CHAPITRE II Ordre suivi dans l'exposé
Les éléments qui constituent le prologue sont de diverse nature : outre l'exposé proprement dit des antécédents de l'action, de la situation présente, parfois de l'avenir, ils comprennent, on l'a vu, la mention des personnages de la pièce, des indications fournies par le r.polzy'Xu)^ sur son identité, sur le lieu de la scène ou sur le décor, sur le moment de l'action ; des tableaux généalogiques se greffent sur le récit du passé ; enfin des détails superflus, attestant chez le poète des préoccupations assez étrangères au sujet, sont entraînés dans le cours de l'exposé. Dans certains prologues, ces diverses indications sont subordonnées à la marche du récit et se déroulent suivant l'ordre chronologique; dans les autres, l'exposé des faits laisse à part certains éléments.
Le premier groupe comprend Médée, Andromaque, les Iléraclides, les Phéniciennes, Oreste. On peut y joindre Alcesle et Electre.
Un certain désordre se manifeste au début de Médée dans la suite des faits. La nourrice évoque, vers i et 2, la traversée accomplie par le navire Argo vers la terre de Colchide, au delà des Symplégades; aux vers 3-6, remontant encore plus haut dans le passé, elle rappelle que les pins employés à la construction du navire avaient été coupés dans les replis du Pélion et avaient fourni des rames aux héros qui allaient conquérir la toison. Si la succession chronologique était observée, le prologue devrait s'ouvrir par le vers 3. Cette sorte d'hystéron-protéron est d'autant plus sensible que l'historique tracé par la nourrice s'efforce de mettre en lumière, comme on l'a vu au chapitre précédent, les phases successives du roman de Médée. Dès l'antiquité on en avait fait un reproche à Euripide. Mais le scholiaste a bien vu que cette incohérence était voulue et destinée à accroître la vivacité
go LE PROLOGUE DANS LA TRAGEDIE D EURIPIDE
dramatique du début : Ei'O' wçsX'...'. Ces vers mis à part, le reste du prologue se déroule avec une grande régularité. Poursuivant l'histoire de sa maîtresse, la nourrice raconte qu'elle vint à lolcos, et elle glisse tout naturellement au vers 6 la mention de sa propre identité; la passion qui attachait Médée à Jason (v. 8), est indiquée au vers 7 comme l'explication de la fuite de Médée; puis vient le parricide commis à l'instigation de l'héroïne par les filles de Pélias (v. 9), l'établissement de Médée à Gorinthe avec son époux et ses enfants. Ainsi est introduite sans effort par la suite même du récit l'indication du lieu au vers 10. En arrivant à la conclusion de cette histoire d'amour, la nourrice est amenée de nouveau à définir la passion de sa maîtresse, et elle y ajoute une réflexion générale qui sert de transition avec la seconde partie de l'exposé (v. i2-i5). En un vers (16), la situation présente avec ses menaces est nettement opposée au passé. Puis la nourrice l'explique : Jason abandonnant ses enfants et Médée (v. 17) épouse une femme de sang royal, la fille de Créon qui règne sur le pays (indication de deux personnages du drame, v. 19). Suit la peinture du désespoir de Médée. La nourrice exprime les craintes qu'il lui fait concevoir et ouvre ainsi une vue sur l'avenir (v. 37-^5). Elle annonce l'arrivée des enfants à la fin du prologue.
Plus complexe est la composition du prologue d'idndroma^ue. L'ordre chronologique est respecté dans l'ensemble : successivement sont exposées les diverses phases du passé, les causes immédiates de la situation présente, cette situation elle-même. Mais à l'intérieur de ce plan, conforme dans ses grandes lignes aux divisions habituelles du prologue, apparaissent des interversions de détail. Le vers 4 où Andromaque dit qu'elle fut donnée pour épouse à Hector devrait venir, d'après l'ordre des faits, avant le vers 3 où elle évoque son arrivée au foyer de Priam. La prise de Troie mentionnée au vers 11 a précédé la mort d'Astyanax rappelée vers 9-10. Les mauvais traitements dont Andromaque est accablée par Hermione (v. 3i)
I. Voir la scholie du vers i, éd. Schwartz, p. liio. Cf. l'argument de la pièce, Nauck, II, p. 194 : èTiaivEÎTai tj t'iGèolr^ ôtà -rb 7îa8T)TCxà); ayav £/.£Îv. M. Weil (Sept tragédies d'Euripide, p. m) remarque qu'Ennius a méconnu cet effet heureux en essayant de corriger son modèle (cf. Cic, Rhét. à Hérennius, II, aa, 34).
