte d'un manteau d'orgueil, rou-

KO —

git de lui-même devant lui-même? -Quoi que

1 — i rz

tente en effet cet enfant pour légitimer à ses

yeux et absoudre dans sa pensée le vice qui

le déshonore, ce vice demeure devant sa

raison marqué du honteux caractère ; il sait

qu'il n'accorde une volupté à son corps

NJ —

qu'en infligeant une humiliation à son âme.

Ah 1 c'est qu'un enfant comme un homme

co

soumis à ce despotisme du corps sent ce qui

l'abaisse devant lui-même, sa faiblesse, sa lâcheté, sa dégradation. Jl sait qu'il a livré à

Cn =

des instincts ignobles une majesté toute royale.

Le monde entier dresserait devant lui des au-

h- 1 — CTï =

tels à la volupté qu'il adore, que dis-je ? le vice,

comme autrefois, descendrait du ciel portant

au front devant lui le signe d'une consécration

h- 1 = ID =

ro = o =

NJ =

NJ =

divine, qu'il n'arriverait pas encore jusqu'à

cr

■HHtfHH

l'estime et au respect de lui-même : en vain on lui dirait : « Tu es un Dieu, je t'adore : » lui dirait dans son cœur : « Je suis un lâche, je me méprise. »

Or cet enfant que son humiliation condamne à descendre jusqu'à se mépriser luimême, comment remontera-t-il jusqu'au respect des autres ? Lui qui voit dans ses pensées, qui sent dans ses désirs, qui fait dans ses actions l'homme si ravalé, comment pourra-t-il le grandir encore assez pour lui accorder des respects sincères? Gomment relèvera-t-il, et comment fera-t-il encore assez resplendir dans les autres cette image de Dieu si dégradée et si effacée en lui? S'il est déjà depuis de longs jours incliné sous cette ignominie, il n'est pas éloigné de croire qu'il a autour de lui des associés de son opprobre ; et volontiers il admet ses pareils à la fraternité de sa servitude. Il en coûterait à son orgueil de se dire, que parmi tous ceux qui l'entourent il n'y a qu'un esclave, lui ; et que parmi tant de soldats placés dans la vie comme sur un champ de bataille, il n'y a qu'un lâche, lui, lui tout seul ; et le mépris sortant de lui pour atteindre tout ce

qui ne sera pas lui n'épargnera personne ; et

Cn^^

il aura la tentation qui dégrade le plus un homme, la tentation d'abaisser et de mépriser

toute humanité, à force de se dégrader et de se

mépriser lui-même. L'expérience ici peut remplacer le discours ; car la réalité montre par-

CO —

tout aux yeux ce que j'essaye de montrer dans le fond des choses. Regardez partout : sauf des

KO —

exceptions possibles, l'enfant impur est irrespectueux, impoli quelquefois jusqu'à la gros-

sièreté. La pratique des choses viles lui a fait perdre peu à peu le sens des grandes choses ;

et le mépris, s'attachant à son âme comme une

lèpre, se traduit sur son front comme une flé-

trissure qui le déshonore, et comme le stigmate

de la dégradation qui l'atteint.

co —

Vous le voyez, la ruine succède à la ruine :

plus de pureté, plus de respect ; et dès lors plus

hfe. =

d'élévation dans cet enfant. Ajoutons : plus de

pureté, plus d'amour; et dès lors plus d'ama-

Cn =

bilité. Ce qu'il y a de plus beau dans un enfant,

dont le regard a déjà des éclairs d'intelligence et le cœur des effusions de tendresse, c'est

l'amour uni en lui à une pureté complète. Cette

h- 1 = co —

h- > = ID =

ro = o =

NJ =

[\0 = NJ =

affection sans aucun ferment impur et sans

cm

aucun limon sensuel a un parfum qui ne ressemble à aucun autre, et que les âmes demeurées pures elles-mêmes respirent avec un ineffable sentiment de bonheur; c'est dans l'ordre des sentiments humains le délice le plus délicat que puisse goûter le cœur de l'homme. Voilà pourquoi un si doux et si puissant attrait nous attire comme invinciblement vers le cœur des enfants dont la pureté a gardé tout son arôme. C'est qu'on y sent en effet la plus suave odeur de félicité qu'on puisse respirer sur la terre : l'affection cordiale, mais immatérielle; affection si tendre et en même temps si pure, qu'elle ne permet même pas de songer à la matière; si expansive et si généreuse, qu'on oublie à son contact qu'il y a sur la terre des affections intéressées et d'égoïstes amours.

