‹ Le proloque dans la tragédie d'EuripideChapitre 41 sur 63 · L. MÉRIDIER · texte numérisé non relu

L. MÉRIDIER

gS LE PhOLOGUE DANS LA TRAGEDIE D'EURlt»IDÈ

châtiment d'Hippolyte aura lieu le jour même. Si l'ordre naturel de l'exposé était respecté, ces deux vers seraient rejetés à la suite du vers ko. Les explications que donne Aphrodite sur son plan de vengeance l'obligent, après cette vue sur l'avenir, à un retour vers le passé. Elle raconte comment Phèdre s'est éprise de son beau-fils et dans quelles circonstances elle est venue s'établir à Trézène (v. a/i-Sy); comment elle se consume en secret pour Hippolyte (v. 38-/io). D'une façon générale, cette partie du récit se règle, assez exactement sur l'ordre chronologique. Noter pourtant, vers 28, les mots loXq k\j.6iq ^cjAeJixast (qui énoncent la cause de la passion de Phèdre) rejetés à la fin de la phrase où est indiquée la naissance de cette passion, et surtout le vers 29 qui interrompt le récit pour rappeler le voyage de Phèdre à Trézène, et anticipe ainsi sur la suite de la narration, puisque la mention de l'exil de Thésée n'arrive à sa place qu'au vers 3/^. Aphrodite reparaît: l'exposé des causes est terminé. La déesse introduit les prédictions qui vont suivre par une formule menaçante (v. /ia); après quoi elle annonce le dénouement (v. 43-48). A propos de Phèdre, elle ouvre une parenthèse qui est un retour vers les causes, pour expliquer que son désir de vengeance l'emporte sur la pitié que Phèdre peut lui inspirer (v, /i8-5o).

La composition de ce prologue est sensible au point d'être choquante. Les divers éléments de l'exposé ne se fondent pas dans un récit d'une seule venue, d'un mouvement régulier et coulant. Les articulations se dessinent, les divers éléments sont détachés et classés avec un ordre méthodique qui saute aux yeux.

Le début d'/on est très décousu. Les quatre premiers vers constituent une indication indépendante : Hermès y expose sa généalogie en commençant ex abrupto par Atlas pour finir par la définition de son rôle. 11 annonce au vers 5 qu'il est venu à Delphes (indication de lieu) et rappelle que Phœbos y donne des oracles. Ces deux développements sont détachés; avec le vers 8 en commence un troisième qui n'offre avec eux aucun lien sensible, bien qu'il s'ouvre par yâp : c'est l'histoire de Creuse. On est arrivé au récit du passé : successivement Hermès raconte la séduction, en décrivant avec une remar-

quable précision l'endroit qui en a été le théâtre, la grossesse de Gréuse ignorée de son père, la venue au monde de l'enfant et son exposition (v. 8-19). Le récit qui s'est déroulé jusqu'ici suivant l'ordre chronologique est coupé au vers 21 par une parenthèse qui s'étend jusqu'au vers 26. Hermès vient de dire que Gréuse s'est conformée à l'usage de ses ancêtres; il s'explique en remontant à la naissance d'Érichthonios (v. 21-24), et fait voir dans le geste de Gréuse l'observance d'une tradition familiale (v. 24-26). Il y a donc ici une interruption et une interversion dans la suite des faits, le vers 20 formant en réalité le commentaire des vers 26 et 27 où il est dit que Gréuse déposa deux serpents d'or dans le berceau du nouveauné. La suite du récit se conforme rigoureusement à la marche des faits: Phœbos fait appeler Hermès; il lui donne des instructions minutieuses où sont indiquées une à une, dans leur ordre exact, les diverses démarches auxquelles devra se prêter le messager des dieux; il ira à Athènes {\. 29-30), il prendra l'enfant avec son berceau et ses langes (v. 3 1-32), il l'apportera à Delphes (v. 33) et le déposera devant le temple (v. 34). Les vers qui suivent relatent dans le même ordre l'accomplissement de la mission confiée à Hermès (v. 36-4o). Même régularité dans la suite du récit : la prêtresse arrive au lever du soleil (v. 4i-42), elle aperçoit le nouveau-né (v. 43) et sa surprise lui inspire une conjecture inexacte (v. 42-44). Elle s'apprête à rejeter l'enfant (v. 46), puis elle a pitié de lui (v. 47) et le dieu la confirme dans ce sentiment (v. 47-48). Elle a donc élevé l'enfant abandonné (v. 49). En indiquant qu'elle ignore ses parents, et que son protégé ne les connaît pas davantage, Hermès fournit un renseignement applicable à la situation présente, mais qui est introduit à sa place dans l'exposé du passé, car l'état d'esprit de la prêtresse et de l'enfant est consécutif aux événements rappelés (v. 5o-5i). Les détails donnés sur le fils de Gréuse, sur son adolescence, sur les fonctions que lui ont confiées les gens de Delphes, sur la piété de sa vie, forment la suite naturelle de cette longue histoire et se disposent selon l'ordre chronologique (v. 52-56). Si le prologue revient en arrière à propos de Gréuse, on ne saurait parler d'une interversion dans la marche des faits. Le

