‹ Le proloque dans la tragédie d'EuripideChapitre 21 sur 63 · L. MÉRIDIER · texte numérisé non relu

L. MÉRIDIER

lO LE PROLOGUE DANS LA TRAGEDIE D EURIPIDE

à Phœbos des outrages dont il s'était rendu coupable envers lui (v. 49-55). — Polydore, dans le prologue d'Hécube, vient de conter son histoire et le crime de Polymestor. Il décrit son propre sort : son cadavre privé de sépulture est ballotté par les flots, et son ombre, abandonnant le corps, voltige sur la tête d'Hécube (v. 28-3i). Depuis trois jours la vieille reine est ici en Chersonèse, venant de Troie (v. 32-34). Tous les Grecs avec leur flotte sont réunis sur la côte thrace (v. 35-36) : c'est que l'ombre d'Achille, apparue au-dessus de son tombeau, retient l'armée prête à partir (v. 37-39). Elle demande le sacrifice de Polyxène, la sœur de Polydore (v. 4o-/ii). Les deux actions entre lesquelles la pièce se divise sont annoncées ici : l'une se rattache à Polydore et aura pour point de départ la découverte de son cadavre; l'autre se rapporte à Polyxène. La situation proprement dite est donc posée dans les vers 28-3 1 pour Polydore, et pour Polyxène, dans les vers 4o-4i. — L'exposé de la situation présente s'étend du vers 3i au vers Ay dans les Héraclides. lolaos explique que les fugitifs sont arrivés à Marathon; ils se sont assis en suppliants devant les autels (v. 3 1-33). Les deux fils de Thésée passent pour être les rois du pays; or ils sont apparentés aux Héraclides : voilà pourquoi ceux-ci se sont réfugiés en Attique (v. 34-38). lolaos s'occupe des enfants, tandis qu'Alcmène est dans le temple avec les jeunes filles (v. 39-44) et qu'Hyllos avec les aînés cherche un autre asile, au cas oii ils se verraient chassés (v. 45-47). — Une première indication de la situation présente est donnée dans les Suppliantes aux vers 16-19 : elles veulent ensevelir leurs fils dans la terre natale; les maîtres de Thèbes s'y opposent au mépris des lois divines. Adraste s'associe en pleurant aux prières des Argiennes et regrette son expédition funeste (v. 20-23). Deuxième indication, plus précise, de la situation générale : Adraste demande à ^thra d'obtenir de Thésée qu'il procure aux morts la sépulture, par la persuasion ou la force des armes : c'est toute sa prière à Thésée et à la ville d'Athènes (v. 24-28). Enfin une troisième indication est fournie, soulignant la part qui revient à Thésée dans la décision à prendre et amorçant le début de l'action (v. 36-4o) : ^Ethra a envoyé un héraut à la ville pour avertir Thésée; qu'il délivre Athènes

de cette requête ou qu'il y satisfasse. Ainsi, à trois reprises, la situation générale est indiquée avec une précision croissante. — Amphitryon, dans Héraclès, a rappelé le départ du héros et l'usurpation de Lycos. La situation présente est la conséquence de ces deux faits : la parenté qui l'unit à Gréon fait le malheur de la famille d'Héraclès (v. 35-36). En l'absence du héros, Lycos veut faire périr ses enfants, son épouse, Amphitryon lui-même, dans la crainte qu'un jour les fils ne vengent leur père (v. 37-/i3) Le vieillard, resté gardien des enfants, est venu avec leur mère s'asseoir en suppliant auprès de l'autel de Zeus Soter (v. M\-bo). Ils sont là dénués de tout; leurs amis ne sont pas sûrs ou se trouvent impuissants (v. ôi-ôg). L'exposé du présent est donc compris entre les vers 35 et 59. — Il est assez compliqué dans Ion; sur l'ensemble de la situation présente des données précises sont fournies de loin en loin : la Pythie ignore quels sont les parents de l'enfant; lui-même n'en sait rien (v. 49-5 1). Le fils de Creuse est gardien du trésor renfermé dans le sanctuaire (fonction qu'il occupe depuis un temps indéterminé, v. 5^-55). Le point de départ de l'action : venue à Delphes de Xouthos et Creuse, est indiqué v. 64-67. — La situation présente dans les Troyennes, c'est la désolation de Troie prise et saccagée par les Grecs : Poséidon rappelle le meurtre de Priam, il décrit l'abandon des bois sacrés, des temples souillés de sang; les Grecs vont repartir sur leur flotte (v. i5-22); c'est aussi et surtout la misérable condition des captives distribuées entre les vainqueurs, et les traitements cruels infligés aux vaincus. Une esquisse en est donnée dans les vers 28-44 : partage des captives entre les Arcadiens, les Thessaliens, les Athéniens (v. 28-3i); les Troyennes réservées aux chefs sont enfermées avec Hélène dans la tente qu'on voit sur la scène (v. 32-35); là aussi se trouve Hécube (v. 36-38) qui est le symbole de toutes les misères de la captivité. Les indications qui suivent, bien que revenant un peu en arrière, rentrent dans l'exposé du présent, car leur but est de marquer fortement cette figure douloureuse : immolation de Polyxène (v. 39-40), et, sans parler de la mort de Priam, indigne traitement subi par Cassandre, qu'Agamemnon a prise de force (v. 4î-44)- — Les détails que donne le laboureur d'Éleclre sur

