IV
LBS CROYANOBS ÉVANaÉLIQUES.
La question qui nous occupe intéresse directement la doctrine évangélique. La Faculté de Montauban représente la tendance religieuse de la majorité des Eglises; c'est elle qui a assuré ses progrès, c'est elle encore qui peut les maintenir et les étendre. Son passé est pour elle une force; briser ce passé, c'est briser cette force. Depuis le réveil, il s'est établi entre elle et l'Eglise une communauté de traditions qui est d'un grand prix. Or> il est de ces solidarités spirituelles que l'on peut rompre, mais qu'on ne remplace pas et qu'on ne retrouve plus. Supprimer la Faculté de Montauban, c'est aller au devant d'un redoutable inconnu. Nous nous expliquons.
La nouvelle Faculté n'est pas rationaliste, si Ton entend par
(i) Au moBient où nous écn\on$ ces ligaes, la Chrigtianigme au XIX* tiicte publie une lettre signée de quatre étudiants qui, après s'être annoncés à Pans, croient deroir déclarer que, pour des motife de eonvenanee, ils retouroent 1 Ifou' tauban. Ce fait rend évidente la nécessité d'une Faculté en provinea^
ce mot la négation du caractère surnaturel du christianisme ; mais elle ne reflète pas une tendance identique à celle de la Faculté montalbanaise. C'est la théologie moyenne qui paraît y dominer. Or, il est à remarquer qu'en ce moment même une conférence pastorale libérale et un consistoire libéral important lui adressent l'expression de leurs sympathies et que des démarches de môme nature ont été faites précédemment. Nous le trouvons tout simple et ne songeons pas à nous en plaindre ; mais ces démarches semblent prouver que le parti libéral s'efforcera d'exercer sur le nouvel établissement toute l'influence dont il dispose, qu'il ne négligera rien pour y envoyer ses étudiants, et pour y introduire des professeurs de son choix. Jusqu'à quel point réussira-t-il ? On ne peut le prévoir ; ce que l'on peut constater dès à présent, c'est que la Faculté de Paris n'a point un caractère orthodoxe très-accusé et que rien ne permet d'espérer qu'elle le prendra dans la suite.
Peut-être est-ce à cette circonstance qu'il faut attribuer en partie le mouvement d'opinion que nous combattons dans ces lignes. Peut-être s'est-on dit : la Faculté parisienne menace les croyances évangéliques, absorbons-la dans le flot des profeseeurs et des étudiants deMontauban. — Ëh bien, supposons la translation accomplie. Le parti évangélique a perdu une situation très-forte, une école où l'orthodoxie domine à peu près exclusivement. Cette situation, la retrouvera-t*il ailleurs? Croiton qu'à Paris, où la pensée est toujours en mouvement, où les idées s'agitent et se heurtent 4© toutes parts, où l'esprit s'habitue si promptement à critiquer, les professeurs exerceraient aussi aisément qu'en province leur légitime influence sur les étudiants ? Cr<rftK)n que les professeurs de la Faculté parisienne perdraient nécessairement la leur, et [que leur enseignement plus ou moins mitigé 4e libéralisme ne saurait pas trouver le chemin des esprits ? Est-on sûr, en un mot, que ce n'est pas Montaul)an qui viendrait se noyer dans Paris? Qu'on nous comprenne; nous avons confiance dans les hommes, mais nous ne croyons pas que le milieu parisien soit favorable à la formation ou à l'affermissement des convictions orthodoxes, et peut-être l'Eglise s'apercevraitrelle bientôt, mais trop tard, que
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les convictions de ses jeunes conducteurs spirituels ont plus de largeur que de fermeté.
Le péril que nous signalons n'a rien d'imaginaire. Les professeurs de théologie actuels présentent tous, bien qu'à des degrés divers, des garanties de fidélité doctrinale ; mais les hommes ipassent, tandis qtfe les institutions restent, et nous craignons que dans un avenir plus ou moins éloigné la nouvelle Faculté ne devînt l'appui, non de l'orthodoxie, mais du libéralisme dont elle est déjà l'espoir.
Il serait donc souverainement imprudent de demander la suppression d'un établissement qui est, suivant nous, nécessaire au maintien et au progrès des croyances évangéliqpies dans notre Eglise.