‹ Le Propagateur du magnétisme animal. Tome secondChapitre 10 sur 33 · RENCONTRE DE DEUX SOMNAMBULES · texte numérisé non relu

RENCONTRE DE DEUX SOMNAMBULES

( C’est M. Dupotet qui parle. )

Tourmentée par le désir de voir une somnambule, mademoiselle P. me pria plusieurs fois de lui en montrer une. Elle voulait, disait-elle, voir comment elle était lorsqu’elle dormait, ne pouvant s’en faire une idée. Je savais ce qui pouvait en résulter de fâcheux pour elle ; plusieurs exemples m’avaient appris depuis long-temps le danger qu’il y a à faire trouver ensemble des personnes très susceptibles des impressions magnétiques; cependant croyant que,dans cette circonstance, il ne surviendrait aucune crise au-dessus de mes forces, j’y consentis, quoiqu’à regret. On va voir si je n aurais pas eu raison de refuser.

Te 2 o au matin , étant en consultation , je faisais des questions à ma somnambule sur l’état d’une malade de qui elle tenait une meehe de cheveux; elle me répondait avec facilité, et était extrêmement tranquille. Dans ce moment on frappe : c’était mademoiselle P. avec son oncle. Je me dérange pour

les introduire 5 je fais asseoir mademoiselle P. a 5 ou 6 pieds de distance de la somnambule, et je continue d'interroger cette dernière. Au bout de 7 ou 8 minutes, mademoiselle P. commence à ressentir des effets magnétiques, et les manifeste bientôt par des cris, des convulsions, et par le sommeil; pendant ce temps ma somnambule conservait sa tranquillité ; je la quitte et vais à la jeune personne, dans l’intention de la calmer; mais au moment où je l’approche, et étends la main pour faire cesser cet état douloureux, ma somnambule entre dans un état nerveux épouvantable ; elle se lève, crie , ouvre les yeux qui restent fixes; elle est agitée, demande à être éveillée , m’appelle, et me supplie de la calmer. Je viens à elle pour remplir cet office; mais pendant que j’y parviens, l’autre a qui javais rendu le calme retombe dans son premier état, et toutes deux présentent alors un spectacle effrayant d’angoisses, de convulsions, et de cris. Je sépare les deux personnes; j’en fais passer une dans une chambre éloignée, je ferme bien toutes les portes, et comptant sur la distance et l’épais * seur des murailles qui les séparent, je procède au réveil de mademoiselle P. L’autre somnambule, qui n’a pu m’entendre ni me voir agir, se réveille cependant au meme instant, et tombe dans une faiblesse extrême. Les personnes qui l’entourent cherchent à lui prodiguer leurs soins, lui prennent les mains, lui parlent ; vains efforts, elle semble être dans un état d’hébêtement, elle ne répond rien à leurs paroles affectueuses, et une espèce de rire sardonique les glace d’effroi.

Pendant que cette scène Se passait dans une chambre e'ioigne'e de moi, je soulageais l’autre personne en l’endormant de nouveau; mais au moment de son sommeil, la première s’endort encore, et moi,force d’aller de Tune à l’autre, je crie à chacune en particulier : Calmez-vous ! rèveillez-vous ! restez tranquille! je vous le commande, je le veux. Cependant je sentais mes forces qui s’en allaient; je prévoyais que, pour pour peu que cette crise affreuse se prolongeât, je ne pourrais plus empêcher les accidens qui ne pouvaient pas manquer d’arriver. Plusieurs personnes présentes à cette séance sont dans un état difficile à décrire : l’une est à la fenêtre et éprouve des envies de vomir, l’autre pleure à chaudes larmes, une troisième prend de Peau de Cologne pour elle et les autres , mais c’est en vain, puisque tous ces effets demandent à être calmés par l’agent qui les avait fait naître. On doit sentir la position critique où je me trouvais. Quel parti prendre? Aucune voie n’est indiquée pour se conduire. Que faut-il faire? Mille idées me viennent à la fois, et s’en vont pour faire place à d’autres qui ne me paraissent pas meilleures; je n’ai pas le temps de réfléchir; je sue à grosses gouttes, ma chemise est collée sur mon corps; pale et défait, je me décide enfin à mettre un grand intervalle entre les deux somnambules. Je viens à la première, je la réveille sans m’embarrasser de ce qu’éprouve l’autre; dès qu’elle ouvre les yeux, je lui commande de partir; elle se lève pour m’obeir, fait des efforts pour s’en aller, et me déclare

