‹ Le Pronostic du Gliome de la RétineChapitre 10 sur 27 · DIAGNOSTIC HISTOLOGIQUE · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC HISTOLOGIQUE

Le diagnostic histologique est facile, surtout quand l’affection est à son début. La topographie rétinienne de la tumeur est alors évidente. Nous rappellerons brièvement les prineipaux caractères qui, permettent de reconnaître le gliome, sans chercher à approfondir la question de nature que les travaux modernes n'ont pas encore définitivement fixée.

Le professeur Lagrange, dans son magistral Traité des tumeurs, ramène à quatre ces caractères principaux :

1° Présence de cellules névrogliques hyperplasiées et hypertrophiées, d’un fouillis fibrillaire constitué par leurs prolongements, et de cellules ganglionnaires formées et en voie de formation ;

2° Formation des rosettes de Wintersteiner, tubes bordés de cellules cylindriques développées à l’intérieur et au dépens de la couche granuleuse externe;

3° Structure de l’angiosarcome tubuleux, due à la présence d’une couronne de cellules bien colorées autour de la section : transversale de chaque vaisseau; les cellules éloignées des vaisseaux sont en dégénérescence et non colorées;

4° Enfin, caractère constant — les trois premiers pouvant faire défaut, — accumulation de petites cellules rondes, ser-

rées, munies d’un gros noyau, logées dans une très faible quantité de substance intercellulaire finement granuleuse, avec un grand nombre de vaisseaux à parois minces.

La variété de forme des groupements cellulaires qui apparaissent dans cette néoplasie, et les aspects multiples sous lesquels le gliome se présente au microscope s'accordent très

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hien avec la théorie admise par beaucoup de cliniciens et d’histologistes, expliquant la différence de pronostic par l'existence de néoplasmes rétiniens d'espèces différentes. Lagrange, qui se rallie à cette opinion, distingue une variété relativement bénigne, d’origine ectodermique (neurogliome, neuroépithéliome), et une variété très maligne d’origine mésodermique (angiosarcome tubuleux, sarcome à cellules rondes). La tendance des travaux actuels est de faire admettre l'unité spéci-

fique de la tumeur, mais alors que Ascunce et de Graele con-

cluent à un gliome vrai et expliquent la variété des formes cellulaires observées par les apparences multiples des éléments évolutifs de l’histogénèse de la névroglie, d’autres auteurs, avec Mawas, concluent à une tumeur maligne d’origine épithéliale, constituée par des cellules réliniennes du type embryonnaire, pouvant évoluer jusqu'à former des cellules visuelles jeunes atypiques.

Lorsque la tumeur après avoir forcé la barrière que lui oppose pendant un certain temps la coque scléro-cornéenne a envahi l'orbite, elle s’y développe rapidement et ses caractères distinetifs deviennent beaucoup moins nets; le type histologique se modifie jusqu’à simuler celui du gliome du cerveau. Le diagnostic devient parfois difficile avec le sarcome de la choroïde. Ce dernier se distinguerait cependant par son aspect moins vasculaire et par la manière dont il se comporte vis-à-vis du nerf optique qui reste assez longtemps préservé au milieu de ses gaines épaissies, alors que dans le gliome c’est, au contraire, par le centre, en plein tissu nerveux que le nerf est envahi, et non point par ses gaines.

Les premiers auteurs qui ont étudié le gliome l’ont toujours considéré comme une tumeur excessivement maligne — aussi maligne que le sarcome du tractus uvéal, avec lequel on le confondait avant Wardrop. Cette manière de voir ne se modifie. guère pendant plus d’un demi-siècle. Virchow, en 1864, frappé cependant par quelques guérisons, admet l'existence d’une variété moins maligne; l'inconstance du pronostic est un des meilleurs arguments de la théorie dualiste dont il est le promoteur. On continue cependant à admettre qu'une terminaison fatale est à peu près inévitable dans la grande majorité des cas et toute thérapeutique est considérée comme illusoire.

En 1889, de Wecker parle de l'extrême malignité de la tumeur; il admet cependant la possibilité d’une guérison si une prompte énucléation du globe oculaire vient délivrer le malade de sa tumeur naissante. Il conseille l'intervention systématique et conclut : « Opérer tôt, tout est là. »

En 1890, Lagrange, rapportant une observation personnelle, affirme nettement que le gliome ne doit pas être considéré comme la plus maligne des tumeurs. Il montre que, sur le nombre total de gliomes connus à cette époque (94 cas), la guérison à été obtenue dans plus du cinquième des cas, et il conclut ainsi : « Le gliome de la rétine revêt quelquefois une marche relativement bénigne. Il prend alors la forme endophyte et reste longtemps localisé dans 1a coque oculaire. Il n'est pas aussi grave que la plupart des classiques se plaisent à l’affirmer. Les cas de guérison définitive et de trè ès longue survie ne sont pas rares. »

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