Eh bien, je le demande, ce parfum d'affection, cette délicatesse du sentiment, ce doux épanouissement du cœur qui prépare à l'homme dans son éducation première, la bonté, la tendresse, le dévouement, et cette suavité forte, grâce virile de la vie bien élevée; oh ! je vous le demande, qu'est-ce qui fait s'évanouir tout cela? Qu'est-ce qui fait tomber en peu de jours

co — =

toutes ces belles fleurs des pures affections,

Cn^^

promettant dans l'enfance les fruits encore plus beaux de la maturité de l'homme ? Ah !

cr-, — =

Messieurs, votre expérience, vos regrets, vos souvenirs m'ont déjà répondu. C'est ici la mor-

sure la plus mortelle de ce ver rongeur de toute

co — =

éducation. C'est au cœur surtout qu'il porte ses ravages; sa plus irrémédiable blessure

KO —

et son plus irréparable désastre est d'y tuer l'amour et d'y engendrer l'égoïsme.

Il serait trop long, et peut-être aussi trop délicat de sonder ici tout l'abîme du mystère.

Disons seulement sur ce point ce que je ne pourrais taire sans trahir la vérité et faillir à

la parole. Lorsqu'un enfant en est venu, à force de descendre, à chercher sa joie au-dessous de

co E=

son âme et de son cœur, il tombe dans la région

de l'égoïsme pur. Là, dans cette région infé-

Ji. =

rieure de la vie' descendue, il se dresse d'é-

goïstes festins où il se convie tout seul. Il

Cn =

trouve qu'aimer n'est plus assez jouir; il ré-

pudie les vraies joies de l'homme, fdles de

CTl =

l'intelligence et du cœur, de la vérité et de

l'amour; il dit à l'égoïsme : « Tu es mon

h- 1 = co —

ID

NJ =

frère, » et il dit à la sensualité : « Tu es ma

cn

sœur. » Dès lors adieu ces naïves affections qui ouvrent le cœur, ces sympathies désintéressées qui remuent les entrailles, et ces attendrissements délicieux de l'âme que l'égoïsme ne connaît plus. père, ô mère, dont je sens en ce moment dans mon âme les sympathies émues, dites, quand verrez-vous les joies de la tendresse fdiale tarir au cœur de votre enfant? Quand vos caresses même les plus douces cesseront-elles, à votre grande douleur, d'être pour lui une félicité? Quand vos larmes ne seront-elles plus sur son cœur comme une pluie qui le féconde et multiplie sa joie? Hélas! vous le saurez trop tôt : c'est le jour où, pour satisfaire aux convenances de la famille, recevant encore vos embrassements, il ne pourra plus vous montrer la pureté dans son regard et l'innocence sur son front; oui, c'est à partir de cette heure où un impur démon aura soufflé sur lui, que vous sentirez son affection vous échapper avec les joies qu'elle met au cœur d'une mère. Vous avez placé dans la tendresse de votre enfant la meilleure part de votre vie ; il vous semble que vous ne pourrez

BB BfflBSBBl^^^r

Ra

co — =

Cn^^

plus vivre, si son cœur ne vous garde l'amour, si sa parole ne vous l'exprime, et si son sourire

cr-, — =

ne vous le peint : oh ! prenez garde que la volupté ne le touche; prenez garde surtout

qu'elle n'entre dans son cœur ; car à l'heure

même, je vous le prédis, vous sortirez de ce

co — =

cœur avec son innocence ; l'égoïsme y prendra votre place, i\ en fermera la porte ; et ce cœur