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le caractère du mariage qui l'unit à la jeune fille tiennent la place qu'occupe habituellement l'exposé de la situation présente; mais les éléments de cette situation se dégagent des diverses indications fournies par le récit du passé. Egisthe est roi du pays : il a pris le sceptre et l'épouse d'Agamemnon, sa victime (v. i2-i3). Les enfants du roi défunt semblent réduits à l'impuissance: Oreste esta l'étranger (v. i8; cf. v. 48), Electre est mariée à un paysan (v. 34 et suiv., 43 etsuiv.').La situation présente est donc parfaitement claire, bien qu'elle ne soit pas exposée dans un développement spécial. — Hélène explique la situation générale dans laquelle elle se trouve v. 46-49; la situation présente avec ses conditions particulières est énoncée dans les vers 62-67 : instances amoureuses de Théoclymène, supplications d'Hélène au tombeau de Protée. — Le vers 3o d'Iphigénie en Tattr/de rappelle comment la fille d'Agamemnon a été transportée dans ce pays barbare. Suit l'exposé de la situation présente. Iphigénie a été établie par Artémis prêtresse de son temple ; elle est chargée d'immoler tous les Grecs qui abordent en Tauride, mais elle se borne à consacrer la victime (v. 34-4 1). Le présent immédiat, le problème qu'il pose ne sont présentés qu'avec le songe et l'interprétation qu'en donne Iphigénie (v. 42 et suiv.). Persuadée que son frère est mort, elle veut, comme dans le songe, répandre des libations en souvenir de lui (v. 61 et suiv.). — Dans les Phéniciennes, les vers 77-80 exposent la situation présente : Polynice, devenu gendre d'Adraste, a conduit une armée d'Argiens contre Thèbes pour réclamer sa part de royauté. En voici maintenant le côté particulier qui sera l'amorce de l'action : Jocaste, pour prévenir une lutte fratricide, a décidé Polynice à une entrevue avec son frère; le messager annonce l'arrivée imminente de Polynice (v. 8i-83). — L'exposé général de la situation présente, dans Oreste, commence au vers 34 : description de la maladie d 'Oreste qui est tourmenté par les Erinyes depuis le meurtre de Clytemnestre, consommé il y a six jours : il ne prend aucune nourriture, il est en proie au délire (v. 34-45).

1. Nauck supprime le vers 44. Weil le garde, tout en estimant que la répétition r^(7-/uv£v-(xt(rj(yvo[j.a'. ne peut être attribuée à Euripide (p. 678). Wecklein le cons erve tel quel dans son édition (1898).

Les Argiens ont interdit d'accueillir les parricides, de les admettre au partage du feu, et de leur adresser la parole (v. 46-48). Puis l'annonce d'un conflit est nettement posée : c'est aujourd'hui qu'Argos doit se prononcer sur le sort des coupables (v. 48-5 1). Electre est ainsi amenée à supputer les chances de son frère et les siennes et à compléter son exposé : Ménélas, revenu de Troie, vient d'aborder à Nauplie (v. 52-56) ; Hélène, qu'il a envoyée nuitamment à Argos de crainte que la foule ne lui fît un mauvais parti, est en ce moment dans le palais (v. 56-6 1), Elle y a retrouvé sa fille Hermione (v. 62-66). Electre guette l'arrivée de Ménélas sur qui reposent ses seules espérances de salut, d'ailleurs bien faibles (v, 67-70). — La plus grande partie du prologue des Bacchantes, en dehors du début (v. 1-12) et des vers i3 22, rentre dans l'exposé du présent. Toutefois cet exposé est donné particulièrement dans les vers 32-38 qui expliquent la situation des sœurs de Sémélé changées en Ménades, et dans les vers 43-46 qui mentionnent l'incrédulité impie de Penthée. — Il faut enfin ajouter à ces prologues celui de Philoctcle (voir Dion Chrysostome,disc. 59) : Ulysse dit qu'il est venu à Lemnos pour ramener Philoctète et ses flèches. Philoctète hait les Grecs, et une ambassade envoyée de Troie compte mettre à profit cette haine.

