‹ Le Progrès par le ChristianismeChapitre 6 sur 33 · JE · texte numérisé non relu

JE

co — =

78 LE PROGRÈS MANS l'ÉDUCATIUX

une hypothèse, un non-sens, une. usutjialioir .

Cn^^

Qu'arrivera-t-il si la mère, sous préteité de

réaliser dans la famille l'Unité inlollcctuullc,

consent à abdiquer sa plus précieuse liberté i'l sa plus légitimé indépendance? si elle niel

l'opinion d'un homme au-dessus de la doctrine de l'Église, et l'âtttdflté maritale plus haut que

co — =

l'autorité catholique ? Comment aux lennis de

ce père qui cherche, de ce père qui doute,

KO —

de ce père qui nie, l'enfant Irouvera-l-il une

rSgle pour êâ péflséë et une base, pour ëà ïie ?

Mais je le veux bien supposer, le père n'a

pas aspiré au souverain pontificat; il a res-

1 — 1 zz

pecté dans sa femme el d;ins son enfant

une doctrine qui n'a pas le suffrage de sa philosophie, el il a laissé parler à l'àme de

CO

l'enfant par la bdtiche de la mère litie ôtttOfitë

qui n'est pour lui qu'un problème. De beau-

coup de pères de ce temps c'est assurément ce que l'on peu! espérer de mieux. Mais l'édu-

cation n'est pas finie; reniant du fo\er va

passe)' à l'école, à l'école libre ou à l'école of-

ctï =

ficielle; la parole d'un ï.maltrë j va succéder à

la parole d'une men: : situation redoutable

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pour Je co'ur maternel et pour l'avenir de

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i'AR LA FOI CHRÉTIENNE. 7'J

1 enfant. Le voilà à dix ans loin de sun père et de sa mère, livré sans contrôle à la parole d'un étranger. Cet étranger est un honnête homme, mais un honnête homme que la venté ne nous permet plus de nommer un chrétien. O maître ! qui que vous soyez, je vous adjure de me répondre. Comment allez-vous re l )ou r toucher s;ms la blesser à celle jeune intelligence? Qui ètes-vous? Au nom de qui Parlez-vous ? Ouel est votre symbole et voire i''-'ligiou? Ouelle est du moins votre doctrine? •' quelle philosophie se rallie votre pensée? au point de vue où je vous considère, coincent dois-je vous nommer? Spirilualisle ;' matérialiste? éclectiste? parithéiste? Vous allez enseigner; quel est votre maître? Est-ce eseartes ou Bacon? est-ce Rousseau ou oltaire? est-ce Fourrier ou Saint-Simon;' ' eiltre lou tes les écoles qui se partageât les lambeaux de leurs philosophies mises en Pièces, quelle est votre préférence ! Le savezvous ''ion vous-même? et pourriez-vous en une heure donner à un enfant la formule abrégée de vos croyances ceci s et de nos couchons définies? Nsn, mille lois non: vou

co — =

n'avez pas de croyance, vous n'avez que des

Cn^^

doutes; vous n'avez pas de doctrine, vous

n'avez que des systèmes. Dès lors, je le do-

cr-, — =

niande, comment donner à cet enfant,, tombé des bras de la maternité sut' les lianes de votre

école, des principes, des croyances, et avec les croyances et les principes les fondements

co — =

de l'intelligence et la base de toute la vie ?

Comment, si vous savez ce que c'est que l'in-

KO —

telligence et la vérité, no tremblez-vous pas à

la pensée d'imposer à un enfant un enseigne-

ment qui ne relève que de vous et n'a d'autre

sanction que votre propre pensée ? De quel

droit et avec quelle assurance lui donnerez -Vous

comme la vérité, une philosophie, un système, peut-être une utopie, une chimère, un rêve?

h- 1 = co =

Entre Ai'islote et Platon, entre Zenon et Épicure, qu'importe ici votre choix? D'où vous

viendra la puissance d'imposer telles convielions et de fonder telles croyances, à vous qui

Cn =

ne redites pas avec l'Église la pensée même de

Dieu, et dont la parole ne se donne [dus pour

CTï =

un échodece Verbe qui illumine toute pensée?