KO —

une fois fermé, le ciel et la terre conspireraient en vain pour vous l'ouvrir; vous n'y rentrerez

plus : vous aurez encore un jeune homme,

vous n'aurez plus de fils. Alors plus rien de

ces ouvertures, de ces confidences et de toutes

ces libres effusions qui naguère encore vous

faisaient lire dans son âme, et vous permet-

taient d'y entrer à toute heure. Vous sentirez

co —

trop tard que l'égoïsme l'a retiré tout entier

sur lui-même; qu'il s'est fait un domaine à

lui, un intérieur à lui, des secrets à lui, des

h- 1 = Cn =

mystères à lui, où plus un regard, pas même ce maternel regard qui a le droit et l'ambition

de tout voir, ne peut plus pénétrer. Et ce qu'il

y a de plus désolant ici, ce n'est pas votre

tristesse, c'est son malheur. Ce qui doit sur-

h- > = co —

h- 1 = ID =

ro =

NJ =

ro =

. tout remplir vos yeux de larmes et votre cœur

en

= CM = CM

= i— 1 = CM

de gémissements, ce n'est pas de voir se fer-

= CO

mer pour toujours un cœur où votre amour

était si heureux d'entrer sans effort et de ré-

gner sans rival ; c'est de voir en peu de temps

votre œuvre ravagée ; et cette éducation où

= vo

vous avez mis tant de vos dévouements et de

vos souffrances, tout à coup réduite à néant

= LO

par la volupté, qui ronge le cœur de la vie en

dévorant l'amour. Elle lui a donné le plaisir,

et elle lui a pris l'affection; elle a flatté sa

— co

chair, et elle a ravagé son cœur ; sa vie mo-

EE i— i

rale est hlessée à mort, et son éducation n'est

= CM

plus.

Ainsi l'amour, le respect, la foi, la religion,

c'est-à-dire tout ce qui élève, tout ce qui

affermit, tout ce qui embellit et transfigure

l'homme dans l'éducation, disparaît sous la

morsure de ce ver qui la flétrit par toutes ses

faces, et ronge une à une, si ce n'est toutes à

la fois, ses fibres les plus vives. Du moins à ce

= — co

jeune esclave de la volupté restera-t-il ce qui

par-dessùs tout fait d'un enfant un homme,

ce que nous avons donné comme le signe le

plus glorieux de la virilité, la force de la vo-

EE — ^o

lonté? Hélas I non; c'est en cet endroit de la

EE— lo EE — t EE — co

= — CM = — i— 1

ïi 1 2 3 l

n = 3 iE

CO —

344 LE PROGRÈS DANS i/ÉDUCATION

Cn^^

vie que le vice ennemi de l'éducation porte son plus redoutable coup. Tout homme qui dans

cr-, — =

son âge mûr accepte en lui-môme avec la domination de sa chair ce despotisme de la vo-

lupté, fût-il même le plus robuste et le plus viril, sent dans son vouloir cette blessure qui

co — =

l'affaiblit en l'amoindrissant lui-même tout entier. Sous ce rapport, nous pouvons dire

KO —

avec l'Écriture : « Elle en a blessé et abattu un grand nombre, et même les plus forts

ont été tués par elle. » Combien d'hommes

déjà faits, en possession de la force et de la

h- 1 EE

plénitude de la vie, ont senti par elle .et à

cause d'elle leur force tomber et leur viri-

lité périr ! Combien, dont l'éducation avait su

faire des hommes en trempant dans la lutte

leur volonté virile, sont redevenus enfants par

l'impuissance de vouloir, sous les coups tar-

difs, mais toujours funestes, de la volupté 1

h- 1 = Cn =

Mais, il faut en convenir, si la volupté, même dans l'âge mûr, peut en brisant la vo-

lonté détruire la force déjà venue; elle est bien autrement redoutable alors qu'elle s'attaque

à une volonté à laquelle la force n'a pas eu

h- 1 = CO —

h- 1 = ID =

ro = o =

nj =

NJ =

le temps de venir. Toute désobéissance, je

= CM = CM

= i— 1 = CM

= O = CM

le sais, y diminue la force en affaiblissant le

= CO

vouloir ; mais il n'y a pas de vice qui l'atteigne

plus profondément que le vice honteux. Quand

un enfant a eu le malheur de subir cette ty-

zz \ — 1

rannie de la chair qui l'humilie et l'énervé

= CD — , — 1

tout ensemble, il perd, outre tout ce que j'ai

dit , sa royauté , sa liberté , sa volonté , et

= LT

avec elles tout l'honneur de l'homme. Il n'y a

rien qui prosterne plus lamentablement dans

l'humiliation de l'impuissance la volonté hu-

maine. Chaque victoire que le vice gagne sur

elle emporte comme dépouille une part de sa

— CM

force; l'habitude de la défaite lui ôte même

jusqu'au désir de la victoire et jusqu'à la

pensée de l'effort ; et une heure vient où l'en-

fant peut dire de lui-même : « Ne me demandez

plus rien; car je ne puis plus rien; rien, si ce

n'est ce que veut la passion qui m'a pris ma

force en me prenant ma volonté. » Ne lui de-

mandez pas une résolution, il n'a plus de réso-

= — co

lution ; ne lui demandez pas une initiative, il

n'a plus d'initiative; un acte de courage, il .- 1

n'a plus de courage; un jour de travail, il a

horreur du travail ; une heure de résistance,

= — CD

il n'a plus de résistance ; une manifestation de

= — ^r = — co = — CM

sa force, il n'a plus de force ; un acte de volonté, il n'a plus de volonté.

