‹ Le Propagateur du magnétisme animal. Tome secondChapitre 17 sur 33 · QUESTION SUBSIDIAIRE · texte numérisé non relu

QUESTION SUBSIDIAIRE

Sur la nécessité , clans une affaire qui semble de pure raison, de dire toujours quelques injures.

Tout bien considéré, docteurs très prudens, je me suis aperçu que les meilleures raisons sont toujours les injures , ou du moins c’est par là qu’il faut commencer toute dispute : rien ne met si bien la bonne logique en haleine : c’est pourquoi, je pense qu’il est convenable, dès le début de cette grande querelle où Mesmer nous a engagés, de crier partout, et notamment dans l’oreille des jeunes femmes et des vieux malades , que ce Mesmer est un imposteur, un ignorant, enfin un charlatan.

Ce mot de charlatan est admirable : c’est un cri d’alarme ; et quand un médecin de Paris le prononce un peu haut, vous pouvez compter qu’il est aussitôt

répété comme par échos depuis la Capitale jusqu’au dernier village : il n’est médecin , chirurgien , barhier, apothicaire , grimaud, cuistre qui ne s’empresse de redire : Mesmer est un charlatan : cela fait un bruit du diable, et en général un très bel effet.

QUESTION

Si l’on ne pourrait pas nous rétorquer l’accusation de Charlatanerie.

Cependant, il faut tout prévoir, sages docteurs : si quelqu’un me demande ce que j’entends par un Charlatan , je ne puis me dispenser de répondre, qu’un Charlatan est celui qui explique ce quil ne sait pas, et promet ce qu’il ne fait point.

Mais, illustres confrères, pardonnez mes alarmes, n’est-il pas à craindre que quelque indiscret n’applique incontinent cette définition aux médecins mêmes, et ne me demande compte de ce qu’ils expliquent sans le savoir et promettent sans le faire? et je vous confesse mon embarras à me tirer de là; docteursrégens, sauvez-moi de cette importune question.

QUESTION

il ne nous est pas permis de nier les faits qui ne nous conviennent pas , sans prendre la peine de les 'vérifier.

Vous ne devez pas douter un moment que je ne m’époumonne à crier que tous les faits publiés par Mesmer et consorts, tant pour lui que pour nous, sont faux comme le mensonge même.

Mais, docteurs véridiques, vous sentez bien qu’on va me demander si j’ai vérifié ces faits par mes propres yeux.

Je répondrai, soyez-en bien sûrs, avec toute la dignité convenable, qu’il serait bien indécent à un membre d’une Faculté de médecine, d’aller assister en personne à des tours de gibecière.

Mais, je vous le prédis, cette réponse ne contentera pas ; on me soutiendra qu’il convient à un médecin, comme à tout autre, d’être curieux et sage; curieux par la nouveauté des choses que Mesmer annonçait, et sage par le doute suivi de l’examen.

Docteurs très clairvoyans, ne pourrais-je pas imposer silence à ces raisonneurs importuns, en leur disant qu’un médecin n’est point curieux et sage à la manière des autres? que toute sa curiosité est de voir ses propres malades, et que sa sagesseestde les avoir vus et revus; car c’est une grande sagesse de faire beaucoup de visites.

question

Sur quelques mensonges à hasarder.

J’ai beaucoup rêvé, sages docteurs, si je ne soutiendrais pas que ce Mesmer nous avait malicieusement écartés de toutes ses opérations magnétiques.

Mais, toute réflexion faite, je crains que ce mensonge ne soit pas soutenable. Ces gens tenant baquets nous accableront de preuves contraires : permettezmoi, docteurs-régens, de vous demander si vous n’approuveriez point que dans cette détresse nous rejetassions un peu toute la faute sur MM. les académiciens , car enfin c’est leur incuriosité qui a force la nôtre ; comment pouvions-nous nous montrer plus curieux que des savans qui sont des curieux de pro-

fession ? ,

Si l’on me réplique que la curiosité des académiciens est rassasiée de systèmes, de découvertes nouvelles ou renouvelées, et que dans la fatigue de digérer et ruminer tout cela, il n’est pas étonnant qu ils s’endorment sur leur fauteuil, ne pourrais-je pas répondre à mon tour, que nous aussi, nous avons des découvertes et des systèmes par-dessus nos oreilles, et que nous n’avons pas moins besoin de dormir en repos pour en faire une digestion louable?

Je meurs de peur, très conséquens docteurs, que ces raisons ne contentent pas les délicats, et qu 1 s ne persistent à soutenir, qu’avant de rien mer notre

premier devoir était de voir, revoir, toucher et retoucher.

Faites-moi la grâce, docteurs judicieux, de m’apprendre si dans le cas où les adversaires de la médecine me serreraient de trop près, il ne me serait pas permis de les repousser du geste, au défaut de la parole ; je sais bien que le geste , ou l’action de la main appartient en propre à la chirurgie; mais je sais aussi que dans un cas urgent un médecin réunit les deux arts, et qu’il est, comme on dit, au poil et à la plume.

QUESTION

Si P on ne doit pas traiter de mal honnêtes gens ceux qui ne sont point de notre avis .

Je ne veux point m’instruire à demi : après l’aveu que je ferai de n’avoir ni dû ni voulu vérifier le Magnétisme de Mesmer , un disputeur un peu inquiet me dira sans doute : Puisque vous niez le Magnétisme sans l’avoir examiné par vous-même, sans doute les témoins qui l attestent sont tous gens qui vous sont bien connus pour suspects.

A cette question, docteurs-régens, mon embarras sera au comble ; je dois vous confesser entre nous que je connais plusieurs de ces témoins, qui toujours m’ont paru gens d’honneur, de bonne foi et de n. 18

mérite-, je rougirais jusqu’au blanc tles yeux s’il me fallait dire le contraire; mais enfin opportetpro pcttria mori , et s’il le faut absolument je mentirai, je dirai qu’ils sont dupes ou fripons, et même tous les deux ensemble.

