‹ Le pronostic de la Coxalgie: 100 ObservationsChapitre 12 sur 26 · DES FACTEURS DE LA GRAVITE · texte numérisé non relu

DES FACTEURS DE LA GRAVITE

En étudiant l’historique de l’ostéi-arthrite tuberculeuse de la hanche, dont le pronostic s’est tout de même considérablement amélioré depuis les travaux de Box- NET, de VerNeUIL, de JaraGutEr, de LANNELONGUE, etc. en France; de VorKkMANN, en Allemagne; de THomas, en Angleterre ; de SAYRE, aux U. $S. À., et surtout depuis l'institution de la méthode conservatrice et les études de Mexanp, on est obligé de se persuader que sa gravité s’atténue d’année en année, car on tend à ne plus la considérer avec la tuberculose ostéo-articulaire comme la « Cendrillon de la Tuberculose ».

Et pourtant la coxalgie continue à faire des demiimpotents, pour des raisons qu'il est facile d’établir. Dans les coxotuberculoses graves il y a toujours une erreur initiale qui a fait bifurquer l’ostéo-arthrite bénigne ou plutôt la coxalgie à évolution cyclique (ty pe Mexarp).

La première raison à invoquer est le DIAGNOSTIC TARDIF. On ne reconnaît la tuberculose que lorsqu'elle a détruit presqu’entièrement l’articulation, lorsqu’elle a perturbé la fonction du membre. La faute en incombe la plupart du temps à l’entourage ou au malade luimême.

C’est un enfant qui boîte ou qui souffre, les parents pensent d’abord à cette fameuse douleur de croissance pour laquelle on ne « dérange » jamais le médecin. Ils attribuent la souffrance ou la boîterie à une chûte, à un traumatisme et les jours passent tandis que la tuberculose poursuit son action destructive. Le rhumatisme est souvent incriminé. L’adolescent ou l’adulte-y pensent volontiers ainsi qu’à la sciatique. Ils les croient rebelles, et au bout de quelques mois, la tuméfaction et la rougeur, premières manifestations de l’abcès, finissent par les persuader qu’il se passe quelque chose de plus grave dans leur hanche. La fistule est prête à poindre à la peau lorsque leurs parents ou eux-mêmes se rendent chez le praticien ou chez le spécialiste. EE |

Ce retard n’est alors qu’un moindre mal, car le médecin n’est pas toujours le premier consulté. Dans les campagnes, notamment, circulent des bréviaires de la médecine populaire, qui prêtent main forte äu terrible bacille. Nous avons découvert dans l’un d’eux cette thérapeutique simpliste de la coxotuberculose. Nous ne pouvons nous empêcher de la transcrire. Vas

« Pour la coxalgie rien ne peut remplacer notre Liqueur d’or Triple Force n° 2, que vous pouvez préparer vous-mêmes ; combinée avec notre traitetement n° 1, c’est le traitement le plus parfait, celui qui donne les meilleurs résultats. (Les plan-

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- tes et leurs vertus, par le Dr L. Carrorp, lauréat .c'de la. faculté des Sciences). Le traitement n° 1 est -dépuratif, digestif, apéritif) ».

© Ce n’est qu’un exemple parmi des milliers. L’essai s'effectue entre la DOULEUR PERSISTANTE et la BOITERIE, premiers symptômes d’une évolution déjà avancée, et la fistule. er Quand ce n’est pas une voisine qui conseille l’application de- cataplasmes ou l’onction avec une huile de composition bizarre, c’est un spécialiste : dont la thérapeutique. est souvent plus extraordinaire que celle des sorciers des peuplades les plus arriérées de l’Afrique. Ceux-là cependant ne se parent pas de titres ronflants. La quatrième page de nos journaux révêle chaque jour de nouveaux spécialistes de la coxalgie: les charlatans, si bien nommés, les bâtards d’Esculape » qui ont plus de prétention et aussi plus de cynisme.

L'’interrogatoire nous signale souvent leur intervention. Sous prétexte d'éviter au malade cette gangue qu'est le plâtre, ils n’immobilisent pas, ou s’ils le font ils le font mal. LES ATTITUDES VICIEUSES NF TARDENT PAS À APPARAITRE, précédant l’abcès ét la fistule. Ce qui est plus grave c’est qu'ils traitent souvent sous le couvert de la Médecine légale et qu ils peuvent se considérer comme nos confrères. Parfois c’est le médecin lui-même qui ignore et qui se contente d’ordonner le repos au lit, sinon le massage et la mécanothérapie. C’est ce qui motive le souhait de RicHarD qui RUE que nos Jen rose -soient mieux renseignés.

À l'ignorance et au mépris, la coxotubereulose ‘6ppose son OPINIATRETE DANS LA DESTRUC-

LENREN

TION. Ce sont les quelques mois pendant lesquels on la néglige qui accentuent la gravité de son atteinte et qui allongent la durée de sa lutte avec l’organisme. Le retard du dépistage est son auxiliaire le plus précieux.