Ali ! je vous entends : vous n'imposerez rien,

vous ne définirez rien, instruit de tout ce que

co —

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l'A H LA FOI CHRÉTIliNNE. 81

''homme a pensé et de tout ce qu'il a dit, vous ferezdevàot l'intelligence quia soif de vérité 'histoire de l'erreur ; vous donnerez à cet enfant la notion de tout et la certitude de rien ; vous aussi, au nom de la philosophie, vous ferez cette folie: vous sommerez un enfant l|( ' choisir sa doctrine, sa foi, sa religion et sou uieu, avec la chance pour lui presque cérame de n'avoir jamais dans sa vie, ni une doctrine, ni une foi, ni une religion, ni un Dieu : et ce sera là votre chef-d'œuvre ! Qui "e sent ici la blessure profonde que doit recevoir l'âme de l'enfant par le scepticisme ou la négation qui se trahit dans la parole du maître, si elle ne s'est trahie déjà dans la Parole du père ?

^ Et, maintenant, que fera le professeur pour ^'adolescent déjà affranchi de la discipline de l'école et de la dépendance du foyer ? Allez de cour eu cour et d'amphithéâtre en amphithéâtre; conduisez par la main votre fils de seize ans, pour trouver dans nue parole un appui à cette âme qui va sentir passer les orages de la vie;, ou plutôt, comme il arrive d'ordinaire, supposez-le seul dans l'atmo*-

phère intellectuelle de nos grandes cités, allant entendre la parole des maîtres de la science. Je le vois d'ici au pied d'une chaire écoutant un homme qui parle : c'est Sophronius. Que dit Sophronius ? Il dit que l'homme a une âme et que cette âme est immortelle; il dit qu'il y a une vérité, une justice, des devoirs; il dit que le christianisme est la plus grande des religions, le Christ le plus grand révélateur, l'Église la plus magnifique des institutions. — « Mais, demande le jeune homme, le christianisme est-il divin ? Jésus-Christ est-il Dieu? et sans accepter comme obligatoire ta révélation du Christ et la loi de l'Église, puis-je atteindre ma fin? puis-je me reposer dans la paix de la vérité trouvée et de ma conscience satisfaite ? — Jeune homme, dit Sophronius, ces questions sont graves; la philosdphie n'a pas mission pour les résoudre : les uns affirment , les autres nient. Dieu vous a fait intelligent et libre; entre la négatiou et l'affirmation c'est à vous de choisir. »

« Allons plus loin, dit le jeune homme; je veux entendre Rut'us. » Rufus eut pour maître Sophronius; mais il lé dédaigne. Sophronius,

l'AR LA FUI CHRÉTIENNE. 83

dit-il, ne va pas assez loin. Rufus est jeune ; " parle avec enthousiasme, ; il est tranchant, hardi, audacieux : il dit, lui, que l'Église est humaine; que Jésus-Christ est un homme, un sage, un réformateur. Le miracle, le surnaturel, le divin dans l'humanité, ce sont des mots, rj en que des mois : la critique en dit le sens et e " montre le vide. Ilestvrâi, de grands hommes disent le contraire : Augustin, Thomas d'Aquin, Bossuet, Fénelon, des millions de grandes intelligences se posentà rencontre <U>* oracles de Rufus ; mais le monde a marché, et ces grands hommesdevànt ftntoa sont devenus bien petits. En entendant ces paroles le disciple éprouve 1111 secret effroi; il cherche ses convictions et dfyà d ne se trouve que t\r<, doutes : il en faut sortir; «Allons entendre Alhinus. » Lui, Alhinus, c'est lui seul qu'il l'aut écouter; il apporte à l'humanité qui l'attendait le dernîermot do la science et de la destinée. Pour lui Uufiis même est timide', il est inconséquent, il ne va Pas jusqu'au bout. Que dit Alhinus ? Il dit que Dieu-esprit est un non-sens; il dit que le monde est étemel et la vérité éternellement variable, Dieu c'est la nature : Dieu c'est le grand loul ;

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CO —

8i Llî l'HOGHÈS DANS L'ÉDUCATION

Dieu c'estune force, Dieu c'est le magnétisme;

Cn^^

Dieu c'est l'électricité ; Dieu c'est la loi mathématique. Il s'en faut peu qu'Albinus n'a-

cr-, — =

joute : Dieu c'est le néant; Dieu c'est le mal. Pour lui le christianisme est fini ; l'Église est

finie; Dieu lui-même est fini; il n'y a plus que l'homme poursuivant sur la terre par sa

co — =

propre énergie son progrès indéfini.

