LE RECRUTEMENT DES PASTEURS
Si nous ne voyons pas ce que gagnerait l'Eglise réformée à la translation de la Faculté de Montauban, nous voyons trèsbien, au contraire, ce qu'elle y. perdrait. La conservation de cette Faculté est indispensable, selon nous, au recrutement du corps pastoral. Qu'on ne l'oublie pas, il y a aujourd'vhui cinquante paroisses privées de conducteurs spirituels, une sur dix. C'est là une lacune qui ne peut se perpétuer sans un grave dommage pour le protestantisme, et qui constitue une de nos blessures les plus douloureuses. Que prouve-t-elle? — Que les vocations au saint ministère sont devenues rares. Il faut donc prendre garde de les rendre plus rares encore; et c'est ce que Ton ferait si l'on obligeait tous les jeunes gens qui voudraient embrasser la carrière pastorale à venir chercher à Paris l'enseignement théologique. Plusieurs s'abstiendraient, les uns parce qu'ils préféreraient la vie paisible de la province, les autres parce qu'ils se heurteraient aux objections de leurs familles, d'autres encore parce qu'ils ne seraient pas en mesure de pourvoir aux frais d'un long voyage et du séjour dans la capitale. Ne peut-on pas supposer que pour ces divers motifs le nombre des étudiants en théologie se réduirait d'un tiers ? Si cette présomption est fondée, on en voit les conséquences : au lieu de quinze candidats (nous indiquons cette moyenne que
nous croyons à peu près exacte) que la Faculté de Montauban '^i
olBfre annuellement à l'Eglise, la seule Faculté parisienne n'en . . , *
offrirait que dix; dès lors, le nombre des paroisses vacantes 'J
irait croissant, et les plus petites, les plus isolées d'entre elles seraient livrées sans défense à la propagande catholique. La belle chose qu'un brillant foyer de science protestante à Paris, quand, de toutes parts, les troupeaux s'épuiseraient en vain à crier : Sauvez-nous, nous périssons !
La Faculté du Midi continuerait de recueillir ces étudiants qui ne pourraient ou ne voudraient aller à la capitale ; et ce ne seraient peut-être pas les moins sérieux. S'ils n'y étaient pas très-nombreux, ils y seraient l'objet d'un patronage plus facile et de soins plus assidus ; et, leurs études finies, ils iraient prendre une place honorable autant que nécessaire dans les rangs, hélas ! trop clairsemés du corps pastoral. Mais qui oserait affirmer que la Faculté de Montauban, transférée au centre de la grande région protestante du Midi, dans une ville universitaire comme Montpellier, à peu près à égale distance des départements de l'Ardèche et de la Drôme qui comptent ensemble près de 100,000 protestants, et de ceux du Tarn et du Tarn-et-Garonne où nos coreligionnaires sont rassemblés en nombre important, au sein même des populations huguenotes du Gard et . *' de l'Hérault; qui oserait affirmer que la Faculté de Montpellier, pourvue d'ailleurs de professeurs croyants et distingués, enrichie de quelques cours nouveaux, ne retiendrait pas près d'elle la majorité des étudiants en théologie et mênio ne contribuerait pas puissamment à multiplier les vocations pasto- • ;': raies (1)?
Hâtons-nous de l'ajouter; jusqu'à présent rien ne fait craindre que les étudiants de Montauban prennent en très-grand /' nombre le chemin de la capitale. Si nous sommes bien informé, \^
(1) Voici ce que disait à ce siijet Samuel Vincent, dont il serait nécessaire et facile de réaliser le double vœu : « Si jamais ce cas venait à se réaliser (le manque d'étu- -,
diants en théologie) le remède serait bien simple. Établissez une Faculté de théologie ^^. i
à Nîmes et par ce seul fait vous tiercerez, vous doublerez peut être le nombre de
vos candidats au ministère évangélique. C'est une ressource dont TefTet est sûr au
besoin, » et Samuel Vincent ajoutait : « Je voudrais une autre Faculté à Paris. » ,^
Du protestantisme en France, 2^ édïu, p. 265, . !^
les coure de la Faculté parisienne s'ouvriront cette année avec une vingtaine d'élèves. Il n'y a pas là de quoi justifier l'espèce de panique qui semble s'être emparée de quelques esprits trop prompts à s'émouvoir ; on devrait plutôt y voir la preuve que la Faculté de la province répond à des nécessités^ à des sympathies qu'elle peut seule satisfaire (1) ; mais surtout il n'y a pas là de quoi motiver l'arrêt de mort que l'on est résolu à réclamer de la main du gouvernement. Non, il n'est pas temps encore de procéder à UAe pareille exécution ; la cause n'est pas assez instruite ; ce ne sont pas des prévisions, des craintes ou des désirs qui peuvent suffire à autoriser des résolutions désespérées. U &ut des preuves de fait, des expériences, et jusqu'ici, cesexpé* riances, ces preuves manquent. Au contraire, les plus graves raisons morales, les l)esoins, les souffrances de l'Ëglise, tout nous lait une obligation impérieuse de conserver en province notre vieille Faculté.