L'exposé du présent et le sujet du drame. — Tous les prologues contiennent donc un exposé précis de la situation présente. Mais que représente cette situation? Peut-on dire que le sujet du drame soit toujours donné dans le prologue.^ Non, et il faut distinguer à cet égard trois catégories dans les tragédies d'Euripide.

1. Le plus souvent le prologue pose le sujet de la pièce; l'action en sort et se déroule d'elle-même. C'est le cas pour Médée, Hippolyte, Andromaque, Hécube, les Héraclides, les Suppliantes, Héraclès, Ion, les Troyennes, les Phéniciennes, Oreste, les Bacchantes.

2. Dans d'autres tragédies, le prologue expose une situation qui se prolonge pendant les premières scènes jusqu'à l'intervention d'un élément nouveau qui donne aux événements un tour inattendu et marque vraiment le début de l'action : Alcesle, Hélène.

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3. Ailleurs enfin la situation, en partie posée dans le prologue, est aussitôt après complétée par des éléments nouveaux. De leur ensemble résulte l'action : Electre, Iphigénie en Tauride.

Le sujet de Médée est posé dans le prologue : Médée se voit délaissée par Jason, et l'on apprend par la nourrice la violence de son désespoir. Se vengera -t- elle et comment? C'est là tout le drame. On peut en dire autant d'Hippolyte. Toutes les données dç l'action sont rassemblées par Aphrodite sous les yeux du public. 11 ne reste plus qu'à savoir comment la passion de Phèdre provoquera la catastrophe. De même, dans Andromaque, le sujet se confond avec l'exposé de la situation présente. Andromaque est sous le coup d'un péril mortel. Un heureux concours de circonstances viendra-t-il l'en délivrer? Son fils échappera-t-il aux persécuteurs.^ Le cas est analogue pour les Héractides, Héraclès, Oreste. Le sujet d'Hécube, c'est d'une part les conséquences du sacrifice de Polyxène, de l'autre la découverte du cadavre de Polydore et la vengeance qu'elle inspire à Hécube. Ces deux actions sont annoncées dans le prologue, avec cette différence que le sujet est plus nettement posé pour Polyxène (comparer les vers 4o-4i aux vers 28-3 1). Après le prologue des Suppliantes on connaît l'essentiel. Toute la question est de savoir si Thésée accueillera la requête du chœur et ce qui résultera d'un conflit entre Thèbes et Athènes. De même dans Ion. Creuse va se trouver rapprochée de son fils à son insu; la vérité se fera-t-elle jour et qu'en résultera-t-il.^ Le sujet se tire des vers 6/1-67, annonçant la venue de Xouthos et Creuse à Delphes. Jocaste, dans les Phéniciennes, pose à la fin du prologue le sujet du drame quand elle parle de l'entrevue prochaine des deux frères. Sortira-t-il de cette entrevue la paix ou la guerre.^ (Voir l'invocation à Zeus V. 84-87.) Le sujet des Bacchantes est formulé avec précision dans le monologue de Dionysos : il s'agit de savoir si le dieu obtiendra dans Thèbes un triomphe complet et s'il sortira vainqueur de son duel avec Penthée, ou plutôt, comme l'issue du drame n'est guère douteuse, la question est celle-ci : à travers quelles péripéties se réalisera la vengeance de Dionysos, et quel dénouement amènera-t-elle? Il n'y a pas d'action

dans les Troyennes, et le drame se réduit à une succession de tableaux pathétiques. On ne peut donc guère parler de sujet pour une pièce de ce genre : s'il y en a un, son exposé se confond avec celui de la situation présente et avec la peinture du sort des captives,