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poète ne pouvait procéder autrement, puisqu'il avait à traiter deux aventures distinctes. Il s'agit donc plutôt d'un développement nouveau qui vient se juxtaposer à l'histoire d'Ion. Mais à l'intérieur de ce nouvel exposé les détails ne sont pas rangés dans leur succession naturelle. Le mariage de Creuse et de Xouthos est mentionné (v. bj-bS) avant l'indication des événements qui l'ont amené (v. ôg-ô/j). Le résultat de cette interversion est d'entraîner au vers 62 une redite des vers 67- 58. L'exposé se poursuit d'ailleurs suivant un ordre régulier. La longue union de Xouthos et Creuse étant restée stérile, ils viennent consulter l'oracle (v. 64-66). Les desseins de Phœbos et ses vues sur l'avenir se rattachent naturellement à cette arrivée des deux époux (v. 67 et suiv.). Le prologue d'Ion offre donc une sorte de compromis entre un plan rigoureusement astreint à l'ordre chronologique et une composition plus complexe. Le récit ne commence qu'au vers 10, laissant de côté quelques-unes des indications habituelles. Mais d'autre part ce récit observe presque partout avec fidélité la succession naturelle des événements, et les exceptions relevées ci-dessus semblent assez peu importantes si Ton tient compte de la longueur de l'exposé. Les indications qui n'ont pas été fournies dans les premiers vers se présentent au fur et à mesure, à la place que leur assigne le récit. Il ne faut en excepter que le nom de Xouthos, introduit avec une gaucherie sensible au vers 58.

Amphitryon commence en se nommant, et en indiquant du même coup, avec sa généalogie, le nom de son fils (v. i-3). Cette double indication est donc isolée du récit des faits. Le vers 4 entame ce récit en rappelant qu'Héraclès a habité Thèbes. Le nom de la ville introduit une parenthèse qui est un retour vers le passé lointain (évocation de la race des guerriers nés du sol thébain, v. 4-7) et aussi une transition destinée à amener la mention de Créon (v. 7-8), dont la fille Mégara est devenue l'épouse d'Héraclès (v. 9-12). Cette partie du prologue (v. 4-i2) présente donc un récit du passé auquel font naturellement suite les événements rappelés dans les vers i3 et suiv. Les faits intéressant Héraclès y sont disposés dans l'ordre chronologique : le héros a habité ïhèbes (v. 4);

LA FORME DU PROLOGUE lOI

il y a épousé Mégara (v. 10-12). Mais cette succession est coupée d'une parenthèse qui remonte jusqu'à la légende des guerriers nés de la terre pour redescendre ensuite à Créon, puis à Mégara, et rejoint ainsi l'histoire d'Héraclès. Il y a donc là deux récits distincts, que le poète n'a pas ramenés à l'unité et dont l'un se présente comme une enclave de l'autre. Même disposition générale et même complexité de détail dans la suite de l'exposé : l'histoire d'Héraclès s'y môle à celle d'Amphitryon, et aux raisons qui font agir Héraclès s'ajoutent les desseins d'Héra. L'effet y est énoncé avant les causes : les intentions d'Héraclès sont exposées (v, 17-18) après l'indication du but qu'il poursuit, et Amphitryon rappelle le marché conclu entre le héros et Eurysthée (v. 19) avant d'en présenter l'explication (v. 20-21). Les quatre vers qui suivent se confor ment à l'ordre chronologique : Héraclès est venu à bout de ses travaux (v. 22), mais il est descendu dans l'Hadès pour ramener le chien à trois têtes (v. 23-25; noter toutefois que le but poursuivi, c'est-à-dire la cause, est mentionné après la démarche du héros) et il ne revient pas (v. 25). Avec le vers 26, s'ouvre un développement tout nouveau, dont le lien étroit avec le récit précédent ne commence à apparaître qu'au vers 33 : c'est l'histoire de Lycos. L'exposé part de la légende de Dircé et Lycos l'ancien (v. 26-3o) pour redescendre jusqu'à l'usurpateur, dont les actes successifs (v. 3i-34) sont énumérés dans l'ordre où ils se sont produits, Amphitryon mettant même à faire ressortir cet ordre une certaine insistance (v. 33 : xal y.Tavwv àpx^') 5 cependant le vers 34, qui énonce la cause, devrait venir avant le vers 33. Les vers 35-36 accusent la transition entre l'histoire de Lycos et celle de la famille d'Héraclès; le premier introduit une des causes de l'attitude hostile de Lycos (Héraclès allié à Créon); le vers 37 en indique une autre (absence du héros). Le dessein meurtrier du tyran est énoncé (v. 39-40; 4i-42) avant le motif qui l'a inspiré (v. 4o; 42-43), d'où une interversion dans la marche des faits. L'exposé de la situation présente est complété et détaillé dans la dernière partie du prologue. Les explications que fournit Amphitryon sur son rôle auprès des enfants d'Héraclès sont disposées dans un ordre conforme à la suite des faits (le héros

lui a laissé la garde des enfants, v, 44-45, avant de descendre dans les enfers, v. 45-46; pour leur éviter la mort, v. 47, il vient s'asseoir auprès de l'autel de Zeus Soter, v. 48). Les détails dans lesquels il entre à propos de cet autel le ramènent, il est vrai, en arrière, en lui faisant rappeler la victoire que commémore le monument (v. 49-5o). Une interversion dans la marche des idées se relève aux vers 53 et suiv. Il vient d'être dit que les victimes de Lycos couchent sur la terre nue V. 52-53) : c'est qu'elles ont été chassées de leur demeure.

