‹ Le proloque dans la tragédie d'EuripideChapitre 48 sur 63 · CHAPITRE V Les formules de début dans les prologues · texte numérisé non relu

CHAPITRE V Les formules de début dans les prologues

Bien que le prologue, tel que le conçoit Euripide, réponde à un ensemble de conditions qui ne varient guère d'un drame à l'autre, il doit pourtant avoir dans chaque pièce une physionomie particulière en rapport avec la personnalité du TîpoXoYiÇwv; son allure doit se ressentir de cette diversité. Or on a constaté, en étudiant la composition du prologue, que le poète la ramenait à un très petit nombre de types, et que le goût d'un ordre méthodique et froid s'y faisait souvent sentir, au détriment d'une marche plus naturelle et plus souple. Le poète s'est-il du moins soucié d'introduire ses prologues sur un mouvement dramatique, et de varier cette entrée en matière?

Aristophane répondait au v" siècle par la négative. Il a cité dans les Grenouilles^ le début d'un certain nombre de prologues pour en railler l'uniformité 2 : début d'Archélaos (v. 1206 -1208), d'Hypsipyle (v. I2ii-i2i3), de Sthénébée (v. 1217-1219), de Phrixos (v. 1225-1226), d'Iphigénie en Tauride (v. 1 282-1 233), de Méléagre^ (v. i238, 1240-1241), de Mélanippe la sage (v. i244). Eschyle se vante de pouvoir adapter le refrain railleur )vr/,J6tcv aTcwAejev aux premiers vers du prologue : « Tu t'y prends de telle sorte, dit-il à son adversaire, qu'on peut ajouter à tes iambes n'importe quel mot comme /.woàptov, Ar//,j6'.cv, ôuAax'.ov » (v. 1 202-1204). Et il en fait la preuve au fur et à mesure sur les exemples que lui soumet Euripide. Les mots xwSaptov, Àr//.j9iov, ÔAâxtov sont prosodiquement équivalents. Ils représentent la succession - uuu, c'està-dire un demi-pied suivi d'un tribraque; ils peuvent donc s'ajuster également à la première partie d'un iambe, si elle

I. 11 s'en était moqué déjà dans le Gérytadès et V^Eolosicon (Athénée, 111, na e; XII, 55i a. Cf. Decharme, p. 4i5).

a. Scholie du vers 1319 : otaêâXXst Ôà tyjv ô(xo£i6£tav twv eldêoXôv twv Spafiâ-rwv.

3. Aristophane ne cite pas les premiers vers du prologue, au témoignage du scholiasle.

LA FORME DU PROLOGUE l33

coïncide avec la fin d'un mot. Or dans Archélaos, Hypsipyle, Sthénébée, le troisième vers présente cette triple particularité qu'il a la coupe penthémimère, que cette coupe est précédée d'un participe en wv {Archélaos : xatatr/wv. — Hypsipyle : yspejwv. — Slhénébée : ôjv), et que le sujet de la proposition appelle un verbe à la troisième personne du singulier. Cette uniformité ne permet pas seulement à Eschyle de continuer par le mot XTf;y.j6i3v, mais elle l'invite à terminer le vers commencé par un refrain toujours le même : Ar,y.'j9'.c;v à^wASdev. Les autres débuts de prologues cités par Aristophane ne présentent pas tous ces caractères, mais Eschyle réussit à y loger son refrain burlesque, soit au second vers (Phrixos : 'Avôvopoç Tratç, — Iphigénie en Tauride : ôoaijtv itc-oi;), soit au premier et au second (Méléagre : Olveûç xot' va. -/yJ;', premier vers; Oûwv izxpyx:, second vers), à la faveur de la même coupe penthémimère et du sujet qui demande un verbe à la troisième personne du singulier. C'est donc l'abus monotone de cette coupe* et d'une même forme de récit qu'Aristophane a voulu surtout ridiculiser. Mais il a été frappé en outre de l'emploi répété du tour qui dans certains prologues ramène au troisième vers, à la même place, un participe terminé en ojv. Enfin il a relevé la monotonie de l'entrée en matière qui introduit brusquement le récit du passé lointain en commençant par le fondateur de la race. Le nom de cet ancêtre est le premier mot du prologue dans Hypsipyle (Atovuaoç), Iphigénie en Tauride (UéXo'i/), Mélanippe la sage (Tjzùç)^. Il semble donc qu'Aristophane se soit proposé de tourner en dérision, en même temps que la forme de la phrase initiale, l'abus de ces généalogies par lesquelles commencent un grand nombre de prologues,

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