Alceste et Hélène offrent une structure différente. La situation présente y est exposée dans le prologue, mais non le sujet du drame. Aucune possibilité d'action ne se laisse entrevoir dans le monologue d'Apollon. De cette donnée : Alceste va mourir, il ne peut sortir qu'un thrène, comme le montrent les premières scènes, qui sont le commentaire pathétique de cette mort. Une possibilité d'action ne se dessine qu'à l'arrivée d'Héraclès (v. ^76), en qui le public reconnaît le sauveur annoncé par Apollon aux vers 65 et suiv. Encore le drame n'entre-t-il dans la phase active qu'avec l'entretien d'Héraclès et du serviteur (v. 773), c'est-à-dire au cours du troisième épisode. Le cas d'Hélène est analogue, mais sensiblement plus complexe. 11 ne serait pas exact de dire que le prologue ne contient aucun germe d'action. Le public n'est pas absolument autorisé à se demander s'il va voir réunis Hélène et Ménélas, quoique la prédiction d'Hermès rappelée dans le prologue lui en suggère la possibilité; mais il peut se poser la question : que résultera-t-il des instances amoureuses de Théoclymène et de la résistance d'Hélène? C'est un conflit en perspective, donc une amorce d'action. Le conflit reste ouvert pendant la pièce et sa solution forme une partie du dénouement. Mais toutes les données qu'il doit impliquer ne sont pas fournies par le prologue, et la lutte entre Hélène et Théoclymène ne prend sa forme définitive et tout son intérêt qu'à l'arrivée de Ménélas (v. 386). Cette arrivée complique d'ailleurs le schéma primitif en posant à la curiosité du spectateur des questions nouvelles. Ménélas sera-t-il mis en présence d'Hélène? Le quiproquo qui résultera vraisemblablement de cette entrevue s'éclaircira-t-il? Ce n'est que quand la suite de la pièce a répondu à ces questions que la donnée première se trouve reprise, mais profondément modifiée.

Dans Electre et Iphigénie en Tauride le monologue initial expose de même une situation qui ne saurait à elle seule

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engendrer le drame. Il offre donc le même caractère que ceux d'Alceste et d'Hélène. Mais la situation qu'il pose ne se prolonge pas; elle est modifiée aussitôt après par l'introduction d'un élément nouveau qui la complète et la féconde. Avant la parodos^ le spectateur a en main toutes les données de l'action. On a donc ici l'impression (qu'on n'éprouvait pas dans Alcesie ni dans Hélène) que le monologue initial expose un côté du sujet et que le reste du prologue contient l'autre. Le laboureur montre la situation de Clytemnestre, d'Égisthe et d'Electre ; l'arrivée d'Oreste introduit le seul personnage qui manquât au tableau, et dont la présence va rendre une action possible. De même dans Iphigénie en Tauride : le prologue que débite la prêtresse instruit le public de sa situation et de ses craintes; l'arrivée de son frère et de Pylade, avec les projets qu'elle annonce et les craintes qu'elle éveille chez le spectateur, est une amorce d'action. Iphigénie sera-t-elle mise en présence de son frère, et reconnaîtra-t-elle à temps la personnalité de cet étranger que son ministère la force de vouer à la mort?

Il y a donc lieu de distinguer entre l'exposé de la situation présente et l'exposé du sujet. Le premier met sous les yeux du public la situation initiale : elle est décisive si elle se trouve contenir les germes de l'action ; sinon le drame ne peut se produire qu'à la faveur d'un événement nouveau plus ou moins reculé par le poète. Dans le premier cas, l'exposé de la situation présente se confond avec celui du sujet ; dans le second, il en diffère. L'examen des prologues a montré que la situation présente y est toujours décrite, mais on ne saurait en dire autant du sujet ; pour douze drames seulement sur seize, on a le droit de conclure que le prologue fournit les données essentielles de l'action.

Indication du moment de l'action. — Il résulte de ce qui précède qu'on ne peut attendre cette indication de tous les prologues, mais de ceux-là seulement qui posent le sujet luimême ou une situation dramatique. Aucune indication de temps ne peut être donnée dans les prologues d'Electre et d'Iphigénie en Tauride, parce qu'il ne s'y dessine aucune possibilité d'action. Il faut toutefois remarquer que le songe

