EXAMEN DE L'URINE
On peut tirer, de l'examen des urines, de très utiles renseignements sur l’état des fonctions rénales. Cet examen porte, en fait:
1° Sur les propriétés physiques de l'urine éliminée (quantité, densité, coloration);
29 Sur ses propriétés chimiques (analyse qualitative et quantitative) ;
3° Sur ses propriétés biologiques (toxicité, éléments organisés).
Il est logique de faire une place à part aux procédés cryoscopiques, qui recherchent, d’une part, le point de congélation de l’urine, et, de l’autre, sa teneur en chlorure de sodium, pour en déduire approximativement la composition.
A. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L'URINE. — La quantité totale d'urine éliminée n'indique pas même approximativement quelle est la valeur fonctionnelle des reins. Les néphrites aiguës s’accompagnent d’oligurie ou d’anurie ; les néphrites chroniques, le plus souvent de polyurie. Mais cette polyurie est inconstante : elle peut d’ailleurs dépendre de facteurs qui n’ont aucun rapport avec la lésion rénale, et, même si elle est uniquement conditionnée par celle-ct, n’est pas d’autant plus marquée que la glande est elle-même plus atteinte.
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L'étude de la densimétrie urinaire est tout aussi défectueuse, pour les mêmes raisons. La densité de l'urine est évidemment proportionnelle au taux des substances dissoutes qu’elle renferme. Mais elle peut être directement influencée par la composition du milieu sanguin, la température, la qualité de ces substances. Cependant, il résulte de ce que nous avons dit qu’une densité inférieure, sans polyurie, est le plus souvent signe d'insuffisance rénale. De même, lorsqu'il ya polyurie, on doit prévoir un trouble de la fonction rénale, si la densité de l'urine éliminée reste très notoirement inférieure à ce qu’elle devrait être. Il serait imprudent de tirer de cet examen des conclusions plus précises.
Nous n'insisterons pas davantage sur la coloration de l'urine et la colorimétrie. On sait depuis longtemps que les urines des néphrites chroniques sont généralement pâles. Mais 1l n’y a aucun rapport de proportionnalité entre l'intensité de leur coloration et l’état anatomique des reins qui les ont sécrétées.
B. PROPRIÉTÉS CHIMIQUES DE L'URINE. — ]. Analyse quantitative. — L'étude chimique de l'urine des brightiques a été très négligée, depuis que l'attention du public médical s’est tournée vers les procédés modernes d'exploration du rein. — Cette composition nest d'ailleurs pas sous l’exclusive dépendance de fonctionnement de la glande rénale : tous les troubles de la nutrition, l'insuffisance hépatique, les maladies nerveuses ont sur elle un retentissement considérable. En dehors de tout état pathologique, les corps élimi-
nés par l’urine le sont à peu près {ous aux dépens des
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aliments ingérés : « Les quantités de chaque principe minéral ou organique excrétés par l'urine sont sensiblement équivalentes aux quantités ingérées par la bouche », au moins chez un individu normal (Marcel et Henri Labbé). L'analyse de l'urine ne permet donc d'affirmer le fonctionnement normal d'un rein qu'à une condition : il faut qu'elle contienne une quantité de chaque substance équivalente à celle qui aura été ingérée. Il est illogique de vouloir établir une normale lorsqu'il s’agit d'analyse d'urine. Celle-ci ne peut avoir de signification que si on connaît exactement le bilan des aliments absorbés, et si on le compare à celui des principes éliminés.
L'examen doit porter, en pratique, sur cinq points particulièrement importants : 1° le taux des chlorures ; 2° celui des phosphates:; 3° celui des sulfates ; 4° celuides principes azotés, l’urée en particulier ; 5° la recherche de l’albumine ou des protéiques anormalement contenus dans l'urine.
