‹ Le Propagateur du magnétisme animal. Tome secondChapitre 11 sur 33 · PREMIER FAIT · texte numérisé non relu

PREMIER FAIT

Il n’y a pas long-temps que je fus appelé pour magnétiser un jeune enfant, fils de M. le comte de B. D., demeurant à Paris, rue du Bac,n° . On ne me dissimula point qu’il était très mal, et que mes soins étaient réclamés comme une dernière ressource, de laquelle cependant on espérait encore. Je me rendis à cette invitation, et je m’assurai par moi-même qu’il était en effet dans un état désespéré. Je le magnétisai fortement pendant une demi-heure, sans apercevoir aucun effet sensible ; néanmoins il devint plus calme et eut un peu de sommeil. (Depuis plusieurs jours il ne dormait plus.) Ce repos m’encouragea; je revins le soir pour le magnétiser de nou-

veau. Comme il était d’une faiblesse extrême, une jeune femme, qui lui portait un intérêt très vif, le tenait sur ses genoux, près du lit de sa mère., que la douleur avait rendue malade. Je le magnétisai dans cette position, entouré de quelques personnes qui eussent voulu, aux dépens de tout ce qu’elles possedaient, rappeler cet infortuné à la vie. Une faible lampe éclairait ce tableau et un profond silence régnait autour de moi. Plonge dans un recueillement religieux, mon action, dirigée sur le malade , et a un pied de distance , ne tarda pas à produire un effet salutaire. Les douleurs que l’enfant éprouvait, et qu’il manifestait avant l’opération par des cris et des mouvemens convulsifs, se calmèrent, et il jouit de quelque tranquillité.

11 en fut tout autrement à l’égard de la personne qui le tenait ; ses yeux s’étant fermés, elle tomba dans un état complet de somnambulisme. Bientôt de grosses larmes inondèrent ses joues, sa tête, dirigée dans l’attitude de la prière, prit une expression angélique. Nous voulûmes prendre l’enfant qu’elle tenait; mais elle le retint, et ne s’en dessaisit qu’à mon invitation. Alors, joignant les mains, elle tomba à genoux, et ses sanglots m’avertirent de la surveiller. Je cherchai à soulager son cœur, en lui arrachant un aveu que nous ne devinions malheureusement que trop. Elle nous confirma nos craintes avec un accent qui ne sortira jamais de ma mémoire. Son langage animé et ses mouvemens exprès- « sifs produisirent sur nous une impression profonde,

et nous révélèrent l’élévation et la noblesse de son ame, une des plus belles qu’il soit possible de rencontrer en ce monde. Elle prit de nouveau 1 enfant dans ses bras, le pressa sur son coeur agité, et montrant le ciel, qui allait être bientôt son asile, elle nous dit qu’il n’y avait plus d’espoir pour lui, nous apprit ce qu’on aurait dû lui donner pour le guérir, et ce qui restait désormais a faire pour prolonger sa malheureuse existence; elle insista pour que 1 on courût chercher ce qu’elle indiquait, et, persuadée qu’on allait s’empresser de se le procurer, elle se réveilla d’elle-même.

Sortie de l’état somnambulique, elle ne conserva aucun souvenir de ce qui venait de se passer. Pour nous, étonnés, confondus, nous la considérions sans oser l’interroger, tant elle nous avait inspiré de respect et d’attendrissement. Nous regardions tous sa personne comme sacrée et supérieure à ce qu’on peut imaginer de plus élevé.

Digne femme! croyant elle-même que j’étais doué d’un pouvoir surnaturel, elle suivait des yeux mes mouvemens quand je les dirigeais sur son nourrisson chéri, et m’interrogeait sans cesse sur les motifs de la crainte qu’elle lisait dans mes regards. Quand nous lui apprîmes ce qui s’était passé, ce qu’elle venait de dire : « N’en croyez rien, s’écria- « t-elle, cela n’est pas possible : vous êtes certaine- « ment dupes d’une erreur. »

Le lendemain, mise en somnambulisme de la même manière que le jour précédent, c’est-à-dire

sans que je cherchasse à l’endormir, pendant que je magnétisais l’enfant; elle répéta avec la meme expression tout ce qu’elle avait dit la veille, et ordonna les mêmes médicamens

On se les était procurés ; je les pris dans ma main sans qu’elle s’en aperçut, et m’approchai d elle en tenant soigneusement le poing fermé. A peine avaisje fait quelques pas, qu’elle s’élança sur ma main, saisit ce qu’elle contenait et voulut en donner de suite à l’enfant. Nous la laissâmes faire; aussitôt que le malade en eut bu quelques gouttes, un rayon de joie se répandit sur tous les traits de cette bonne somnambule, après quoi elle s’eveilla encore sans que ma volonté y eût aucune part. Je cherchai à l’endormir de nouveau ; mais tous mes efforts furent inutiles, et je ne pus jamais y parvenir. On eût dit que sa mission était accomplie.

Je continuai à magnétiser le malade pour seconder l’action du remède qui avait produit quelque bien, mais qui néanmoins ne put pas le sauver. 11 mourut au bout de quelques jours, nous laissant dans la cruelle certitude que s’il eût été magnétisé plus tôt, nous l’eussions infallibleraent conservé à des parens qui se consoleront difficilement de cette perte.

Voici un fait qui mérite d’être connu par la singularité fort remarquable qu’il présente, et parce qu il peut être utile à la science magnétique.

Dans la deuxième séance de somnambulisme dont je viens de parler, nous étions éclairés, comme je l’ai dit, par une petite lampe, qui, placée à huit ou dix pieds, ne jetait sur l’enfant magnétisé et sur nous que de faibles rayons. Néanmoins nous y voyions assez pour distinguer tous nos mouvemens. Je dirigeais le fluide magnétique, comme j’ai l’habitude de le faire, sans contact et à une distance d’un pied environ. Dix minutes après, trois personnes qui me regardaient se mirent à dire en même temps qu’elles voyaient sortir de mes doigts des rayons de feu qui s’étendaient à plusieurs pouces de distance, et dans la direction que j’affectais de leur donner. Je regardai avec beaucoup d’attention, mais je ne pus rjen apercevoir. J’interrogeai ces personnes, et toutes m’assurèrent qu’elles voyaient parfaitement et très distinctement un rayon lumineux qui sortait de mes extrémités et se dirigeaient sur le malade.

Je consigne ce fait ici, et je l’annonce avec confiance comme vrai, parce que les personnes qui en ont été ies témoins sont incapables d’en imposer, et qu’elles n’avaient d’ailleurs nul intérêt à m’induire en erreur. Elles n’ont pu être dupes d’une illusion, puisque toutes trois ont aperçu les mêmes rayons, et ont manifesté leur surprise en même temps. Maintenant, elles sont encore tellement pénétrées de la certitude de ce qu’elles ont vu, qu’elles me regardent avec étonnement, et ne conçoivent pas comment je puis douter d’un fait qui est pour eux de la plus grande évidence.

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