‹ Le proloque dans la tragédie d'EuripideChapitre 27 sur 63 · I. Le vers lo est suspect. Voir plus haut · texte numérisé non relu

I. Le vers lo est suspect. Voir plus haut

LES ÉLÉMENTS DU PROLOGUE h^

mot, et un tableau généalogique. Son allure lui donne l'air d'un récit; au fond, son intérêt et sa raison d'être sont de renseigner le public sur la généalogie de personnages peu connus. On l'écartera donc ici pour y revenir ailleurs. Mais les détails donnés dans les vers 17-21 sur la légende de Léda sont étrangers à l'histoire d'Hélène. Ils forment plus qu'une parenthèse, un véritable hors - d'œuvre. Avec le récit du jugement des trois déesses par Paris sur le mont Ida, on entre dans l'exposé des causes lointaines de l'action et l'on arrive à l'histoire d'Hélène (v. 23-43). On apprend comment Héra, Aphrodite et la fille de Zeus se présentèrent devant Alexandre pour se disputer le prix de la beauté (v. 23-26). Cypris eut l'avantage, en promettant à Paris l'hymen d'Hélène, et le berger vint à Sparte pour recevoir sa récompense (v. 27-30). Mais Héra, blessée de sa défaite, ne lui livra qu'un fantôme à l'image d'Hélène (v. 3i-36). Suivent des considérations sur les desseins de Zeus, qui se serait servi d'Hélène pour déchaîner la guerre entre les Phrygiens et les Grecs (v. 37-43). Ce long développement a d'ailleurs un autre intérêt que de rappeler les causes lointaines du drame, ^.es changements apportés par Euripide à la légende traditionnelle rendaient nécessaires des explications détaillées, et le poète tenait en outre à y introduire des vues théologiques de sa façon. En somme, si l'on écarte les vers 4-i5, considérés comme un tableau généalogique, et les vers 23-43, exposé des causes lointaines du drame, il ne reste guère, comme récit du passé antérieur à l'action et étranger à elle, que la mention de la légende de Léda.

L'exposé des causes immédiates dans le prologue des Phéniciennes ne commence qu'au vers 69 (voir plus haut). Le développement qui précède est occupé en très grande partie par la légende de Laïos, Jocaste et Œdipe. Au vers 12, Jocaste se nomme et dès lors c'est plus ou moins son histoire qu'elle rappelle. Après avoir indiqué avec précision le nom de son père, de son frère, de son mari (v. 10- i3), elle raconte comment, son union avec Laïos étant restée d'abord stérile, le roi alla consulter l'oracle de Phœbos. Le dieu l'engagea à ne pas procréer d'enfant, l'avertissant qu'il serait tué par son fils et

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que sa maison s'éteindrait dans le sang (v, i3-2o). Désobéissance de Laïos, naissance d'un fils que son père fait exposer sur le Cithéron (v. 21-26). L'enfant est adopté par la femme de Polybe (v. 27-31). Devenu grand, Œdipe se rend à Delphes pour demander à l'oracle le secret de sa naissance; il rencontre Laïos, se prend de querelle avec lui, et le tue sans savoir qu'il est son père (v. 32-45). Il délivre la ville du Sphinx et épouse Jocaste (v. 45-54). De cette union naissent Étéocle, Polynice, Ismène, Antigone (v. 55-58). Œdipe découvre l'horrible vérité, et se crève les yeux (v. 5g -62). Parvenus à l'adolescence, ses fils l'enferment dans le palais, et il les maudit, appelant sur eux la discorde et la guerre (v. 63-68). Ce récit démesuré peut être regardé comme l'exposé des causes lointaines du drame. Un lien étroit, nécessaire comme la fatalité qui pèse sur les Labdacides, rattache les uns aux autres les divers épisodes de la légende de Laïos, d'Œdipe, et de ses fils. Le poète lui-même fait ressortir cette liaison en rappelant au début du récit les menaces prophétiques de l'oracle, de sorte que cette suite de catastrophes, prolongées par celles que l'on pressent, fait sortir d'une même faute initiale le passé, le présent et l'avenir.

Mais les neuf premiers vers sont tout à fait étrangers, au moins en apparence, à ces préliminaires lointains du drame. Le vers 5 rappelle l'arrivée de Cadmos à Thèbes quand il eut quitté la Phénicie (v. 6). Vient ensuite la mention de son mariage avec Harmonie, la naissance de Polydore, celle de Labdacos, enfin de Laïos (v. 7-9). La forme de cet exposé, comme le début d'Iphigénie en Tauride, dépasse celle d'une simple nomenclature généalogique.