Que faire, à dix-huit ans, au milieu de ces

KO —

affirmations timides et de ces négations hardies ?

Qu'importe maintenant pour le disciple incer-

tain de tant d'opinions contradictoires, d'aller

entendre encore et Lucius. et Semprouius et

Strigonius ? Qu'aura gagné notre jeune scep-

tique, quand il se sera promené, à la façon des jeunes Grecs, du Portique au Lycée et du Ly-

co —

cée à l'Académie, pour écouter les unes après les autres toutes les éloquences, toutes les phi-

losophes et toutes les utopies de la nouvelle Athènes ? A quoi bon savoir au juste ce que

Cn =

pensent tous les Zénons, tous les Platons, tous

les Aristotes, voire même tous les Pyrrhons et

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tous les Aristippes de notre temps ? Au milieu

de leurs divergences et de leurs divisions, ils

ont tous un même langage également démenti

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par tous : « C'est moi qui ai raison ; la vérité « c'est mon système. » Tous ces maîtres de la sagesse humaine usurpent le nom incommunicable du Verbe divin : Ego sum Veritas. Sous ce rapport ils sont toujours les mêmes dans leurs perpétuels changements. Tels qu'Hermias les trouvait aux premiers siècles chrétien s; tels que Rousseau lui-même les trouvait au xvm*. siècle, je les retrouve aujourd'hui, av ec des systèmes toujours changeants et avec une prétention et une morgue qui ne changent jamais. Comme lui « je consulte nos « Philosophes, je lis leurs livres, j'entends « l eurs discours, j'examine leurs opinions; et (< Je les trouve tous fiers, superbes, arrogants « et dogmatiques même dans leur scepticisme ; f< n 'ignorant rien, mais ne pouvant rien et se « moquant les uns des autres. » Et ce point commun à tous, au xix« siècle comme au xvm 6 , me paraît être aussi « le seul sur lequel ils ont «tous raison. » Triomphants quand ils attaquent, faibles quand ils se défendent; si je pèse leurs '-lisons (j'entends celles qui sont à eux et qu'ils ne nous ont pas prises), « ils n'en ont que pour «détruire; ilsnes'accordentquepourdisputer:»

CO — ËË|

8G LE IT.OGIIKS llANK LÉDUCATION

et « si je compte les voix, chacun est réduitàla

Cn— 3

sienne. » Le nombre des philosophies est égal au nombre des philosophes ; et même, pour

être tout à fait véridiquo, il faut ajouter qu'il Je surpasse encore, attendu que le même phi-

• losoplie change souvent sa philosophie sans

prétendre changer loi-même : il y en a qui ont

CO — =1

eu deux, trois, quatre, et jusqu'à cinq philosophes : û miracle de l'esprit humain! et c'est

kO — 3

toujours la dernière venue qui a l'honneur ré-

servé d'apporter au monde le secret de la vraie

doctrine, jusqu'à ce qu'un autre système vienne

demain détrôner le système de la veille, et

ajouter une preuve de plus à l'impuissance de

la philosophie pour fonder des croyances et

CO 1

donner une hase à la vie.