Non, sa volonté n'est plus ; l'ennemi l'a prise, et il l'a dévorée. A moins que vous ne vouliez encore honorer de ce nom ce simulacre, ce fantôme, cette ombre d'elle-même; volonté si impuissante, que pour la bien nommer les mots manquent à notre langue; volonté molle, lâche , incertaine, pusillanime'; volonté changeante, mobile, fugace, insaisissable ; volonté nulle enfin, qui atteste dans le triomphe de la volupté l'anéantissement de la virilité ; volonté qui ne peut plus vouloir ; ou plutôt qui veut encore, mais seulement ce qui ne demande que la faiblesse, l'abandon, le laisser-aller, la lâcheté ; ce qui n'exige aucun travail, aucun effort, c'est-à-dire le mal, rien que le mal ; le mal qui sort tout seul d'une âme sans résistance, sans ressort et sans force.

Avec cette volonté détendue, inerte, alanguie, pareille à un malade qui a les reins rompus ou les nerfs paralysés, que sera cet enfant?

Portera-t-il l'honneur de la virilité, lui qui a abdiqué avec la force de son vouloir la dignité de l'homme ? Non ; fùt-il même un miracle de

génie; portât-il dans sa mémoire, dans son intelligence, dans son imagination, des trésors d'érudition, de science et de poésie ; il ne sait pas vouloir, il. ne sera jamais un homme.

Peut-être même ces facultés brillantes, comme la volonté elle-même, annulées ou esclaves, seront associées à la honte de sa stérilité et à l'humiliation de sa servitude. Doué des plus précieux dons, orné des plus nobles talents, et comme tel capable des plus grandes choses, il ne fera rien ; ou de cette vie qui pouvait être puissante, vous verrez sortir la hideuse fécondité du mal.

Maintenant, en effet, que cette volupté dévastatrice a ravagé dans son printemps la vie morale, avec les fleurs qu'elle faisait éclore dans son présent et les fruits qu'elle promettait à son avenir; maintenant que la volonté ellemême a perdu son énergie, sa force et toute sa puissance pour féconder la vie; qu'adviendra-t-il même de ses facultés, qui semblent faites surtout pour donner à l'homme, avec ses naturels ornements, le complément de sa beauté et le couronnement de sa grandeur?

Que vont devenir sa mémoire, son imagina-

co — =

Cn^^

tion, son intelligence, son caractère lui-même? Sa mémoire? Elle s'amoindrit, à mesure que

cr-, — =

le mal qui l'envahit étend en lui ses ravages ; elle languit et s'engourdit peu à peu dans je ne

sais quelle torpeur qui la conduit à l'impuissance. Pour éveiller la mémoire, il faut de

co — =

l'énergie, et il n'a pas d'énergie; pour la cultiver et l'accroître, il faut du travail, et il a hor-

KO —

reur du travail; la paresse, mère de tant de

maux dans la vie, est elle-même dans un en-

fant la fille aînée du vice honteux. Dans un

homme fait, quelquefois une passion géné-

reuse peut tendre les ressorts de la vie relâchés

par la volupté ; dans un enfant jamais. La vo-

N3 rz

lupté engendre sa paresse ; et sa paresse tue

co —

ou blesse sa mémoire. Au lieu de demander au

travail de lui créer ces trésors de savoir qui

font l'embellissement de l'homme, et préparent la fécondité de sa vie, sa mémoire demande à

Cn =

la volupté de lui créer des souvenirs et des fantômes qui sont la proie de ses désirs.

Que devient son imagination ? Cette imagi-

nation qui devait donner l'essor à sa pensée,

l'éclat à son discours, le mouvement a sa vie,

i— 1 = co —

ro = o =

NJ = h- 1 =

NJ =

la beauté à ses œuvres, hélas 1 il la condamne

cm .