Le plan du prologue rappelle dans ses grandes lignes celui d'Ion : le récit du passé ne commence qu'au vers 4, et il est précédé d'une déclaration brusquement introduite où Amphitryon nomme son fils Héraclès et indique sa propre identité. En outre, comme dans Ion, le récit du passé comporte deux histoires qui ne se rejoignent qu'ensuite pour amener l'exposé de la situation présente. Mais le récit est d'un détail plus complexe dans Héraclès que dans Ion. A tout instant, l'ordre naturel des faits s'y trouve interverti. La mention de Mégara est amenée dans une parenthèse consacrée à la légende de Thèbes et qui se présente comme un élément étranger à l'histoire d'Héraclès, jusqu'au moment où Mégara entre dans la vie du héros (v. 11 et suiv.).

L'ombre de Polydore commence par indiquer d'où elle vient (v. 1-2), puis elle se nomme (v. 3) et l'exposé du passé suit aussitôt. Les éléments de cette longue phrase initiale (v. 4-9) sont disposés dans un ordre qui se règle exactement sur la marche naturelle de la pensée en même temps que sur la chronologie, Priam a vu Troie en danger (v. 4-5), il a eu peur; il a secrètement éloigné son fils de la ville (v. 6) et l'a envoyé à Polymestor, son hôte thrace (v. 7-9). Levers 10, où Polydore raconte que son père le fit suivre d'une partie de ses richesses, est le résultat des craintes exposées aux vers 1 1-12. 11 y a donc ici un renversement de l'ordre naturel, l'effet étant énoncé avant la cause. Plus sensible encore est l'irrégularité manifestée par les vers i3-i5. Polydore dit qu'il était le plus jeune des fils de Priam, et que son père lui fit quitter Troie pour cette raison, car il n'eût pas été en état de porter les armes. Ces trois vers qui remontent aux causes de la décision prise par Priam

auraient eu plus naturellement leur place avant le vers 6». En outre, les vers i3-i5, à les considérer isolément, n'offrent pas une suite logique. Pour que cette succession fût rétablie, Polydore devrait dire : Étant le plus jeune (première moitié du V. i3), je n'étais pas en état de porter les armes (seconde moitié du V. i4 et v. i5); aussi me fit-il partir en secret (fin du V. i3 et première moitié du v. i4). Le récit se poursuit : résistance de Troie soutenue par Hector, puis mort d'Hector et prise de la ville (au v, 21 noter une légère interversion: la chute de Troie mentionnée avant la mort d'Hector), meurtre dePriam; Polymestor tue son hôte pour voler son or et jette le cadavre à la mer. Au vers 25 le meurtre est indiqué avant sa cause (cf. la répétition du v. 27). Du triste sort de son cadavre privé de sépulture, Polydore passe à la situation de la flotte grecque et en vient à sa mère. Les vers 35-36 expriment la conséquence avant la cause : la flotte grecque est immobilisée sur la côte thrace. C'est que l'ombre d'Achille a demandé le sacrifice de Polyxène (v. 37-41). La dernière partie du prologue est une série de prédictions. Polyxène sera immolée, Hécube aura sous les yeux les cadavres de ses enfants. Ici, nouvelle interversion : après avoir formulé cette dernière prophétie (v. 45-46), Polydore explique la cause qui amènera ce résultat : son cadavre, rejeté sur la côte, sera découvert par une esclave (v. 47-48). A son tour cette découverte est expliquée: Polydore a obtenu des dieux infernaux le privilège d'être remis aux mains de sa mère (v. 49-5o). L'ordre logique est donc renversé à deux reprises : l'enchaînement des causes et des effets exigerait la succession: 49-5o; 47-48; 45-46. Au vers 52 Polydore annonce qu'il se retire pour éviter Hécube. La cause précise n'est formulée que dans le vers suivant: Hécube sort de la tente.

Dans l'ensemble, le prologue offre une répartition conforme à la suite des faits : l'exposé va du passé au présent, puis à l'avenir; à l'intérieur de ces trois développements, les faits principaux sont rangés dans l'ordre où ils se sont succédé.

I. Ce déplacement a pour résultat d'entraîner une répétition, effet habituel en pareil cas. Les vers i3-i4 (6 xaî [ae yri? — ÛTtE^ÉTtEfx^'ev) reproduisent presque littéralement le vers 6 (Û7t£Sé7tE(Ji«|/e Tpwixfiç -/ôovôç).