Ah ! Messieurs, cette base nécessaire, sans

co i

laquelle la vie toujours incertaine et chance-

lante ne peut ni s'affermir ni s'élever, comment la trouver, je vous prie, sur celte, terre du

en - 3

doute et de la négation, où le jeune homme à

chaque pas sent que tout s'ébranle, tout se dé-

robe et manque à son intelligence:' Comment,

à travers ces philosophies qui se pulvérisent

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les unes las autres, obscurcissant de leur pous-

l'AR LA FOI CHBKTIENNK.

sière l'atmosphère des esprits, distinguera-t-il le pur soleil de la vérité? Sur cet amas de systèmes où les ruines s'accumulent sur les ruines et ou les débris s'ajoutent aux débris, comment S0| i intelligence poussera-t-elle ses racines? Comment la vie sera-t-elle fixée solide et ferme dans la région des principes, pour de là s'élever, croître, se fortifier et resplendir de toute sa beauté? El lorsque viendront pour lui les orages de la vie ; lorsque l'avènement des passions ténébreuses lui amèneront les beures si obscures même pour ceux dont la pensée a le "lieux- vu la lumière; quand les vents de l'err, '"i' conspireront avec leur souille orageux pour agiter son âme ballottée comme un frêle n;iVl|, c sur la cime des dois dans une double l °urmente : que lui feront pour le guider dans la tempête quelques vérités incertaines et à Peine entrevues, rares étoiles flottant derrière 'es nuages au tond d'un ciel sombre? Ab !

voire pensée comme la mienne prophétise l'avenir de l'adolescent sans croyance et sans foi. Et quand, dans ce crépuscule du doute ou dans la nuit de l'ignorance, toutes ses vertus auront fait, comme tant d'autres, les grands

naufrages de la vie, et que les ravages de ses passions auront au fond de son âme accumulé les ruines; comment ce disciple du rationalisme, comment ce fils du scepticisme se relèvera-t-il? Pour se relever de toute chute, il faut un point d'appui; et il n'a pas de point d'appui : son intelligence qui devait appuyer toute sa vie est elle-même une ruine, ruine première qui entraîne après elle tant d'autres écroulements. Je les ai vus, ces fils de l'éducation sceptique, disciples d'un rationalisme sans symbole et sans foi; ils n'avaient que trente ans, et ils semblaient ne plus vivre que pour montrer des ruines : ruines du cœur, ruines de la conscience, ruines de la volonté, ruines des sens; et au-dessous de toutes les autres, les grandes ruinés de leur intelligence brisée par mille systèmes; et ils s'en allaient traînant leur cœur sans amour, leur volonté sans force, leur âme sans vertu, leur intelligence sans convictions, ne trouvant plus même dans un principe une espérance de résurrection! Voilà ce que fait notre siècle pour la formation des intelligences. Voilà, Messieurs, le résultat gémirai que produit l'éducation sans

dogmes et. sans principes donnée aux générations nouvelles par le rationalisme contemporain. Hâtons-nous de chercher sur la terre chrétienne le sol ferme et fécond où l'intelligence peut pousser ses racines, trouver toute sa croissance, et atteindre dans la certitude et la vérité la plénitude de son développement.

L'éducation vraiment chrétienne et cathollc iue fait pour l'intelligence de l'enfant le chefd'œuvre que voici. Elle affirme avec le Verbe de Dieu toute la vérité qui importe à la destine; elle l'affirme avec une incomparable autorité ; et cette vérité si pleinement et si souvera '»ement affirmée, elle se développe dans un Progrés continu pour conduire l'intelligence ;i toute sa perfection.

Et d'abord, ce qui fait l'incontestable supériorité de toute éducation profondément catholique, c'est qu'elle seule donne aux 'ûtelligences d'inébranlables assises; elle les p "racine en Jésus-Christ ; elle les édifie sur ce fondement divin : luuiimii et supemdi-

LE PROGKKS DANS L'KDUCATION

ficati in ipso (1). Et ainsi appuyés sur le Christ et enracinés dans le Christ par leur intelligence, on peut dire des enfants qu'elle élève ce que saint Paul disait des chrétiens de Colosses : In fuie fundati, stabiles et immobiles (2); appuyés sur la foi, c'est-à-dire sur le Verbe môme de Dieu enseigné par l'Église, vous êtes fermes, vous êtes inébranlables :

stabiles et immobiles.