Il est en tout cas un prologue où cette sorte d'explication ne saurait suffire : c'est celui d'Oreste. On a vu que l'exposé des causes immédiates commence avec le vers 28. Les vers précédents rappellent une cause plus lointaine de la situation présente: le meurtre d'Agamemnon par Glytemnestre(v. 24-27). Une fois écartés les vers 22-24, qui présentent au public la descendance d'Agamemnon, et où Electre se nomme, que reste-t-il? Le morceau qui va du vers 4 au vers 21 est étranger à l'exposé des causes. Le poète y rappelle la légende des Pélo-

pides, de Tantale à Atrée : punition de Tantale^ fils de Zeus, et cause de ce châtiment (v. 4-io); descendance de Tantale : Pélops, père d'Âtrée (v. ii), mésintelligence d' Atrée et de Thyeste aboutissant à l'horrible festin préparé par Atrée (v. i2-i5); les Atrides, Agamemnon et Ménélas, nés de la Cretoise Aéropé (v. 16-18); hymen de Ménélas et d'Hélène, d' Agamemnon et de Clytemnestre (v. 19-21). Le point de départ de cet exposé est sans doute un tableau généalogique, mais qui se développe en un véritable récit : la différence des deux manières saute aux yeux. A chaque génération qu'il mentionne, le poète raconte le crime qui s'y rattache; il en indique les causes ou, s'il croit devoir les passer sous silence, il souligne cette réserve.

A ce groupe se rattache enfin Iphigénie en Tauride. Les causes immédiates de la situation présente sont exposées dans les vers 28-33 (voir plus haut). Les vers 4-27 racontent dans quelles circonstances la fille d'Agamemnon fut autrefois sacrifiée par son père à la déesse Artémis sur les bords de l'Euripe. Ils rappellent la flotte, rassemblée à Aulis sous les ordres d'Agamemnon, le but de l'expédition (v. io-i4), l'oracle de Galchas (v. i5-24), l'intervention d'Ulysse, les apprêts du sacrifice (v. 2/1-27), autant de faits connus qu'il était difficile de passer sous silence dans un exposé des causes. Toutefois le poète a donné à certains détails un développement remarquable sur lequel on reviendra. Quant au début du prologue, vers i-4, brève mention de l'histoire de Pélops, fils de Tantale, et de sa descendance, il appartient pour le fond à la catégorie des exposés généalogiques, mais sa forme, au moins dans les deux premiers vers, est celle d'un récit'.

En résumé, l'on constate que quatre prologues seulement: Hippolyte, Hécabe, les lléraclides, les Suppliantes (?) ne vont pas au delà des causes immédiates dans leur exposé du passé. Tous les autres remontent aux causes lointaines de la situation présente. Parfois, il est vrai, ce ne sont pas les causes proprement dites qu'ils rappellent, mais plutôt les antécédents:

I. Archélaos débutait par un exposé du passé lointain qui devait être interminable puisqu'il partait d'/Egyptos (fr. 239) ou de Danaos (fr. 280), pour redescendre jusqu'à Archélaos, fils de l'Héraclide Téménos (voir Hygin, fab. 219). De même Phrixos (fragm. 816) qui remontait à Agénor, père de Cadmos.

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ainsi, dans les Bacchantes, le récit du voyage accompli par Dionysos à travers l'Asie précède l'arrivée du dieu à Thèbes ; on peut dire qu'il met cette arrivée en valeur, lui donne une partie de sa signification, et prépare l'action imminente par l'impression triomphale qui s'en dégage. Mais il n'est pas relié à la situation présente par un lien de cause à effet.

En outre, dans quatre ou cinq prologues un récit du passé lointain, étranger au drame qui va suivre et à ses acteurs, se superpose à l'exposé des causes. A la très grande rigueur on pourrait écarter Iphigénie en Tauride, s'il était permis de négliger l'allure des premiers vers pour ne voir dans le récit initial qu'un tableau généalogique. Mais le prologue d'Hélène, en rappelant la légende de Léda, remonte plus haut que les origines du drame, et s'en éloigne, sans parler des détails qu'il donne sur Protée et sa descendance. L'exposé relatif à Cadmos et à la postérité de Cadmos, dans les Phéniciennes, se présente sous la forme d'un récit sans rapport direct avec l'histoire de Laïos et de Jocaste. Plus nettement encore, au début d'Electre, se détache de l'exposé des causes le récit de l'expédition de Troie conduite par Agamemnon. Enfin dans Oreste le récit du passé lointain n'offre aucune ressemblance avec une nomenclature généalogique et vient s'ajouter à l'exposé proprement dit des causes du drame.

La question est de savoir à quoi tiennent ces différences de traitement. Pour y répondre, la méthode à employer paraît être la suivante : mettre en présence les pièces du même groupe pour en dégager les traits communs qui peuvent justifier l'emploi d'un même traitement, puis vérifier cette explication provisoire par la comparaison des divers groupes. Soit d'abord les quatre drames où l'exposé du prologue se borne aux causes immédiates. Il ne faut pas faire entrer en compte les différences qui proviennent du développement plus ou moins grand donné à cet exposé; il est beaucoup plus étendu dans Hippolyte, Hécube, les Héraclides que dans les Suppliantes, mais c'est là une autre question. Les quatre pièces présentent ce caractère commun que les personnages principaux du drame n'ont pas d'autre passe (c'est-à-dire de passé connu) que celui qui est rappelé dans l'exposé des causes.