sont la conséquence logique et chronologique des faits exposés dans les vers qui suivent (v. 32etsuiv.). L'effet est donc indiqué avant les causes. Après être remonté à ces causes et en avoir coupé l'exposé par une véritable parenthèse (protestation d'Andromaque contre les accusations d'Hermione, v. 36- 87), le prologue redescend aux effets et reprend le vers 3i pour le préciser (v. 89). Le déroulement de l'exposé recommence. Mais Andromaque ayant dit qu'elle s'est réfugiée dans le temple de Thétis (v. ^2-44) revient en arrière afin d'expliquer pourquoi (v. 45-46). La succession chronologique des faits ne paraît pas avoir été observée dans ce qui suit. L'héroïne apprend au public qu'elle a cherché un asile dans le temple, avant d'annoncer qu'elle a éloigné son fils (v. 47-48). De ces deux décisions, la dernière doit être pourtant antérieure à l'autre. Enfin, la cause de cet effroi et la raison de ces mesures, c'est-à-dire l'absence de Néoptolème, ne sont indiquées qu'à la fin (v. 49 et suiv.) par un retour vers le passé. Néoptolème est allé à Delphes, parce qu'il a jadis commis envers le dieu une faute qu'il veut racheter. — Ces réserves faites, il faut remarquer que les indications d'usage sont données au fur et à mesure de l'exposé, et se confondent avec lui. Andromaque introduit son nom au vers 5, en opposant son bonheur passé à sa déchéance actuelle. Néoptolème est nommé (v. i4) au moment où il entre pour la première fois dans l'histoire d'Andromaque. Il est question de Pelée quand le prologue, expliquant la situation du fils d'Achille, ajoute que Néoptolème laisse son aïeul régner sur le pays (v. 22; cf. V. 18). L'exposé des causes immédiates amène le nom d'Hermione (v. 29), et l'exposé de la situation présente celui de Ménélas (v. 4o). En rappelant comment elle est devenue l'esclave de Néoptolème et a été ramenée par lui dans son pays, Andromaque est conduite à indiquer le lieu de sa nouvelle résidence (v. 16 et suiv.). Elle fournit plus loin une indication précise sur le décor en expliquant, à propos de la situation présente, qu'elle s'est réfugiée dans le sanctuaire de Thétis (v. 43).
Le prologue des Héraclides débute par une sentence générale dont lolaos fait l'application à son propre cas (v. 5), de telle sorte que l'exposé qu'il déroule n'en est que le développement
ga LE PROLOGUE DANS LA TRAGEDIE d'eURIPIDE
et la démonstration, La marche de l'exposé se règle dans l'ensemble sur la suite des faits. lolaos rappelle qu'il a été le compagnon d'Héraclès dans ses travaux, et qu'après la mort du héros il a veillé sur ses enfants. Les vers 9-1 1 (vuv Bé — (Twrr^pîaç), où il définit son rôle de protecteur, peuvent être considérés à leur tour comme le résumé préliminaire de tout ce qui suit. Après la mort du héros, Eurysthée a voulu faire périr les Héraclides et lolaos ; ils ont pris la fuite, et c'est ainsi qu'ils errent de ville en ville (v. 16). Cette dernière indication anticipe un peu sur le récit des événements : elle marque en effet la conséquence de la poursuite implacable d'Eurysthée, décrite dans les vers 17-26. Les vers 26-3o où lolaos justifie sa fidélité aux Héraclides sont en réalité une sorte de parenthèse qui reprend, en les développant, les vers 9-1 1; on ne peut dire pourtant qu'ils interrompent le récit. La suite de l'exposé présente les faits dans leur succession logique : les rois du pays, fils de Thésée, sont apparentés aux Héraclides; voilà pourquoi les exilés sont venus chercher asile à Marathon (cependant le vers 34 marque un retour vers les causes). Les conséquences de la parenté signalée sont tirées au vers 87 : wv l-mv., etc. Mais elles ont été annoncées déjà aux vers 32-34- Poursuivant son récit, lolaos en vient naturellement à indiquer les dispositions prises par les Héraclides ; noter qu'aux vers 43-44 il remonte à la cause pour expliquer la présence des jeunes filles dans le temple. En somme, à part quelques arrêts peu sensibles dans le déroulement de l'exposé, on est en droit de dire que sa marche est déterminée par l'ordre même des événements. Les diverses indications sont amenées d'elles-mêmes par le récit, et on reviendra plus loin sur l'adresse toute particulière avec laquelle lolaos introduit son nom (v. 3o). La persécution dirigée contre les Héraclides entraîne la mention d'Eurysthée (v. i3, 17). lolaos parle des fils de Thésée (v. 35) pour justifier la présence des Héraclides à Marathon, et il indique en même temps le pays où se passe la scène (v. 32). Quand il détaille les mesures prises par les exilés, il nomme au vers 4i Alcmène, au vers 45 Hyllos, et il précise le décor (è'awôe vaou, v. 42).