C’est à vous, docteurs pénétrans à me résoudre ce cas de conscience ; mais je yous avoue ingénu* ment que je désirerais passionnément qu’il me fut permis de les reconnaître pour honnêtes gens dans tous les cas, excepté celui de Magnétisme.

QUESTION

Si je parlerai des choses que je n’entends pas, et par occasion du soleil, de la lune et des planètes •

Px.espectabl.es docteurs, croyez-vous que cette manière de faire à l’égard des témoins, contente les gens sensés? ne trouveront-ils pas étrange que nous exigions pour le Magnétisme dix fois plus de preuves que les magistrats n’en demandent pour faire pendre et rouer un citoyen? Cela leur paraîtra exorbitant et ils se récrieront.

Je vous entends d’ici, docteurs profonds, vous me criez de montrer à ces esprits revêches, la différence entre un délit qui est tout-à-fait dans l’ordre de la nature, et les faits du Magnétisme Mesmerien , qui sont abominablement contraires à l’harmonie de l’univers : et vous m’ordonnez de soutenir qu’une

chose naturelle n’a pas besoin de beaucoup de preuves, tandis que la chose surnaturelle n’en a jamais assez.

Si vous le voulez, sages regens, je le dirai; niais je tremble de me jeter dans un terrible défile; ces dispu te urs, que Dieu confonde, serreront la mesure en me demandant ce que j’entends par Vordre de la nature et Vharmonie de Vunivers.

La question est belle sans doute, et j’y pourrais briller beaucoup; mais comme ils m’interrompraient à coup sûr, si je parlois long-temps de suite, j’aime mieux leur répondre ainsi.

(( Depuis quatre ou cinq mille ans, plus ou « moins, de hommes de génie, placés sur tous les cc points de la surface du globe , observent ce qui se « passe au-dessus, au-dessous et autour d’eux. De « tous ces faits, mêlés de quelques autres idées; nous cc avons formé un enchaînement de causes et d’effets cc qui embrasse toutes choses, ou peu s’en faut : cc voilà ce que nous appelons Vordre de la nature : cc et certes, ajouterais-je en renflant la voix, et élecc vant la télé, il n’^ a guère d’apparence que cet cc ouvrage puisse être détruit par un homme qui du cc fond de la Souabe est arrivé hier par le coche cc pour bouleverser le soleil, les planètes et tout le cc reste. »

Ne ferai-je pas très prudemment, docteurs très prudens, de mêler dans tout cela l’intérêt du soleil et des planètes? Nous savons bien, vous et moi, que si jamais ce Mesmer n’avait voulu toucher qu’à ces

bagatelles-là, nous l’aurions laissé tranquille ; et que clans l’ordre public, c’est aux: planètes à se garder elles-mêmes ; mais il a touché à l’homme et à l’homme malade qui est à nous, qui est notre domaine, notre bien propre depuis quatre mille ans; comment supporter ce vol, cet attentat?

Mais il est bon de cacher ces sortes de vérités délicates aux yeux du grossier vulgaire; il y verrait de l’intérêt, et Dieu le sait ! quoi qu’il en soit, sauf respect, que nous ne saurions trop jeter les planètes à là tête des Mesmeriens, pour les écarter de la médecine.

Mais revenons à Vordre de la nature . O mes confrères! ô mes maîtres! la tête, je le sens d’avance, me tournera dans ce poste sublime, jamais je ne pourrai rester ferme sur ma définition de V ordre delà nature : j’aimerais autant me tenir en équilibre sur la pointe d’un clocher; le moindre souille me fera dégringoler du haut en bas, avec ma chaîne de causes et d’effets dans les mains.

Faut-il vous le confesser, docteurs clairvoyant, jamais, non jamais je n’ai vu bien clair dans l’ordre de la nature en général. Je ne connais pas même cet ordre dans la machine humaine : vous m’avez montré et ouvert des cadavres; j’ai été long-temps infecté et épouvanté de votre admirable science; mais, à ma honte, j’ai vu des cadavres, et je ne connais point l’homme vivant; vous m’avez fait toucher les principales roues de l’horloge, et j’ignore comment cette horloge se monte, continue, se détraque,se ré-

tablit tVelle-même, et se brise enfin entre vos doigts ou dans la main du temps; jamais vous n’avez pu ou voulu me faire voir et toucher le balancier ou le ressort qui met en jeu tous ces rouages; je vous le repète, docteurs régens, ne connaissant point l’ordre de la nature, dans mon individu tout petit qu’il est, quoique enflé de votre robe, comment pourrais-je effrontément parler de cet ordre de la nature, pour l’univers entier? quand je dirai à un Mesmerien qu’il en a menti dans l’ordre qu’il propose , ne me fera-t-il pas la même politesse, et ne serons-nous pas deux champions qui se battent avec des vessies qu’ils prennent pour des lanternes?

Par le divin Esculape , ou plutôt par Saint Corne, docteurs inépuisables, je ne crois pas qu’il soit possible de fermer la bouche ,à nos ennemis par les choses que nous savons; il vaut mieux les confondre par celles qu’ils ne savent pas; et voici ce qu’à mon avis ils ne sauront jamais : je leur défie, en effet, de jamais savoir au juste si leur Magnétisme médecinal est un effet de l’imagination ou d’un autre agenthors de 1 homme meme ; c’est-là que je pourrai tout à mon aise , les accabler, les écraser, les pulvériser sous un tas énorme d’effets produits par l’imagination seule, et je leur dirai avec insulte : insensés voilà voire agent : que me répondront-ils.

Page 1