à la complicité de ses hontes et de ses dégradations. Cette imagination qui avait des ailes pour voler vers l'invisible ; cette imagination qui devait, comme un miroir, réfléchir en les embellissant les faces rayonnantes et pures de la création ; je me trompe, cette imagination qui devait, pareille au prisme, décomposer et recomposer la lumière de la vérité pour la faire briller de toutes ses couleurs, et faire resplendir dans la variété de ses nuances le miracle de sa merveilleuse unité; cette imagination qui devait l'arracher à la vulgarité de la vie, et le soulever du monde de la réalité vers les régions de l'idéal : cette imagination, il l'abat avec lui-même dans les basses régions où le vice le fait et le retient captif; il arrête les essors sublimes qui la font voler vers les choses de l'esprit, et il l'emprisonne dans la matière ; il l'envoie, comme le hibou solitaire, voltiger à travers les lieux obscurs, pour lui rapporter les images dont sa vie se repaît, et il la force à traîner dans la boue de la terre ces ailes d'ange qui lui avaient été données pour planer dans les cieux. Un jour, s'il cherche la gloire dans les chemins fleuris de la littérature

co — =

tn^^

et de la poésie, ah ! je sais bien ce qu'il fera : il se précipitera comme un furieux jusqu'au

cr-, — =

plus profond de la fange humaine ; il essayera

de faire passer dans des œuvres immondes

tous les rêves abominables qui ont souillé son imagination de quinze ans : il pouvait être un

co — =

illuminateur des intelligences, il sera un corrupteur des âmes.

KO —

Telle sera la destinée et le fruit de celte ima-

gination, que Dieu avait faite si grande, si

puissante, si féconde. Ce n'est pas tout, cette

faculté plus haute encore, la facullé-mère de toutes les grandes choses de l'esprit, l'intelli-

gence, que va-t-elle devenir dans un enfant

NJ —

livré à la tyrannie de sa chair? Elle aussi elle

h- 1 = co =

va ravaler son vol, et peut-être recevoir de ces voluptés précoces qui déconcertent la nature

un coup qui la blessera pour toujours. Cette noble faculté qui habite le plus haut sommet

h- 1 = en =

de notre vie naturelle, et qui de ces cimes lu-

mineuses voit en nous de plus loin le monde

de la matière ; cette faculté en quelque sorte

céleste qui respire la vérité comme la poitrine

l'air, qui se tourne d'elle-même du côté du ciel

B et de Dieu comme une plante vers le soleil :

ID

ro = o =

NJ =

err

■cette faculté sublime faite pour élever et diriger la volonté humaine vers les hauteurs de l'esprit, l'intelligence, elle sera forcée de descendre dans la chair et de conspirer avec les sens contre cette volonté qu'elle ne devait que servir en la guidant dans sa route, et en éclairant dans l'homme son gouvernement souverain. Et bientôt, à force de toucher à la matière, de se heurter à la matière, d'habiter dans la matière, de travailler sur la matière, elle aussi peu à peu elle se fera matière :

créée pour vivre et voler dans le pur intelligible où ses ailes se déploient et trouvent tout leur essor; faite pour contempler le soleil de la vérité qui l'attire, et donne à son regard toute sa pénétrante clarté, peu à peu elle s'abaisse, elle s'alourdit, elle s'épaissit, elle étouffe dans la pesante atmosphère où l'enfant la précipite pour la mettre au service de ses sens : trop heureux si les émotions grossières qu'il demande à sa nature encore infirme n'ébranlent son cerveau, et ne font monter jusqu'à l'intelligence une perturbation maladive qui le frappe d'impuissance, et peut-être d'une imbécillité sans remède.

co — =

en — —

Ici, Messieurs, je suis obligé de laisser beau-

coup de choses ensevelies dans le mystère; je

cr-, — =

n'ai vocation ni pour tout dire, ni même pour

tout savoir : mais comme tous ceux qui

touchent par quelque endroit aux plaies vives de l'humanité doivent se prêter un mutuel se-

co — =

cours, je veux appuyer ma parole sur le témoignage d'un homme que sa double vocation avait appelé à sonder par ses deux extrémités les

KO —

profondeurs lointaines de l'humaine infirmité.