Le fait saute aux yewx pour Hippolyte, il paraît évident pour les Héraclides. Sans doute le sujet des Suppliantes se rattache au dernier ou à l'avant-dernier acte de la légende d'Œdipe, et en ce sens il peut être considéré comme une suite des Phéniciennes. Mais ce qui est au premier plan des Phéniciennes, c'est la famille d'Œdipe : Jocaste sa femme, Polynice et Étéocle ses fils, etc. Dans les Suppliantes, ce n'est pas ce côté de la situation qui est montré au public; ce qu'on a sous les yeux, c'est le cas de ces femmes argiennes qui veulent obtenir d'Athènes contre Thobes la sépulture de leurs fils. Une certaine réserve doit être faite pour Hécube : si Polydore n'a pas d'autre histoire que celle que raconte son ombre, il n'en est pas de même pour la vieille épouse de Priam. La pièce la montre accablée d'infortunes, mais le prologue ne rappelle point ses malheurs passés, par exemple la mort d'Hector, le meurtre de Priam; il n'évoque pas non plus, pour mettre plus fortement en relief sa misère présente, le temps lointain de la prospérité troyenne. La cause de ce dernier fait est peut-être qu'Hécube, dans l'épopée grecque, avait toujours été représentée comme une mère de douleurs et qu'elle était devenue le symbole de la déchéance tragique. Il n'en est pas moins vrai que l'histoire d'Hécube ne commence pas avec le départ de la flotte grecque et qu'Euripide pouvait remonter davantage dans le passé.

Si l'exposé du prologue se bornait aux causes immédiates dans les pièces du second groupe, Apollon débuterait en expliquant qu'Admète a reçu de lui la faveur d'échapper à la mort; la nourrice de Médée ouvrirait son récit par l'annonce du nouveau mariage de Jason ; Andromaque se bornerait à mentionner l'union de Néoptolème et d'Hermione, puisque telle est la cause de sa détresse présente ; Amphitryon commencerait par rappeler la descente d'Héraclès aux enfers et l'usurpation de Lycos; Poséidon en viendrait d'abord à la ruse d'Epeios et à l'introduction du cheval de bois dans la ville; Hermès ne remonterait pas jusqu'à la victoire de Xouthos sur les Chalcodontides pour expliquer son mariage avec Creuse; enfin Dionysos se contenterait d'exposer les calomnies des sœurs de Sémélé. On a vu au contraire que dans tous ces

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drames le récit du r^poloyi^oiv prend les choses de plus loin et retrace les causes lointaines de la situation présente.

Quel caractère commun ces prologues présentent-ils qui puisse expliquer une semblable disposition? Précisément ce qui manque aux prologues du premier groupe : le personnage principal ou les personnages principaux ont un passé, et l'action qui s'ouvre montre un épisode nouveau de l'histoire plus ou moins longue rapportée dans le prologue. En rappelant la mort d'Asclépios foudroyé par Zeus, Apollon remonte aux causes lointaines qui l'ont amené chez Admète et lui ont ainsi donné l'occasion d'apprécier, puis de récompenser la piété du roi. On peut en dire autant du récit d'Hermès mentionnant la victoire remportée par Xouthos au service d'Athènes. Ailleurs le prologue donne plutôt un récit des antécédents qu'un exposé des causes lointaines au sens propre du mot : ainsi dans Andromaque, quand l'esclave de Néoptolème rappelle son mariage avec Hector et les tragiques événements qui l'ont suivi; de même dans Méde'e, où la double histoire de l'héroïne et de Jason, les acteurs principaux du drame, est reprise à son origine, l'expédition des Argonautes ; de même aussi dans Héraclès, où Amphitryon retrace les fêtes célébrées à Thèbes lors du mariage d'Héraclès et de Mégara. Il faut y joindre le prologue des Bacchantes, dans sa description du voyage triomphal de Dionysos, et celui des Troyennes, où Poséidon raconte comment il a fondé la ville avec Apollon.

Des raisons diverses semblent avoir déterminé Euripide à ces rappels du passé. H n'était pas inutile, dans le prologue d'Alceste, de remonter jusqu'à la mort d'Asclépios pour indiquer l'origine d'une situation aussi exceptionnelle que celle d'Apollon chez Admète et pour justifier l'extraordinaire faveur obtenue par l'époux d'Alceste. D'ailleurs les événements sont reliés entre eux, dans celte évocation du passé, par un rapport étroit de cause à effet qui fait dépendre presque directement de la mort d'Asclépios la situation présente. Il n'était pas moins utile aux yeux du poète de mentionner le service rendu aux Athéniens par Xouthos et qui lui valut la main de Creuse. Il fallait rattacher à un événement connu le nom de Xouthos, pour intéresser le public à cet étranger qui joue un rôle