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Toutefois dans le détail les irrégularités sont assez nombreuses. D'autre part, ce plan d'ensemble n'embrasse pas tous les éléments de l'exposé. L'indication du lieu se trouve bien amenée par la suite du récit, sous la forme la plus précise, aux vers 33 et 36; Polyxène est nommée au vers 4o lorsque Polydore expose les exigences de l'ombre d'Achille; le nom de Polymestor est introduit avec le récit du passé au vers 7. Mais les trois premiers vers et la première partie du quatrième restent en dehors : or Polydore s'y nomme, et y indique sa parenté; il y donne aussi le nom de sa mère, qu'il rattache à Cissée (il faut ajouter qu'Hécube est nommée plusieurs fois dans le prologue).

Le prologue d'IphigSnie en Tauride s'ouvre brusquement par l'histoire de Pélops résumée en deux vers, et l'exposé de sa descendance. Iphigénie est ainsi conduite à se nommer (v. 4-5); dans la même phrase elle rappelle que son père croit l'avoir sacrifiée à cause d'Hélène, sur le bord de l'Euripe, à Aulis (v. 59). L'ordre naturel des faits est assez exactement observé dans ce développement, si ce n'est que la longue phrase qui va du vers ^ au vers 9 est d'une structure un peu compliquée. Bien que la généalogie des Pélopides soit habilement reliée à l'histoire d'iphigénie, on ne saurait y voir un récit du passé. Ce récit ne commence qu'au vers 6 et résume d'abord l'épisode du sacrifice. Au vers 9 cette indication sommaire est reprise et développée dans une sorte de longue parenthèse qui s'étend jusqu'au vers 27. Iphigénie raconte qu'Agamemnon avait rassemblé à Aulis une flotte grecque (v. 10- 11), afin de prendre Troie et de ramener Hélène, par complaisance pour Ménélas (v. i2-i4). H y a ici une double interversion à noter dans la suite des idées. L'ordre naturel était le suivant: Agamemnon pour complaire à Ménélas voulait reprendre Hélène; il désirait aussi la conquête de Troie; ces deux raisons le déterminèrent à rassembler une flotte à Aulis. Agamemnon n'obtient pas de vents favorables (v. i5), il consulte les dieux et Galchas lui annonce (v. 16) que la flotte ne pourra partir que si l'on immole Iphigénie à Artémis (v. 17-20). Le devin justifie cet oracle en rappelant au chef des Grecs sa promesse imprudente (v. 20-21). Cette allusion à un ancien vœu d'Agamemnon est

un retour vers les causes et constitue ainsi une légère infraction à l'ordre des faits. La conclusion est tirée dans les vers 22-24 : le vœu du roi ne sera accompli que par le sacrifice de sa fille. La suite de l'exposé se règle sur l'ordre chronolo gique : Ulysse attire Iphigénie au camp sous prétexte de lui faire épouser Achille (v. 24-25). Elle vient à Aulis; on la place sur le bûcher et elle est frappée par le sacrificateur (v. 26-27). Iphigénie arrive de la sorte à la seconde partie de son histoire; elle s'y trouve portée parle cours naturel du récit, et elle peut rappeler sans transition comment la déesse étant intervenue lui substitua une biche et la transporta elle-même en Tauride, royaume de Thoas (v. 28 33. Noter aux vers 32-33 une parenthèse explicative sur le sens du nom de Thoas). Le récit détaillé des circonstances qui ont déterminé le sacrifice n'apparaît donc plus comme une parenthèse, et c'est plutôt le résumé préliminaire donné dans les vers 6 9 qui produit l'effet d'une surcharge, anticipant sur le récit et en dérangeant quelque peu la marche. Poursuivant son exposé, Iphigénie raconte qu'Artémis l'a établie prêtresse de son temple, et elle définit son ministère (v. 34-42). Puis à ces explications se juxtapose brusquement le récit du songe. Les détails en sont rangés dans leur succession naturelle: la prêtresse s'est vue en rêve transportée à Argos, et dormant parmi ses femmes (v. 44-46), puis la terre tremblait; Iphigénie s'enfuyait et assistait du dehors à l'écroulement du palais (v. 46-49). Une seule colonne restait debout; des cheveux blonds tombaient du chapiteau, et il en sortait une voix humaine (v. 5o-52). Se conformant à son^ ministère, Iphigénie l'arrosait d'eau lustrale comme une victime (v. 53-54). Vient ensuite l'interprétation du songe. Ici il y a un peu de désordre dans la suite des idées. Oreste est mort : c'est la victime que consacrait la prêtresse (v. 56). Pourquoi? C'est que les enfants mâles sont les colonnes d'une maison (v. 57); d'autre part ceux qu'Iphigénie arrose d'eau lustrale sont voués à la mort (v. 58). La conclusion tirée au vers 56 serait plus à sa place après le vers 58. Iphigénie annonce quelle veut répandre des libations en mémoire de son frère (v. 61) et elle ne donne qu'ensuite la cause de cette décision : c'est tout ce qu'elle peut faire pour Oreste (v. 62).

