‹ Le proloque dans la tragédie d'EuripideChapitre 42 sur 63 · L. MÉRIDIER · texte numérisé non relu

L. MÉRIDIER

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s'agisse des causes ou de la situation présente, des modifications de détail plus ou moins nombreuses viennent en déranger le cours. Toutefois des différences essentielles de structure se manifestent entre ces prologues. Dans les uns, l'exposé du passé, prolongé par celui du présent, se déroule d'un mouvement régulier, exception faite pour certaines interversions de détail : c'est le cas d'Ion, et à des degrés divers, d'Hécube, Héraclès, Iphigénie en Tauride. Ailleurs, les éléments de l'exposé sont classés avec un parti pris évident de méthode et de clarté, mais le souci d'une composition logique l'emporte sur celui de respecter la succession des faits. A cet égard, le prologue d'Hippolyle est des plus remarquables ; celui d'Hélène s'inspire avec moins de rigueur de la même recherche. Dans d'autres prologues, enfin, l'allure de l'exposé, très capricieuse, se dérobe à un plan suivi : ainsi dans les Suppliantes et les Bacchantes. Le prologue des Troyennes tient le milieu entre le premier et le troisième groupe.

Quand la marche de l'exposé ne se subordonne pas simplement à l'ordre chronologique, on se trouve donc en présence de trois types de prologues, représentés par Ion, Hippolyte, les Bacchantes. On ne peut guère parler de plan méthodique dans Ion, si l'on met à part le début, puisque les éléments de l'exposé s'y disposent, en général, suivant le cours naturel des événements. Mais le prologue d' Hippolyte dénote chez Euripide une préoccupation d'une autre nature. Le poète ne s'y efface pas derrière la reconstitution du passé; il intervient pour briser cet ordre et recomposer les éléments du prologue sur un plan plus approprié aux exigences de son esprit. Cette tendance qui se manifeste avec éclat dans le monologue d'Aphrodite, un peu moins nettement dans celui d'Hélène, ne se montre ailleurs qu'à des velléités partielles d'indépendance. Dans Ion, Hécube, Héraclès, Iphigénie en Tauride, le poète ne s'affranchit pas entièrement de l'ordre chronologique, mais il tente un compromis entre cette disposition naturelle et un classement plus méthodique : de là ces indications détachées qui ouvrent le prologue et précèdent le récit. Dans les Suppliantes, les Bacchantes et même dans les Troyennes, Tordre chronologique est en grande partie abandonné; mais ce sacrifice

ne trouve pas de compensation dans l'existence d'un plan net.

2. La composition du prologue exerce sur la place attribuée à certaines indications une influence qu'il est intéressant de signaler.

On sait que le xpoAoyîCwv se fait toujours connaître, et le plus souvent donne son nom. Ces indications sont fournies au début du prologue ' dans douze pièces sur seize : Hippolyte, Andromaque, Hécube, les Suppliantes, Héraclès, Ion, \es Troyennes, Iphigénie en Tauride, les Phéniciennes, les Bacchantes (nom du irpcX^vf^cov), Alceste, Med^e (indications plus générales d'identité). Aphrodite se nomme au vers 2, Andromaque au vers 5, Polydore au vers 3, 7Ethra au vers 6, Amphitryon au vers 2, Hermès au vers ^, Poséidon au vers 2, Iphigénie au vers 5, Jocaste au vers 1 2 (le prologue des Phéniciennes compte 86 vers, en écartant le vers 27), Dionysos au vers 2. Dans Alceste, Apollon fait comprendre qui il est dans les vers 3, 4, 6; la nourrice de Médée aux vers 6 et 7.

Dans trois pièces : Electre, Hélène, Oreste, ces indications apparaissent seulement vers le milieu du prologue. Le laboureur ne laisse entendre qui il est qu'à partir du vers 34 ; le nom d'Hélène, préparé d'ailleurs dès le vers 16, n'est introduit qu'au vers 22, celui d'Electre dans Oreste est donné au vers 23. Les Héraclides méritent une place à part : lolaos ne se nomme qu'au vers 3o, mais les vers 6-8 ont déjà éclairé le public sur son identité.

Dans l'ensemble on constate donc chez Euripide une tendance prononcée à fixer dès le début du prologue l'identité du zpsXcY-::;o)v. Cette indication est amenée par le cours du récit dans Alceste, Médée, Andromaque, Iphigénie en Tauride, les Phéniciennes ; elle ouvre le prologue dans Hippolyte, Hécube, Ion, les Troyennes, les Bacchantes, à la manière d'une affirmation brusquement énoncée. Dans les Suppliantes elle est introduite par l'invocation du début. Pourquoi n'en est-il pas de même dans Electre, Hélène, Oreste^? L'indication d'identité est donnée au moment où le TupoAOY'î^wv arrive à lui-même,

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