important dans la pièce, d'autant plus que le patriotisme des spectateurs trouvait son compte dans cette mention d'une victoire athénienne. Le voyage accompli par Dionysos forme un contraste saisissant avec les dédains des sœurs de Sémélé et avec l'incrédulité de Penthée; l'autorité du dieu s'affirme ainsi dès le début du drame et les menaces qu'il fait entendre en prennent toute leur valeur. Les événements tragiques qui vont se dérouler sont annoncés déjà par l'impression victorieuse que dégage cette promenade à travers les peuples asiatiques. Une opposition dramatique entre le passé et le présent justifie en partie dans les Troyennes l'évocation des origines de Troie. Cette fondation opérée sous les auspices de deux divinités, qui semblait être pour la ville une garantie de bonheur, fait douloureusement ressortir la désolation présente et la misère des captives. Le rappel du passé au début de Medee, Andromaque, Héraclès, s'explique par la recherche d'un contraste analogue'. Ce contraste est d'autant plus sensible qu'il s'agit de légendes célèbres. En outre, dans Médce comme dans Alcesle, Euripide veut évidemment attirer l'attention sur l'enchaînement des faits qui relient à l'expédition des Argonautes la situation présente.

Les cinq tragédies que Ton a réservées : Electre, Hélène, Iphigénie en Tauride, les Phéniciennes, Oresie, appartiennent à la même catégorie, dans la mesure oii le prologue y rappelle le passé du personnage principal. Cette évocation des causes lointaines s'explique par les mêmes raisons que dans les drames du second groupe : l'histoire qu'elle retrace est toujours célèbre. Euripide ne pouvait guère se dispenser, au début di Iphigénie en Tauride, de mettre dans la bouche de la prêtresse le récit du sacrifice consommé à Aulis et des circonstances qui l'avaient déterminé. Il était plus utile encore, dans le prologue d'Éleclre, de ne point passer sous silence le meurtre d'Agamemnon : c'est en réalité le point de départ de la pièce, l'explication de la puissance acquise par Égisthe, de la déchéance d'Electre et de sa haine. Une raison un peu différente conduisait le poète à rappeler dans Hélène le jugement des trois

I. La seconde scène du prologue d'Andromaque met en lumière celle intention. Voir notamment, vers 65 : tîj TtpôdÔ' àviddr) xrfie, \-3v oï ôrjax'jyjX,

, L. MKRIDIER. S

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déesses sur l'Ida, et ses conséquences: il s'agissait d'une légende célèbre où il voulait introduire des changements décisifs. De même pour les Phéniciennes : là aussi Euripide modifiait sur certains points la tradition courante ' ; en outre, une idée importante, la vieille croyance grecque à l'hérédité du crime, était mise en relief par le récit de ces horreurs accumulées et préparait à l'action sanglante de la pièce. •

Mais ces drames doivent être mis à part en ce que l'exposé remonte plus haut que l'histoire du personnage principal. Quelle peut être la cause de ces retours vers un passé dont on ne voit pas le lien nécessaire avec la pièce? Il est assez difficile de donner une explication également valable pour tous les prologues. La légende fameuse des Tantalides illustre avec un éclat particulier la croyance à une malédiction héréditaire s'acharnant sur une suite de générations. Cette action persistante d'une même fatalité établit entre les histoires successives de Tantale, Pélops, Atrée, Agamemnon, racontées par Electre au début d'Ores/e, une unité profonde et comme un rapport de cause à effet. Ainsi le sujet de la pièce se trouve rattaché aux origines lointaines de la race, et la tragédie d'Oreste apparaît comme le dernier épisode d'un drame aux nombreux actes. La même remarque s'applique dans une certaine mesure aux Phéniciennes. Jocaste elle-même met en évidence cette sorte d'unité dans les premiers vers du prologue (voir notamment 4-6), en signalant comme un jour maudit celui oii Gadmos mit le pied sur le sol thébain. De cette malédiction obscure dont l'annonce introduit le récit du passé, découlent tous les malheurs qui ont frappé les Labdacidcs. L'histoire de Pélops et l'indication de sa descendance au début à'Iphigénie en Tauride, comme l'histoire de Cadmos et de sa postérité immédiate dans le prologue des Phéniciennes, font penser aux tableaux généalogiques. Mais si les exposés généalogiques ont fourni au poète le point de départ, il y a introduit un élément nouveau qui en modifie la nature en les élargissant. Iphigénie ne se contente pas de dire : Pélops fils de Tantale, ayant épousé la fille

I. G. Krausse, De Euripide JEschyli instauratore, léna, igoB, p. lao-iai, observe qu'Euripide résume dans ce prologue le sujet du Laïos et de l'Œdipe d'Eschyle, avec des variantes nombreuses.