Io6 LE PROLOGUE DANS LA TRAGÉDIE d'eURIPIDE

La structure du prologue, bien qu'assez simple, ne se règle pas entièrement sur la marche du récit. Sans doute la généalogie des Pélopides précède l'histoire d'iphigénie; les principaux moments de cette histoire sont rappelés dans leur succession naturelle; mais Iphigénie se nomme et indique sa parenté avant de raconter ses aventures; avant d'entrer dans le détail des faits, elle résume l'épisode du sacrifice, quitte à reprendre aussitôt après cette indication sommaire. On a vu enfin avec quelle brusquerie est introduit le récit du songe.

Au début des Troyennes, Poséidon déclare qu'il vient de quitter la mer Egée (v. i-3) et se nomme au vers 2. Les vers suivants, où il justifie sa présence sur le sol troyen, et qui devraient ouvrir le prologue si la cause était énoncée avant l'efTet (indication de lieu donnée au vers ^), peuvent être considérés, à la rigueur, comme un exposé du passé : le dieu rappelle la fondation de Troie à laquelle il a présidé jadis avec Phoebos (v. 4-6), et la bienveillance qu'il a toujours témoignée à la ville (v. 6-7). Il arrive ainsi à la situation présente : la ville est en flammes et ravagée par les Argiens (v. 8-9). Cette première partie de l'exposé se déroule dans un ordre conforme à la suite des faits. Mais au vers 9 Poséidon s'interrompt pour remonter aux causes de cette triste situation : il raconte l'artifice d'Epeios et profite de l'occasion pour proposer une étymologie du mot Boûpetoç (v. 9-14). Après quoi il revient au présent et l'analyse dans une série de traits juxtaposés où l'on ne saurait chercher un ordre quelconque : les bois, sacrés sont déserts, les sanctuaires souillés de sang; Priam a été tué auprès de l'autel de Zeus (v. ib-i'j); l'or et les dépouilles s'entassent sur les vaisseaux achéens (v. 18-1^). Suivent quelques explications où l'ordre naturel des idées n'a pas été complètement observé : les Grecs attendent un vent favorable pour partir (v. 19-20) et revoir après une absence de dix années leurs femmes et leurs enfants (v. 20-21), eux qui ont dirigé l'expédition contre Troie (v. 22). Ce dernier vers se présente comme une sorte de périphrase, un sujet développé de [xévoïKj'., mais le fait qu'il rappelle marque un retour en arrière. Le dieu annonce ensuite qu'il abandonne la ville et ses autels. La

phrase est coupée d'un parenthèse où il s'avoue vaincu par Héra et Athéna, dont les efforts combinés ont perdu les Phrygiens. La cause est indiquée avant l'effet (v. 23 : vixtôtxat , — V. 25 : Aei'zw) ; toutefois la défaite du dieu devrait être mentionnée après la ruine de la ville, car elle en dégage la conclusion. En tout cas les vers 26-27 interrompent la suite des faits : le dieu justifie par un retour vers les causes la décision annoncée au vers 25. Pourquoi s'en va-t-il? C'est que dans une ville dévastée les dieux ne reçoivent plus d'honneurs. Suit une description du sort des captives, partagées entre les chefs (v. 28-3i). Les Troyennes dont le sort n'a pas encore été fixé sont rassemblées sous les tentes (indication de décor) ; Hélène est avec elles (mention de l'un des personnages de la pièce), v. 32-35. Hécube (nouvelle indication) est là devant les portes, abîmée dans sa douleur (v. 36-38). Les causes de cette douleur sont expliquées par une interversion que rend plus sensible la formule du vers 38 (toXXx /.%'. rSkkw» jxep*) : sa fille Polyxène a été sacrifiée (v. 39-^0), Priam et ses enfants sont morts (v. 4i), Agamemnon a pris Gassandre de force (indication d'un des personnages de la pièce, V, 4 1-44). Poséidon termine en faisant ses adieux à Troie. La plus grande partie du prologue est occupée par un exposé de la situation présente. Les vers 32-37, ^^ Poséidon annonce qu'il abandonne la ville et en donne les motifs, n'interrompent-ils pas cette description.^ Klinkenberg, après Wagner, se prononce pour l'affirmative ' et il en prend prétexte pour retrancher le passage. Arnim =• s'élève avec raison contre l'athétèse, et conteste la justesse des arguments fournis par Klinkenberg. Il est certain pourtant que les vers 28 et suivants feraient plus naturellement suite au vers 22, et que le tableau tracé par Poséidon de la misérable situation de Troie aurait plus d'unité si le dieu n'y intervenait pas pour fixer sa propre attitude. D'autre part, les vers incriminés avaient leur place tout indiquée à la fin du prologue, avant les adieux qui le terminent. Du triste spectacle qu'il vient de décrire, Poséidon tire la conclusion que son rôle est fini et qu'il ne lui reste plus qu'à partir. Et il s'en va, en adressant à Troie quelques paroles

Io8 LE PROLOGUE DANS LA TRAGÉDIE d'eURIPIDE

de pitié. Il ne semble donc pas que la suite logique des idées ait été respectée ici.

