‹ Le proloque dans la tragédie d'EuripideChapitre 43 sur 63 · I. Voir Decharme, p. 4i4, note i · texte numérisé non relu

I. Voir Decharme, p. 4i4, note i

3. La négligence du poète a été signalée par Arnim (p. 8a), qui compare Médée et Electre.

Il6 LE PROLOGUE DANS LA TRAGEDIE d'eURIPIDE

après avoir descendu les échelons d'un exposé consacré au passé, dans Electre et Oreste; dans Hélène elle est retardée surtout par le long développement relatif au lieu de la scène et à la descendance de Protée. Le poète pouvait cependant ne pas faire attendre aussi longtemps cette indication d'identité. Il lui suffisait de la détacher ex abrupto au début du prologue comme dans Ion, ou d'utiliser un procédé analogue à celui dont il s'est servi dans les Suppliantes. D'où vient qu'il ne s'en soit point soucié? C'est qu'il tenait avant tout à la rigueur de son plan, et que le goût d'une disposition méthodique l'emportait en lui, à cette époque, sur le souci de la clarté et du naturel. Dans la plus grande partie de sa carrière dramatique, il a pris soin de renseigner sans retard les spectateurs sur l'identité du personnage à qui il confiait le prologue : c'était une concession presque nécessaire aux légitimes curiosités du public et aux exigences de l'exposition •. La qualité du TrpoXcYi'Cwv concourt en effet à l'impression produite par le prologue; elle influe sur le ton du narrateur ; souvent elle explique et justifie son exposé. Vers la fin de sa vie, Euripide ne paraît plus avoir senti cette nécessité aussi vivement, et il lui est arrivé de la sacrifier à une autre préoccupation, celle de la méthode. D'Ion aux Bacchantes on assiste au conflit des deux tendances : dans Ion (/i2i-4i3), c'est la première qui l'emporte, mais la seconde prévaut dans Electre (4i3) et Hélène (412); Iphigénie en Tauride (vers 4 12), les Phéniciennes^ (^09) et les Bacchantes (/io5) renseignent assez promptement le public sur l'identité du TpoAcyi'Cwv, mais Oreste (4o8) ne la détermine qu'au bout de vingt -trois vers. L'évolution semble donc évidente, bien qu'elle ne suive pas une progression régulière, et cette constatation jette une lumière significative sur la composition des prologues 3.

1. Arnim, p. 82, l'a justement remarqué. Il formule ainsi cette constatation : Dans les pièces antérieures à l'expédition de Sicile, le Ttpo),oYt^wv indique dès les premiers vers qui il est; le poète s'est montré plus négligent dans la suite.

2. Noter d'ailleurs que Jocaste ne se nomme qu'au douzième vers.

3. Les fragments de prologues dont on peut faire usage confirment ces conclusions (voir Arnim, p. 83). Dans Œneus (antérieur à 425) Diomède se donne dès le troisième vers pour le fils de Tydée et le petit-fils d'OEneus (Nauck, 111, p. i5o, fr. 56a). Par contre, les huit premiers vers d'/4rc/iéiaos (Nauck, III, p. 56, fr. 280) ne contiennent aucune mention de ce genre. Or cette pièce date des dernières années du poète, ïélèphe, dans le drame du même nom, joué en 438, nomme au vers 4 et 5 ses parents : Auge et Héraclès (fr. C97), mais il n'est pas certain que ce soit là le début du prologue.

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