Comment se posent au fond de l'âme humaine ces fondements de l'éducation chrétienne ? et comment les intelligences trouve nlelles danscepremier affermissement le principe de leur progrès et de leur perfection ? Ce qui fait la perfection de l'intelligence, c'est son union avec l'intime et le principe des choses ; c'esl là même qu'elle doit s'appuyer pour trouver son fondement, sa solidité, sa force. Or ce qui est au premier principe et au plus intime des choses, c'est le Verbe fait chair, le Verbe créateur et révélateur. C'est par lui que tout a été créé, Onmiaperipswn facta swM(Z)\ en lui que tout

(I) Col. Il, VII.

h) Go). 1, xxui.

loi. I, m.

l'Ail LA FOI CHRÉTIENNE.

a été fondé, in ipso cpndita mni miv&rsa; en lu » que tout se soutient, et omnia in ipso constant (l). Donc, appuyer l'intelligence sur le \erbe incarné, c'est l'appuyer sur le fond et sl,r le principe des choses, c'est-à-dire sur son P ro Pfe foad et sur son propre principe ;.c'est enchaîner la pensée de l'enfant à la pensée du er,)0 ; c'est uni i' l'intelligence humaine à l'iiitelli gence divine : c'est, la fonder sur Dieu même.

voilà ce qui distingue d'une manière cminen le l'éducation de l'intelligence telle que la ,)l1 lf ' christianisme cl très-spécialement le catholicisme. Que cette éducation se fisse par la P ar oled'une mère ou par la parole d'un maître; P ar la parole d'un laïque ou par la parole d'un >êt re, qu'importe? Toujours elle a un même

e t une même ambition. Quel qu'il soit,

but

0IU instituteur catholique, quand il vient ton-.

' " T P a r sa parole à l'intelligence de l'enlant,

Peut et doit lui aire : « Cette doctrine a'estpas

1 doctrine; cette philosophie dont je t'ap-

1 e a t>Fégé dans des mois aussi simples que

H) Col. |, x

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sublimes, aussi courts que profonds, ce n'est

Cn— 3

ni le fruit de ma sagesse, ni le produit de mon génie : c'est le Christ, c'est le Verbe qui te

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parle; c'est la Sagesse de Dieu qui te vient dans ma parole : Christum Dei Sapientiam.

Cette philosophie, enfant, ne vient pas à toi

comme un homme qui cherche la vérité : elle

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est la vérité trouvée ; vérité substantielle qui

KO —

seule a pu dire d'elle-même : Ego sum Veritas. Cette philosophie ne discute pas, elle s'énonce:

elle se pose devant toi dans sa propre clarté :

elle ne vient pas à ton intelligence par les

longs circuits des raisonnements humains : ■

elle ne f arrive pas à travers ces ombres

que la démonstration elle-même laisse sur

son chemin : elle vient comme le rayon de

i— ' =1 co =1

soleil qui n'a pas besoin d'être éclairé, parce

que c'est lui qui sert à tout éclairer ; elle

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est la lumière qui illumine tout homme ve-

t— ' EEI

nant en ce monde ; et, sans avoir besoin pour

Cn - 3

se faire connaître d'autre clarté que la sienne.

elle le dit: Me voici. Cette philosophie ne t'ap-

porte pas dans un système humain une portion

de ta vérité, elle t'apporte dans un abrégé di-

i— ' EEI co 3

i— ' EEI

M ==l O EEI

NJ 3

vin toute la vérité, omnem veritatem : elle ne

met dans ton intelligence ni Aristote, ni Plaloi >, ni Socrale, ni Zenon; elle y met le Verbe, 01 avec lui et en lui le sommaire de toute philoso[»hie humaine et de toute philosophie di- Xll| e ; tout ce -que la raison enseigne à l'huma- Ul té, et tout ce que la révélation enseigne à

Eglise; la sagesse totale se révélant à tout

'omnie pour le conduire à la plénitude de sa

Perfection : «Docentes omnem hominem in omui

sa P'ienti«,, m exhibeamus omnem hominem pcr-

l ec tuini n christoJesu(ï). »

Ainsi voilà un enfant de douze ans formé aux geignements de l'éducation catholique ; il . a Jamais raisonné, et il a le mot de toutes les

'"S'iies qui tourmentent toute philosophie.