Écoutez :

« Les jeunes gens victimes de cette mal-

« heureuse et honteuse passion perdent plus

« ou moins l'intelligence et la mémoire ; ils

« deviennent stupides, sots, imbéciles, som-

« bres, indolents, lâches, paresseux; ils mon-

OJ

« trent une grande inégalité de caractère, de

« l'aversion pour les jeux et les plaisirs hon- « nêtes; ils recherchent la solitude et para is-

h- 1 = Cn =

« sent préoccupés dans un silence niais; toute « la fierté et toute la vivacité de l'âme les

« abandonnent ; ils deviennent incapables d'é-

« tude et d'application d'esprit; et pour tout

« dire, en un mot, ils sont d'une nullité com- « plète. »

i— 1 = co —

ID

ro = o =

NJ = h- 1 =

cm :

Telle est, Messieurs, au dire d'un homme dont le témoignage est une autorité, le résultat final d'une jeunesse qui a porté au cœur le ver rongeur de l'éducation : une nullité complète; et comme conséquence de cet énervement de la volonté qui constitue la force humaine, et de l'effacement de toutes ces facultés brillantes qui décorent la virilité, l'absence de caractère et de physionomie. Il y a une chose surtout, qui est le reflet et la splendeur de la vie morale dans l'homme; c'est ce je ne sais quoi qui annonce la puissance et révèle une personnalité forte, le caractère; le caractère, le vrai signe de l'homme, le sceau de sa virilité et la gloire de sa royauté. Eh bien ! Messieurs, sous le coup dégradant de la volupté, savez-vous ce que devient le caractère ? Il diminue, s'efface et disparaît. A mesure que la vie morale s'annule dans l'enfant, l e caractère s'en va peu à peu; la majesté de l'homme tombe de son front déshonoré; et à la place de ce sceau effacé de l'homme et de sa majesté, que reste-t-il? Ah ! Messieurs, je n'oserais le dire si l'Écriture elle-même ne l'avait révélé; il reste ce que l'Apocalypse nomme divinement bien le ca-

ractère et le signe de la bête, signum bestiœ !

Ainsi se consomme dans un enfant la destruction de la vie morale, à l'heure même où l'éducation travaille à la formation de la vie morale.

Je pourrais m'arrêter, puisque nous ne nous occupons ici que du développement moral et de l'éducation de l'âme. Mais le corps luimême, atteint tout le premier par ce mal dévorant, croyez-vous qu'il n'en portera pas quelques stigmates qui montreront par le dehors les ravages du dedans? Croyez- vous que la vitalité physique, elle aussi, n'en ressentira pas des atteintes meurtrières? Cette organisation tendre encore et débile, comme toute vie qui n'a pas eu tout son développement, résistera-t-elle tout à fait à ce mal qui s'attaque à la vie avant la maturité de la vie, et vient épuiser sa sève avant qu'elle n'ait produit ses fruits et même donné toutes ses fleurs? Ah! Messieurs, si même à l'heure de sa pleine maturité l'homme ne se livre pas impunément à ce démon qui tue encore plus qu'il ne flatte, que peut-il advenir d'une vie qui n'a pas connu encore ses plus ardents soleils ? Cette vie qui

= CM = CM

= i— 1 = CM

= O = CM

PAH LA PURETÉ CURÉT1ENNE. 35 j

devait, en suivant son cours régulier, se dé-

= CO

velopper lentement sous la garde du temps, de

la nature et de Dieu; cette vie qui avait besoin

de fortifier, pour remplir toute sa fonction,

ses frêles organes et ses fibres délicates, • que

= CD

deviendra-t-elle sous les secousses désordon-

— LO

nées d'une passion qui la saisit avant l'âge, et

l'affaiblit par ses violences alors qu'elle n'a

= "st<

pas encore trouvé sa force? Ah! si vous voulez

bien entendre l'injure que le vice honteux in-

flige à la vie physique ; si vous voulez mieux

sonder la blessure qu'il fait au corps à l'heure

= CM

où il blesse le plus l'âme de l'adolescent; rap-

pelez-vous la comparaison que je fis en com-

mençant entre la vie d'un enfant et la vie d'une

plante. Voyez cet arbre jeune encore, mais déjà

grand par son tronc, épanoui par ses rameaux,

florissant par son feuillage, riche de la sève

qui circule depuis les extrémités de ses racines

jusqu'à son plus haut sommet; et par le mou-

= — co

vement continu de cette sève exubérante, al-

lant jour par jour et heure par heure vers la

pleine croissance de sa vie, pour donner après

ses fleurs, ses fruits dans la saison. Certes,

voilà bien, si je ne me trompe, dans une réalité

^— LO

= — ^r = — co = — CM = — i— i

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co — =

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OUU L,li l'HUtrttliS UANS h EDUCATION