d'Iphigénie fait prévoir des événements nouveaux. Ils n'ont pu se produire encore, puisque le songe est de la nuit dernière (v. 42). Mais le peu de temps qui s'est écoulé depuis la disparition de ce songe permet précisément au public de soupçonner l'imminence d'un changement important dans la situation. Restent les drames où le prologue expose une situation dramatique provisoire ou décisive. Le prologue d'Hélène ne dit pas quand se réalisera la prophétie d'Hermès sur la réunion des deux époux. Il parle d'un péril pressant qui dure depuis la mortdeProtée : instances amoureuses deThéoclymènefv.61-62), mais on ne sait si une crise est proche ou si cette situation peut se prolonger encore. Par contre, Apollon est très précis dans le prologue d'Alceste. Il s'agit, il est vrai, d'un fait qui est en voie d'accomplissement et dont la durée est limitée : la mort d'Alceste. La femme d'Admète est en train d'expirer (vuv, V. 19). C'est aujourd'hui qu'elle doit mourir (xi^Ss... vt r,i).ip(x, V, 20). Plus loin le dieu annonce l'arrivée de Thanatos qui va conduire Alceste chez Hadès (v. 25 et 26, [xiXKti). Quant aux prologues où le sujet proprement dit est posé, ils appellent les remarques suivantes : celui de Médée ne contient pas d'indication de temps précise; aussi bien l'action ne se déterminera que dans la seconde scène du prologue, avec la nouvelle de l'exil que Créon inflige à Médée. Mais il faut relever le présent e'xti^t-x'. (mariage de Jason avec la fille du roi) et v3v au v. 16. — Aphrodite annonce au contraire que le drame éclatera le jour même. Elle se vengera d'Hippolyte èv t?5B' Yjixépa (v. 22). Il voit pour la dernière fois la lumière (v. 56 et b'j ; cf. le v. 23 : où ttsvoj •KSAAoij [xî csT...). — L'imminence du péril qu'elle court est bien mise en lumière par Andromaque, mais sans indication aussi précise. Hermione veut tuer la captive de Néoptolème (v. Sg). Mënélas est en ce moment (vDv, v. /ji) dans le palais : or il est venu aider sa fille dans sa vengeance (v. 4o). Leur victime est réfugiée dans le sanctuaire de Thétis, ce qui témoigne d'un danger pressant. — H y a trois jours, d'après le prologue d'Hécube, que la flotte grecque a atteint la côte de Chersonèse (v. 32-34) et que le spectre de Polydore voltige au-dessus de la tête d'Hécube (v. 3o, vyv). L'ombre d'Achille obtiendra la victime demandée et Polyxènesera immolée aujourd'hui même (v. 4i, two' h r^iJ.x-.:).

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D'autre part, la découverte du cadavre de Polydore exercera une influence sur l'action. Or Hécube aura en même temps sous les yeux le corps de ses deux enfants (v, 45 et suiv.). — On ne relève dans les Héraclides aucune indication de temps formelle. Mais tous les détails donnés font ressortir le caractère précaire de la situation, et cette impression est accrue à la fin par l'arrivée du héraut que signale lolaos. — vEthra ne fournit pas non plus d'indication précise. Mais le cas des suppliantes demande une prompte solution ; vEthra a envoyé un messager à Thésée (oryîxat, v. 36), et d'Eleusis à Athènes la distance est courte; la décision qui sera le point de départ de la pièce ne saurait donc tarder. — Aucune indication de temps n'est fournie, à proprement parler, dans le prologue d'Héraclès sur l'action qui va s'engager. Cependant tout donne l'impression d'un péril imminent; rien ne peut, à moins du retour d'Héraclès, retarder les projets sanguinaires de Lycos, maître souverain de Thèbes. — Au vers 66 du prologue d'Ion, le présent YjAouai a toute sa valeur. Il s'agit d'un fait qui se produit à l'instant même. Xouthos et Creuse viennent interroger l'oracle et la réponse du dieu, annoncée plus loin par Hermès, ne peut tarder à être donnée (v. 8o, cv5[xa cZ [j.iX'kv. -.jyzvt). — Poséidon, au vers 8 des Troyennes, explique que la ville est en ce moment en proie aux flammes (vOv ). Tout ce qui suit est le développement de cette situation tragique. Poséidon montre la tente où sont rassemblées avec Hélène les captives réservées aux chefs âchéens (v. Sa-SS) : on peut voir Hécube ; elle est là (-apEj-tv) devant la porte (v. 87). — Jocaste donne une indication de temps fort précise : le messager annonce l'arrivée imminente de Polynice, convié à une entrevue avec Étéocle (v. 83). — La situation présente est établie avec la plus grande précision par Electre dans Oreste : il y a six jours que Clytemnestre a été tuée (v. 39) et qu'Oreste est en proie aux Érinyes. C'est aujourd'hui (t^B' r);j.£pa, v. 48) que l'assemblée des Argiens doit se prononcer sur le sort des coupables. Ménélas vient de rentrer au pays, sans doute la veille (v. 53), et pendant la nuit (v. 57) il a envoyé Hélène au palais. L'arrivée de Ménélas sur le lieu delà scène est imminente : Electre la guette (v. 67 et suiv.). — Dans les Bacchantes Dionysos rappelle qu'il vient d'entrer

à Thèbes. Toutefois son influence a déjà eu le temps de se manifester ; son culte est en train de se fonder. Les sœurs de Sémélé, transformées en Bacchantes avec les femmes de Thèbes, se sont retirées sur la montagne ; Penthée a pris position contre le nouveau culte. Au vers 47, le dieu annonce ses intentions sans indication de temps plus précise.