L'exposé d'vEthra ne se règle pas sur la suite des faits. A peine y discerne-t-on çà et là l'ébauche d'un plan de ce genre. Mais la structure du prologue n'est pas subordonnée à l'enchaînement chronologique des faits rapportés. La prière du début appelle la protection de Déméter et la bienveillance de ses prêtres sur vEthra, Thésée et Athènes : elle contient plusieurs des indications habituelles : le vers i renseigne le public sur le lieu de la scène, le vers 2 indique la nature du décor; yEthra, au vers 3, nomme son fils Thésée qui est un des principaux acteurs du drame, et fait entrevoir en même temps sa propre identité. Elle introduit son nom au vers 6 avec celui de son époux. Un même mouvement entraîne dans une seule phrase reliée à l'invocation du début ces éléments divers. ^Ethra justifie sa prière au vers 8 et elle en explique le sens: elle s'est tournée vers la déesse en entendant la plainte des Argiennes. Ainsi est introduit un nouveau développement: situation des suppliantes. 11 y a interversion évidente dans la marche logique des idées, puisque la cause est énoncée après son effet, qui est la prière d'^Ethra. L'exposé de la situation des femmes argiennes concerne le présent (v. 9-11). PouT l'expliquer, iEthra revient en arrière et les antécédents de l'action sont rapidement résumés dans les vers 11- 16. Ici encore la conséquence est indiquée avant la cause. A l'intérieur même de ce bref exposé, l'ordre chronologique n'est pas observé : la mort des chefs argiens tombés devant Thèbes (v. 11-12) est relatée avant l'expédition des Sept (v. i3-i/i) et le rappel de cette expédition précède à son tour l'énoncé des desseins d'Adraste (v. i4-i6). Le renversement de l'ordre chronologique est donc complet. L'exposé se poursuit dans les vers 16-19, c'est-à-dire qu'après ce retour vers les causes (où elle a naturellement introduit le nom d'un des personnages de la pièce), ^Ethra redescend à la mort des chefs, mentionnée au vers 12, et reprend cette indication pour en expliquer les conséquences: les Argiennes veulent ensevelir leurs fils dans la terre natale ; les vainqueurs s'y opposent. L'exposé se trouve ainsi ramené à son point de départ, c'est-à-dire à la prière des suppliantes

déjà mentionnée au vers lo. Le sens de cette prière est précisé dans les vers 20-28 qui mettent en cause AdrastC;, le chef de l'expédition et le guide des suppliantes. Le développement qui s'ouvre ensuite est indépendant de ce qui précède : ^Ethra explique pourquoi elle se trouve à Eleusis (v. 28-8 1). L'ordre logique de l'exposé exigerait que cette indication fût donnée au début, vEthra justifiant d'abord sa présence à Eleusis, puis racontant l'infortune des suppliantes, pour terminer par l'invocation à Déméter. A la place qu'elles occupent, ces explications constituent une véritable parenthèse. Les vers 32-36 rendent compte de l'attitude d'vEthra, apitoyée par la misère des suppliantes et respectueuse de leur caractère sacré. Mais les vers suivants renversent le rapport logique entre les idées; ils apprennent qu'un héraut a été envoyé auprès de Thésée par sa mère (v. 36-87) pour obtenir de lui une décision (v. 38-/io), vEthra justifie son initiative par une maxime générale (v. /io-/|i), qui logiquement devrait se placer après le vers 36, et être suivie du vers 38, le prologue annonçant pour finir le départ du héraut. La composition du prologue est donc fort complexe, et absorbe le récit des faits au lieu de s'y subordonner.

Hélène débute assez brusquement par une indication de lieu, et l'explication du rôle bienfaisant du Nil (v. i-3). A ces trois premiers vers se juxtapose l'histoire de Protée, l'ancien roi du pays (v. 4-5), dont Hélène rappelle la descendance, ce qui la conduit à nommer deux des personnages de la pièce, enfants de Protée et de Psamathé : Théoclymène et Eido Théonoé. Des détails circonstanciés sont fournis sur les facultés prophétiques deThéonoé(v. 6-i5). Remarquerque le surnom donné à Eido est mentionné au vers 1 3 avant l'exposé des raisons qui l'expliquent: l'effet est énoncé avant la cause. Au vers 16 Hélène entame sans transition un nouveau développement qui ne se rattache par aucun lien à ce qui précède. Elle nomme d'abord sa patrie, puis son père, et rappelle à ce propos la légende des amours de Zeus et de Léda (v. 16-2 1). Elle se nomme elle-même au vers 22, sous la forme d'une indication détachée, sans se soucier, comme on voit, de faire rentrer dans le récit de son histoire ces données diverses. L'exposé du passé ne s'ouvre qu'au vers 28 : Hélène

