‹ Le proloque dans la tragédie d'EuripideChapitre 34 sur 63 · I. Cf. Arnim, p. ga · texte numérisé non relu

I. Cf. Arnim, p. ga

70 LE PROLOGUE DANS LA TRAGEDIE D EURIPipE

Médée, sacrifiée par Jason et réduite au désespoir, inflige à ses ennemis une vengeance efl'royable ; Andromaque et son fils échappent à leurs persécuteurs; la situation d'Amphitryon et de Mégara, qui semblait au début presque désespérée, change entièrement de face par le retour d'Héraclès, et c'est Lycos qui est égorgé; Electre et Oreste condamnés à mort sont miraculeusement sauvés et délivrés de leurs misères, après avoir tenu Ménélas en échec; les Suppliantes, dont yEthra s'est constituée le porte-parole, font triompher contre Thèbes leurs revendications grâce à l'appui d'Athènes, et les Héraclides, poursuivis au début par la haine impitoyable d'Eurysthée, remportent grâce à l'entremise d'Athènes une victoire si complète sur leur persécuteur qu'il se voit livré aux représailles d'Alcmène; Electre, dont le prologue a montré la déchéance, réussit avec Oreste à abattre les meurtriers triomphants d'Agamemnon. Toutefois Hélène et Iphigénie en Tauride, qui offrent l'une avec l'autre, comme on sait, des ressemblances frappantes de structure, ne se ramènent pas d'abord à un antagonisme aussi marqué, et la formule doit être présentée pour ces deux tragédies dans ces termes plus généraux : le personnage placé au début dans une situation douloureuse voit son sort se transformer heureusement au cours de la pièce. Hélène retrouve son mari, fait éclater son innocence et échappe avec lui à la poursuite de Théoclymène. Iphigénie, vouée à un ministère terrible, revoit le frère dont elle pleurait la mort et réussit à s'embarquer avec lui pour le pays natal en trompant Thoas. Au début d'Hypsipyle^ on voyait la fille du roi Thoas et la petite-fille de Dionysos tombée au rang d'esclave, mais à la fin de la pièce le devin Amphiaraos lui faisait reconnaître en la personne d'Eunéos et Thoas les fils qu'elle pleurait.

I . Dans tous ces drames, le prologue est dit par un personnage appartenant au parti opprimé^ ou qui s'y range lui-même en qualité de protecteur. C'est que le drame débute par le tableau de cette situation critique; l'exposé en est donc naturellement confié à ceux qu'elle intéresse le plus. Cet exposé vise à être aussi exact que possible. Par suite il doit être attribué à ceux

I. Voir H. Weil. Revue des Études grecques, janvier-février 190g. a. Bien vu par Arnim, p. 93.

que leur condition dispose le mieux à connaître les causes et les données de l'action. Les personnages mis en péril par la situation initiale sont les plus capables d'en faire ressortir le caractère dramatique.

2. Cette constatation en entraîne une autre. Le rpcXoviî^cjv se range dans le parti qui attire la pitié du public. C'est donc un personnage sympathiques Les détails qu'il donne, la misère qu'il étale montrent de suite aux spectateurs de quel côté doit aller leur intérêt. Ainsi, dès le début de la pièce il suggère au public une émotion dramatique dont il fixe la nature et la tendance.

3. Le 'rtpoXovtCwv est tantôt un personnage accessoire, tantôt un personnage principal. La nourrice de Médée est une simple confidente; yEthra, bien qu'ayant un rôle plus actif, n'est pas au premier plan du drame. Mais on constate qu'accessoire ou principal, le personnage du prologue n'est Jamais celui qui agit^. Pourquoi? Parce qu'un personnage agissant serait moins propre à un exposé qui doit se borner à expliquer les faits et à faire comprendre la situation, qui doit être ilon pas neutre, mais passif, pour ainsi dire, afin de mieux se raccorder au caractère des premières scènes. Voilà pourquoi, en présence de deux situations analogues, celles de Médée et d'Andromaque^ le prologue est confié dans le second cas au personnage principal, qui est aussi la principale victime, tandis que dans le premier il est attribué à une simple confidente. Médée conduit le drame; elle ne saurait convenir^,

4. Cgs diverses conditions restreignaient singulièrement le choix du poète. Une autre s'y est ajoutée pour le fixer définitivement. Parmi les victimes Euripide prend comme 7:po)vOY(^a)v, lorsqu'il a le choix, le personnage le plus autorisé, le chef du

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