‹ Le Prolapsus Du Rectum: Affection Congénitale Son TraitementChapitre 21 sur 37 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Interventions portant sur les moyens de soutien supérieurs du rectum (Colopexies)

« La colopexie est une opération jeune; elle n’a guère d'histoire. J'ai présidé à sa naissance en 1892; je la tiens encore en nourrice, dirigeant ses premiers pas dans le monde chirurgical », écrit Jeannel en 1898 (1).

(1) JEANNEL. Chirurgie de l'intestin, 1898.

C'est le procédé qui nous semble le plus indiqué pour prolapsus total de l'adulte, car dans ce cas, il y a toujours une anomalie congénitale du rectum, comme nous l’avons fait remarquer plus haut, à laquelle il faut absolument remédier sous peine d’insuccès : €profondeur anormale du cul-de-sac de Douglas et longueur exagérée du côlon pelvien sont les deux facteurs abdominaux du prolapsus rectal »; tel est l'avis de MM. Quénu et Duval, dont la compétence fait autorité en la matière; cette affirmation est entièrement corroborée par M. Georges Gross, puisque nous verrons qu'ayant pratiqué cinq colopexies pour prolapsus de l'adulte, il a chaque fois trouvé ces caractères anormaux du côlon.

Voici la techniqne de Jeannel, la plus ancienne : on ouvre le ventre dans la fosse iliaque gauche, on recherche le côlon que l’on attire en haut pour réduire la tumeur, et l’on fixe le côlon, soit par ses appendices épiploïques, soit par sa paroi elle-même, à la paroi abdominale antérieure ; on peut également suturer à la paroi abdominale, non pas le côlon, mais le mésentère.

Après la suture, on peut, s’il y a lieu, pratiquer un anus artificiel pour pouvoir traiter une rectite concomitante. Ce procédé-s’appelle alors non plus colopexie mais colopexotomie.

Depuis la colopexie telle que la pratiquait Jeannel, on a bien perfectionné cette opération ; cette technique avait déjà donné de bons résultats, mais on a remarqué que les suites opératoires étaient meilleures lorsqu'on fixait le côlon, non par le mésentère, mais par ses parois elles-mêmes ; nous ne pouvons étudier ici tous les procédés de colopexies qui furent imaginés depuis

quelques années, mais nous tenons à signaler celui de Lenormant, qui choisit comme moyen de soutien la paroi postérieure : il excise un lambeau du péritoine pariétal et fixe l’intestin par un double surjet aux deux lèvres péritonéales et au fascia iliaca.

Or, les colopexies, dans le traitement du prolapsus rectal, n’ont pas donné tous les résultats qu'on attendait d’elles; cela est dû à ce que le soutien que l'on donnait au côlon manquait de fixité (la paroi abdominale, en effet, est soumise à de brusques contractions, qui doivent forcément influer sur tout ce qui y adhère) ou bien à ce que l'opération n’était pas complète; il fallait oblitérer le Douglas.

Lenormant (1) a, sur 103 colopexies simples pratiquées sur 93 malades, trouvé les résultats suivants : un malade étant mort d’une autre affection, il reste 102 colopexies à envisager ; il y eut 27 récidives pour 75 guérisons, soit 26,4 p. 100 de récidives ; il convient de dire que ces malades ne furent pas suivis longtemps; von Eiselsberg, chez des malades suivis longtemps, a trouvé 7 récidives sur 17 cas traités par la colopexie, soit 41 p. 100 de récidives.

Il fallait donc chercher un autre soutien plus résistant pour le rectum, et compléter l'opération par l’oblitération du Douglas, dont nous avons vu l’importante action sur la production d’une hernie périnéale primitive entraînant la chute du rectum.

C'est ce qu'ont réalisé Quénu et P. Duval.

(1) LENORMANT. La Colopexie. Revue de Chirurgie, 1901, p. 197 et 443.

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