évoque le jugement des déesses sur l'Ida (v. 23-26), mais elle raconte que les déesses se présentèrent devant Paris (v. 23-25) avant d'indiquer la cause de cette réunion (v. 26). La suite naturelle des idées n'est donc pas observée. L'exposé se poursuit dans un ordre plus régulier : Gypris promet à Alexandre l'hymen d'Hélène (v. 27-28); elle obtient ainsi le prix de la beauté, et Paris quitte l'Ida pour venir à Sparte s'unir à Hélène (v. 29-30). Mais Héra, blessée de son échec, rend vaine cette union (v. 3i-32); elle ne livre à Paris qu'un fantôme, et l'hymen espéré se réduit à une possession illusoire (v. 32-36), Ici se place une assez longue digression qui interrompt le récit proprement dit des aventures d'Hélène : explication des desseins de Zeus qui a allumé la guerre entre les Grecs et les Phrygiens. G'est sur le nom d'Hélène que s'est engagée la lutte (v. 36-43)'. Reprenant la suite de son histoire au point où elle l'avait laissée (v. 36), l'héroïne raconte comment Hermès la transporta, enveloppée d'un nuage, dans la demeure de Protée (v. 44-46 ; ici une courte parenthèse qui introduit l'indication de la cause, v. 45-46 : Zeus n'oubliait pas Hélène); le vers 47 explique le choix de Protée : c'était le plus vertueux des hommes, et le vers 48 dit que Zeus voulait par là conserver à Ménélas une épouse fidèle. La suite logique des idées se trouve donc renversée ici ; elle aurait été respectée si le vers 48 avait été mis en tête et suivi du vers 47, l'effet étant rejeté à la fin avec le vers 46. L'exposé de la situation présente est donné ensuite. H prend d'abord la forme d'un parallèle entre le sort d'Hélène et celui de Ménélas (v. 49-5 1), entre l'innocence de l'héroïne et les malédictions injustes qu'ont attirées sur elle les maux de la guerre et son infidélité prétendue (v. 52-55). Le reste du prologue expose la situation assez critique où se trouve l'épouse de Ménélas, en butte aux instances amoureuses de Théoclymène. A vrai dire, ces explications ne sont intro duites qu'à partir du vers 60. Les vers 56-59 rapportent Toracle d'Hermès; la suite logique des idées n'y est pas observée : il est dit (v. 55-57), qu'Hélène habitera un jour

I. Usener et Klinkenberg (p. 69) rejettent les vers 35-43 à cause de la digression qu'ils constituent. Arnim (p. 17-18) discute la légitimité de cette athétèse, mais il ne croit pouvoir rétablir la suite des idées d'une façon satisfaisante qu'au prix d'une transposition.

LA Ïi-ORME t)U PROLOGUE III

Sparte avec son époux. Mais cette heureuse issue ne peut se produire que si Ménélas apprend d'abord la vérité. Les vers 58-59 devraient donc se placer en tête. La mention de l'oracle sert de transition entre les réflexions amères des vers 53-55 et les détails donnés sur ïhéoclymène. Hélène vient de rappeler la réputation imméritée que le sort lui a faite. La conclusion en est dégagée au vers 5i. Pourquoi continuer à vivre? Hélène y répond en rappelant la promesse de l'oracle, qui justifie son attente, et le vers Sg où elle affirme son intention de rester fidèle à Ménélas amorce les confidences sur Théoclymène. On ne peut donc dire précisément que la mention de l'oracle soit déplacée ici. Mais elle glisse dans l'exposé du présent un retour vers le passé : elle ramène le récit à l'intervention d'Hermès, et à ne considérer que l'ordre chronologique, elle aurait dû faire suite aux vers 45-48. Cette interversion entraîne une sorte de redite; le vers 59 reprend en elTet, bien qu'à un point de vue un peu différent, l'idée énoncée au vers 48. Les faits rappelés dans la fin du prologue sont rangés d'après leur succession naturelle. Tant que Protée a vécu, la fidélité conjugale d'Hélène n'a couru aucun risque (v. 60-61). Mais il est mort (v. 61-62) et son fils a des visées amoureuses (v. 62-63). A propos de la situation présente, ou plus exactement des desseins de Théoclymène, Hélène fait donc un retour en arrière et remonte à Protée, rejoignant ainsi les détails donnés aux vers 46-48.

Comme on le voit, la marche du prologue est très sinueuse. Loin d'embrasser toutes les indications habituelles, le récit ne commence qu'au vers 23. La première partie du prologue (v. 1-22) est formée d'une série de développements détachés qui introduisent l'indication du lieu, qui donnent le nom et fixent l'identité de trois personnages du drame : Théoclymène, Théonoé, Hélène. Le récit lui-même suit un cours assez capricieux : l'histoire d'Hélène est interrompue du vers 36 au vers 4i par une explication théologique de la guerre de Troie. L'oracle d'Hermès, l'attitude observée par Protée à l'égard d'Hélène devraient prendre place dans le récit du passé : or ces détails se trouvent mêlés à l'exposé de la situation présente. Enfin la cause est à tout instant indiquée après l'effet. Ce

qu'il y de plus remarquable dans le plan adopté ici, c'est que les indications relatives au lieu de la scène et à la descendance de Protée sont détachées de l'exposition, réunies en un même développement et placées au début du prologue. La généalogie d'Hélène ne vient qu'ensuite. Or ce premier développement (v. i-i5) aurait sa place naturelle dans le récit des aventures de l'héroïne L'indication du pays se logerait d'ellemême au vers 46, quand Hélène raconte qu'Hermès la transporta en Egypte. Les détails relatifs au vieux roi, à son union avec Psamathé et à ses enfants devraient être donnés dans le même endroit, par exemple après le vers ^7 ou avant le vers 6o. La fin du prologue (v. 6o et suiv.) s'y ajusterait sans effort.