Qu'est-ce que Dieu? il le sait. Qu'est-ce que

am e? il le sait. D'où vient le inonde? il lésait.

0,1 va l'humanité ? il le sait. Par où faut-il pas-

Ser pour arriver au terme ? il le sait. Qu'y a-

* u après cette vie ? il le sait. Que faut-il faire

P° u r conquérir la destinée:' il le sait. l'Église

vaut cette jeune intelligence n'a pas même P°se ces questions, ellea posé des affirmations;

(')Col.

xxvm.

wK*H^T

CO — 3

94 LU l'ROGKS DANS L'ÉDUCATION

si elle adopte dans son catéchisme la forme de

tn— 3

l'interrogation, c'est pour aider l'intelligence,

jamais pour susciter le doute. Remuer des

questions, c'est faire vaciller la lumière; don-

ner des solutions, c esl la montrer rayonnante:

et c'est ce que fait l'Église par les lèvres d'une

mère, d'un maître, d'un précepteur; elle

co — 3

donne à l'enfant les solutions, foutes les solutions; à la lettre, dans l'ordre des vérités qui

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touchent au principe, à la destinée et au gou-

vernement de la vie, l'enfant saii tout: il sait

tout, disait ici même un illustre orateur,

« avant d'avoir soupçonné ce que c'est que sa-

« voir. » Quiconque avec nous adore le Verbe

de Dieu toujours vivant et parlant dans son

Église, ne peut que se prosterner ici d'admira-

i— ' =1 co 3

tion. Quiconque même ne serait pas chrétien,

ne pourrait méc< aitre la grandeur de celte

idée : mettre dans l'intelligence d'un enfant

stvec la parole du Christ la vérité, toute la vé-

Cn - 3

rité. École divine, où c'esl la pensée de Dieu

que l'on apprend dans une parole, qui vient de Dieu, au nom d'une institution qui se pro-

clame l'œuvre de Dieu pour donner à son en-

i— ' =1 co 3

NJ 3

seignement l'autorité de l'affirmation de Dieu.

l'AR LA FOI CHRÉTIENNE. 95

Kl en effet, Messieurs, cet enseignement qui affirme la vérité, il se fait, comme il doit se feire, avec une autorité à laquelle rien ne se Peut Comparer sur la terre, humaine dans ses apparences, divine dans son fond. Il est vrai, le Père, le maître, le professeur qui formulent devant l'enfant le dogme catholique, ne sont lue des hommes, faillibles comme tons les

hommes ; et Ië père qui d e à l'enfant, dans

une parole pleine de tendresse el d'amour, la révélation totale du mystère chrétien , n'est

Peut-être qu'un paysan, un ouvrier, et coi e

1,11 étranger à tous k^ systèmes et à toutes les P&ilosophies. Vous direz: Comment dés lors 1 enfant peut- il croire à la parole du père? Vous le demandez? Quoi! vous ne voyez pas sous 'P'elle sauvegarde incomparable ce père abrite Sa Parole ? Derrière le père vous ne voyez pas le Pasteur, tous les pasleurs de la catholicité .'

errière le pasteur vous ne voyez pas Févêque, to «s les évêques de la catholicité ? Et derrière

ev eque vous ne voyez pas le Pontife suprême, le pè re de la catholicité? Et derrière Pontife, vous ne découvrez pas Jésus-Christ <|Ul ' ''"seigne ? Vous nenlendez pas retentis-

^PP^P^^^MIMI^^M^HBHBBi^B^Bi^^^^"^^^^""^"""^^^^^^'- ,

co — =

% Lli PROGRÈS 11ANS L'ÉDUCATION

sauf dans sa parole ce Yerbe divin dont il est la

Cn^^

plus grande voix, et dont tous les enseignements de la catholicité ne sont que les échos

répétés, de siècle en siècle et d'espace en espace,

à tous les degrés de la hiérarchie sociale par

tous les représentants de la hiérarchie câlin >liquc?