qu’il lui est impossible de faire un seul pas. Je la magnétise avec force, et lui ordonne impérieusement de sortir. Alors elle se relève, se traîne jusqu’à la porte, et s’arrête sans pouvoir aller plus loin. J’arrive , ses yeux étaient fermés, je les lui ouvre, et la vois descendre en chancelant et se traînant comme dans un état d’ivrese, je la fais suivre pour qu’il ne lui arrive aucun accident en route. Je rentre, troublé par les cris aigus qui partaient de l’endroit où était mademoiselle P. elle étouffait ; sa figure était rouge, les muscles de sa face violemment agités, les yeux fermés et la langue poussée en partie en dehors de la bouche. Je lui pris les mains, que je trouvai froides; je lui parlai, elle m’entendit. Oh! mon Dieu, me dit-elle, je serais morte si vous n’étiez pas venu. Ce désordre va cesser tout-à-l’heure, mais je serai plusieurs jours malade, si vous ne me magnétisez pas ce soir. Interrogée sur ce qui avait causé ce malheureux accident, elle répond que la vue de ma somnambule lui avait fait une impression fâcheuse, qu’elle se trouvait comme forcée d’approcher d’elle ; qu’au milieu de toutes ces sensations elle s’était endormie; que quand je l’avais quittée pour aller magnétiser l’autre, il s’était déclaré en elle un état de malaise et d’angoisses qui,sans ma présence d’esprit, aurait pu,la conduire à la mort, ou au moins la rendre folle. Continuant de la magnétiser, je la calmai entièrement; elle monta en voiture avec son oncle , qui la conduisit chez lui, pour lui donner le temps de se remettre tout-à-fait. En route, elle eut encore

quelques mouvemens convulsifs, beaucoup moins violens à la vérité, et qui se calmèrent au bout de quelques instans.

Inquiet de ce qui était arrivé à ma somnambule, je me rendis chez elle, et j’appris qu’elle n’avait pas pu regagner tout de suite son domicile; qu’elle s’était endormie plusieurs fois pendant le trajet, qui avait duré deux heures, au lieu d’un quart-d’heure qu’elle met habituellement à le faire. En arrivant chez elle, épuisée de lassitude, elle avait été forcée de se mettre au lit; qu’elle se sentait brisée, et incapable d’exécuter un mouvement. Je l’endormis, dans le dessein de rétablir un peu ses forces, et d’obtenir d’elle quelques révélations importantes sur ce qui venait d’avoir heu ; mais toutes ses réponses me prouvèrent qu’elle avait perdu le souvenir de tout ce qui s’était passé ; seulement elle éprouvait une telle appréhension et une telle horreur en j songeant, qu’elle me disait être alors dans l’état pénible qu’on éprouve pendant un cauchemar, au moment où l’on fait de vains efforts pour se soustraire à un danger qu’on est loin de croire imaginaire.

Elle ne put pas m’en dire davantage ; cependant elle était persuadée que, si cet état s’était prolongé, elle serait morte dans des convulsions.