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d'Œnomaos, engendra Atrée, qui fut le père d'Agamemnon et de Ménélas. Il raconte les circonstances du mariage de Pélops : « Le fils de Tantale, Pélops, étant venu à Pisa sur des chevaux rapides, etc. » Jocaste explique de même comment Cadmos vint de la Phénicie à Thèbes. La forme particulière de l'invocation à Hélios qui ouvre le prologue accuse encore cette allure narrative (v. 4-5 : wç Sujtx/^ Q-rfixiai xfi tôO' fjf/ipa-ôxTïv * èçîSxaç, Kâ5ixo; Yiv!/.', etc.). L'expédition glorieuse de Troie au début du prologue d'Electre fait contraste avec la fin misérable d'Agamemnon rappelée ensuite. On en vient donc à se demander si ce récit du passé lointain ne serait pas l'extension d'un procédé plusieurs fois employé par Euripide, et que l'on a signalé pour Médée, Andromaque et Héraclès. Que ce soit là la vraie raison ou seulement un prétexte, ce récit est justifié aux yeux d'Euripide par l'opposition dramatique qui en résulte (voir le V. 8: y,xAzX [j.h r/jrjy/jaev' h 5à S(i');j.a(Tu..). Restent les vers 17-21 du prologue d'Hélène. L'héroïne ne se contente pas, après avoir nommé Tyndare son père (v. 17), de donner le nom de sa mère Léda : elle rappelle la légende de Zeus s'inlroduisant auprès de Léda sous la forme d'un cygne. Cette mention ne se justifie point par la nécessité de fournir sur les parents d'Hélène des indications précises ; il n'y avait aucune raison particulière d'insister ici sur la légende connue de Zeus et Léda. Deux explications sont possibles : Euripide s'est laissé entraîner à ce hors-d'œuvre par un scrupule exagéré de précision, ou bien il a voulu suggérer l'attitude sceptique qu'il prenait devant la tradition. Au reste, les deux hypothèses ne sont pas inconciliables et peuvent être également retenues. Mais la seconde vise un ordre de préoccupations assez étranger à l'exposé des faits et sur lequel on reviendra.

Si les prologues du second groupe n'offrent aucun retour de ce genre vers un passé lointain, c'est qu'Euripide ne pouvait y remonter au delà des causes qu'il explique: il n'y avait rien à raconter dans Alceste avant le meurtre d'Asclépios ; l'histoire de Xouthos ne commence qu'avec sa victoire sur les Chalcodontides ; Poséidon part de la fondation de Troie et ne saurait reculer plus loin dans le passé ; Dionysos n'a guère à rappeler que l'histoire de Sémélé, sa propre naissance et ses voyages;

Sa LE PROLOGUE DANS LA THAGEDIE d'eURIPIDE

on ne voit pas ce qui aurait pu déterminer Amphitryon à reprendre les choses au delà du mariage d'Héraclès, et il est évident qu'Andromaque, en évoquant le temps lointain où elle devint l'épouse d'Hector, la nourrice de Médée en rappelant le départ des Argonautes, épuisent à propos du passé toute la légende.

Mais à l'intérieur du dernier groupe, des différences notables apparaissent entre les prologues. Iphigénie en Tauride, Electre, Oreste se rattachent également à l'histoire des Atrides, et dans une certaine mesure Oresle fait suite à Electre, puisqu'Euripide y développe l'acte suivant de la même légende. L'exposé du passé lointain est cependant conçu dans ces trois prologues de façon différente. Dans Iphigénie en Tauride il part de Pélops, dans Electre il ne commence qu'à l'expédition de Troie, dans Oreste il remonte à Tantale. Ces différences s'expliquent surtout par la nature du sujet traité. Le drame à'Oreste met en scène l'épilogue d'une longue histoire dominée par une même idée de fatalité et d'hérédité criminelle: il est naturel que le poète y rappelle cette histoire dès ses origines, et qu'il ne le fasse pas dans Electre, où il s'agit essentiellement de la vengeance du meurtre d'Agamemnon, bien que le dénouement résume la fin de la légende.

Cette explication toutefois ne justifie pas pour Iphigénie en Tauride la mention de Pélops et de ses descendants, et il est permis de se demander, en considérant l'ensemble des prologues, si Euripide s'est toujours fait la même idée de l'exposé des causes et du passé. Est-ce par une simple coïncidence que les drames où cet exposé remonte le plus loin dans le temps appartiennent tous à la dernière période de la vie du poète? Est-il bien sûr que les différences de traitement signalées plus haut tiennent seulement à la nature des sujets? Si l'on compare les Héraclides avec Electre, que voit-on? Les deux tragédies présentent au début une situation analogue : les descendants d'un héros glorieux et puissant réduits à un sort misérable, et poursuivis par une hostilité qui assouvit sur eux la haine vouée au père. Dans le prologue du second drame, Euripide a cru devoir remonter au delà du passé d'Electre et rappeler le départ de l'expédition grecque pour Troie. Cette évocation, il

