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OSSIAN ET L'OSSIANISMË AU XVIII^ SIECLE

LES pages qui suivent ont pour but d'exposer dans leurs traits essentiels le succès des poèmes attribués à Ossian et l'influence gu'ils ont exercée sur la littérature européenne au XVIII*^ siècle. Cette histoire n'a jamais été écrite dans son ensemble. Il existe quelques ouvrages qui retracent la fortune d'Ossian dans divers pays ; ils sont de valeur inégale, et le plus'^souvent fort incomplets ; je les cite ici (1) comme sources indispensables de cette étude, mais j'ai dû compléter largement leurs données sur beaucoup de points. J'ai tâché aussi de mettre un peu d'ordre dans cet exposé ; j'ai tenu à dire quelques mots des poèmes ossiani-

(1) Bruno Schnabel, Ossian in der schônen Literalnr Englands bis 1832. I.Teil, mit Ausschluss der englischen Romantiker. Diss. Munich, 1896. Il faut y joindre Bailey Saunders, The. life and letters of James Macpherson, Londres, 1894, et Henry A. Beers, A History of English Romanticism in the Eighteenth centiiry, New York, 1906 (chap. IX).

P. Van Tieghem, Ossian en France, Paris, 1917, 2 vol. Avant cet ouvrage avait paru l'étude moins complète de A. Tedeschi, Ossian, « l'Homère du Nord », en France, Milan, 1911.

Rudolf Tombo, Ossian in Germany, Columbia University Germanie Studies, New York, 1901.

Karl Weitnauer, Ossian in der italienischen Literatur bis eiwa auf 1 832, Vorwic' gend bei Monti. Diss. Munich, 1905. Voir aussi Paul Hazard, La Révolution française et les lettres italiennes, Paris, 1910 ; et Arturo Graf, L'Anglomania e l'influsso inglese in Italia nel secolo XVIII, Turin, 1911.

Th. Hasselqvist, Ossian i den svenska digten och Vtteraturen. Diss. Lund. MalmÔ, 1895. On consultera également Anton Blanck, Den nordiska Renâssansen I sjuttonhundratalets litteratur... Stockholm, 1911 ; et Martin Lamm, UpplyS' ningstidens Romantik, H*" partie, Stockholm, 1920 (chapitres IV et V).

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ques eux-mêmes, qui sont aujourd'hui si peu connus, même des lettrés ; j'examine ensuite l'accueil qui leur fut fait, les traductions, les imitations, enfin l'influence qu'ils ont exercée pendant les quarante dernières années du XVIII^ siècle sur les idées et les sentiments. Cette vue synthétique du sujet était ici particulièrement nécessaire. Au reste, on trouvera ici, à plusieurs reprises, de simples résumés, parce que la matière était trop riche, ou au contraire des indications qu'il y aurait lieu de compléter et de développer.

L'ossianisme appartient aux éléments du préromantisme européen qui dérivent de sources extérieures, de révélations plus ou moins authentiques et bien comprises. Il est de beaucoup la plus important de cette catégorie : ni les Reli^ ques d'ancienne poésie anglaise de Percy, ni les Monuments de la poésie Scandinave publiés par Mallet, ne peuvent rivaliser avec Ossian d'influence et de popularité. Cette importance s'explique par le caractère composite et artificiel de rOssian de Macpherson et de Smith : s'il est ancien par quelques traits, il a été repensé et complètement refait par des modernes ; s'il offre quelques-uns des caractères d'une révélation, il est en harmonie avec les idées et les sentiments du temps, il se prête admirablement à leur servir d'expression; aussi est-il accepté d'emblée par la plupart, et souvent avec enthousiasme. Etant la révélation d'une société inconnue, Ossian instruit comme Mallet, et plus que lui, l'historien et le philosophe ; étant la révélation d'une poésie inconnue, Ossian intéresse le critique, inspire le poète, touche le simple lecteur par ses images et ses sentiments. Ces divers aspects de l'ossianisme se manifestent nettement dans les quarante dernières années du XVIIl'^ siècle, et ne se manifestent tous que pendant cette période. L'époque suivante est très intéressante encore et même plus riche à certains égards, mais elle est moins originale, moins abondante en idées, et présente le plus souvent le caractère d'une continuation.

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