Pour moi, ayant éprouvé le tourment que donne l’inquiétuçle quand elle est poussée loin, j’étais si faible, que je fus pendant cinq heures comme anéanti. Je ressemblais à un être qui a perdu tout son principe vital ; j’étais incapable d’avoir une volonté,

èt, chose extraordinaire, mes cheveux tombèrent en grande quantité. Heureusement il n’y a eu aucune suite fâcheuse ; le tout s’est terminé a ma satisfaction. Voilà la troisième leçon de ce genre que je reçois,

Bien des magnétiseurs auraient peut-être vu dans ces effrayans effets une preuve de plus de leur grande puissance magnétique ; ils auraient admiré et vanté ce prodige. Pour moi, qui ne découvre là-dedans qu’une perturbation dans la marche de l’agent magnétique, je fais des vœux tous les jours pour qu’un bon ouvrage vienne nous tracer une route sûre, et nous fasse éviter des accidens qui sont maintenant inséparables de la pratique de cette science. Je suis fâché de le dire, mais nous n’avons, dans tout ce qui est écrit sur le Magnétisme, que quelques guides pour des cas particuliers ; rien ne nous est offert pour une marche générale.

Dans le courant de cette histoire, on verra un trait à peu près semblable à celui que je viens de tracer, avec cette différence qu’une seule personne était somnambule, que l’autre n’avait jamais été magnétisée, et que même elle voyait magnétiser pour la première fois. Les phénomènes sont nés au moment où le somnambulisme s’est déclaré chez quelqu’un placé auprès d’elle, et tandis qu’elle considérait avec beaucoup d’attention ce qui allait se passer.

( La suite au prochain numéro. )

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Clinique magnétique de M. Dupotet.Page 65

Premier exemple de prévision. 69

Deuxième exemple. Fait récent. 70

Expérience clinique de M. Dupotet, qui prouve que, dans l’état de sommeil, le goût des

somnambules change. 75

Sensation bizarre qu’éprouvent certains malades lorsqu’on les magnétisé.. 78

Correspondance. 79

Observations. 80

L’incrédulité en magnétisme a aussi ses dangers. g 5 De l’art d’appliquer le Magnétisme animal à la thérapeutique , 3 e article. — Histoire du

Magnétisme depuis Mesmer. g 5

Traitement d’une gastrique chronique, 2 e article. 112

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Clinique magnétique de M. DUPOTET.

Les adversaires du magnétisme ont beaufaire, leurs

efforts réunis n’empêcheront jamais sa propagation; car aussitôt qu’un homme de bonne foi parvient à reconnaître la nouvelle vérité ,que nous devons à Mesmer, il s’y livre tout entier. Le ridicule dont on cherche à le couvrir , loin de refroidir son zèle, ne sert qu’à le stimuler davantage, et le porte à exercer des actes de charité dont il n’aurait peut-être pas été capable sans cette nouvelle lumière, et sans l’entêtement des détracteurs de cette découverte si utile à l’humanité.

Comment cela ne serait-il pas ainsi? Le magnétisme est parfois si attrayant, il remplit le coeur de tant de délices, élève l’ame si haut, qu’un seul instant suffit pour dédommager d’une année de peines. Alors le sarcasme nous trouve insensibles; nous méprisons les injures, et nous plaignons avec sincérité l’aveuglement de ceux qui nous attaquent et repoussent la vérité. De quel bonheur nos

antagonistes se privent dans ce monde! Quels momens ravissans pourraient embellir leur vie !.... Mais puisqu’ils s’obstinent à l’epousser loin d’eux ce plaisir délicieux, ce ravissement inexprimable qui couronne le succès d’une bonne action, nous nous bornerons à leur raconter ce qui se passe dans quelques-unes des scènes fréquentes du magnétisme, ou le coeur fortement ému fait éprouver des sensations inconnues dans le cours de la vie ordinaire. Peut-être que ée récit engagera quelques personnes à se procurer ce bonheur. Nous osons l’espérer, malgré l’égoïsme qui règne aujourd’hui : ainsi, racontons au public les faits dont nous avons été les témoins; c’est un besoin et un devoir pour nous de le faire.

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