Voir Plutarque, Moral., p. 756 c. Cf. Decharme, p
64 LE PROLOGUE DANS LA TRAGEDIE d'eURIPIDE
pour l'inviter à recueillir l'enfant abandonné, et à le porter à Delphes (v. 29-36). Ce discours est reproduit en style direct; il est développé sans raison : Apollon pouvait dire en trois vers ce qu'il délaye en sept vers et demi. La périphrase sur Athènes, qui tient deux vers, s'explique sans doute par le désir de flatter le public; d'ailleurs elle fait double emploi avec cellq des vers 8-9. Il y a des remplissages évidents : vers 3i, ^pécpo? vîoyviv; vers 33, AeXçwv ; vers 34, o6[^.(i)v £[;,à)v. Par contre, des indications nécessaires ne sont pas données : Phœbos néglige de renseigner Hermès sur l'emplacement exact de la grotte où Creuse a déposé son fils : kv. y,oiXr,q rd-cpxq est insuffisant.
2° Quand il analyse les sentiments éprouvés par la Pythie à la vue de l'enfant (v. 43-48). Il ne s'agit ici que d'un détail secondaire dans l'ensemble du récit. Or Hermès se complaît à retracer les états d'âme successifs par lesquels a passé la prêtresse: elle est demeurée interdite (v. 44); d'abord elle a supposé qu'une jeune fille de Delphes avait voulu cacher le fruit d'un amour clandestin (v. 44-45); par suite son premier mouvement a été de jeter l'enfant hors du sanctuaire (v. 46); puis elle a été émue de pitié (v. 47), et le dieu a agi sur elle pour l'empêcher d'exécuter son dessein (v. 48).
Iphigéiiie en Tauride : Lorsque Iphigénie évoque les circonstances qui l'ont amenée en Tauride, et remonte au sacrifice d'Aulis, elle fait mention de l'oracle de Calchas. Cet oracle est rapporté en style direct, sous la forme d'un discours adressé à Agamemnon (v. 17-24). Qu'Iphigénie tienne à le rappeler, on le comprend : non seulement cette mention rentre dans l'exposé du passé, mais la prêtresse garde au devin une haine particulièrement forte (voir les v. 53 1 -533). Pourtant ces raisons ne justifient pas l'emploi du style direct, qui rompt l'allure du récit, ni le développement donné à l'oracle. Le premier vers n'a d'autre utilité que de définir par une périphrase Agamemnon nommé au second; les vers 20-21 rappellent le vœu imprudent du roi. Iphigénie a été nommée au vers 19, avec l'indication des liens qui l'unissent à Agamemnon. Le vers 22 n'est, donc qu'une paraphrase de %iç>T,'t j-r;v 'I(piYsvstav, etc..
Le récit démesuré de Jocaste dans les Phéniciennes frappait déjà le scholiaste'. Il renferme des hors-d'œuvre évidents :
1° Vers i5-22 : dans quelles circonstances Laïcs engendra Œdipe. Il suffisait de dire, semble t-il : Laïcs, ayant engendré un fils, malgré les avertissements menaçants d'ApoUcn, et reconnaissant sa faute (v. 22), etc.. Au contraire, Jocaste rapporte l'oracle en style direct; le début de la réponse : w 0rj6aiaiv ejiTCTToiç ava;, est un pur ornement de style; au vers 19 et yocp TcKvoWciç 7:at5a répète en partie le vers précédent; •/,%{ Gr.dpctç ppécpoç a tout l'air d'un remplissage après à'jxs-.pcv r;[xTv zaïSa, etc..
2° Vers 2^-3 1, Jocaste raconte comment Œdipe, ayant été exposé sur le Cithéron, fut recueilli par les serviteurs de Polybe^ et élevé par la reine. Il faut au poète sept vers pour le dire=».
3" Treize vers (32-45) sont consacrés au récit du parricide commis par Œdipe. Le vers 32 revient plus loin (v. 63) sous une forme un peu différente à propos des fils de Jocaste : appliqué à Œdipe il n'a donc pas de valeur particulière; c'est une simple périphrase pour indiquer qu'Œdipe était alors parvenu à l'adolescence, indication fort simple inutilement développée. L'apostrophe du cocher de Laïcs à Œdipe est présentée en style direct (v. 4o). Des enjolivements de style apparaissent, des recherches d'image. Sans parler du vers 32, voir les vers 4i-42 : -rrwXoi Se v.v — yrfhyXç -zbtc'nccç â^eçoîvtffGov ttcowv. L'offrande du char à Polybe est un détail sans intérêt ici (v. 43-/i4). On est donc en présence d'une scène à laquelle le poète a voulu 'donner une valeur dramatique et qu'il a traitée pour elle-même, comme un récit de messager, au risque de sacrifier à l'effet immédiat les exigences générales de l'exposé.
De ces constatations diverses se dégage une même impression. Euripide se sent à l'aise dans le cadre fort élastique qu'il a tracé au prologue, et il profite des facilités que sa forme lui donne. L'exposé qu'il fournit vise à être précis et complet, et le poète est parfois tenté d'y insérer sous ce prétexte des éléments étrangers au sujet, qui satisfont tel ou tel de ses goûts particuliers. Des digressions mythiques, directement adressées
I. Ta (yàp) Tï^; 'loxâatriç 7rapeXxô[X£vâ tiai (Éd. Schwartz I, p. 260. Cf. W. Elsperger, Philol. Suppl. XI, Heft i, Leipzig, 1908, p. 7).
a. Six en admettant que le vers 37 soit une interpolation.