a tâché de la justifier en en tirant un contraste dramatique avec la suite du récit. Mais pourquoi n'a-t-il pas fait de même dans les Héraclides? Il s'y est borné à l'exposé des causes immédiates; cependant il pouvait remonter jusqu'à Héraclès, ef opposer la gloire du héros à la misère de ses descendants pour en dégager un effet pathétique analogue à celui d'Electre. On peut même se demander si la remarque n'est pas applicable à Hécube^ et si l'infortune de la vieille reine devenue captive n'est pas une de ces déchéances saisissantes qui en d'autres temps auraient été soulignées par le poète d'un contraste avec le passé glorieux. Ces rapprochements prennent une signification si l'on songe qxïHécube et les Héraclides sont à peu près du même temps (427-422) et qu'Electre, composée bien des années plus tard (4i3),se place dans un groupe de pièces où l'on voit se multiplier les libertés prises par le poète avec sa conception primitive: la mention, dans Hélène, de la légende de Zeus et de Léda ne peut s'expliquer par les nécessités de l'exposé; de même la généalogie des Pélopides qui ouvre le prologue d'Iphigcnie en Tauride ne se rattache que de fort loin au récit du passé.

Il ne semble donc pas téméraire de conclure sur ce point à une évolution. Jusque vers 4i5, l'exposé des causes et du passé revêt deux formes essentielles selon la nature du sujet : tantôt il ne rappelle que les causes immédiates de la situation présente : c'est le cas pour Hippolyte, Hécube, les Héraclides, les Suppliantes (avec la réserve indiquée plus haut); tantôt il part des causes lointaines et évoque le passé du personnage principal : Alceste, Médée, Andromaque, Héraclès, Ion. Il fauty ajouter les Bacchantes, c'est-à-dire avec Iphigénieà A u/is la dernière pièce conservée d'Euripide et celle qui devrait accuser le plus nettement la dernière manière du poète. Il n'y a rien à conclure, contre l'hypothèse esquissée ici, des caractères du prologue des Bacchantes : si l'exposé des causes ne remonte pas plus avant dans le passé, c'est qu'il ne trouvait rien à raconter au delà. Après 4i5 environ, l'exposé tend à s'élargir pour embrasser un passé plus lointain encore, étranger aux personnages de l'action ; c'est ce que l'on constate, à divers degrés, pour Electre, Hélène, Iphigénie en Tauride, les Phéniciennes,

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Oreste. La nature du sujet n'y est pas étrangère, au moins dans Oreste. Quant à Electre, Euripide y étend à un passé lointain, antérieur à l'histoire des personnages de l'action, un procédé de cofitraste qui lui est depuis longtemps familier. Si le procédé n'est pas neuf, l'application qui en est faite ici semble nouvelle, et inspirée par les tendances du poète à cette époque. Dans Iphigénie en Tauride, certains retours vers un passé lointain paraissent encore s'expliquer par un élargissement de l'exposé, bien que les nécessités de cet exposé ne le justifient pas comme dans Oreste. Le poète utilise ici la conception plus libre à laquelle il est parvenu pour introduire dans le prologue, sous prétexte de retracer le passé, divers éléments». Les Généalogies. — En général, quand un personnage important de la pièce descend d'un ancêtre connu, cette parenté est indiquée dans le prologue =". C'est une façon de fixer l'identité de ce personnage (voir plus haut, p. 28 et suiv.). Apollon rappelle que Zeus est son père (v. 3-6), Hippolyte est désigné comme le fils de Thésée et d'une Amazone, et comme le nourrisson du vieux Pitthée (v. 10-11), Indirectement, à propos d'une indication de lieu, Andromaque rattache Néoptolème, fils d'Achille, à Thétis et Pelée (v. 18 et suiv.). Polydore se donne pour le fils de Priam et d'Hécube, fille de Cissée (v. 3-4). Amphitryon explique qu'il est fils d'Alcée, fils de Persée; puis il apprend au public que Mégara est fille de Créon, après avoir rappelé que Créon est fils de Ménécée (v. 7-8). yEthra se nomme la fille de Pitthée (v. 4), la mère de Thésée (v. 3), l'épouse d'Egée (v. 6) qui est lui-même fils de Pandion (v. 6-7). lolaos ne rappelle pas la généalogie des Héraclides, non plus que celle des fils de Thésée, bien qu'il fasse allusion à la parenté qui unit les deux familles {\. 37); il se borne à indiquer que les fils de Thésée sont de la race de Pandion (v. 35-36). Creuse, la mère d'Ion, est présentée

I. Les indications que l'on peut tirer de certains fragments de prologues paraissent confirmer ces conclusions. Le prologue A'Œneus (drame antérieur à 4a5) en vient d'abord à Tydée, père de Diomède qui fait l'office de TtpoXoyi'Cwv. Au contraire Archélaos, qui est des dernières années d'Euripide, remonte très haut dans le passé en partant d' Jîgyptos ou Danaos. Un retour analogue vers le passé lointain se relève dans le prologue de Mélanippe la sage (fr. 484), mais tout ce qu'on sait de cette pièce, c'est qu'elle a été jouée avant 4ii.

a. Aristophane raille l'abus de ces indications dans les Grenouilles, II les parodie dans les Acharniens (v. 47 et suiv.),

comme une fille d'Érechthée (v. lo-ii), et descend d'Érichthonios (v, 20-21; cf. v. 2/i). Xouthos est rattaché à son père iEolos, fils de Zeus (v. 63-64). Hélène est fille de Tyndare; sa mère Léda (v. 16-21) passe pour s'être unie à Zeus.