Cn^^

de la nature végétale, une image qui représente, sauf les conditions du mouvement libre

cr-, — =

et spontané, la croissance de l'homme. Et maintenant, faites un instant cette simple hypo-

thèse : supposez que cet arbre, doué de liberté, ait la faculté de jeter hors de lui-même par

co — =

tous ses rameaux la vie qui circule en lui, et qu'un jour, secouant lui-même son feuillage,

KO —

il disperse à tous les souffles qui l'agitent la sève qui fait sa beauté, sa force et sa fécon-

dité : que doit-il arriver? Cet arbre, atteint

dans sa substance, va s'arrêter dans sa crois-

h- 1 EE

sance. La diminution de sa sève va se traduire

dans la pâleur de son feuillage, la stérilité de

ses rameaux, et le dépérissement de sa vie tout

CO

entière. Il languit aujourd'hui, il se dessèche demain, et il tombe à la fin, épuisé, flétri et

abattu par lui-même.

Tel est l'homme touché dans son enfance

h- 1 = Cn =

par la volupté; ■et dans le vertige qui le saisit, jetant lui-même au souffle de ses convoitises

la jeune sève de sa vie. Aussi, au lieu de voir et

d'admirer en lui, avec cette croissance harmo-

nieuse qui vient du mouvement régulier de la

h- 1 = co —

ID

ro = o =

NJ = h- 1 =

NJ =

vie, la force, la fécondité et cet incarnat que

cr

= CM

= CM

= i— 1 = CM

= O = CM

donne la pureté à toute chair virginale, ne vous

CO

étonnez pas de ne plus retrouver dans cette vie

que la faiblesse, la langueur, la flétrissure, et

je ne sais quels signes de décrépitude qui

semblent présager la ruine et prophétiser la

= CD

mort. Qu'est-ce qui a creusé ces sillons sur un

front d'adolescent? Qu'est-ce qui a gravé sur

= LT

une chair d'enfant le vestige des années qui

ne sont pas même venues? Qu'est-ce qui a fait

tomber de son souffle les pousses vigoureuses -

de la vie en croissance, et l'a dépouillée avant

= co = I— 1

l'heure, comme un peuplier jaunissant aux

approches de l'hiver ? Qu'est-ce qui a donné

une mélancolie et une pâleur d'automne à

cette vie qui n'a pas connu d'été, et qui semble

vouloir mourir même dans son printemps?

Qu'est-ce qui a dépouillé ce front, creusé ces

joues, terni ces regards et obscurci ce visage

qui n'a pas vingt ans ? Qu'est-ce qui a courbé

ce corps qui n'est pas à sa hauteur, et a jeté

= — CO

les ombres de la mort sur cet être avorté qui

n'a pu trouver toute sa vie ?

Ah I Messieurs, je vous entends me ré-

pondre, peut-être avec des souvenirs pleins

= — CD

de larmes et des gémissements pleins de tris—

^— LT

= — ^r = — co

= Oxl

l 5 6 7 8 9 10 11 12 II

uj — eeH

tesse : volupté ! ô monstre dévorant, ô ver

Cn — ^^H

rongeur de l'éducation, c'est toi ; oui, c'est toi

(Tï — ^H

qui ravages dans sa fleur la vie de nos enfants ; . c'est toi qui fais la décadence avant le progrès,

la flétrissure avant la beauté, la ruine avant le temps, la vieillesse avant les années, la mort

avant la vie ; toi qui réduis l'homme à n'être plus que le sépulcre vivant de lui-même ;.toi

qui tues la religion, la foi, le respect, l'amour, Ja volonté, la mémoire, l'intelligence, l'imagi-

nation, toutes les facultés morales ; l'âme enfin

tout entière ; toi qui n'épargnes pas même le

corps; ce corps fragile que tu séduis par le

plaisir, mais pour le souiller par le crime; que

tu charmes par tes attraits, mais pour le tuer

par tes poisons. Oui, ô volupté cruelle, cette

chair elle-même, devenue comme le centre où

tout gravite et tout aboutit dans la vie de l'enfant que tu as blessé ; cette chair à laquelle