Il convient de mettre à part les indications de temps qui ont le caractère d'une prédiction. C'est le cas pour celles d'Hippolyte, d'Hécube, d'Ion (en partie). On y reviendra plus loin. Si l'on écarte ces prologues, que constate-ton pour les autres, là où dès le début une situation dramatique se trouve posée.^ Qu'Euripide y introduit volontiers une indication précise de temps. Il ne va pas toujours jusqu'à annoncer comme dans Alcesle que le drame se produira le jour même, mais il insiste à des degrés divers sur l'imminence de l'action dans Médée, Andromaque, les Suppliantes, les Troyennes, Ion, les Phéniciennes, Oreste (particulièrement dans ces deux derniers drames). Dans les Iléraclides, cette insistance est un peu moins sensible: c'est que le péril ne devient pressant qu'à l'arrivée du héraut; seuls les trois prologues d'Héraclès, Hélène, les Bacchantes, où l'on pouvait attendre plus de précision, ne présentent pas d'indications formelles.

Indication par le 7:poASY>;^wv de son identité. — - L'exposé fourni par le prologue suppose chez celui qui le prononce une connaissance exceptionnellement précise de la situation présente. Le poète ne peut guère se dispenser de révéler au public l'identité d'un personnage si bien renseigné, d'autant que cette indication se rattache dans une certaine mesure à l'exposé du présent.

Toutefois il faut distinguer le cas où le TcpsXoYt'Çwv a un nom et celui où il n'en a point (par exemple si c'est un esclave, ou un homme du peuple). Dans ce dernier cas, le -pcAoy-^wv ne peut que donner l'indication plus ou moins claire de son identité. Il en est ainsi dans Médée, où le prologue est dit par la nourrice, et dans Electre, où le TrpcXcvÎLWv est le laboureur épousé par l'héroïne. Dans ces deux pièces, le personnage qui débite le prologue fait comprendre avec une netteté suffisante sa condition sociale et son lien avec la pièce. La nourrice indique qui

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elle est en parlant de sa maîtresse Médée (v. 6-7). Le laboureur se donne pour l'époux d'Electre, et l'on sait combien il insiste sur les caractères de cette union. Il est d'humble condition, pauvre, bien qu'issu d'une illustre famille (v. Sô-Sy), S'il ne précise pas la nature de ses occupations, sa tenue et le décor devaient la faire deviner au public. Mais il fournit les indications essentielles.

Dans ik pièces sur 16 le TpoAov'Zwv a un nom; il le donne partout, sauf dans Alcesle. Aphrodite se nomme dès le second vers: Osa /iy.AY;;xa'. Kj-piç. Peut-être cette indication revient-elle au vers 3i si l'on adopte la correction fort simple d'Arnim: 6caç Tïjçoe KJTCp-.âo;'. En outre Aphrodite rappelle ses attributions et son caractère: elle est la déesse de l'amour (v. i4: Hippolyte qui la traite comme la pire des divinités se refuse à l'hymen; elle-même s'oppose à Artémis). — Dès les premiers vers Andromaque fait comprendre qui elle est, avec une précision croissante: elle quitta jadis la ville asiatique de Thèbes pour le foyer de Priam (v. i-3) quand elle épousa Hector (v. 4). Au vers 5 elle se nomme. — lolaos insiste sur son dévouement aux exilés; il ne veut pas qu'on dise de lui: « Voyez: depuis que ces enfants n'ont plus de père, lolaos ne les défend pas, quoiqu'il soit leur parent. » Ainsi est amenée au vers 3o la mention de son nom. Mais plus haut il a déjà laissé soupçonner son identité par quelques indications précises: il est parent d'Héraclès (v. 6), Argien (v. 7), et il a pris part aux travaux du héros (v. 7-8). Aujourd'hui il protège ses enfants. — L'ombre de Polydore se nomme au vers 3 avec toute la netteté désirable : Polydore, fils d'Hécube fille de Cissée, et de Priam. — Le premier vers d'Héraclès suffirait à révéler l'identité du TrpiXcvî^wv : Tov A'.oç !7jXXe/.Tpov. Amphitryon se nomme au vers 2 et nomme ses ancêtres. — Dans les Suppliantes yEthra parle au vers 3 de son fils Thésée; elle donne son nom au vers 6, puis ceux de son père et de son époux. — Poséidon se nomme au vers 2, après avoir indiqué au vers 1 qu'il vient de la mer Egée. — Hermès donne son nom au vers 4; il nomme Zeus son père, et se définit «le serviteur des dieux». Les trois premiers vers ont