Mais ce ne sont là, pour ainsi dire, que des ébauches de généalogies. Il y a dans les prologues une catégorie spéciale d'exposés, les tableaux généalogiques, qui débutent par le fondateur de la race pour descendre, en suivant les degrés intermédiaires, jusqu'à un personnage de la pièce. On en relève sept exemples : dans Héraclès, Ion, Hélène, Iphigénie en Tauride, les Phéniciennes, Oresle, les Baccha/ilesK Souvent la généalogie rappelée est celle du zpoXoYi'swv ; c'est le cas pour Ion, Iphigénie en Tauride, les Phéniciennes, Oresle, les Bacchantes. Hermès ouvre le prologue d'Ion en ces termes : « Atlas qui use son dos d'airain à porter le ciel, antique demeure des dieux, eut d'une déesse Maïa, qui me donna pour fils au grand Zeus, moi Hermès, le serviteur des dieux. » — Le prologue d'Iphigénie en Tauride débute également par une généalogie, celle des Pélopides : Pélops, fils de Tantale, étant venu à Pisa (v. i), épousa Hippodamie, fille d'Œnomaos (v. 2) dont il eut Alrée. Atrée eut pour fils (v. 3) Ménélas et Agamemnon (v. 4)- Iphigénie est la fille d' Agamemnon et de la fille de Tyndare» (v. 4-5). — Jocaste développe toute la généalogie des Labdacides, depuis Cadmos (v. 5-6) jusqu'aux enfants d'Œdipe : Cadmos épousa une fille de Gypris, Harmonie (v. 7); il eut d'elle Polydore, père de Labdacos, lequel eut pour fils Laïos (v. 8-9). Jocaste, fille de Ménécée et sœur de Créon, né de la même mère, a épousé Laïos (v. 10- 13). Plus loin, les indications données par Jocaste sur les enfants qu'elle a eus d'Œdipe continuent et complètent la généa-

1. Il faut y ajouter le début de Mélanippe la sage (fragm. 484, Nauck, III, p. i3o) : c Zeus... engendra Hellen. » Il ne reste que le premier vers et le début du second; le poète (voir Grégoire de Corinthe, Rhet., vol. 7, p, i3i3, cité par Nauck, p. 129) devait indiquer ensuite qu'Hellen fut père d'.t]olos, qui d'Eurydice eut trois flls : Gréthée, Salmonée et Sisyphe,etd'Hippé, fille de Ghiron, une fille: Mélanippe; — celui de Phrixos (fragm. SiG, p. 229), parodié par Aristophane, Gren., v. 1225 : «Cadmos de Sidon, fils d'Agénor et Phénicien de naissance, étant venu à Thèbes, eut trois fils : Gilix, Phoenix et Thasos; » — et peut-être le fragment i4 (p. 4), tiré d'^'oios, qui semble appartenir au prologue; « Hellen, flls de Zeus suivant la légende, eut pour fils JEolos; JSoIos devint père de Sisyphe, Athamas, Gréthée et Salmonée. »

2, Suivant M. Patin (Études sur les tragiques grecs, III, p. 284), la parodie des Acharniens viserait cette généalogie.

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logie : elle a mis au monde deux fils (v. 55) : Étéocle et Polynice (v. 56), et deux filles : l'une nommée Ismène par son père, l'autre, l'aînée, appelée Antigone par Jocaste (v. 57-58). — La généalogie exposée par Iphigénie se retrouve dans Oreste, mais elle part ici de Zeus lui-même : Tantale, fils de Zeus suivant la légende (v. 5), engendra Pélops, père d'Atrée (v. Il) et de Thyeste (v. i3). Atrée eut pour fils Agamemnon et Ménélas, nés tous deux de la Cretoise Aéropé (v. 16-18). Ménélas a épousé Hélène, Agamemnon Glytemnestre (v. 19-21). Trois filles sont nées de ce dernier mariage (v. 22) : Ghrysothémis, Iphigénie, Electre qui parle (v. 28), et un fils : Oreste (v. 24). La descendance de Ménélas est indiquée plus loin (v. 63 et suiv.), quand Electre en vient à Hermione. — Enfin, le prologue des Bacchantes débute par la généalogie de Dionysos. Elle est naturellement fort brève : le dieu est fils de Zeus (v. i) et de la fille de Cadmos (v. 2), Sémélé (v. 3). Ces données sont complétées plus loin par la mention de Penthée et l'indication exacte de sa parenté : il est le petit-fils de Cadmos par sa mère (v. 43-44).