L'invocation mélancolique qui ouvre le prologue des Phéni-
ciennes amène sur les lèvres de Jocaste le nom de Cadmos et le récit de tous les malheurs que sa venue à Thèbes a successivement entraînés. Aux vers 5-6, une légère interversion se remarque dans l'ordre des faits : l'arrivée de Cadmos à Thèbes est rappelée avant son départ de Phénicie. La descendance de Cadmos se déroule ensuite dans un ordre strictement chronologique. Mais les vers io-i2 interrompent la succession des faits. La suite régulière du récit eût exigé que l'union de Laïos avec Jocaste fût indiquée aussitôt après le vers g, où Laïos est mentionné comme descendant de Cadmos. Au contraire Jocaste se présente d'abord (indication d'identité) et ne revient à Laïos qu'au vers i3. Ces infractions sont les seules qu'on puisse relever. A partir de cet endroit jusqu'à l'invocation finale à Zeus (v. 84), c'est-à-dire sur une longueur de soixanledix vers, l'exposé de Jocaste se conforme avec une impeccable fidélité à l'ordre chronologique. Non seulement les faits sont rappelés dans l'ordre même où ils se sont produits, mais l'enchaînement des causes et des effets se plie dans les moindres détails à cette disposition ; partout la cause est indiquée avant l'effet, et on assiste d'un bout à l'autre à la progression ininterrompue des événements qui relient le mariage lointain de Laïos à l'entrevue attendue par Jocaste. Si l'on met à part les vers où Jocaste fixe son identité et qui sont introduits ex abrupto, on constate que les indications habituelles sont subordonnées à l'ordre rigoureux du récit. Créon est nommé (v. ii) aux côtés de sa sœur, et au vers 47 quand l'exposé le fait intervenir dans la proclamation relative au Sphinx. Œdipe tient dans le récit une grande place; aussi son nom apparaît-il à plusieurs reprises : vers 5o, à propos du Sphinx»; vers 60, quand Jocaste raconte comment il s'est crevé les yeux. Polynice et Étéocle sont nommés au vers 56 parmi les enfants de Jocaste et d'OËdipe, puis aux vers 72-73, à l'occasion de leurs démêlés. Ismène et Antigone sont mentionnées avec leurs frères aux vers 57 et 58. L'évocation de l'histoire de Cadmos introduit naturellement l'indication du lieu (v. A; cf. v. 17).
I. Le vers 37 qui donne l'étymologie de son nom est probablement une glose. Nauck récarte avec Valckenaer. Wecklein supprime aussi le vers 36.
94 LE PROLOGUE DANS LA TRAGÉDIE d'eURIPIDE
L'exposé d'Electre dans Oreste offre de grandes analogies avec celui des Phéniciennes. Une réflexion générale, au début du prologue, prépare le récit des horreurs qui vont être rappelées. En réalité, c'est la conclusion de la longue histoire des Atrides, et sa place serait plutôt à la fin. La disposition observée ici est celle qui va du général au particulier, du principe à l'application (cf. début des HéracMes). Le châtiment infligé à Tantale (v. 6-7) est indiqué avant la faute qui l'a déterminé (v. 8-10). Après avoir mentionné le crime de Clytemnestre (v. 25-26), Electre revient en arrière pour expliquer qu'elle passe sous silence les causes de ce meurtre (v. 26-27). ^ propos de la maladie qui consume Oreste, elle ouvre une parenthèse (v. 87-38) pour s'excuser de ne pas nommer les Euménides. Arrivant à la situation présente, elle indique (v. 62) le seul motif d'espérer que gardent les coupables, et raconte que Ménélas est revenu de Troie. L'effet est donc présenté avant la cause, et la conclusion formulée au vers 52 annonce déjà le commentaire introduit aux vers 69-70 : en quoi le retour de Ménélas peut être le salut d'Oreste et d'Electre. Mais si l'on tient compte de la longueur du prologue et de l'abondance de l'exposé, on voit que la marche, à part trois ou quatre détails, en est exactement réglée par l'ordre chronologique». C'est dire que les indications d'usage ne tranchent pas sur le cours du récit et se confondent avec lui. Ménélas est nommé dans la descendance d'Atrée(v. 18) et son nom reparaît avec celui d'Hélène quand il est question de leur mariage (v. 20). Plus loin Electre le nomme encore lorsqu'elle parle des espérances que fait concevoir son retour (v. 53, 65, 68); dans cette dernière partie du prologue elle est amenée de même à nommer Hélène (v. 57) et Hermione (v. 65). L'histoire d'Agamemnon entraîne la mention de sa descendance; Electre y prend place (v. 23) avec Oreste (v. 24). Oreste est encore nommé dans le récit du parricide (v. 28) et lorsque Electre décrit son état (v. 35). Le nom de Pylade a été donné à propos du meurtre de Clytemnestre auquel il a participé (v. 33).
