‹ Le Prometheus de GoetheChapitre 5 sur 6 · L'HOMME · texte numérisé non relu

L'HOMME

Dis, tous mes frères ont-ils le droit d'habiter Dans ma cabane?

Non!

Tu l'as construite pour toi et elle est tienne.

Tu peux la partager

avec qui tu veux.

Qui désire un refuge, s'en bâtisse lui même.

Ensuite, les contestations aussitôt élevées autour de la personnelle propriété : l'un veut avec violence dérober à l'autre des chèvres qu'il a capturées par ses patients efforts. Prometheus apparaît, non comme juge — car déjà s'est enfui le ravisseur, emportant une chèvre, après avoir vaincu et frappé,

— mais comme consolateur et guérisseur : il arrête le sang qui coule de la blessure, et juge le coupable :

Laisse-le !

Si sa main est portée contre chacun,

de chacun la main se portera contre lui.

C'est la lutte, la défense légitime, par union, contre le transgressent de droits, mais aussi une justice non encore réglée, à la phase du talion. On s'étonne souvent d'une inattendue solution qui paraît non fondée, et Gœthe semble parfois voiler un secret et s'arrêter devant la solution. La consolation prodiguée, après la sentence, Prometheus termine :

Vous n'êtes pas dégénérés, mes enfants,

vous êtes travailleurs et paresseux,

et cruels et doux,

généreux et avares,

vous ressemblez à tous vos frères en destinée,

vous ressemblez aux bêtes et aux dieux.

Je crois qu'il doive être cherché derrière ces idées poétisées, non seulement la réflexion métaphysique, mais aussi et beaucoup Y Ame gœthienne

— ce microcosme de VAme de V Humanité, parce qu'il est immense et harmonique Génie, — en son état d'alors, ainsi qu'il a été décrit en ces pages plus haut traduites de sa biographie.

Gœthe a toujours lu les Idées dans les choses, directement, et dans l'expansion de la vie de Tout et de sa vie à lui.

Si les scènes que nous venons d'analyser nous ont paru moins vibrantes que le ton général du fragment, la scène suivante, achevée, je pense, et en tout cas, parfaite, — une des plus belles créations de l'œuvre de Gœthe, — peindra dans son intensité de couleurs, les moments d'insondables délices et d'oubli de la personnelle volonté tourmentée, où la Femme, pour la première fois, s'abîme dans les sentiments sans fond de l'amour, à son plus haut degré d'acuité de sensation et d'évanouissement de l'être ; l ancienne personnalité meurt, et c'est ensemble Mort et Création nouvelle.

Sans autre commentaire, nous traduirons entièrement cette merveilleuse scène, la seule qui nous reste encore à lire, du Prometheus.

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