INTRODUCTION XI
borne à l'essentiel; elle ne remonte pas dans le passé, elle ne dit rien des origines de la guerre de Troie ni du sacrifice d'Iphigénie, qui va être pourtant la cause du drame (ceci sera conté dans la parodos); enfin elle est muette sur la famille d'Agamemnon et ne renferme aucune indication généalogique.
L'allure du monologue est à noter; le veilleur y laisse éclater les sentiments les plus divers : résignation mélancolique, profonde lassitude, tristesse que lui inspirent les malheurs de la maison royale, puis explosion de joie à l'apparition du signal qui marque la fin de ses peines, etc., autant de nuances qui varient le ton de cet aparté et lui donnent une valeur dramatique'. D'autre part, l'avenir n'est pas annoncé, mais on voit poindre une menace de drame dans les réflexions énigmatiques du veilleur (voir surtout les vers 18-19); elles créent déjà une atmosphère tragique que la parodos rendra plus sensible.
Le prologue des Choéphores, comme celui d'Agamemnon, n'est formé que d'un monologue, dit par Oreste. Ici encore l'exposition est très sommaire. Oreste ne dit pas expressément qui il est, mais il fait comprendre son identité (v. 16-17); il indique le lieu de la scène, comme on peut le supposer par le vers 6. Il nomme Electre (v. 16) qu'il voit s'avancer avec les choéphores (v. 10 et suiv.), et vers la fin il s'adresse à Pylade en l'appelant par son nom (v. 20). Il déclare qu'il revient d'exil pour venger son père (v. 18-19), ®^ qu'il est devant son tombeau (indication du décor, v. 4) : on l'y voit déposer des boucles de cheveux en guise d'offrande (v, 6). Sur l'avenir, pas d'indication précise; toutefois Oreste laisse entrevoir qu'il court un danger, dans son appela Hermès (v. 1-2), et sa prière à Zeus (v. 18-19) annonce ses projets de vengeance. Il faut ajouter que le monologue est parvenu incomplet : M. Weil croit y trouver une lacune de quatre vers et demi. La forme est vive et dramatique. L'invocation à Hermès par laquelle il débute, puis l'appel à son père mort, les questions pressées qu'il se pose en voyant arriver le chœur, enfin sa prière à Zeus trahissent l'émotion d'Oreste et annoncent l'imminence du