1. Ainsi du vers lo au vers aS l'histoire des Pélopides; du vers 38 au vers 37 le récit du meurtre de Clytemnestre et de ses circonstances, suivi de la maladie d'Oreste; du vers 38 au vers 5i les conséquences du parricide.
LA FORME DU PROLOGUE qS
Quant à l'indication du lieu, elle est introduite avec les détails fournis par Electre sur l'état d'esprit des Argiens (v. 46; cf. 49.)
Au début du prologue d'Alceste on relève une interversion dans l'ordre des faits. Apollon rappelle qu'il a servi chez Admète avant de dire à la suite de quelles circonstances. Au vers 3 il remonte dans le passé pour indiquer les causes. Si la succession chronologique était rigoureusement observée, les vers I et 2 se placeraient donc après le vers 7. La conséquence est énoncée avant les causes au vers 9: Apollon dit qu'il a jusqu'à ce jour protégé la maison d' Admète et c'est seulement au vers 10 qu'il en donne la raison. Il faut enfin signaler la parenthèse du vers 20: le dieu vient de dire qu'Alceste esta l'agonie; c'est qu'elle doit mourir le jour même. Ces réserves, à part celle du début, sont en somme légères. Dans l'ensemble le cours de l'exposé se règle sur la marche même des faits. Celte régularité est sensible dans les vers 8-9; 11-20. Au fur et à mesure que l'occasion s'en présente, apparaissent les indications indispensables. L'identité du r.po'/.o'^iLd)^ se tire de certains détails du récit, au début du prologue. L'invocation initiale apprend au public le nom d'Admète, qui reparaît au vers i3 quand Apollon explique le service qu'il a rendu à son hôte. Le nom de Phérès est introduit par une périphrase désignant Admète au vers ni Alceste n'est pas nommée, comme on sait, mais sa qualité est expressément indiquée au vers 17, etc.
L'histoire d'Agamemnon évoquée par le laboureur énumère dans l'ordre où elles se sont succédé les phases de l'expédition de Troie (remarquer toutefois que le meurtre de Priam est rappelé avant la prise de la ville, vers 4-5). Après avoir expliqué que l'assassinat d'Agamemnon a donné à Égisthe le pouvoir et la main de Clytemnestre, le prologue semble remonter en arrière en parlant des enfants qu'Agamemnon avait laissés lors de son départ pour Troie (v. i4). En réalité la suite des faits est exactement observée : la situation acquise par Égisthe dure encore, mais elle date de la mort du roi, et devait être indiquée, comme elle l'est en effet, après le vers 10. Le laboureur explique au vers 27 qu'Égisthe voulait tuer Electre, mais qu'il en a été empêché par Clytemnestre. Le motif de cette intervention n'est indiqué qu'ensuite (v. 29-80),
96 LE PROLOGUE DANS LA TRAGÉDIE D'eURIPIDE
faisant passer ainsi la cause après l'effet. De même les vers ko et suivants, qui exposent les calculs d'Égisthe touchant Electre, devraient se placer avant le vers 34, qui énonce l'effet de ces calculs: mariage de la jeune fille avec le laboureur. Au vers 45 et suivants le laboureur apprend au public pourquoi il a respecté Electre. Mais le vers 43 a déjà fait connaître l'effet de ces scrupules: Electre est encore vierge. Il faut enfin ajouter à ces interversions des flottements et des redites. Les vers 4o et suivants reprennent les vers 22 et 23 ; et les réflexions apitoyées du laboureur sur les tristesses qui attendent Oreste à Argos (v, 47-49), coupent l'apologie qu'il fait de sa propre conduite. Il n'en est pas moins vrai que dans l'ensemble la succession naturelle des faits est respectée, et se trouve observée dans le détail en plusieurs endroits: par exemple dans l'exposé du passé (v. 1-2 1, avec une légère réserve pour les vers 4 et 5). Les indications particulières