La marche de l'exposé dans le prologue des Bacchantes est particulièrement ondoyante. Le récit des aventures du dieu ne commence qu'au vers i3. Tout d'abord Dionysos se nomme et rappelle les circonstances de sa naissance, la mort tragique de SéméléjSa mère (v. i-3). Le début ('Hy.w) est repris dans les vers 4 et 5; l'indication de lieu donnée au vers i est complétée dans les vers 4- 12, qui décrivent le décor avec une surprenante minutie, tout en fournissant divers renseignements sur la forme humaine revêtue par le dieu (v. 4), sur l'hostilité d'Héra envers Sémélé (retour au v. 3), sur la piété de Cadmos (indication d'un des personnages principaux). Certains de ces éléments se rattachent au passé, d'autres amorcent l'exposé de la situation présente, par exemple les révélations du vers 4. Le voyage accompli par Dionysos à travers l'Asie et dont Thèbes marque la dernière étape est raconté dans les vers i3- 22 : le récit débute de façon assez brusque, sans préparation. Au vers 20, on est ramené à Thèbes : c'est la première ville grecque où Dionysos ait manifesté sa divinité : le fait est signalé de nouveau au vers 23'. Les intentions du dieu, brièvement énoncées au vers 22, servent de transition au développe-

I. Le texte donné par Nauck, même avec la correction de Wilamowitz (v. 21, xkvizX au lieu de xàxeî) présente une interversion sensible dans la suite des faits. Après avoir parlé au vers 20 de sa venue à Thèbes, et avant de reprendre cette indication au vers 22, Dionysos explique qu'il a fondé son culte dans les cités asiatiques. M. Dalmeyda (Euripide, les Bacchantes, 1908) adopte la transposition de Pierson et rejette le vers 20 après le vers 22, La redite ne disparaît pas, mais l'ordre se trouve rétabli dans la marche de l'exposé.

LA FORME DU PhOLOGUÉ ll3

ment qui suit. Dionysos expose les raisons de son choix et le dessein qu'il poursuit. Il se trouve ainsi ramené vers le passé, car ce sont les calomnies des sœurs de Sémélé qui ont déterminé sa venue. Ces calomnies sont rappelées (v. 26-81) suivant un ordre assez logique : les sœurs de Sémélé ont prétendu que Dionysos n'était pas le fils de Zeus (v. 26-27), ^^ ^"^ sa mère s'étant unie à un mortel avait rejeté sa faute sur le dieu (v. 28-29), impiété dont elle avait été punie par Zeus (v. 3o-3i). Le châtiment infligé par Dionysos à ses tantes est la conséquence de ces calomnies (v. 32-38). Mais comme si ces explications n'étaient pas assez nettes, Dionysos revient encore sur les raisons qui le font agir, et sur sa volonté de venger sa mère en aflirmant sa propre divinité (v. 89-/42). Cette redite sert du moins à introduire un développement nouveau sur limpicté de Penthée et les desseins menaçants du dieu (v. 43-48). Suit l'annonce des projets ultérieurs de Dionysos : il se transportera dans une autre ville quand il aura rétabli l'ordre à Thèbes (noter une légère interversion dans la suite des faits : [>.^xxa^:r^(J^ù TcôSa, v. 49, devrait se placer après îîty.vjç k\i.x'.jzi^i , V. 5o). Si Thèbes prend les armes pour le chasser, il engagera la lutte avec l'aide des Ménades (v. 5o-52). Le dieu termine en indiquant que ces raisons l'ont déterminé à revêtir une forme humaine, c'est-à-dire qu'il revient, après en avoir donné l'explication, sur le fait signalé au vers 4- Le prologue s'achève par un appel au chœur. 11 est presque impossible, on le voit, de discerner un plan suivi dans le monologue de Dionysos. Avant l'exposé des antécédents de l'action, des indications précises sont fournies sur le lieu, le décor, l'identité du dieu et celle de Cadmos ; la situation présente est déjà esquissée dans ce premier développement, et les longues explications dans lesquelles s'engage Dionysos ne suivent pas une marche régulière. Des redites nombreuses viennent compliquer encore le dessin de l'exposé en s'y entrelaçant

Les prologues de cette seconde catégorie ont ceci de commun, comme on l'a dit, que l'exposé ne s'y règle pas d'un bout à l'autre sur l'ordre chronologique. Certaines indications échappent à cet ordre et se trouvent placées au début du prologue avant le récit du passé. A l'intérieur même du récit, qu'il

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