I. OSSEMENT
Quel destin ! sur la terre il n'est point de. repos ; Dans son sein, point d'abri qui garde en paix nos os. Des ruines partout et jamais rien de stable. Notre église? déjà croulante et lamentable ! Ses tuiles ont fait place aux lambeaux d'un ciel pur, Et dans la nef en deuil rit l'implacable a{iir !
LA RACINE
A porter haut h croix le vieux clocher s'obstine Et penche comme un mât que la tempête incline.
l'ossehekt
Regarde, un noir sapin au dehors a poussé A la place où jadis l'âge t'a terrassé.
LA RACINE
Tes champs et ton Coudrav sont à de nouveaux maitres Qui sous la hache impie ont fait tomber tes hêtres.
l'ossement
Aux luttes des vivants me mêler désonnais ? Que je regretterais l'asile où je dormais l
l.A RACINE
0 terre reprends-nous !
l'ossement
Rends-nous la paix et l'ombre I
Rouvre-nous dans ton sein un retrait deux et sombre, Heureux d'avoir reçu, dam le couchant vermeil, Le caressant adieu d'un rayon de soleil!
On replaça la pierre et je quittai l'église. A mes yeux attristés déroulant leurs tableaux, Vergers, taillis et champs que la mort fertilise S'étendaient, et la vie en jaillissait à flots ;
Car la nature fait des chefs-d 'œuvres en foule Avec tous les débris d'êtres décomposés, Ainsi que le fondeur qui jette au nouveau moule Le bronze en fusion de mille objets brisés.
L'Archéologue et le Pa\san Saynète représentée à Bagnoles le 27 août 1892
Musique de A. Rn u
PERSONNAGES
L'Archéologue MM. Kernt.
Le r.iys.;:i Girault.
La scène se passe dans un champ aride.
Ia'RRCHÉOUOOUE . LE PAYSAN
t>«roten <ï« MLFRID CHAUUEMEL
Moaerftio
Musique de LBEKT B1EU
OrtT'l Imf.ROSOOKDBLATTKB 7W»I»«- Nord
L'ARCHLOLOGUE, à part
<e menhir, il faut qu'on le trouve Un vieil auteur l'a signalé.
LE PAYSAN", à part
Comm' parfoué le ciel nous éprouve !
Queu temps d'séchin ! tout est brûlé.
52 l'archéologue et le paysan
l'aRCHÉOLOGUK, à part
Je veux que ceci me suggère Un petit écrit non banal.
LE PAYSAN, à port
Ne créyez point que j'exagère : N'y a pus d'nourri pour le bestial !
L ARCHÉOLOGUE, à part
Ce bon paysan, je préjuge, Saura me tirer d'embarras.
LE PAYSAN, à part
C'est tout d'mêm' quequ' chos' qui m'éluge Que d'voir crever mes averras.
L'ARCHÉOLOGUE, à part
Il ignore, c'est chose sûre.
Tout l'intérêt fondamental...
LE PAYSAN, à part
Un horsain ? j'gage, à sa figure, Que ça n'eonnait ren au bestial.
L ARCHÉOLOGUE, abordant le paysan
Veuillez donc m'indiquer, brave homme, Ce bloc de granit en renom ?
LE PAYSAN
Que quou d'mandez ? Si j'ai d'ia pomme ? Peut-ét' ben qu'oui, peut-êt' ben qu'non.
l'archéologue Je parle d'un monument rare, Pierre énorme...
LE PAYSAN, à part L'original !
Y cherch' des pierr', c'est-i bizarre ! Drôl' de nourri pour le bestial.
l'archéologue Il faut s'entr'aider dans la vie, Répondez en bon compagnon.
LE PAYSAN
jacasser? J'n'en ai point l'envie Quand j'sis en plein dans le guignon.
54 l'archéologue et le paysan
l'archéologue
Au riez-vous perdu votre femme?
LE paysan, froidement
C'est vrai monsieu qu'ell* va bin mal.. Mais ce qui m'niet du deu dans l'âme
i Avec douleur) N'y a pus d'nourri pour le bestial !
Jadis, on vovr.it, c'est notoire.
Un granit ici se dresser; C'est un point, pour la préhistoire, Très intéressant à fixer.
LE PAYSAN
Causez-vous point d'eun' roclie dure Qu'j'avons cassée...
L'ARCHÉOLOGUE, à part
Ah ! l'animal !
LE PAYSAN
Des morceaux j'ai fait cté clôture C'est pus commod' pour mon bestial.
L'ARCHÉOLOGUE, exaspéré
son bestial ! Ce jargon m'irrite.
LE PAYSAN
Que qui li prend ? Que qui li prend ? l'archéologue
Quoi ! renverser un mégalithe !
Certes le vandalisme est grand.
LE PAYSAN
Pour des cailloux queux simagrées !
l'archéologue
Pour un savant quel coup fatal !
Plus de menhirs dans ces contrées.
LE PAYSAN
Ni de nourri pour le bestial.
L ARCHÉOLOGUE, s'apaisant et d'un ton de philosophe pessimiste
Quelle triste planète, en somme.
5 6 l'archéologue et le paysan
le paysan
Oui, notre sort est rigoureux.
l'archéologue
Pourtant, que faudrait-il, bonhomme, Pour que chacun se dit heureux?
LE PAYSAN
Au paysan, pour n'êt' point roguc, De bon jus d'pomm' ava l'canal...
l'archéologue Des menhirs à l'archéologue...
LE PAYSAN
Et du nourri pour le bestial !