rappelé sa généalogie. — Au vers lo-ii des Phéniciennes, Jocaste mentionne son père Ménécée, son frère Créon; au vers 12 elle se nomme, puis nomme son mari. — Hélène donne dès le vers i6 des indications précises sur son identité: elle cite sa patrie, Sparte; son père^ Tyndare; sa mère, Léda (légende de Zeus changé en cygne); enfin elle se nomme au vers 22. — Iphigénie se nomme au vers 5 après avoir indiqué le nom de son père et celui de sa mère. — Dans Oreste, Electre ne se nomme qu'au vers 23 après ses sœurs Ghrysothémis et Iphigénie, et avant son frère Oreste. Immédiatement avant, elle a nommé son père et sa mère. — Au vers i des Bacchantes, Dionysos se donne comme le fils de Zeus; au vers 2 il se nomme et rappelle que sa mère était Sémélé fille de Cadmos'. Mais dans le prologue à'Alcesle Apollon ne se nomme pas; c'est seulement au vers 3o que Thanatos prononce son nom en s'adressant à lui. D'ailleurs le dieu se désigne suffisamment en parlant de son fils Asclépios (v. 3-/|) et de Zeus son père (v. 6). Son identité, soulignée par le costume de l'acteur, ne peut donc faire aucun doute pour le public. Mais pourquoi cette exception à un usage qui apparaît ailleurs comme la règle? La chronologie semble en donner l'explication, ^/ces/e estlaplus ancienne des pièces conservées d'Euripide. Un intervalle de dix années la sépare dllippolyie, la première tragédie où l'on voit le TTpoXovr^fov sc nommcr expressément lui-même. Cette différence de procédé accuse une évolution dans les tendances du poète, dont les exigences changent de nature avec le temps. Au début, Euripide se borne à des indications suffisantes pour suggérer au public l'identité de celui qui débite le prologue; peut-être sent-il que le ~po).oY(^wv manquerait à la vraisemblance en se nommant lui-même et que cette mention, mise dans sa bouche, aurait quelque chose de choquant. Dans la suite, il n'a plus ce scrupule de vraisemblance, ou bien il se soucie davantage de la clarté. Dans Hippolyle, Ion, les Troyennes, les Bacchantes, où le prologue est dit par un dieu, surtout dans les Troyennes et dans Ion, le poète pouvait se contenter du procédé employé pour Alceste. Il ne l'a pas fait parce qu'il inclinait de

I. Dans le prologue d'CEneus (fr. /ia5), Diomède apprend au public, dès le vers 3, que i'ydée, fils d'Œineus, est son père. On ignore s'il se nommait ensuite.

30 LE PROLOGUE DANS LA TRAGÉDIE d'eURIPIDE

plus en plus, semble-t il, à sacrifier la vraisemblance à la clarté et à la précision.