Cn =■

il a, pour te réjouir et se satisfaire, tout sa-

crifié ; cette chair pour laquelle tant de ruines

de sa vie morale se sont accumulées au dedans de lui-même ; cette chair qui devait, ce

semble, se grandir de toutes ces destructions

et se couvrir elle-même de tous ces débris,

cm 1 2

comme de dépouilles opimes, pour en faire un accroissement et un embellissement de sa propre vie ; grâce à toi, cette chair subit le coup de représailles terribles ; elle se fane, elle se flétrit, elle se fond, elle tombe elle-même, cette chair adorée ; pareille à une idole que l'encens environne avec l'adoration, tandis que les vers la rongent sur son autel !...

Ah! c'est ici surtout qu'il faut étendre sur la réalité un voile de silence et de chasteté ; car si je voulais la dire tout entière, cette horrible réalité, je ferais frémir vos âmes en effrayant votre pudeur. Écoutez seulement le lamentable témoignage d'une de ces tristes victimes d'une débauche prématurée :

« J'avais dix ans, raconte un jeune homme ; « j'ignorais le mal encore; un camarade dje « collège me l'apprit... et depuis, hélas! que « de désastres ! J'ai dix-huit ans aujourd'hui ; « et me voilà brisé, sans sommeil, sans joie... « Quatre fois j'ai changé de pension ; le vice « m'a suivi... Je survis par la force démon « tempérament ; mes complices sont morts « dans d'alfreux tourments !... »

Arrêtons-nous; le vice honteux, je le veux

bien admettre, ne poussera pas jusque-là tous les enfants qu'il atteint ; mais ce qu'il produit inévitablement, ce discours vous l'a dit : il détruit la piété, la foi, le respect, l'amour, l'énergie de la volonté, les puissances intellectuelles, l'âme tout entière ; et ce corps luimême, auquel il a sacrifié tous les honneurs et toutes les richesses de l'âme, ce corps devenu sa victime, il le brise, il l'énervé, il le flétrit avant l'âge ; il prépare toutes les ruines à toutes les étapes de la vie ; une enfance rachitique, une adolescence débile, une jeunesse caduque, une virilité avortée ; toutes les destructions de la vie blessée dans son printemps : toutes les ruines irréparables d'une éducation meurtrière qui flétrit, dégrade et défait pour tqujours l'homme qu'elle devait former, embellir, élever!...

Messieurs, détournons nos pensées de ces désastres et de ces dégradations de la vie sur lesquelles je voudrais verser des larmes de sang; et permettez qu'en finissant, mon cœur vous envoie le souhait d'un apôtre et le vœu d'un ami. Que Dieu écarte de vos enfants ce fléau destructeur de toute éducation! Qu'il leur

donne de grandir dans l'école de la pureté; qu'ils y apprennent à porter dans l'infirmité de l'homme l'honneur et la beauté des anges; et que, sous la couronne de cette pureté, ils gardent dans toute leur intégrité ces cinq choses nécessaires en toute éducation : la religion, la foi, l'amour, l'obéissance et le respect ! Que la religion donne à leur vie sa sève, la foi ses racines, l'amour son épanouissement, l'obéissance sa force, le respect sa grandeur, et la pureté le rayonnement d'une beauté immaculée! Qu'elle leur donne par-dessus tout celui de qui nous viennent tous ces dons : Jésus- Christ vérité, Jésus-Christ amour, Jésus-Christ autorité, Jésus-Christ sainteté, Jésus-Christ majesté, Jésus-Christ Dieu ! Oui, Jésus-Christ toujours ; Jésus-Christ connu, aimé, obéi, respecté, adoré et imité par vos enfants : voilà l'abrégé de l'éducation chrétienne : et nous pouvons redire ici encore notre formule du progrès : « Crescamus in Mo per omnia : croissons en lui de toute manière ; » mais surtout que vos enfants, grandis à son ombre et formés sous ses regards, portent à jamais dans leur pureté l'image de sa pureté : et que le

n = 3 iE

co — =

Cn^^

rayonnement de cette pureté, signe glorieux des enfants bien élevés, demeure à leur front

CT-, —

comme la plus belle couronne du chrétien e

la plus belle auréole de l'homme.

co — =

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