Dans deux cas l'exposé généalogique intéresse, non le TCpoXoY''Cwv> mais d'autres personnages du drame. Amphitryon rappelle la généalogie de l'usurpateur Lycos. Elle part de Lycos l'ancien, époux de Dircé (v. 27), qui fut roi de Thèbes (v, 28) avant que le pouvoir tombât aux mains d'Amphion et Zéthos, fils de Zeus (v. 20-33). On arrive ainsi à l'usurpateur qui porte le nom de son père (v. 3i) bien qu'il ne soit pas Thébain, mais vienne de l'Eubée (v. 82). — La généalogie de Théoclymène et Théonoé est donnée par Hélène dans la première partie du prologue (v. 4-i5). Protée (v. 4) s'unit à une nymphe marine, Psamathé, quand elle eut renoncé à l'hymen d'Eaque (v. 6-7). 11 eut d'elle deux enfants, Théoclymène et Eido, nommée plus tard Théonoé pour la faculté de divination qu'elle tenait de .son aïeul Nérée. On a donc la succession : Nérée

Psamathé, épouse de Protée

Théoclymène et Eido (Théonoé).

Replacés dans l'ensemble de l'exposé, ces tableaux généalogiques se rattachent soit aux indications d'identité fournies par le prologue sur les personnages du drame, soit au récit du passé. Ils se confondent avec l'exposé du passé dans les Phéniciennes et dans Oreste. La chose est sensible surtout pour Oreste à cause de l'unité d'impression que l'on a signalée', et qui intéresse aux malheurs des enfants d'Agamemnon les générations antérieures et jusqu'au fondateur de la race, Tantale. Cette unité est moins perceptible dans les Phéniciennes : les noms de Cadmos, Harmonie, Labdacos ne donnent pas la même résonance tragique que ceux de Laïos, Jocaste et Œdipe, et l'on a plutôt affaire dans ce dernier prologue à un élargissement assez artificiel de l'exposé, malgré l'effort du poète pour en rassembler tous les éléments sous le même point de vue». A l'autre catégorie appartiennent Héraclès, Ion, Iphigénie en Tauride, Hélène, les Bacchantes. Parfois l'exposé généalogique y sert à relier des personnages peu connus à un nom ou à une légende célèbres. On s'explique ainsi les détails donnés sur Théoclymène et Eido-Théonoé : l'un et l'autre ont un rôle important dans la pièce : or ils n'étaient pas familiers au public; il y avait intérêt à rattacher cette famille étrangère à un nom connu comme celui de Protée. De même pour Lycos ; la généalogie donnée par Amphitryon fixe un point mal connu de la légende en faisant de l'usurpateur le descendant de l'ancien Lycos, illustré par l'histoire de Dircé, Amphion et Zéthos. Ailleurs la généalogie rappelée est fameuse ; mais les rapports de parenté qu'elle proclame ont la valeur d'un argument; ainsi dans les Bacchanles : celle qui ouvre le prologue a une signification et une importance sur lesquelles il serait superflu d'insister.

Ces tableaux généalogiques se justifient donc par des raisons diverses.

Mais il n'en est pas de même pour Ion et Iphigénie en Tauride. Quelle nécessité y avait-il de rappeler aux spectateurs des choses aussi connues que la généalogie d'Hermèe ou la descendance de Pélops, et d'ailleurs aussi étrangères à l'intérêt du

a. Voir p. 5o.

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drame? On a vu' que ces exposés généalogiques ne rentrent pas dans révocation du passé ; ils n'éclairent pas davantage le sens de la pièce, ni la conduite des personnages, et ils se superposent au récit comme de véritables hors-d'œuvre^ Il peut être intéressant dans Oresle de rappeler les liens qui unissent Electre et son frère à une série d'ancêtres criminels et maudits; un rapprochement analogue se comprend à la rigueur dans. les Phéniciennes; on ne saurait invoquer une raison de ce genre pour Ion et Iphigénie en Tauride.

Une seule explication paraît possible : Euripide s'est laissé entraîner, dans ces deux prologues, à étendre hors de son emploi régulier un procédé dont on a signalé la raison. Il en a fait l'application à des cas où ce procédé ne se justifie plus, parce que les besoins auxquels il doit répondre n'y existent pas 3. La tendance qui a été relevée dans le chapitre précédent pour l'exposé des causes se manifeste donc pour les généalogies. Si l'on considère les prologues dans leur ensemble et par ordre de date, on constate que jusqu'en 425 environ, les indications généalogiques s'y réduisent en général au minimum'' : les rapports de parenté sont marqués de la façon la plus sommaire dans Alcesie, Médée, Hippolyie, Andromaque, les Héraclides. Mais déjà les détails sont donnés plus nombreux et plus précis dans Hécube qui est à peu près de la même époque que les Héraclides, de même dans les Suppliantes. \\ec Héraclès et /o/i commencent à apparaître les tableaux généalogiques proprement dits, et il est fort instructif, par exemple, de comparer le début d'Ion à ceux d'Alceste et d'IIippolyte. Les Troyennes doivent être mises à part, étant données les conditions toutes particulières de l'exposition. Les drames de la dernière

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