1° Chlorures. — Le dosage des chlorures dans l'urine a une très grande importance: il est facile à faire ; d'autre part, le bilan des chlorures ingérés s’obtient sans grosses difficultés (Laubry). Un dixième en est éliminé par les matières fécales ou la sueur; le reste se retrouve intégralement dans l'urine. En fait, il existe des différences considérables en ce qui concerne le taux de l'élimination chlorée, d'un individu à l’autre, suivant les habitudes alimentaires de chacun. Nous n'insisterons pas sur l'intérêt capital qu'offre pour le clinicien l'étude de la rétention chlorurée. Les travaux d’'Achard, de Widal et de leurs élèves ont montré tout le parti qu’on pouvait en tirer.
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20 Phosphates. — Ce que nous venons de dire peut s'appliquer aux phosphates, ou, plus exactement, aux dérivés phosphorés que renferme l'urine. Il est d'usage d'en apprécier la valeur en acide phosphorique. Lei encore, il existe un balancement remarquable entre l'ingestion et l'élimination de ces composés.
3° Sulfates. — Tout le soufre que renferment les aliments absorbés n’est pas rejeté par les urines. Il en passe par les matières fécales une quantité appréciable, qu'on ne peut doser exactement (Hugounenq). D'autre part, la recherche du soufre dans les urines présente certaines difficultés, car 1l s’y rencontre sous des aspects très dissemblables. Le dosage des sulfates peut donc être négligé en pratique courante.
4° Composés azotés. — L'urée, terme ultime de l'évolution des albuminoïdes dans l'organisme, est le plus important de tous. Pour qu’elle puisse fournir des renseignements utiles, l'étude de son élimination doit faire entrer en ligne de compte la quantité d’albuminoïde ingérée. L'élimination de l’urée est d’ailleurs non seulement fonction de la quantité, mais encore de la qualité de cette albumine ; toutes les protéiques n'ont pas, en effet, un coeflicient d’assimilation identique. C’est ainsi qu’à poids égal, l’albumine animale donne plus d’urée que l’albumine végétale. Le problème est donc ici des plus complexes.
Quelles indications peut donner cette analyse, en ce qui concerne la détermination de la valeur fonc-
tionnelle du rein? — Si le malade à examiner est soumis pendant un Lemps assez long — trois Jours
au moins d'après Marcel et Henry Labbé — à un
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régime scrupuleusement dosé, et si on constate, après des analyses plusieurs fois répétées, qu'il élimine mal tel ou tel corps ingéré, on pourra évidemment se faire une idée assez exacte de l’état de ses organes. Mais, encore une fois, cette étude ne peut être utile que si on compare d’une part ce qu’il élimine à ce qu'il absorbe, et si, d'autre part, les examens sont assez nombreux pour qu'on n’ait pas à tenir compte de facteurs secondaires, tels que l’influence de la pression sanguine ou du système nerveux, susceptibles, en dehors de toute maladie dela nutrition ou de toute lésion rénale, de modifier considérablement la sécrétion urinaire. En fait, la diminution du taux des chlorures ou de l’urée excrétés permet, si elle est constante et notable, d'affirmer qu'il existe de l’imperméabilité vis-à-vis de ces corps, ou qu'ils sont anormalement relenus par l'organisme: le degré de cette rétention et sa gravité plus ou moins grande suivant les cas peuvent être déduits de cette étude. Le P' Teissier admet aussi que la diminution de la quantité totale de phosphates urinaires est d’un mauvais pronostic, si leur absorption est, d'autre part, normale.
II. Les albuminoïdes urinaires. — Albuminurie et néphrite ont été longtemps synonymes. On sait bien, à l'heure actuelle, qu'il existe des néphrites sans albuminurie, comme 1l existe des albuminuries fonctionnelles ou organiques, sans atteinte grave du parenchyme rénal.
Le taux de l’albumine éliminé par un brightique ne peut avoir de signification pronostique: les néphrites sans albuminurie ne sont pas toujours les plus