co — =

Ah 1 Messieurs, lorsque pour la première fois votre père, instruit lui-même à l'école de

KO —

Jésus-Christ, se penchait à votre oreille pour vous révéler ce Christ qui l'avait enseigné lui-

même ; lorsque, formulant devant vous les vé--

rites qu'il faut croire, il vous apprenait à les

formuler et à les croire avec lui : si, par sup-

position, douésd'une raison précoce, avides de

vous rendre compte de ce qu'on ne faisait

co —

qu'affirmer, vous aviez pris la parole ; et si vous aviez adressé à votre père . à peu près ce

discours : «Mon père, je veux bien croire ce que « vous me dites être la vérité; niais comment

h- 1 = Cn =

« puis-je nrassurer que c'est la vérité ? Vous « m'affirmez qu'il y a un Dieu ; qu'il y a trois

CT-,

« personnes en Dieu : je irai pas vu Dieu, et

.. je ne pois comprendre que trois personnes ne

h- 1 = co —

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ro = o =

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NJ =

« forment qu'un seul Dieu. Vous dites que Dieu

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llll|llll llll|llllllll|llll 2 3 /

l'Ait LA FOI CHRÉTIENNE. 97

" a créé Je monde et moi-même; que j'ai une 8 âj ne; que cette âme est immortelle; que pour « la sauver le Fils de Dieu s'est fait homme et " ( l"''l est mort sur la croix. Ce que vous dites "'a, mou père, est bien étrangère voudrais " m'enassurer. Comment puis-js vous croire?

(< v «us n'avez pas consulté les oracles de la " science. Mon cœur nie dit que je puis comp-

8 l er sur l'indéleclibililé de votre amour; mais " "'a raison ne me dit pas que je puis conip- " fc er sur l'infaillibilité de votre parole. Pour

9 ai «rmer avec vous, il me faut yoirou croire: v, ">' ce que me découvre l'évidence ou

1 Cr oire ce que m'affirme l'autorité. Je n'ai

K Pas l'évidence ; quelle est votre autorité-.' »

A ce discours de l'enfant raisonneur, voici

- e Que pourrait répondre le père catholique:

" u est vrai, mon enfant, je no suis qu'un

'""""e simple et qu'un esprit vulgaire; je n'ai

Pas creusé le mystère des choses; je n'ai pas in-

c ° lr °gé lascience : l'eussé-je fait, que ma parole

^ nco ^ pourrait faillir, et trahir en même temps

ap VOnté 6t l0i " Si jVt;lis seu1 ' si J 0,1 ' avais Pour ni " >Uyer mes affirmations que le poids de

I8 ^ utori té, non jamais je n'oserais arti-

cuier devant toi ce dogme décisif qui résout en quelques mots tous les problèmes de la destinée. Mais, mon 111s, ne crains rien : ton père qui te parle n'est pas seul pour t'uMirmer la vérité ; pour soutenir sa parole, il y a des millions de paroles ; pour appuyer mon affirmation, il y a des millions d'affirmations. Tu veux savoir, mon fils, quelle est mon auto* rite. Écoute, je vais le le dire : j'affirme avec deux cent mille prêtres et deux cents millions de catholiques, multipliés par toutes les gênérations qui ont passé sur la terre à travers deux mille ans; j'affirme avec quatorze millions de martyrs; j'affirme avec plus de vingt millions d'apôtres; j'affirme avec plus de cent millions de vierges, de confesseurs et de saints ; j'affirme avec des légions innombrables de philosophes, de théologiens, de docteurs, d'orateurs, d'écrivains, de savants et d'érudils, qui tousse sont rencontrés et se rencontrent encore pour affirmer par leur parole les vérités que j'apporte dans la mienne; oui, j'affirme avec la science, avec le génie, avec l'éloquence, avec

la vertu, avec la sainteté, avec l'héroïs ■

ja'ffirme avec lous les Chrysostomes, tous les

PAB LA lui CHRÉTIENNE.