Indication des personnages principaux. — L'exposé de la situation présente implique la mention des personnages que cette situation intéresse et qui joueront un rôle dans le drame. Dans Alcesle, Admète est nommé au vers i {lbi\j.x-' 'Aû;rr,T£ia) et au vers i3; Phérèsauvers ii ;Thanatosest nommé et défini avec la plus grande précision aux vers ilx et suivants lorsque Apollon annonce son arrivée. Mais il est à remarquer que le personnage principal, Alceste, n'est pas nommé. Apollon en parle simplement comme de la femme d'Admète (v. 17, 21, 25, 27). Une autre définition sera donnée d'elle dans l'entretien de Thanatos et d'Apollon, au vers 87: la fille de Pélias; elle ne sera nommée pour la première fois qu'au vers 52. — Le prologue de Médée mentionne en les nommant les principaux personnages du drame : Médée (v. 7, 20) ; Jason (v. 8, i3, 18, 28); Créon (v. 19). Les enfants sont anonymes, mais il est question d'eux à plusieurs reprises : vers 11, 17, 36 (cf. v. 46). — Hippolyte est nommé aux vers 11, 22, 32 (cf. v. 53); Phèdre, vers 27, 48; Thésée, vers 10, 34, 42, 45, 5i. — Andromaque ne nomme qu'une fois Néoptolème, vers i4; partout ailleurs elle le désigne par une périphrase: mon maître (v. 25, 3o), le fils d'Achille (v. 21, 25), le père de mon fils (v. 49). Il faut noter en passant que chacune de ces périphrases a sa valeur pour marquer la situation d'Andromaque dans la pièce et fixer les conditions exactes de l'action. Le vieux Pelée est nommé aux vers 18, 22, 45; Hermione au vers 29; Ménélas au vers 4o. Andromaque parle plusieurs fois de son fils, sans donner de nom à ce personnage qui restera anonyme dans la pièce (v. 24, 27, 47-48, 49^ 5o). — -.L'ombre de Polydore nomme Hécube aux vers 3, 3i, 53; Polyxène au vers 4o; Polymestor au vers 7; Agamemnon au vers 54. — Dans les Héraclides, Eurysthée est nommé aux vers i3, 17, 49, les deux fils de Thésée sont mentionnés au vers 35, etc. lolaos ne donne pas leur nom : il l'ignore, et se borne en parlant d'eux à rapporter un on-dit; Alcmène est nommée au vers 4i, HyUos au vers 45. — iEthra, dans les Suppliantes, nomme Thésée aux vers 3, 87 ; Adraste aux vers 14, 21. Les indications sont ici réduites à l'essentiel. II

LES ÉLÉMENTS DU PROLOGUE 3l

faut dire que le personnage de Thésée tient à lui seul la plus grande place, et que celui d'Évadné, par exemple, n'est qu'épisodique. — Dans Héraclès, Mégara est nommée au vers 9, et désignée par TYjaoE (elle est en scène; cf. v, i4), Lycos aux vers 3i (cf. 87), 38. De Thésée il n'est naturellement pas question. Le nom d'Héraclès revient plusieurs fois : la pensée du héros occupe sans cesse l'esprit d'Amphitryon, vers 3, 12 (cf. 39), 47. — Ion est nommé par Hermès aux vers 74, 81; Creuse aux vers 11, 18, 67, 62, 65, 72 ; Xouthos aux vers 58, 70; la Pythie est mentionnée au vers ^2 (cf. 49). L'indication est à remarquer pour Ion : elle a la valeur d'une prédiction, car le fils de Creuse n'a pas encore de nom, et celui qu'Hermès lui donne, il ne le recevra en fait pour la première fois que dans le cours de la pièce. — Hélène dans les Troyetines est nommée au vers 35', Hécube au vers 37, Cassandre au vers ^2. Il n'est pas question d'Ândromaque; cet oubli tient sans doute au caractère spécial du drame, qui se présente comme une série d'épisodes sans lien nécessaire entre eux. — Le laboureur nomme Electre aux vers i5, 19, 34 ; c'est d'elle qu'il est question dans la seconde moitié du prologue. Clytemnestre est nommée au vers 9 (cf. v. i3), Égisthe aux vers 10% 12, 24, 28, 32, 42; Oreste aux vers i5, 48. — Ménélas est nommé dans Hélène aux vers 48 (cf. v. 49 et suiv.), 54, 55, 58, 63, 65; Théoclymène au vers 9 (cf. v. 62), Théonoé au vers i3. — Iphigénie nomme Oreste au vers 56, Thoas au vers 32. Pylade n'est pas nommé et les vers 59-60, s'ils étaient authentiques, fourniraient une indication intéressante. Ils expliqueraient pourquoi Iphigénie ne mentionne pas un personnage du drame aussi important que Pylade, et montreraient qu'Euripide tient à s'en excuser auprès du public. Mais Nauck, Koechly et Weil les rejettent, semble-t-il, avec raison 3. Sans parler du sens extraordinaire de sfAsj;, la réflexion d'Iphigénie introduit

I. Nauck, Eurip. Stud., II, p. i35, note i, estime que le vers peut être écarté sans inconvénient pour la suite des idées; votiKTÔeîaa est en effet peu satisfaisant. Mais rien ne prouve que la suppression s'impose. Arnim et Klinkenberg (p. 49) ne suspectent pas ce vers, et Nauck lui-même le garde dans son édition, comme VVecklein dans la sienne (1901).

3. Weil p. 576 regarde ce vers comme interpolé; c'est aussi l'avis de Klinkenberg (p; 53). Nauck et Arnim le conservent (voir Arnim, p. G5), de même Wecklein (1898).

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