de nom et de lieu se confondent avec le cours du récit. Le nom de Clytemnestre est indiqué avec son rôle dans le meurtre d'Agamemnon, vers 9; celui d'Égisthe apparaît à diverses reprises pour souligner les actes de l'usurpateur; il est associé au nom de Clytemnestre, vers 10; il revient au vers 12, quand le prologue rappelle qu'Égisthe a recueilli le pouvoir d'Agamemnon»; au vers 24, à propos des mesures prises contre Electre; de même vers 28, 32, 42. La place que tient Electre dans l'exposé amène plusieurs fois son nom sur les lèvres du laboureur: vers i5, lorsqu'il parle des enfants laissés par Agamemnon; vers 19, où après avoir rappelé le sort dOreste il en vient à sa sœur; vers 34, quand il rapporte son union avec la jeune fille. Sans parler du vers i5 où il figure à côté d'Electre, le nom d'Oreste se présente au vers 48 lorsque le laboureur évoque la possibilité de son retour. L'indication de lieu est fournie dès le premier vers quand le Tz^oXz^çltùu s'adresse à la terre d'Argos; elle revient au vers 6 à propos du retour d'Agamemnon dans ses foyers; vers 48, à propos d'Oreste.
Dans ces prologues, l'exposé se règle donc en général sur la succession chronologique des faits : il ne connaît pas d'autre
i. Le vers 17 où se trouvent mentionnés Égisthe et Oreste est rejeté par Nauck et par Wecklein.
plan que cette succession même'. Çà et là, il est vrai, des interversions se manifestent, mais sous la forme d'un rapport de cause à effet, où Teffet est mentionné avant la cause, en sorte que cette liaison étroite, nettement soulignée, n'interrompt pas à proprement parler l'enchaînement de l'exposé. Cette infraction à l'ordre chronologique est à peu près la seule; et les indications particulières fournies par le prologue trouvent sans difficulté leur place dans le développement du récit.
Un second groupe est formé par Hippolyle, Ilécube, les Suppliantes, Héraclès, Ion, les Troyennes, Hélène, Iphigénie en Taaride, les Bacchantes. La composition du prologue y est plus complexe.
Aphrodite se présente ex abrupto (v. 1-2). Puis elle pose les règles de sa conduite: protéger ceux qui l'honorent, perdre ceux qui la dédaignent (v. 3-6). La déesse rattache celte conduite, pour l'expliquer, à une manière d'être commune aux dieux: ils ont le goût des honneurs (v. 7-8). Elle remonte donc ici au principe qui éclaire et justifie son propre cas. Cette première partie est comme la définition d'Aphrodite; ce qui suit en fait voir l'application. La déesse annonce (v. 9) qu'elle va montrer la vérité de ses paroles, et amorce ainsi l'exposé des causes de la pièce: attitude impie d'Hippolyte qui réserve ses hommages à Artémis (v. 10-19). Ce court développement se déroule suivant un ordre logique: Hippolyte est nommé, sa parenté établie; puis vient l'exposé des mépris qu'il témoigne à Aphrodite, et, en regard, son attachement à Artémis; les détails donnés dans les vers 16-19 commentent cet attachement pieux. En face de cette attitude, Aphrodite précise la sienne: peu lui importent les égards du fils de Thésée pour Artémis, mais elle ne peut supporter ses mépris; elle les punira aujourd'hui même. Sa vengeance est en effet toute prête (v. 20-23). Les deux derniers vers servent à introduire un nouveau développement: exposé du plan d'Aphrodite. Ils anticipent visiblement sur la suite des faits. Après ce qui précède, on conçoit que la déesse annonce ses intentions de représailles; mais les vers 22-23 contiennent une indication de temps fort précise: le
I. Le long prologue des Phéniciennes, si l'on en excepte le début, offre l'exemple le plus remarquable de cette disposition.