C’EST DE LA RAPIDITE D'ACTION CONTRE LES PHENOMENES DESTRUCTIFS QUE DEPEND SON PRONOSTIC.

C’est aussi des conditions dans lesquelles est appliqué le traitement. LA MOINDRE FAUTE MODIFIE LA NATURE DE L’'EVOLUTION. C’est le praticien qui est le maître de la lésion de tuberculose ostéo-articulaire. Bien des fois un amour-propre déplacé lui fait garder le malade par devers lui, alors qu’en l’état actuel des connaissances, seul le grand centre climatique spécialisé permet l’évolution cyclique, et partant, la guérison, avec le minimum de complications, de. la coxotuberculose. Il ne s’agit pas d’un abandon total, mais d’un déplacement du malade, confié à un spécialiste, dans des conditions particulièrement favorables. Le médecin de famille n’est pas tenu à l’écart. Il reste le seul juge du traitement. Son obstination à vouloir traiter une lésion qui demande des soins spéciaux, souvent décevants, et des conditions climatiques partieulières, est souvent le facteur qui aggrave la coxalgie.

DE PLUS, CE N’EST PAS DANS SA FAMILLE, QUE LE :COXALGIQUE, PEUTVNETRE SUTILE MENT TRAITE, du moins dans beaucoup de milieux. La comparaison du pourcentage du décès dans la Flandre maritime et au sanatorium marin de Marakierke, (25 % et 6 %) prouve bien que le soleil et la brise marine n’ont d’effet que lorsqu'on leur associe

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un soin particulier dans le traitement que ne peuvent apporter des profanes.

Mais, dans les stations hélio-marines, on ne réalise pas des miracles. Les malades qui arrivent après une longue évolution et un traitement insuffisant n’échappent pas aux complications graves. Les fistules se tarissent souvent, mais elles persistent longtemps avant de disparaître. Seules la continuité des soins et la science et la conscience de ceux qui les prodiguent peuvent en venir à bout. Or, il n’y a pas qu'aux Etats- Unis que les coxalgiques arrivent fistulisés. Il en est ainsi dans toutes les parties du monde. Nous avons vu que sur 100 coxalgiques examinés en 1911 à Berck, 25 % étaient arrivés fistuleux et 38 % en mauvaise attitude (Congrès international de la Tuberculose, Rome 1912) et que, d’après le rapport Deraraye (Congrès international de Thalassothérapie, Berck 1931):

Sur mn ensemble de 379 coxalgies, il a dû être procédé quelques temps après leur arrivée à Berck à: 47 ostéotomies, 34 résections de la hanche, 7 désarticulations.

Le même auteur signale que sur 67 coxalgies, 10 arrivent fistuleuses, ce qui est inférieur aux chiffres notés dans la région languedocienne.

Il n’y a pas que certains praticiens qui s’obstinent à garder des coxalgiques dans un milieu peu favorable à leur guérison. Ce sont parfois des chirurgiens de villes que l’on ne saurait considérer comme des stations climatiques, car le soleil y est rare ou pâle, villes situées trop à l’intérieur des terres pour que l’influence marine puisse s’y faire sentir; qui gardent

confinès dans des services hospitaliers des malades sur lesquels la eure hélio-marine agirait rapidement et efficacement. Ce n’est que lorsqu’apparaissent les complications et la cachexie qu’ils s’en débarrassent comme à contre-cœur. Il n’est pas exagéré de diré que les sanatoria sont trop souvent considérés comme les dépotoirs des hôpitaux de l’intérieur.

C’est pour cette raison que l’on ne saurait déduire des chiffres des observations que nous présentons. La coxalgie est une maladie grave, mais son pronostic normal se trouve aggravé par l’ignorance de ceux qui négligent l'efficacité d’un traitement précoce, dans des centres spécialisés, aussi favorables à la guérison que ceux des rivages baignés de soleil et de brise marine et des hauteurs où les radiations ajoutent leurs vertus

curatrices à la pureté de l’air. (ROLLIER à Leysin, CAPEL- LE à Odeillo).

Vase LONGUEUR DESESPERANTE de l'EVOLU- TION et partant du traitement, contribue aussi très souvent à aggraver des formes dont on serait venu à bout sans avoir à déplorer des reliquats mutilateurs. Combien de fois les parents sont impatients de reprendre leurs enfants ! Combien de malades traités à temps et dont aurait pu espérer la guérison sans grand dommage, sont des « oiseaux de passage » 4 Les parents-ne se résignent souvent pas à vivre aussi-longtemps séparés de leur petit malade. Ils interrompent une cure, qui lentement mais sûrement prenait le dessus sur une atteinte tenace, et font ainsi le Jeu de à agent destructeur.

{ | . . F . s < ” C’est l’ennui, le spleen, l’indiscipline chez les classes alsées que n’inquiètent pas les soucis ‘d'argent,

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