Augustin», tous lesJérômes, tous lesAmbroises, unis les Bonaventures, ions les Anselmes, tous les Thomas d'Aquin, tous les Bossuetee!

tous Jes Fénelons qui, depuis bientôt vingt siècles, se succèdent dans la catholicité; j'affirme avec la durée et j'affirme avec l'espaee; j affirme avec le temps et j'affirme avec l'éter- Q ité ; j'affirme avec la terre et j'affirme ave ciel; j'affirme avec les hommes et j'affirme avec Dieu. Oui, mon fils, ave& Dieu : car vois-iu, ce Verbe que je renseigne, il est sorti 'lu sein de Dieu; Dieu lui-même, il s'est posé dans sou Eglise pour y vivre et enseigner toutes les intelligences : et roilà'que par la voix du Pontife qui est à Rome, et par la voix de l'évéque qui redit la parole du Pontife, et par la voix du pasteur qui redit la parole de l'évêque, Je degrés en degrés et d'échos en échos, le Verbe éternel vient retentir dans la jeune inlelfigence. il fautsroire, mon fils, à la parole de

"teuquite vient par mes lèvres de la plus grande autorité qu'on ait jamais vue sur la terre ! »

Mais, Messieurs, je crois entendre ici l objection qui se formule au fond de voire peu.

LE l'HOGRÈS DANS L EDUCATION

Vous dites : Qu'importe à l'enfant cette doctrine et cette autorité ? Comment peut-il raisonnablement admettre et l'enseignement de celte doctrine dont il n'a pas l'intelligence, et le témoignage de cette autorité dont il ne se rend pas compte ? Il croit sans comprendre la première et sans juger la seconde : dès lors, comment sur une base acceptée sans raison l'être raisonnable pourra- t-il s'élever !

Oui, Messieurs, l'enfant tout d'abord croit sans comprendre; il accepte sans se rendre compte; et quoi que vous fassiez, vous ne changerez pas celte nécessité de sa nature.

C'est le besoin'de sa vie intellectuelle, morale et religieuse ; il faut qu'il reçoive par une vérité qui se donne et par une autorité qui s'affirme, les éléments de la vie, la base de la vie, le point de départ de la vie. Mais suivez jusqu'au bout le travail de Dieu, contemplez tout entière l'harmonie de son ouvrage; vous allez voir comment cet assentiment donné d'abord à l'affirmation de l'autorité et à la vérité énoncée par elle, s'éclaire peu à peu dans une clarté toujours croissante, et arrive à se reconnaître lui-même éminemment raisonnable.

Cette docile acceptation de la vérité et de l'autorité par l'enfant va s'illuminant à mesure qu'il grandit, de tout le progrès de sa raison naissante ; et il se fait dans cette intelligence, où la vérité fut semée pour ainsi dire dans l'ombre, comme une aurore progressive qui lui découvre dans la lumière la Vérité et l'autorité acceptées sur parole. On plutôt dans cette jeune âme qui a reçu le don •l'une double vie, il y aura deux aurores qui se répondront l'une à l'autre, en multipliant leurs Mutuelles clartés : l'aurore des vérités naturelles et l'aurore des vérités surnaturelles.

A mesure que l'enfant grandit et que sa raison se fortifie, l'ordre et l'harmonie des vérités naturelles semées dans le fond de son intelligence par le Verbe créateur et développées par la parole sociale, s'illuminent pour lui ,le Plus en plus : sa parole intérieure répond à Ia Parole extérieure; et il s'aperçoit que les voix qui retentissent an dehors, sont comme des échos de la voix qui lui parle au dedans. Ge qu'il n'avait fait qu'affirmer, il le conçoit 6 le raisonne; et, sans jamais l'avoir mis m doute, i] arrive à se le démontrer, Mais le

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raisonnement n'est pas on lui le pbint de dé-

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part, il est une marche en avant dans le monde .

intelligible; il n'est pas la base de l'édifice, il

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on est le couronnement; et ce couronnement sera d'autant plus liant et d'autant plus splen-

dide, que la base aura plongé plus avant dans le fond immuable des principes.

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Et ee qui s'accomplit pour l'enfant dans Tordre des vérités naturelles, s'accomplit aussi

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